Perspectives algériennes: un optimisme de volonté
Posté par imsat le 21 novembre 2023
Perspectives algériennes : un optimisme de volonté
Mohamed Larbi Chikhi dit Babi
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Posté par imsat le 21 novembre 2023
Perspectives algériennes : un optimisme de volonté
Mohamed Larbi Chikhi dit Babi
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Posté par imsat le 31 octobre 2023
Le sentiment de ne pouvoir dire, comme je le souhaite, ce que je pense profondément de certaines questions existentielles qu’en le formalisant par écrit, c’est quelque chose de récent chez moi, ça n’existait pas avant. Jusqu’à la fin des années 70, c’était même exactement l’inverse. Je n’écrivais pas, je parlais. Mais je n’étais pas le seul dans ce cas. Sisseglingou et Sitchad étaient dans le même état d’esprit. Nous dissertions souvent sur nos lectures respectives et sur les films que nous avions vus. Pour nous, cinéma et littérature étaient intimement liés. Nous leur accordions le même intérêt. Sisseglingou et Sitchad avaient un faible pour les auteurs américains (Norman Mailer, Hemingway, Faulkner…). J’estimais, à tort ou à raison, que c’était une posture de leur part, une « stratégie » qu’ils adoptaient juste pour se démarquer de mes goûts littéraires qu’ils jugeaient excessivement francophiles. Je le leur faisais savoir mais ils prenaient un malin plaisir à continuer de me taquiner en orientant quelquefois nos discussions sur des hommes de lettres scandinaves, tel le dramaturge norvégien Henrik Ibsen, occultant délibérément les écrivains de l’Hexagone. En général, je campais sur mes positions même si j’ai reconnu un jour avoir fini, grâce à eux, par lire et aimer La main coupée, de Blaise Cendrars.
Notre point de jonction, notre élément consensuel, c’était indiscutablement Kateb Yacine pour Nedjma naturellement, mais aussi pour ses engagements, sa façon de vivre, ses audaces. Nous en parlions souvent avec enthousiasme au Spleen dont la terrasse ne désemplissait pas entre 18h et 22h. Nous entretenions nos conversations habituelles par notre lecture assidue des pages littéraires du journal Le Monde qui publiait une fois par semaine des nouvelles d’auteurs connus ou inconnus. C’est ainsi que j’ai découvert Nédim Gürsel en me délectant de sa nouvelle Au seuil de l’hiver, de même que l’écrivain allemand Heinrich Boll (prix Nobel de littérature en 1972) dont le texte Les taches de gras, avait retenu mon attention.
Lamine Bey Chikhi
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Posté par imsat le 27 septembre 2023
L’adhésion de notre pays aux Brics ayant été reportée à l’année prochaine si, d’ici là, le processus n’est pas entravé par des facteurs relevant de la « force majeure », que faut-il faire pour effacer définitivement et sérieusement les stigmates de ce que l’opinion publique considère (à tort ?) comme une humiliation ?
Je pourrais certes énoncer un catalogue de propositions économiques, managériales, stratégiques, etc…mais ce faisant je ne me démarquerais pas par rapport à ce que l’on a déjá dit à ce sujet.
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Posté par imsat le 19 septembre 2023
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Posté par imsat le 5 septembre 2023
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Posté par imsat le 18 août 2023
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Posté par imsat le 30 juillet 2023
Après avoir assaini la situation au niveau de l’Amicale à Paris, et de retour définitivement à Alger, je suis désigné au département de l’Émigration du FLN en qualité de responsable de zone sous l’autorité de Chérif Belkacem Coordinateur du Secrétariat exécutif du Parti.
L’objectif du Parti était de mettre en application les recommandations et les résolutions du séminaire sur l’émigration tenu en Août 1966.
Organiser et fédérer l’émigration: un enjeu stratégique
Je me suis immédiatement mis au travail, notamment en rendant visite à certaines institutions qui avaient un rapport direct avec l’émigration, comme par exemple, le Ministère du Travail.
Mazouzi, le ministre du Travail, était un homme très affable et compréhensif, il nous avait marqué son accord quant à toute aide dont nous aurions besoin d’autant qu’il était déjà en train de réfléchir aux négociations avec les autorités françaises visant à définir un cadre politique et juridique pour protéger notre émigration.
Il était donc preneur de toute proposition venant du Parti avec le concours de Elhabib Djaffari chef de Cabinet de Chérif Belkacem et Si Larabi président de la Chambre de commerce ainsi que d’autres cadres qui avaient participé au séminaire sur l’émigration.
Une commission économique fut installée au siège même de la Chambre de commerce, ensuite dans nos propres locaux, des sous-commissions furent aussi mises en place pour travailler sur les autres questions economiques et sociales.
Dans le cadre des missions assignées, pour le recrutement des compétences dont nous avions besoin, j’avais réussi à mobiliser une cinquantaine de cadres de haut niveau, parmi lesquels Mehanni Mohamed docteur en démographie, ancien élève d’Alfred Sauvy agrégé de sociologie et grand démographe, et Ferhat Lounès ingénieur en statistiques, devenu par la suite président du CNES puis ambassadeur d’Algérie à Bruxelles avant de finir sa carrière comme ambassadeur aux Seychelles.
La composante de l’equipe que j’avais réunie à Paris autour de l’idée du séminaire sur l’émigration venait de différents horizons professionnels. Le groupe a pesé par ses préconisations novatrices et révolutionnaires sur les autorités de l’époque. Les propositions avancées se fondaient sur un diagnostic exhaustif et sans complaisance de notre émigration.
C’est du reste dans ce sillage que le ministère des Affaires étrangères a commencé à prendre à bras le corps les préoccupations de l’émigration.
Au bout de quelques mois, un rapport fut élaboré et soumis au Président. Suite à quoi, chaque Ministre avait été rendu destinataire du même document.
Après une année de réunions, de mises au point, nous voilà réunis au Club des Pins.
Août 1966, Journée inaugurale du séminaire et premier grand discours de Houari Boumediene en présence des membres du Conseil de la Révolution et de nos participants.
Les travaux vont durer une bonne semaine. La clôture est présidée par Chérif Belkacem.
L’Amicale a organisé d’autres séminaires par la suite pour ancrer la tradition de l’existence de l’émigration.
Sur le terrain, les problèmes qui se posaient alors étaient bien loin de la vision que nous en avions quand nous étions en France. Il nous a fallu faire preuve de pragmatisme et affronter les réalités telles qu’elles se présentaient : Une lutte sourde pour le pouvoir commençait à se faire jour en l’absence d’institutions élues.
Le Conseil de la Révolution était le seul organe qui se réunissait épisodiquement pour trancher les conflits qui naissaient par ci par là, et annonçer une feuille de route à chaque fois que nécessaire.
Traiter les problèmes en fonction des moyens disponibles
Les dossiers qu’il fallait régler au quotidien étaient légion, et pour tout dire, au dessus des moyens disponibles au sein des structures du Parti qui éprouvaient de grandes difficultés à prendre en charge les desiderata multiformes du peuple.
J’ai eu à le constater aussi bien en tant que collaborateur de Chérif Belkacem que comme chef du protocole de Kaid Ahmed avant de rejoindre successivement Slimane Hoffman à la wilaya d’Alger puis la Présidence à l’époque de Boumediene.
Aujourdhui, il faut rendre un grand hommage à la fois à notre peuple qui fut très sage, et aux hommes politiques de cette époque qui ont su gérer cette période en produisant de l’enthousiasme et de l’espoir malgre l’absence de moyens…
Pour en revenir à la gestion consulaire de l’émigration, je dois dire que le Département des Affaires étrangères a marqué de son empreinte l’exercice de cette activité. L’Etat algérien entendait ainsi consolider l’encadrement de la diaspora algérienne et marquer une continuité historique en la matière.
Il est regrettable de constater aujourd’hui, la persistance de pesanteurs et de toutes sortes d’obstacles qui compliquent les problématiques de notre diaspora, en dépit des efforts des autorités algériennes visant à améliorer sa situation.
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Posté par imsat le 29 juin 2023
Il fallait à tout prix consolider chaque jour davantage les éléments qui combattaient, et faire en sorte que les activités que nous menions restent secrètes et confidentielles. La moindre erreur, la moindre négligence pouvait coûter cher en arrestations et en pertes humaines.
La discipline instaurée pour anticiper ces risques était rigoureuse parce que dictée par un contexte extrêmement difficile lui-même impacté par la politique répressive des services de securité français.
En dépit des précautions que nous prenions individuellement et collectivement, nous savions que le risque zéro n’existait pas.
Au demeurant, nous n’allions pas tarder à nous en rendre compte concrètement en apprenant l’arrestation de Rachid Bouabdallah, suite à une dénonciation.
Rachid Bouabdallah, Salah Nezzar, Abdessemed Abdelmadjid…
Bouabdallah torturé fut soigné par le Dr Verdès dans sa clinique clandestinement et échappa miraculeusement à une mort certaine.Et c’est encore le Dr Verdès qui le fera évacuer vers la France dans un état encore catastrophique, précisément à St Denis où il fut hébergé pendant sa convalescence.
Rachid Bouabdallah et moi étions voisins, nous habitions le quartier du Stand. Comme moi, il n’appartenait à aucune cellule organisée, il exécutait les missions qu’il recevait, jusqu’à son arrestation. Il fut évacué sur la Tunisie. A l’indépendance il retrouvera Batna et occupera d’importants postes dans l’administration. Il a notamment dirigé le club de football, le Chabab de Batna.
A Alger, il a postulé pour le poste de président de la Fédération algérienne de football mais, découvrant les manigances et les traquenards de la mafia de l’époque, il se retirera. Cela ne m’a pas du tout étonné, je le savais intégre, honnête et n’ayant jamais cédé à la tentation des combines ou des privilèges.
Il vit à Alger avec sa petite famille comme tous les braves en restant fermement attaché aux serments de la lutte de libération.
Si j’évoque les circonstances de son arrestation suite à une dénonciation, c’est également pour rappeler que l’inexpérience de nombre de nos éléments dans l’action militante a été elle aussi préjudiciable.
La jeunesse en a d’ailleurs fait les frais. Beaucoup de nos éléments sont morts stupidement par manque d’expérience et de vigilance.Je pense notamment aux frères Bouabssa tombés dans une embuscade de GMPR et d’autres avec eux (nos ainés étaient déjà à djebel bouerif.)
Je n’oublie évidemment pas Salah Nezzar déserteur de l’armée française de retour d’Indochine mais qui, lui, fera parler la poudre dans la région.
Nezzar était militaire, je l’ai rencontré à son retour d’Indochine, une ou deux fois cantonné dans la région avec ses troupes françaises et algériennes, il déserta en laissant sur le carreau des dizaines de soldats. Le frère de Nezzar, brigadier de police, avait loué un magasin à mon père à l’entrée de l’hôtel, qu’il a transformé en salon de coiffure, ses autres frères avaient été incorporés dans l’armée française et le plus jeune poursuivait des études en Egypte, ils étaient très proches de nous.
Le travail de mobilisation se poursuivait en dépit des risques de toutes sortes. Le peu d’élites intellectuelles a rejoint l’organisation pour que la flamme de la résistance reste malgré tout allumée.
L’atmosphère était fébrile, les perspectives incertaines, il fallait redoubler de vigilance d’autant que des mesures sécuritaires exceptionnelles furent prises par les services de police.
Des policiers algériens que mon père hébergeait dans son hôtel me tenaient au courant de la situation, notamment un certain Matougui originaIre de Khroub.
Je pense que lorsqu’ils ont su que j’étais parti, ils ont dû pousser un ouf de soulagement.
Les commerçants que nous contactions vivaient quant à eux un cauchemar, ils étaient sous pression parce que nous les sollicitions régulièrement pour des boîtes de sardines, des grosses boîtes de confitures et autres produits alimentaires. On ramassait la moindre subsistance, l’essentiel était de faire parvenir au front des colis homogènes, transportables à dos de mulet ou sur des vélos, ce que faisait Abdelmadjid Abdessemed quand il passait au café de mon père où nous préparions les paquets.
Quand je gérais le café de mon père, j’étais en contact direct avec les maquis de la région. Chaque matin, je rencontrais les mêmes personnes. Abdessemed qui travaillait pour mon père, touchait un peu à tout. Tous les après-midi, il partait avec des provisions que je stockais à l’hôtel en attendant leur acheminement au profit de nos maquisards.
Hadj Lakhdar coordonnait tout
La plupart de nos contacts agissaient pour le compte des maquis à des échelons subalternes mais toujours avec l’accord de Hadj Lakhdar, commandant de la région qui, lui-même, contactait des amis proches pour leur demander telle ou telle chose, comme dans le cas de la paire de jumelles que j’avais ramenée de Constantine et que j’ai remise à Bendiab, photographe à Batna.
Avant son engagement pour la lutte de libération nationale, Hadj Lakhdar était un citoyen ordinaire, il conduisait son propre camion et faisait du transport public.
Au maquis, personne n’osait l’approcher, il était austère, autoritaire et ne manquait pas de charisme; il était en phase avec les exigences organisationnelles, stratégiques et disciplinaires de la révolution. Sa garde rapprochée barrait la route à toute personne qui n’avait pas à faire avec lui. Ses ordres étaient exécutés sur le champ. Il n’y avait pas lieu d’épiloguer. Il se déplaçait en permanence. On n’avait pas intérêt à demander après lui, même dans la montagne, le silence était quasi total, la plupart des djounouds parlaient en chaouiya.
Le seul message reçu de lui m’enjoignait de rejoindre El ouidadia en France (la Fédération de France du FLN ) . Il disait: » On a besoin d’eux là- bas. » Je ne savais même pas ce que cela signifiait jusqu’à ce que cheikh Youcef, commissaire politique, se charge de m’expliquer la mission.
Il faut préciser que durant la période 55/56 et début 1957, les actions étaient menées par des volontaires, qui exécutaient une mission ciblée et regagnaient aussitôt les maquis. Il était impossible de tenir à Batna, la délation était partout, impossible de survivre plus de deux mois sans se faire repérer ou arrêter.
C’est d’ailleurs dans ce contexte périlleux que Si Mokhtar fut enlevé par la Main rouge, disparaissant à jamais.
La boulangerie de mon père
La boulangerie que mon père gérait avec une vieille française avant son acquisition, était mise à rude épreuve puisque sollicitée à la fois par ses clients habituels et pour répondre à la demande des contacts qui acheminaient le pain vers le maquis.
Souvent, au petit matin, nos clients ne trouvaient pas beaucoup de pain et se posaient la question. Si Mokhtar prétextait des coupures de courant, une pénurie de levure, etc.
Mais en réalité, la balle de pains travaillée avait déjà pris la route pour le djebel.
Située à la sortie de la ville, sur la route de Lambèse, notre position était stratégique. En moins d’une demi-heure, les miches de pain transitaient par une petite fermette que nous possédions. Mon père ballotait entre vendre des lots de terrain et se chamailler avec le maire de la ville qui souvent lui refusait des lotissements en le faisant chanter pour céder des lots au profit de la ville afin de construire un centre de formation ou une école.
Les parcelles de terre convoitées par le maire faisaient partie de la cité qui portait notre nom. A ce jour, on l’appelle encore cité Chikhi malgré les tentatives de sa débaptisation qui ont toutes échoué.
Le nom de notre famille restera à jamais gravé dans la mémoire de ceux qui nous ont aimés et respectés.
ML. CHIKHI
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Posté par imsat le 30 mai 2023
Prison de Montluc, Lyon
L’incontournable évocation des militants algériens guillotinés
Mohamed Larbi CHIKHI dit Babi
Les propos tenus par le Président de la République Française Emmanuel Macron à la Prison de Montluc à l’occasion de la fête de la victoire du 08 mai 1945 sur la barbarie Nazie nous offrent l’opportunité de revenir sur un fait historique impliquant nombre de compatriotes algériens.
Il est vrai que la prison de Montluc fut un centre de torture et de liquidation des patriotes de l’ombre qui ont mené un combat sans merci contre la Gestapo Lyonnaise. Jean Moulin, chef de la résistance intérieure, fut arrêté et torturé à mort dans cette prison, sur les murs de laquelle les noms des supliciés figurent encore.
Mais le hasard de l’histoire va encore rappeler au Président français que des Algériens furent aussi détenus dans ce lieu sinistre où la machine infernale a fait ses preuves dans la cour de cette prison plus d’une dizaine de fois pendant notre révolution.
A mon arrivée à Lyon où je fus muté par la direction de la Fédération de France, j’avais pour mission de remettre l’organisation en place car elle venait d’être décapitée.
Mes prédécesseurs n’avaient pas eu le temps de prendre contact avec le peu de cadres encore en liberté qu’ils furent encerclés par la police Lyonnaise.
Le piège s’est refermé sur eux au Parc de la Tête d’or fin 1961.
Avec Braik dit yeux bleus, nous échappâmes de justesse à l’arrestation car nous avions eu la chance de sauter dans un train juste avant celui que nous devions réellement prendre, sans aucun bagage.
Dès notre arrivée à Lyon-Perrache, nous avons préféré rester sur place, en attendant le contact chargé de nous récupérer.
C’est à ce moment que les policiers en civil se sont installés à la sortie du quai de la gare; Braik a vite compris qu’il fallait déguerpir immédiatement et rejoindre le point de chute qui nous avait été communiqué à Paris, en l’occurrence le siège de la CFTC où était hébergée la section de L’AGTA, section de l’UGTA, tolérée en France.
Nous sommes tombés nez à nez avec cheikh Ahmed qui se préparait à venir nous récupérer à la gare avec un adhérent du syndicat AGTA.
Après les explications sur notre avance, il fallait régler le problème de notre départ des lieux. Le siège de la CFTC place des terreaux étant surveillé par des policiers en civil. Là aussi, la chance continue à nous sourire grâce à une pluie battante, les policiers sont rentrés se réfugier dans un bistrot en contre-bas du siège de la CFTC.
C’est ce jour-là que j’ai entendu le nom de cette prison. Cheikh Ahmed nous rassure : « ce n’est pas ce soir que vous allez coucher à Montluc… »nous dit-il. Il se chargea de piloter Braik dit yeux bleus.
Quant à moi, le secrétaire de la CFTC me convia à passer la nuit chez lui après avoir traversé une bonne partie du centre de la ville de Lyon sous une pluie diluvienne.
Montluc, ce n’était pas un cinq étoiles
L’histoire de la prison de Montluc m’a été relatée au cours de cette nuit par mon bienfaiteur à l’occasion de cette rencontre, après lui avoir demandé des éclaircissements sur la boutade de cheik Ahmed, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas d’un cinq étoiles.
Pendant tout mon séjour, je n’ai pas eu l’occasion de passer à côté de ce lieu que je qualifierai à nouveau de sinistre.
Du point de vue mémoriel, l’histoire doit retenir à propos de la prison de Montluc que ce lieu nous appartient au même titre que le Vel d’hiv. En tout cas, il ne nous est pas du tout indifférent.
Les partisans y ont subi les pires tortures de la part de la Gestapo avec à sa tête Klaus Barbie qui fut le tortionnaire de Jean Moulin héros de la résistance française.
Klaus Barbie en France et Aussarrès en Algérie
Il y a eu Klaus Barbie en France entre 1940 et 1945 mais il y a eu en Algérie, 10 ans plus tard, le général tortionnaire Aussarrès l’assassin de Larbi Ben Mhidi héros de la révolution Algérienne.
En rendant hommage à Jean Moulin au Mémorial National de la Prison de Montluc, et en transformant celle-ci en musée de l’histoire de la résistance française, le gouvernement français se devait d’évoquer les résistants algériens qui furent actifs parmi les maquisards pendant la deuxième guerre mondiale.
A ces résistants de cette époque, il faut ajouter les suppliciés Algériens, guillotinés à Montluc, pendant la guerre de libération nationale 1954-1962.
Le chant des partisans et Mine Djibalina …
Souvent, pour regagner le domicile de ma fille, et alors que je longeais les murs de la prison, j’avais l’impression d’entendre des voix monter au ciel en entonnant le chant des partisans de l’ombre « Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines.. « mêlé au chant des patriotes algériens « Mine djibelina… » accompagnant nos condamnés à l’échafaud de Montluc.
Le souvenir de cette hécatombe est resté vivace dans nos mémoires
Il faut rappeler que les riverains de ce lieu fuyaient à la campagne lorsqu’ils savaient qu’une exécution était programmée, pour ne pas entendre l’horrible bruit du couperet, bruit à vous glacer le sang.
Il est vrai que cet endroit sinistre devrait être rasé comme le fut le Vel d’hiv mais ce n’est pas la conception historique de la France.
On n’oublie rien !
Passer l’éponge, c’est sans doute un geste qui ne coûte pas cher, mais, aujourd’hui, les nouvelles générations demandent à connaitre le pourquoi du comment de ce déchainement de folie contre un peuple qui ne revendiquait que son droit à une existence digne.
Nous sommes tentés d’interpeller le président Macron et lui demander : » Au nom de qui a t-on guillotiné les enfants d’un peuple qui ne vous ressemble pas ? Comment oser venir sur ces lieux et parler de barbarie nazie, en foulant toute honte bue le sol de la prison, sur lequel le sang de nos martyrs n’a pas encore séché ? »
On le rappellera autant de fois qu’il est nécessaire jusqu’au jour où la France officielle reconnaitra ses crimes vis à vis de ma communauté, jusqu’au jour où la repentance deviendra une évidence.
Mon pays n’a pas hésité à inscrire en lettres d’or les noms des militants français qui ont risqué leur vie pour l’Algérie, sur un mur du monument aux morts de la capitale algérienne afin que nos générations à venir effacent de leur cœur toute haine vis à vis de la France, et pour que ne subsiste aucun remords ni amertume.
A l’occasion de mon retour à Lyon au début de l’année 1965, pour à nouveau mettre en garde nombre de cadres de notre émigration contre les démons de la division que manifestaient les mêmes éléments de 1962, je me rendis compte que l’histoire se répétait. Absi larbi est devenu président de l’Amicale des algériens en France pour le compte de Ben Bella, dont il était le plus proche collaborateur politique.
Revenu plus tard, dans les années 1990, pour inscrire ma cadette à l’université catholique, j’en ai profité pour revisiter le camp de Thol avec mes enfants puis le Vercors où tant de jeunes sont morts, maquisards sans aucune expérience, avec peu d’armes (les parachutages promis pas arrivés ou parvenus bien trop tard), et encerclés puis laminés les uns après les autres de façon impitoyable par la Gestapo.
Un monument est érigé au pied du Vercors portant l’inscription suivante : ‘Là où je meurs, renaît la patrie »
Les martyrs algériens étaient eux aussi jeunes.
Ecrire l’histoire
Il faut rappeler que c’est sous le général de Gaulle que furent guillotinés nos meilleurs éléments du groupe du choc de l’organisation.
De Gaulle n’a arrêté sa démarche criminelle que sous la pression de l’opinion publique et des manifestations du 17 octobre 1961 qui ont fini par le convaincre que les carottes étaient cuites.
Plus il tardera à se débarrasser du fardeau Algérien, plus il mettra en danger son pouvoir et sa politique de redressement de l’économie de la France. Les négociations d’Évian ont traîné en longueur et buteront sur la question du Sahara que les français voulaient garder sous leur souveraineté.
De Gaulle donnera alors un ultimatum à Joxe pour activer la signature des accords d’Évian avec la délégation Algérienne. La France traînera à jamais cette tâche sombre de son histoire, et les nombreux crimes commis pendant toute la colonisation.
L’écriture de l’histoire est un processus complexe parce qu’elle suscite souvent des lectures et des analyses divergentes.
C’est le cas de l’histoire de la guerre d’Algérie.
L’histoire retiendra aussi que c’est le gouvernement Michel Debré avec ses acolytes Frey ministre de l’intérieur et Papon préfet de police, et sous leur autorité que furent prononcées et exécutées les sentences des tribunaux militaires instaurés par les lois 56268 et 56269 stipulant que sont condamnés à mort tous les fidayîn pris les armes à la main sans instructions préalables.
C’est ainsi que 45 condamnations à mort furent prononcées et 25 exécutées, dont onze à la prison Montluc Lyon.
Je citerai pour mémoire les noms de mes compatriotes guillotinés.
- Bellil abdallah, 7 juin 1959, prison de Dijon
- Hasnaoui Mohamed, 26 septembre de Dijon
- Sadani Mokrane, 5 juillet 1959, prison de Dijon
- Benzouzou Mohamed, 26 septembre 1959, Fort Montluc, Lyon
- Ait Rabah Mouloud, 23 février 1960, Fort Montluc, Lyon
- Cherhari Ahmed, exécuté le même jour au même lieu
- Karouch Ahmed, 17 mars 1960, Fort Montluc, Lyon
- Guelma Mohamed, 5 avril 1960, prison de Dijon
- Feghoul Mohamed, le même jour, au Fort Montluc, Lyon
- Menaï Brahim, le même jour également, et même lieu
- Mokrani Mahmoud, 8 juillet 1960, Fort Montluc
- Boukhemis Taffer, 9 juillet 1960, Fort Montluc
- Lakhlifi Abderahmane, 30 juillet 1960, Fort Montluc
- Bougandoura Miloud, 5 août 1960, Fort Montluc
- Harmoulate Boucetta
Il faut absolument écrire l’histoire de ces martyrs mais également celle des 150 000 algériens qui ont combattu le nazisme durant le second conflit mondial (16000 d’entre-eux sont morts ou portés disparus).
On ne peut pas, on ne doit pas passer cette page de l’histoire par pertes et profits. Les jeunes générations doivent en prendre connaissance. C’est un impératif à la fois mémoriel, culturel et civilisationnel.
ML CHIKHI
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Posté par imsat le 27 avril 2023
14 juillet 1958, sur les Champs Elysées, des jeunes algériens défient le pouvoir français
Mohamed Larbi Chikhi dit Babi
Aussi incroyable que cela puisse paraître, Le 14 juillet 1958, le FLN s’est bel et bien invité sur les Champs Elysées, souhaitant à sa manière la bienvenue à De Gaulle alors Président du Conseil à côté de René Coty, Président de la République Française.
A cette occasion, il était prévu que l’un et l’autre entendraient de la bouche de 2000 jeunes Algériens venus d’Algérie pour la circonstance défiler sur les Champs Elysées, et crier à gorges déployées » Vive la France ! »
Ce sont les services spéciaux qui ont organisé l’événement avec l’aide de la SAS, la SAU et la DST. Par inadvertance, ils y ont associé des éléments de l’organisation FLN de Constantine qui avaient veillé au travail de mobilisation pendant les regroupements et les différentes traversées auprès des éléments sûrs.
Il était difficile de garder le secret de l’opération jusqu’au jour J malgré l’encadrement et l’isolement des futurs manifestants d’autant que ces jeunes avaient subi un matraquage psychologique et des promesses de divers ordres.
On comptait très peu d’étudiants parmi eux, il y avait surtout des jeunes en rupture scolaire parmi ceux qui avaient été recrutés à la périphérie urbaine, des sans-emplois, dans un contexte sécuritaire marqué par la répression malgré la fraternité de façade affichée le 13 mai 1958.
Fort heureusement, cette mascarade n’aura pas lieu et ce, grâce à la vigilance de la Fédération de France qui, alertée par l’organisation du FLN de Constantine, va prendre en main le véritable déroulement des opérations et provoquer un tollé au sein des délégations étrangères qui assistaient au défilé annonçant le retour de De Gaulle au pouvoir.
En effet, le préfet Papon précédemment en poste à Constantine -où il ne laissera pas de bons souvenirs- cherchant surtout à se mettre en valeur auprès des autorités de Paris, eut l’idée saugrenue de faire venir de Constantine et ses environs les 2000 jeunes « français musulmans » à qui on allait demander de crier vive la France et agiter des drapeaux tricolores sur les Champs Elysées.
La Fédération avait tout prévu
Ceux qui étaient chargés d’encadrer ces jeunes à Paris n’ont pas hésité un seul instant à rapidement prendre contact avec l’organisation et rendre compte des consignes qui leur furent communiquées.
Pour l’organisation se posa le problème de leur prise en charge et de leur évacuation par la suite.
A ce stade de la préparation de l’action du 25 aout 1958, le risque était trop gros. Il fallait donc jouer avec les mêmes armes que Papon voulait utiliser contre nous.
Nous allons manifester, certes, mais nous allons crier Algérie Algérienne et agiter le drapeau algérien que l’on a pu fabriquer en très peu de temps; ce drapeau que le monde entier a pu voir et observer, outre le chaos psychologique que nos jeunes ont créé avant de se disperser dans la nature pour la plupart. Beaucoup parmi eux furent d’ailleurs récupérés par l’organisation.
Les responsables furent évacués d’abord vers l’Allemagne où ils furent pris en charge par le représentant du FLN, Hafid Kéramane qui organisa leur départ vers la Tunisie via l’Italie.
Cet événement continue hélas d’être ignoré par nos historiens à l’instar de la manifestation du14 juillet 1953 où tombèrent six de nos frères et un étranger en plus de centaines de blessés, Place de la Nation, à Paris.
Deus Ex Machina
Pour le 14 juillet 1958, toute l’organisation allait se dérouler très vite compte tenu des délais impartis (à peine trois semaines) avant la date fatidique.
Le cloisonnement de l’organisation et les règles de la clandestinité constituaient notre principale force.
Comme des milliers de personnes, nous étions sur le parcours du défilé mais les présents étaient loin de se douter qu’ils allaient assister aux premières loges à un deus ex machina non prévu dans le programme et qui allait bouleverser nos vies.
La priorité pour nous était de dégager au plus vite de l’endroit où nous étions, d’autant que la bouche du métro Franklin Roosevelt se trouvait sur l’itinéraire du défilé.
Le mouvement de foule gêna un peu notre progression vers le salut. Nos cœurs battaient la chamade, nous étions convaincus qu’une une fusillade risquait d’éclater à un moment ou un autre.
Avec le recul du temps, je me demande vraiment pourquoi n’a t- on pas prévu au moins des médailles de mérite à cette jeunesse qui a porté haut et fort l’emblème de l’Algérie, et pour la première fois en France devant le peuple français et son libérateur le général De Gaulle, même à titre posthume. Cette injustice doit être réparée.
Il faut insister sur le fait que cet événement n’a pas surgi ex nihilo. Il avait été conçu et organisé rigoureusement et longtemps à l’avance.
Des réunions de préparation allaient se tenir plusieurs après- midi de suite au Tam Tam rue de la Huchette au 5ème arrondissement.
L’établissement appartenait à la famille Ftouki parents de Warda El Djazairia, et originaires de Constantine.
Il n’était ouvert que la nuit, on y allait pour écouter de la musique algérienne en dégustant des gâteaux et du thé; l’endroit attirait beaucoup de touristes orientaux friands de morceaux du Malouf constantinois.
La sécurité était totale pour les éléments de l’organisation qui devaient étudier tous les cas de figure, la remise des drapeaux aux éléments sûrs, les slogans, la proximité de la tribune officielle; ils devaient veiller à perturber au maximum le déroulement du défilé, mais aussi à organiser le repli des éléments audacieux avant que la police ne les arrête, et les lieux où devaient se cacher les militants avant leur évacuation.
Inutile de souligner que nos éléments ont fichu une telle pagaille que la presse de droite n’a pas cessé d’en parler pendant toute la semaine. Le Monde nous consacrera des articles élogieux, balayant définitivement le rêve de l’Algérie française.
A cette époque, l’Algérie étant un département Français, ceux qui ont réussi à s’éclipser n’ont eu aucun problème, leur carte d’identité Française suffisait à les protéger pendant leur séjour.
Certains sont devenus permanents de la Fédération de France jusqu’à l’indépendance.
Les mineurs ont repris le chemin du retour sur Constantine, non sans avoir été sermonnés par les agents de la DST qui étaient restés stupéfaits devant cette surprise et l’ampleur d’un l’événement auquel ils ne s’attendaient pas.
Écrire ces actes de bravoure
En tout état de cause, il est urgent d’entamer l’écriture de l’histoire de l’apport de l’émigration Algérienne à travers la fédération de France, apport qui n’est pas seulement financier; des événements importants ont été vécus par notre émigration, la mise en place de l’organisation de la Fédération en 1952 par Mohamed Boudiaf et Didouche Mourad, avant qu’ils ne regagnent Alger où la préparation du soulèvement du premier novembre 1954, était rentrée dans sa phase décisive.
Les cadres qui ont vécu toute cette période sont en train de nous quitter les uns après les autres, beaucoup reste à dire et à écrire.
Cette tâche n’incombe pas seulement aux pouvoirs publics. Elle devrait impliquer de façon active les universitaires, les chercheurs en histoire et plus globalement les intellectuels (politologues, sociologues, ethnologues…) aptes à contribuer à l’écriture de l’histoire de la guerre de libération nationale.
M.L Chikhi
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