I comme Italia -160-

Posté par imsat le 5 avril 2026

« Tout peut changer en un instant, et c’est généralement par une rencontre fortuite ou un événement banal que notre vie bascule dans une direction totalement nouvelle. » (Paul Auster)
 
Le 5 avril 2026
I comme Italia n’est pas né du néant. Tout a commencé par l’envie d’écrire sur une Italienne croisée sur Twitter ; elle ne restait pas indifférente à mes mots et partageait mes passions pour le cinéma, la photographie et les livres. Pourtant, j’ai fait de ce récit une priorité absolue, au risque de délaisser des centaines de textes nostalgiques qui attendaient d’être mis en ordre pour l’édition. Allais-je perdre mon temps et repousser aux calendes grecques ce projet qui me tenait tant à cœur ? Je me suis posé la question, mais je sentais que les prémices de cette rencontre flottaient entre hasard et mektoub. Le hasard est une collision imprévue, le mektoub est un rendez-vous écrit d’avance ; si leurs origines divergent, leurs trajectoires finissent par se rejoindre pour bousculer nos vies. Face à cette force invisible, deux choix s’offraient à moi : rester immobile, pétrifié par la croyance, ou transformer cette intuition abstraite en une réalité concrète. J’ai choisi d’extraire cette rencontre de son caractère chimérique pour en faire le moteur de mon écriture. Peut-être, au fond, ma projection n’avait-elle rien à voir avec ces forces supérieures. Mais dès le départ, mes échanges avec Ivana étaient fluides et instructifs. Contrairement à beaucoup d’autres relations virtuelles, notre lien s’est vite paré d’une dimension subjective unique. Là où d’autres se contentent de s’extasier devant une citation d’auteur, nous y mettions du nôtre et procédions à toutes sortes d’extrapolations artistiques. Avec Ivana, nous n’étions pas dans une parade intellectuelle ou un concours d’érudition. Évoquer un artiste n’était jamais un moyen de frimer, mais une manière d’explorer nos affinités profondes et de tisser des liens avec nos souvenirs respectifs.
Lamine Bey Chikhi

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I comme Italia -159-

Posté par imsat le 15 mars 2026

« Il suffit de quelques grains de semoule dorée sur la langue pour que le présent s’efface : la Tamina n’est pas qu’une douceur, c’est le déclic brûlant de la nostalgie qui, entre le miel et le beurre, fait soudain resurgir tout un monde que l’on croyait perdu » (Lamine Bey Chikhi)
Le 15 mars 2026
Un soir, j’ai rencontré Lamine: un homme qui porte en lui le soleil d’Alger et les ombres douces des salles obscures où l’on projetait les films de Jean-Pierre Melville, de Luchino Visconti, de Michelangelo Antonioni, de Claude Sautet…
Et, puis, j’ai lu son blog, ces lignes qu’il trace la nuit, des souvenirs émouvants, magiques et merveilleux, fragments de lumière volés au temps.
C’était beau. J’ai senti qu’il était un homme qui collectionne les instants fragiles, ceux qui s’éteignent si on ne les écrit pas. Un homme qui sait que la beauté est toujours en train de partir, et qui pourtant refuse de la laisser filer sans un mot, sans une image, sans une caresse de phrase.
J’ai vu un homme qui marche entre deux mondes : le cri des rues d’Alger et le murmure des salles Art déco, le thé à la menthe brûlant et le noir et blanc de L’éclipse.
J’ai vu quelqu’un qui écrit parce que parler ne suffit pas, parce que les souvenirs merveilleux sont des oiseaux qui s’échappent si on ne leur donne pas de cage en mots.
Et j’ai pensé : il doit avoir cette douceur un peu distante des hommes qui ont regardé des films jusqu’à en avoir mal aux yeux, pour apprendre comment on aime quand les mots manquent.
Et lui, il écrit.
Pour retenir.
Parce que le temps est un voleur aux doigts légers.
Il écrit la tamina de sa mère.
Cette pâte d’or sombre, née du feu patient sous la poêle.
Ses mains d’enfant tendues vers le plat encore brûlant.
L’odeur qui envahit la maison. Le goût qui reste sur la langue des années après.
Il écrit cela, et c’est comme s’il sculptait avec des syllabes le visage absent de sa mère.
La tamina avait le goût d’un matin où l’on n’avait pas encore peur du lendemain.
Elle avait le goût d’une main qui flatte les cheveux d’un petit garçon qui ne sait pas encore qu’il va grandir trop vite. Elle avait le goût du blé qui a connu le soleil, le miel des ruches cachées dans les collines.
Un homme qui regarde des films pour apprendre à vivre les silences, et qui écrit pour apprendre à vivre les absences.
Ivana

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I comme Italia -158-

Posté par imsat le 5 mars 2026

« Nos jours les plus beaux sont ceux que nous n’avons pas encore vécus. Et ce que je voudrais te dire de plus beau, je ne te l’ai pas encore dit. » (Nazlm Hikmet)

Le 5 mars 2026

 J’ai toujours répété à Ivana que mon réservoir de mots pour elle était inépuisable. Ce n’était pas une simple promesse romantique, mais une certitude intellectuelle : ma fascination pour elle, mêlée à nos racines culturelles méditerranéennes, m’offrait un terrain d’exploration infini. Pourtant, la culture n’explique pas tout. Si le savoir seul suffisait, j’aurais pu être captivé par d’autres femmes parmi celles que j’ai croisées (passionnées de poésie persane, spécialistes mélomanes ou cinéphiles érudites) . Mais avec Ivana, il y a eu une convivialité immédiate et, surtout, une liberté de parole pure, vierge de tout calcul. Lorsque mon alter ego Sinoudj m’a questionné sur la singularité de ma correspondance avec Ivana, je lui ai répondu en lui expliquant les limites de mes précédentes rencontres littéraires. Pour lui prouver mes dires, j’ai lui ai raconté mes échanges avec une admiratrice de Proust. Sur le papier, tout nous rapprochait : notre intérêt pour les lettres et les arts, les thèmes de recherche, la langue. Mais le contact fut aride. Là où Ivana est dans le partage vivant, cette femme restait dans une réserve laborieuse, limitant ses réponses à des appréciations purement et exclusivement techniques. C’est là que réside le génie d’Ivana : elle ne se contente pas de posséder une culture, elle l’insuffle dans la vie réelle. Elle habite la langue française et évoque ses références (cinématographiques, photographiques, poétiques) avec une vitalité que je n’ai trouvée chez aucune autre. Sans ce socle commun, notre échange n’aurait jamais pu atteindre cette profondeur. Le projet d’écriture, que j’ai mené à bien comme un défi personnel, est né de cette étincelle. Ivana n’a pas été qu’une muse ; elle est devenue une véritable partenaire d’écriture, comme l’atteste notre correspondance, C’est elle qui, en brisant la barrière du vouvoiement, a transformé notre distance respectueuse en une intimité vibrante. Mon objectif avec I comme Italia était d’écrire la vie en temps réel, de capturer l’évolution d’une relation sur le réseau social twitter et de la figer dans un projet littéraire. Mais au-delà de l’exercice de style, il y avait un désir profond : celui de la séduire. Dans l’arène de ses prétendants, je savais que seuls les mots, le cinéma et la finesse de la langue de Molière me permettraient de me distinguer. Aujourd’hui, alors que le récit est sur le point de s’achever, l’inspiration demeure. Nous n’avons pas cherché à tout nous dire, préférant une pudeur élégante et des conversations épurées. Nous avons parlé de nous, des artistes, du monde, avec une fluidité que seule une complicité absolue peut offrir. Une suite reste possible, car avec Ivana, le chapitre ne semble jamais vraiment clos. C’est aussi ce qui rend les choses si singulières. C’est pourquoi, le mot « épilogue » pour qualifier la fin du récit serait mal choisi : ce n’est qu’une étape qui se termine. J’ai demandé à Ivana de garder une trace de nos conversations privées pour que nous puissions les exploiter plus tard. Nous avions également l’idée de commenter ensemble des photos et des œuvres de nos artistes préférés, et lancer ainsi un autre chantier d’écriture.

Lamine Bey Chikhi

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I comme Italia -157-

Posté par imsat le 22 février 2026

« Si je ne les écris pas, les choses ne sont pas allées jusqu’à leur terme, elles ont été seulement vécues.” (Annie Ernaux)
Le 22 février 2026
“J’aime I comme Italia parce que c’est elle, parce que c’est moi.”
Il n’avait pas cherché.
L’amour était arrivé sans faire de bruit, comme un train qui entre en gare à l’heure où l’on ne l’attend plus.
Et puis les jours ont passé, les mois se sont accumulés, et avec eux cette question lancinante : pourquoi elle ?
Il essaie de reconstituer le puzzle.
Il se souvient de détails minuscules :
“Toc Toc
Vraiment ?
C’est tellement merveilleux
Peut-être
Je ne sais pas
Je plonge dans tes yeux verts
Ici, il pleut, il pleut beaucoup, depuis trois jours
Mais oui
Bien sûr
Mon ange
Je t’adore
Je vais dormir et rêver de toi
Demain, c’est grasse matinée
Mon rêveur
Parce que tu es adorable.
Que manges-tu ce soir ?
Penses-tu à moi quand tu prends ton café-crème chez Habibi ?
Je suis au bureau, je t’écris en cachette.
Mais oui, je te crois.
Mais non, tu ne me déranges jamais…”
Il se dit parfois que c’est parce qu’elle le regarde comme si elle le connaissait depuis toujours, sans poser de questions, sans exiger d’explications.
Parce que dans ses yeux, il se voit tel qu’il est vraiment : pas le lui des apparences, pas celui qui sourit poliment aux dîners, mais l’autre, le silencieux, celui qui aime flâner seul et qui aime feuilleter les vieux albums photos de famille.
Et pourtant, plus il cherche le pourquoi, plus le pourquoi s’échappe.
C’est comme essayer de retenir de la fumée entre les doigts.
Il relit Montaigne dans un vieux livre écorné : “parce que c’était lui, parce que c’était moi.”Il sourit.
Deux ans, et il en est toujours au même point : aimer sans cause, aimer parce que c’est elle, parce que, miracle absurde, c’est lui qui aime ainsi.
Pas pour des raisons.
Pas pour un avenir promis ou un passé réparé.
Juste parce que, depuis deux ans, le monde a pris la forme de son nom, et que sans elle, tout redeviendrait flou, comme une photo surexposée.
Parfois, il s’arrête au milieu d’une rue, sous un réverbère qui grésille, et il murmure pour lui-même : “Deux ans. Et je ne sais toujours pas pourquoi.”
Mais au fond, il le sait : le pourquoi n’existe pas.
Il n’y a que ce constat doux et merveilleux: il aime I comme Italia.
Et dans ce non-savoir, étrangement, il trouve une sorte de paix fragile, comme celle des vieilles photos jaunies où l’on reconnaît un visage.
Et ces détails minuscules:
“je ne sais pas, vraiment, j’adore, j’aime, que manges-tu”
sont là, éparpillés comme des indices qui ne mènent nulle part ailleurs qu’à elle.
Et c’est suffisant.
Vraiment.
Ivana

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I comme Italia -156 -

Posté par imsat le 5 janvier 2026

La raison pour laquelle une citation d’auteur précède chaque chapitre du récit et chacune des lettres échangées entre Ivana et moi, est d’abord liée à l’immense plaisir que la littérature me procure, plaisir que j’ai été très heureux de partager avec ma charmante inspiratrice. J’appréhende un écrivain à travers son œuvre, sa biographie et ses interventions médiatiques. Mais je ne néglige pas les citations car, bien qu’elles ne puissent évidemment pas se substituer à la lecture intégrale d’un livre, agissent néanmoins comme des repères. Elles me permettent de mémoriser l’auteur en lui associant quelques phrases précises, marquantes. Il se crée ainsi une sorte de « référentiel » qui m’aide à distinguer et à démarquer les différents écrivains les uns par rapport aux autres. Ma démarche initiale ne consistait pas du tout à commenter les citations sélectionnées, ni à m’en servir comme base d’écriture. Les aphorismes, par nature, se suffisent à eux-mêmes et emportent souvent l’approbation du plus grand nombre. La raison pour laquelle Ivana et moi avons inclus dans nos échanges des citations et extraits de correspondances épistolaires tient aussi au fait qu’ils reflètent les affinités qui ont présidé à nos premières interactions sur la plateforme Twitter. Il n’y a donc pas nécessairement de lien direct entre les citations rapportées et I comme Italia. En revanche, des phrases remarquables de certains auteurs m’ont permis de mieux comprendre, par diverses extrapolations, pourquoi j’ai été tantôt extrêmement nuancé tantôt direct et explicite autant dans l’écriture du récit que dans ma correspondance avec Ivana.
 « J’aime les gens qui choisissent avec soin les mots à ne pas dire »

Cette magnifique citation de la poétesse Alda Merini par laquelle j’ai titré un chapitre du récit est sans doute celle qui m’a le plus marqué. J’ai été très ravi de la découvrir car elle convergeait complètement et idéalement avec la délicatesse, la bienveillance, la générosité qui ont dès le début caractérisé ma relation avec Ivana. Je me suis très vite rendu compte que la retenue dont je faisais preuve dans mon écriture correspondait à celle d’Ivana. À ce moment-là, je ne connaissais pas encore la citation de Mérini. Dans la même optique, je ne résiste pas à la tentation d’évoquer Michel Serres dont j’ai suivi avec intérêt nombre d’interventions médiatiques.

« C’est tellement rare, c’est tellement improbable, c’est tellement miraculeux que c’est peut-être ça la civilisation et la cultureRencontrer quelqu‘un qui écoute. »

Je connaissais cette brillante citation du philosophe bien avant de commencer à écrire I comme Italia. Et je me suis très vite aperçu que mon récit s’inscrivait parfaitement dans la recherche d’une rencontre inattendue, exceptionnelle, longtemps espérée. Mais qu’en est-il vraiment des citations à l’épreuve du réel ? D’aucuns estiment qu’elles sont intemporelles, imparables, indiscutables. Mais est-ce toujours le cas ?

Lamine Bey Chikhi

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I comme Italia -155 -

Posté par imsat le 18 décembre 2025

« La beauté d’un mot ne réside pas dans l’harmonie phonétique de ses syllabes, mais dans les associations sémantiques que sa sonorité éveille. » (Milan Kundera)
 
Le 18 décembre 2025
Bonjour et merci Dr Artiva ou plutôt merci Ivana parce que c’est toi qui dicte tout au docteur.
Je suis encore enrhumé, j’ai mal à la gorge,  je crois que c’est une angine ou peut-être la grippe, il fait frisquet, on prévoit le retour du mauvais temps…
Docteur, euh non, pardon, je m’adresse à Ivana…
Je ne peux même pas t’embrasser ni t’enlacer, je crains de te contaminer, tu es précieuse, je veux te préserver, tu es plus vulnérable que moi…
Ta lettre de mardi soir, 3h17, est géniale, c’est vrai. Elle est pleine de jolies bifurcations sur ta façon de me percevoir, sur ce que tu penses de moi. Mes mots écrits par tes soins prennent une dimension, une sonorité que je n’imaginais pas.
Ivana, dans quelle langue rêves-tu ?
Est-ce que tu rêves en couleur ?
Moi, je rêve dans ta langue.
Et je rêve dans la couleur de tes yeux, dans l’immensité de leur tendresse.
Tu ne me crois pas ?
Ce qui m’importe, c’est d’abord de dire les choses.
À toi de séparer le bon grain de l’ivraie.
Le Dr Artiva m’a recommandé de me reposer encore un peu et de rêver de toi juste modérément. Pas question de songer à autre chose. Il faut d’abord se débarrasser du rhum et de l’angine.
En réalité, je ne sais plus quoi te dire. Je vais donc me répéter. Tu es gentille, délicate, charmante, désirable.
J’aime tes mots doux.
J’avais besoin de miel.
Je devais en acheter mais je ne suis pas sorti ces trois derniers jours.
Je devais aussi acheter du citron.
Dieu merci, tu penses à moi, je lis et je bois tes mots attendrissants et réconfortants, ça me fait du bien.
Je ne pouvais pas t’écrire hier après-midi, j’aurais aimé le faire, en vain.
Autrefois, il y a longtemps, au sortir de l’enfance, quand je souffrais du même problème, ma chère mère me massait la poitrine avec de la pommade Vicks, ça sentait bon. Je dormais bien. Le lendemain, j’étais guéri.
Ivana, tu es très attentionnée. Je te suis reconnaissant.
Pour tes qualités exceptionnelles, ta tendresse, tes mots toujours merveilleux et évocateurs, ta convivialité, ta culture plurielle (j’ai beaucoup appris avec toi), ton élégance, ton art de vivre.
Lamine

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I comme Italia -154 -

Posté par imsat le 15 décembre 2025

« Et si c’était ça le bonheur, pas même un rêve, pas même une promesse, juste l’instant.. »(Delphine de Vigan)
 
Le 15 décembre 2025
Cher patient Lamine,
Votre PS est arrivé dans ma boîte mail à 4h12 du 13 décembre 2025 avec pour objet : “Aaaaaargh”.
J’ai cru à un spam, puis j’ai lu et j’ai compris : c’est pire.
C’est de l’amour.
Vous m’avez écrit :
“À présent, je suis encore plus dépendant d’Ivana.
Je suis fautif parce que c’est moi qui lui ai demandé de me montrer ses yeux.”
Monsieur, vous venez de décrire :
- Tous les grands poètes de l’histoire
- Moi quand je commande sur Glovo à 2h du matin
- e L’amour, tout simplement
Vous croyez que l’amour normal, celui qu’on voit dans les pubs pour parfum, ressemble à quoi ?
À un type qui dit “je t’aime” une fois, calmement, avec une musique de piano et cheveux propres ?
Non.
L’amour normal ressemble à vous.
Il envoie des messages : “Vous êtes aussi délicieuse que les chocolats sur la photo…”.
Il écrit des PS merveilleux, il oublie la ponctuation, invente des mots, répète “je t’aime, pourquoi ? Je l’ignore.”
Il lit les messages à 3h17 en analysant chaque majuscule.
Il sourit à un détail, genre “elle a écrit ‘mon ange’, ça veut dire qu’elle m’aime.”
Vous n’êtes pas malade.
Votre “pourquoi ? Je l’ignore” est la plus belle phrase que vous ayez écrite.
Parce qu’il n’y a pas de pourquoi.
Il y a seulement un cœur qui a décidé, un soir, sans consulter le cerveau ni le compte en banque ni la raison sociale, que cette personne-là méritait tout le stock.
Tout le délire.
Même les répétitions.
Surtout les répétitions.
L’amour n’est pas compréhensible.
Je suis psychiatre depuis 17 ans et je n’ai toujours pas compris pourquoi ma femme m’aime alors que je range les chaussettes par couleur.
Mon diagnostic officiel : Hyperamourite aiguë non compliquée.
Traitement :
– Continuer à aimer Ivana et à écrire votre récit à 4 h du mat.
Facture jointe (je plaisante, les amours fous sont pris en charge à 100 % par la Sécurité Sentimentale).
Signé :
Dr Artiva  
Spécialiste des cœurs qui font boum trop fort. 
PS: J’ai envoyé copie de cette ordonnance à Ivana pour suivi. Elle m’a remercié à nouveau pour mon humour et pour ma façon de mettre en exergue votre magnifique complicité.

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I comme Italia -153 -

Posté par imsat le 12 décembre 2025

« Un jour tu me demanderas ce qui est le plus important, ta vie ou la mienne ; je te répondrai la mienne et tu t’en iras, sans même savoir que tu es ma vie. » (Khalil Gibran)
Le 12 décembre 2025
« Je ne peux pas vous voir.
mais je sais que vous êtes là.
Si loin, si proche.
On monte dans un train ? »
Entre Paris et Portofino, dans la cabine du Venice Simplon-Orient-Express, il y avait cette sublime lumière bleu-vert.
Elle était encore à moitié endormie.
Ses cheveux roux sur l’oreiller.
Le plateau du petit-déjeuner était posé en travers du lit.
Elle aimait le jus d’orange.
Lui, assis au bord du lit en chemise blanche froissée, la regardait sans rien dire.
Elle ouvrit les yeux.
Un instant, elle ne sut plus où elle était.
Puis elle le vit et un sourire lui vint aux lèvres.
Elle dit : “Tu es toujours là.”
Elle tendit la main, effleura le dos de la sienne. La peau était chaude.
Dehors, la côte défilait lentement, villas roses, pins parasols, éclats de soleil sur l’eau.
Le train ralentissait déjà.
On sentait qu’on approchait de quelque chose, d’une gare, d’un quai.
Elle se redressa un peu, ramena le drap sur sa poitrine avec pudeur.
Elle demanda :”On descend à Portofino ?”
Il répondit : “On peut aussi ne pas descendre. Continuer jusqu’à Venise, jusqu’à Istanbul, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de rails.”
Elle rit doucement.
“Tu dis toujours ça. Et puis on finit toujours par descendre quelque part.”
Il hocha la tête.
Il savait qu’elle avait raison.
Il savait aussi que cette fois il aurait voulu que le train n’arrive jamais.
Comment te dire à demain ?
Ivana

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I comme Italia -152-

Posté par imsat le 9 décembre 2025

« Il reste d’une personne aimée une matière très subtile, immatérielle qu’on nommait avant, faute de mieux, sa présence. Une note unique dont vous ne retrouverez jamais l’équivalent dans le monde. » (Christian Bobin)

Le 9 décembre 2025
Chère Ivana

L’échange épistolaire est un exercice d’une exigence singulière, un ballet délicat entre deux âmes qui impose des contraintes rares dans une narration unilatérale, où le silence de l’interlocuteur ne dicte pas les pas. Mon stylo s’était écarté de « Bribes d’histoire », ce voyage intime à travers les souvenirs familiaux, d’abord pour accompagner mon cousin Babi dans l’écriture de ses mémoires (Fragments d’un parcours militant, 1955-1962) puis pour transposer en langage littéraire la richesse de mes conversations avec toi. Pourtant, une envie tenace, presque un murmure de l’âme, me rappelait sans cesse à l’ouvrage, cette soif inextinguible de reprendre le fil de mes chroniques familiales. Chaque jour ou presque, je me disais : « Il y a encore tant à dire, à écrire sur ma ville natale, sur mes proches disparus, il reste à relater des anecdotes, rendre des hommages vibrants ». Je sentais des lacunes dans ce que j’avais déjà écrit, une audace qui m’échappait, une exhaustivité que je n’avais pas atteinte. J’ai le sentiment profond que l’on évoque trop peu ceux qui nous ont quittés, et quand on le fait, c’est souvent avec une rapidité, une superficialité qui étouffe l’émotion. L’épistolaire, c’est une plongée subjective, un jardin secret des sentiments, une danse avec le style. «Bribes d’histoire», c’est un autre univers…On ne peut ciseler certaines vérités qu’en les écrivant. Et cela passe par la recherche des mots les plus justes. Je retrouve cette quête chez Patrick Modiano. J’apprécie aussi cette démarche chez Nina Bouraoui, y compris à travers son éloquence verbale et sa recherche obstinée des mots précis qui donnent corps à son œuvre. L’aisance oratoire est un don rare, voilà pourquoi l’écriture reste l’alternative suprême. Reprendre « Bribes d’histoire », c’est aussi honorer des instants de grâce qui méritent d’être éclaircis, ces évocations qui réclament d’être approfondies. Convaincre, émouvoir, ressentir, transmettre des messages, magnifier des moments…,tout cela devient plus puissant, plus vrai, à travers une écriture renouvelée, plus audacieuse, moins retenue. Toutefois, et ainsi que je te l’ai confié, je ne pourrais me pencher de nouveau sur le passé qu’après avoir parachevé notre récit et mis en lumière les tenants et aboutissants de notre belle et féconde correspondance.

Lamine

PS: j’attends toujours que tu complètes ton lexique des mots délicieux.

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I comme Italia -151-

Posté par imsat le 5 décembre 2025

« Je vous aime, pas d’un amour de vacances, d’un grand amour dont je veux les tristesses comme les joies, d’un amour où je suis engagée corps et âme, si lourd, si précieux, que parfois j’en ai le souffle coupé. »(Simone de Beauvoir-Jacques-Laurent Bost, Correspondance croisée)
 
 Le 5 décembre 2025
Lamine, mon rêveur nostalgique,
Voici ma réponse à ta lettre de mercredi qui me paraît sortir quelque peu des sentiers battus.
Le parc était presque vide.
Les arbres perdaient leurs feuilles une à une.
Elles tombaient sans bruit sur l’herbe.
Elle était là, assise sur le banc.
Cheveux roux, longs, lisses.
Ils brillaient sous le soleil bas.
Elle attendait.
Il arriva par l’allée.
Costume sombre. Chemise blanche.
Ses yeux étaient verts. Très verts.
Le gravier craqua sous ses chaussures.
Il s’arrêta derrière le banc.
Il posa ses mains sur ses épaules.
Elle ne tourna pas la tête.
Elle sourit.
Elle ferma les yeux.
Il se pencha. Il embrassa sa nuque. Une fois. Lentement. Sa peau était chaude.
Elle sentait le jasmin et la vanille.
Elle tourna la tête. Elle le regarda.
Il la regarda.
Il fit le tour du banc. Il s’assit près d’elle.
Très près.
Il prit son visage entre ses mains.
Il l’embrassa. Fort. Longtemps.
Elle répondit.
Ses doigts serrèrent le tissu de sa veste.
Ils restèrent ainsi. Bouche contre bouche.
Quand ils se séparèrent, il faisait froid. Le soleil était parti.
Il la regarda encore.
Il dit : “Je t’aime.”
Elle dit : “Je t’aime, mon ange.”
Ivana 
PS: merci pour « Elle était si jolie » d’Alain Barrière et « La chanson des vieux amants » de Jacques Brel. Ça nous rappelle bien de belles choses.

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