Nedjma-4-

Posté par imsat le 19 juillet 2017

Le film pourrait-il être tourné de façon bénéfique ailleurs que dans les villes citées précédemment ? La réponse devrait aller de soi. Pourtant, ce n’est pas le cas. Pourquoi ? Parce que certains seraient tentés par un tournage dans un pays disposant d’infrastructures cinématographiques attractives et qui ont fait leurs preuves depuis longtemps. Je rappelle quand même que l’adaptation cinématographique de « Ce que le jour doit à la nuit » de Yasmina Khadra a été réalisée par Alexandre Arcady dans 3 pays (Algérie, Tunisie, France). On avait évoqué quelques entraves bureaucratiques pour la partie algérienne du tournage. « Soleil » de Roger Hanin retraçant l’enfance algéroise de l’acteur, a été tourné en partie à Casablanca. Cela dit, pourquoi évoquer le lieu de l’éventuel tournage de Nedjma avant d’avoir parlé de sa production et de celui qui pourrait en assurer la mise en scène ainsi que des acteurs potentiels ? Il n’y a rien de délibéré de ma part, c’est juste une question d’inspiration. On peut d’ailleurs épiloguer sur un projet sans nécessairement en respecter l’ordonnancement logique. On a dit de Nedjma qu’il pouvait être lu de mille et une façons. On peut commencer par le début mais on peut aussi le lire en diagonale comme on peut en mixer divers passages eux-mêmes hors-chronologie. Il en est de même pour un projet de film. Du reste, je me demande s’il ne faut pas songer à scénariser le roman en tenant compte au plus près du déroulement labyrinthique du récit, tel que l’a voulu l’auteur. Est-ce important que le film soit tourné en Algérie ? Oui, d’abord parce que de grands films étrangers ou algéro étrangers y ont été réalisés, parmi lesquels La bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo, Z de Costa Gavras, L’étranger de Visconti ou encore Mon colonel de Laurent Herbié (scénario de Gavras), ensuite parce que le traitement de la question est surtout tributaire de la volonté des autorités algériennes. Autrement dit, quand l’Etat veut, il peut ! Et il l’a prouvé à maintes reprises; enfin les enjeux d’un tournage en Algérie sont importants car tout à la fois politiques, culturels, psychologiques, identitaires. Nedjma s’adresse au monde entier mais c’est l’Algérie qui est au centre du récit. Produire un tel film, ce serait rendre à l’auteur un hommage bien mérité, ce serait aussi agir à son égard un peu comme l’a fait Poutine au sujet de Soljenitsyne en lui décernant en 2007 le prix d’Etat. exprimant ainsi concrètement sa volonté de réhabiliter l’auteur, entre autres livres, de L’archipel du goulag et Le pavillon des cancéreux. Poutine, nostalgique de la Russie d’autrefois, avait compris que « le temps retrouvé » devait nécessairement passer par cette réhabilitation. Pour Kateb Yacine, ce serait un peu la même chose. La dimension politique d’un film sur Nedjma véhiculerait une reconnaissance particulière, un hommage légitime. Le politique d’aujourd’hui reconnaîtrait ainsi ouvertement la toute puissance, la transcendance de l’oeuvre de l’écrivain à travers sa pièce maîtresse, Nedjma…

Lamine Bey Chikhi

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Nedjma-3-

Posté par imsat le 16 juillet 2017

« Une première lecture de Nedjma provoque généralement une impatience, une irritation voire une  frustration. On pense lire une histoire et on s’impatiente que le narrateur accumule les suspensions, retarde indéfiniment le récit; tant il est vrai qu’au principe de l’écriture Katébienne se trouve un choix qui bouleverse les habitudes, impose à la durée d’énormes distorsions, utilise le récit en l’inversant » Ce propos de l’universitaire Tunisien Habib Salha résume bien l’opinion consensuelle de ceux qui ont lu Nedjma, pas seulement les connaisseurs mais les gens ordinaires, les profanes; il renvoie à l’absence de linéarité, à la discontinuité, aux flash-backs et zigzags qui marquent le roman, du début à la fin. Ces éléments avec d’autres expliquent, définissent, imposent la complexité de l’histoire. Il me paraît dés lors impossible et d’abord inconcevable qu’une adaptation cinématographique du récit fasse l’impasse sur cette complexité ou en réduise la portée, la signification, la genèse par des artifices techniques, pour ne pas risquer d’ennuyer le spectateur et finalement pour répondre à des exigences de rentabilité commerciale et financière. On ne saurait donc délester un tel projet de ce qui précisément singularise le roman, le style de l’auteur mais aussi l’enchevêtrement maîtrisé des scènes, des personnages, des lieux. Je le dis en songeant aux films qui ont fait l’objet de 2 ou 3 versions (celle du pays d’origine et celle d’autres pays, occidentaux en particulier, à l’instar de Guerre et paix, Anna Karénine, les Misérables…En général, la version américaine des films étrangers est divertissante, captivante mais expéditive car expurgée de nombreux « détails » pourtant importants. La version originale est longue (2 ou 3 parties) mais spectaculaire, fastueuse et je dirais rassasiante. Un film sur Nedjma ne peut être valablement appréhendé que sous le prisme d’une version longue, de nature à en restituer tous les questionnements, toute la beauté, toute la profondeur. J’en parle comme un cinéphile ordinaire, certes, mais en même temps apte à repérer, à déceler assez vite la scène phare ou, au contraire, la déficience majeure d’un film. Il y a l’expérience, le professionnalisme d’un cinéaste, il y a le travail des critiques de cinéma mais il y a aussi l’observation, le coup d’oeil du cinéphile. Au reste, cette réflexion sur Nedjma transposable au cinéma remonte à la fin des années 70. J’en parlais souvent avec AF, lui aussi grand amateur de cinéma, très attentif au jeu des acteurs mais aussi à la dimension esthétique des films. Est-ce que nous en parlerions aujourd’hui de la même façon ? C’est possible sur un plan général mais je crois que nous y ajouterions un peu de ce que nous avons engrangé comme images durant ces dernières décennies. Nous parlions de Nedjma comme nous le faisions des autres livres que nous avions lus ou que nous lisions à ce moment-là. Nous en discutions en pensant systématiquement à ce que donnerait tel ou tel roman à l’écran. Parfois, nous focalisions sur un personnage. Ce n’était pas le cas quand nous évoquions Nedjma que nous visualisions certes à travers les yeux, les propos, les fantasmes des autres personnages (Lakhdar, Mustapha, Mourad, Rachid) mais aussi par nous-mêmes. Nedjma, roman universel ? indubitablement ! Chacun peut y trouver ce qu’il cherche. Moi, cela me parle notamment parce que, comme le souligne Jacqueline Arnaud spécialiste de l’oeuvre de Kateb Yacine, « La topographie du roman fait référence à l’Algérie de l’Est et au quadrilatère Sétif-Guelma-Constantine-Bône » Cette articulation me conduit à penser que certaines villes, certains lieux apportent une espèce de plus-value aux histoires qu’ils abritent; ils les bonifient. Ces lieux ont une mémoire, une résonance qu’on ne retrouve pas ailleurs, en tout cas pas de la même manière ni avec les mêmes prédispositions psychologiques, culturelles…

Lamine Bey Chikhi

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Nedjma-2-

Posté par imsat le 12 juillet 2017

Je peux citer d’autres noms de cinéastes qui feraient l’affaire. Sur ce point précis, je préfère laisser les choses en l’état. Je développerai mon point de vue ultérieurement. Pour l’heure, ce que je veux surtout dire c’est qu’il faut mettre le paquet pour Nedjma. Le roman a été traduit dans plusieurs langues. On le connait sur les cinq continents. Il a fait l’objet de nombreuses thèses de doctorat tant en Algérie qu’à l’étranger. Des colloques lui sont régulièrement consacrés. Des universitaires ont sué sang et eau pour décortiquer, décrypter, décoder, déconstruire Nedjma et plus généralement l’oeuvre de Kateb Yacine. Les chercheurs explorent sans cesse de nouvelles pistes de réflexion sur cette oeuvre qui reste encore en friche compte tenu de sa complexité et de sa « porosité interprétative ». L’auteur s’était lui-même dit étonné de l’extrême diversité et richesse des écrits (livres, travaux de recherche, articles, actes de journées d’étude….) consacrés à son travail, et de ce qu’ils révélaient en rapport avec son oeuvre ou avec une face cachée à laquelle il disait n’avoir pas songé. Je rappelle cela précisément pour souligner la nécessité de consulter les spécialistes de cet écrivain hors-normes, dans tout éventuel processus de préparation d’un film sur Nedjma. On sait que Boudjedra a co-écrit le scénario de Chroniques des années de braise de Lakhdar Hamina, Palme d’or à Cannes en 1975. Je me rappelle avoir apprécié ce film notamment du fait de cette collaboration judicieuse entre le réalisateur et l’écrivain. Pour Nedjma aussi, il faut associer les compétences universitaires littéraires aux compétences cinématographiques et organiser ce brainstorming de telle sorte que le produit fini soit pleinement réussi et rayonne dans le monde entier. Nedjma est considéré comme le roman algérien de langue française le plus important du 20è siècle. Un film qui lui serait consacré se doit d’être à la hauteur du roman, de son impact international, de ses tenants et aboutissants. Un film sur Nedjma, cela ne doit pas être un ratage, un gâchis, un coup d’épée dans l’eau. Je pense à Nedjma et j’y associe Anna Karénine, bien que rien ne rapproche les deux histoires. J’ai vu les versions russe et américaine de l’adaptation cinématographique de cette oeuvre considérable de Tolstoï. Eh bien, on devrait faire de Nedjma un film grandiose qui marque tout à la fois la conscience collective en Algérie et partout ailleurs dans le monde mais aussi les annales du cinéma. Il faut s’y préparer sérieusement, soigneusement, rigoureusement et sans doute aussi avec quelque passion et un souci de la performance. « Aux heures les plus chaudes, je m’endormais sous les cèdres, et le sommeil chassait la mélancolie; je m’éveillais gonflé de chaleur. C’était pareil à cette joie sous le figuier, de voir Nedjma au sortir du bain, distante mais sans disparaître, à la façon d’un astre impossible à piller dans sa fulgurante lumière ».  Des passages comme celui-ci, le roman en est truffé. Comment les corréler de telle sorte que la magie de leur adaptation à l’écran opère indiscutablement, frappe les esprits ? On ne doit pas escamoter, survoler, rester superficiel, couper au montage des scènes essentielles. Il faut tout montrer ou ne rien montrer du tout !

Lamine Bey Chikhi

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Nedjma -1-

Posté par imsat le 8 juillet 2017

J’aime le cinéma. Pas n’importe quel cinéma. Je ne suis pas fan de cinéma américain. Les films américains sont parfaits, techniquement parlant. Je n’aime pas ce qui est toujours impeccable. Naturellement, j’ai beaucoup apprécié nombre de réalisations américaines des années 50, 60, interprétées par Alan Ladd, Robert Mitchum, Richard Widmark, Humphrey Bogart, James Steewart, Lana Turner, Audrey Hepburn…Je préfère le cinéma français, pas seulement le cinéma d’auteur. Je connais à fond, Gabin, Piccoli, Ventura, Delon, de même que Romy Schneider. J’ai beaucoup aimé Le train interprété justement par Romy Schneider et Jean Louis Trintignant. J’ai été ravi de voir et revoir Le vieux fusil avec l’actrice fétiche de Claude Sautet et l’excellent Philippe Noiret  Je placerais volontiers le cinéma italien juste après le cinéma français. Le Guépard de Visconti avec Lancaster, Delon et Claudia Cardinale est inoubliable……La liste est longue mais je ne peux faire l’impasse sur le cinéma algérien des années 60-70. Je n’ai raté aucun des films sortis durant cette période. Ils ont été servis par une distribution de qualité (Sid Ahmed Agoumi, Sid Ali Kouiret, Mustapha Kateb, Rouiched…). Certaines de ces productions soutiennent parfaitement la comparaison avec les meilleurs films étrangers de la même époque. L’autre jour, au lendemain de l’Aid El Fitr, je conversais avec Beida de choses et d’autres, notamment (évidemment) de l’Algérie, de ce qui manquait encore cruellement à notre pays pour qu’il retrouve son aura d’autrefois. En général, quand on dit autrefois, on pense essentiellement aux années Boumediène. Nous avons évoqué le cinéma comme vecteur potentiel de la réhabilitation de cette image. Moi, je continue de penser que cela est possible. Et j’avoue que j’ai souvent adossé cette potentialité à Nedjma de Kateb Yacine, non pas au roman en tant que tel mais à son éventuelle adaptation cinématographique. L’idée que je me fais d’un tel projet est extrêmement exigeante. Je ne parle pas d’un documentaire mais d’un film, un vrai film, un long métrage avec un scénario de haute facture, le plus fouillé possible, des comédiens en phase avec les attentes du public, une histoire haletante à l’image du récit, un scénario qui restitue en arrière-plan la vie de l’auteur par le biais des propos du narrateur. S’il faut faire de Nedjma un film, il faut voir grand, afficher toutes les ambitions qu’il autorise, qu’il suggère. Si on n’est pas capable de faire un film au moins égal au roman en termes d’émotion, de mystère, de curiosité, d’émerveillement, alors il vaut mieux s’abstenir. Pour en faire un film immense, à portée planétaire (parce qu’il le mérite vraiment et parce que la notoriété du livre et de l’auteur est mondiale), il faut que tous les intervenants (équipe technique, scénariste, réalisateur, acteurs…) s’imprègnent comme il se doit du récit, de sa complexité, de sa diversité thématique, de ses rebondissements et bien évidemment de ses personnages au premier rang desquels Nedjma, fil d’Ariane, élément-clé de l’histoire. Mais à qui en confier la réalisation ? La question n’est pas simple. Mais, de grâce, évitons la précipitation ! Ne laissons pas les bureaucrates et les prédateurs « culturels » s’approcher du projet. Ne cédons pas au chant des sirènes ni au discours de ceux qui croient tout connaître du cinéma. Ne cédons pas non plus à la facilité en confiant la mise en scène à un cinéaste au seul motif qu’il présente à son actif quelques films algériens. Certains pourraient penser immédiatement à Ahmed Rachedi. On sait qu’il a réussi pas mal de films, en particulier L’opium et le bâton (adaptation du roman éponyme  de Mouloud Mammeri). Mais ce film pour lequel l’Etat n’a pas lésiné sur les moyens financiers et matériels, aurait-il connu le succès qu’il a connu s’il n’y avait pas eu dans sa distribution Marie Josée Nat et Trintignant ? Et puis, pourquoi Ahmed Rachedi ?

Lamine Bey Chikhi

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Interpellations…

Posté par imsat le 28 juin 2017

On dit de certains romanciers qu’ils écrivent toujours le même livre. Cela me parait évident surtout pour les auteurs qui puisent leur inspiration dans leur vie personnelle. Je n’ai pas l’intention de me référer à Proust pour m’en convaincre, l’ayant déjà cité à maintes reprises en appui à mes réflexions. Mais pourquoi à tout le moins me priver de penser à lui à partir du moment où il incarne le mieux, à mes yeux en tout cas, la symbiose entre l’oeuvre et la vie de son auteur. L’écriture ici serait une réplique, une copie quasi conforme de la vraie vie même si on peut y relever des variations, des variantes. Mais il n’y pas que cela. Si je devais abonder dans cette optique et évoquer, par exemple, ma ville natale, je ne le ferais pas seulement de l’extérieur ni pour rebondir sur des séquences m’ayant impliqué personnellement. Je veux dire par là que la remémoration ne suffirait pas à rendre compte exhaustivement de ce à quoi je voulais parvenir depuis longtemps mais que, pour diverses raisons dont certaines étaient indépendantes de ma volonté, je n’ai pas pu restituer comme je le souhaitais. Libre à chacun de parler de sa ville natale comme il l’entend. Moi, je l’ai fait via moult images, impressions, sensations. C’est toujours très peu par rapport au stock de données dont je dispose. Par moments, j’avais comme le sentiment de céder à la tentation nombriliste même si ce n’était pas du tout le cas en réalité. En fait, je pensais à plein de choses, à leur interconnexion. En même temps que je triais les souvenirs que je considérais dignes d’intérêt, je m’interrogeais sur la meilleure façon de les relier à l’histoire de la famille. Pour tout dire, je savais que cette histoire transcendait complètement les émotions personnelles, les idées individuelles. les approches réductrices, étriquées, parcellaires. Et pour cause, elle ne peut être objectivement confrontée qu’à celle de la ville où elle s’écrivait, c’est-à-dire Batna. Je prétends, je soutiens (je crois pouvoir me le permettre à plus d’un titre) que l’histoire même de cette ville est intimement liée à celle de la famille, notre famille. Est-ce un crime de lèse-majesté de vouloir mettre en exergue cette proximité ? Un certain nombre d’éléments de la famille ont été des acteurs notables, dynamiques de l’histoire de la ville. Il faut le dire et le redire car l’histoire a aussi malheureusement une fonction de rouleau compresseur que d’aucuns actionnent pour tout écraser, tout démolir, tout effacer, pour brouiller les pistes, rendre l’histoire illisible, incompréhensible. Quelques mois avant son décès, mon cousin Azzedine (paix à son âme), m’avait demandé ce qu’on pouvait entreprendre pour que la cité Chikhi continue de porter notre nom ou plutôt qu’elle retrouve de nouveau son nom.. Les autorités locales ont cru devoir la débaptiser dans les années 80 pour lui donner le nom de cité Ennasr (La victoire ?). j’ai dit à Azzedine que nous pourrions en effet écrire à qui de droit  pour la réhabilitation du nom originel de la cité avec à l’appui un dossier en bonne et due forme. A vrai dire, j’étais sceptique quant à l’utilité potentielle d’une telle démarche. L’initiative serait vouée à l’échec. C’est un problème de culture. Le rapport à l’histoire est tributaire du rapport à la culture. J’ai préféré lui dire que, de toute manière, dans la mémoire collective, ça sera toujours cité Chikhi. Mémoire collective ? Qu’est-ce que cela signifie aujourd’hui, en Algérie ? Elle dure combien de temps cette mémoire ? Est-elle viable si ceux qui sont censés l’entretenir n’en veulent pas, n’en ont peut-être même pas conscience pris qu’ils sont dans le tourbillon infernal du quotidien, des comparaisons matérielles futiles, de la fuite en avant, de la fuite tout court ? Que vaut cette mémoire si les concernés ont déjà tourné la page ? Il y en a qui disent « on tourne la page mais on n’oublie pas ». Oui, mais tourner la page c’est une façon d’arrondir les angles. Et arrondir les angles, n’est-ce pas déjà se positionner sur le chemin de l’oubli ? Voilà pourquoi, l’introspection personnelle apparaît comme un succédané, minimal certes, mais néanmoins nécessaire pour pallier l’absence d’une prise en charge globale de cette histoire. Autrefois, il y avait un noyau dur dans la famille, celui-là même dont les actions multiformes ont marqué l’histoire de la ville sur un peu plus d’un siècle. Je ne pense pas à ce noyau dur eu égard à des considérations exclusivement logistiques, matérielles, financières (patrimoine immobilier, fermes agricoles, terres, société de transports, commerces….) ni socio politiques. Il se déployait aussi sur une base stratégique pour à la fois développer et pérenniser les acquis tout en pesant directement ou indirectement sur les mutations de la ville. J’écris cela et je me rends compte qu’il y a non pas une seule mais plusieurs grilles de lecture de ce qui a constitué la césure entre, d’une part, l’oeuvre fondatrice engagée, concrétisée et confortée par la « task force » (j’aime ce mot car il renvoie au volontarisme, à l’innovation, à l’organisation, aux convergences intellectuelles) à laquelle je songe de façon précise et qui avait fonctionné à fond et tous azimuts, et, d’autre part, la phase de repli, de la décantation inertielle, de la dislocation du leadership. En définitive, je me demande si l’héritage n’était pas trop lourd à porter, non seulement dans sa dimension matérielle mais dans ce qu’il pouvait susciter en termes d’ambitions collectives, de rêves collectifs…

Lamine Bey Chikhi

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Un écrivain peut-il se contredire ?

Posté par imsat le 19 juin 2017

Il y a nombre de textes sur lesquels j’aurais voulu revenir, pas nécessairement pour en revoir le fond. Il y en a parmi eux dont je disais qu’ils constituaient juste l’esquisse, l’ébauche d’une réflexion que j’aurais à développer ultérieurement. Moi, je ne suis pas écrivain, je suis juste un blogueur ordinaire; je peux me permettre des volte-face, des revirements. Mais un écrivain (un vrai) peut-il se permettre de se contredire, de dire une chose et son contraire dans une phrase, un chapitre, un livre, une oeuvre ? Des critiques littéraires répondent affirmativement à la question. Je crois que cela ne vaut pas que pour les auteurs. Le souci de la nuance, la recherche opiniâtre du mot juste, la crainte de se voir reprocher une déficience, des lacunes, quelques erreurs dans la présentation des choses, tout cela peut parfois pousser à la contradiction. Mais il y a aussi la contradiction délibérée, consciente, totalement assumée. On n’a pas besoin d’expliquer ce que l’on assume. C’est à prendre ou à laisser ! Les observateurs, les commentateurs ne se positionnent pas clairement par rapport à ce thème. J’en ai vu un défendre bec et ongles le romancier qui était en face de lui en disant grosso modo qu’un écrivain n’avait pas à être dans la linéarité, la tranquillité, la logique, qu’il n’était pas tenu non plus de caresser le lecteur dans le sens du poil, mais il ne s’est pas demandé en quoi la contradiction pouvait, devait être acceptée comme un élément dynamique de l’écriture. J’y ai repensé dernièrement en écoutant l’excellente chaîne 3 (francophone) de la radio nationale algérienne. Je me suis interrogé sur la façon que j’aurais de disserter éventuellement sur Meg, en particulier sur sa voix radiophonique  lisse, claire, harmonieuse, singulière. Pourrais-je me limiter à dire que sa voix, c’est du miel ? Non, cette impression liminaire ne me suffirait plus. Je me suis rappelé avoir lu un article élogieux à son égard dans l’hebdomadaire Révolution Africaine (rubrique culture) ; c’était au milieu des années 90. On la présentait comme l’étoile montante de la radio. Et puis d’autres éléments sont venus s’agréger autour de cette évocation. La sublime voix radiophonique ne pouvait se suffire à elle-même. Il fallait en effet aller au-delà pour voir si cela collait avec le reste et inversement. Il y avait une distance vis-à-vis des auditeurs. Un recul difficile à saisir, peut-être tactique, un peu professionnel, en tout cas maîtrisé, donc pas tout à fait naturel. Cela finit par annihiler la fraîcheur, la spontanéité de la prise de parole initiale. En outre, une image s’était incrustée dans ma mémoire, celle d’une brève rencontre, place Kennedy, à El Biar, Alger, en 1986. Ensuite, il y a eu un enchaînement de souvenirs mettant en présence un entourage, des conversations polémiques liées à l’identité, à la culture. C’est cela qui vient à la fois fragiliser les idées originelles suscitées par une voix exceptionnelle, et mettre à nu l’ambivalence des impressions que j’ai pu ressentir au fur et à mesure de la rétrospective à laquelle je me suis livré pour asseoir mon « verdict ». Je ne suis qu’un blogueur et mes contradictions ne prêtent pas à conséquence. Mais un écrivain peut-il se permettre de se contredire ? A partir de quel moment cela nous interpelle t-il ? Dans l’Etranger, Camus écrit: « …J’ai compris alors qu’un homme qui n’aurait vécu qu’un seul jour pouvait sans peine vivre cent ans dans une prison. Il aurait assez de souvenirs pour ne pas s’ennuyer ». Dans Le premier homme, il déclare :  « La mémoire des pauvres déjà est moins nourrie que celle des riches, elle a moins de repères dans l’espace puisqu’ils quittent rarement le lieu où ils vivent, moins de repères aussi dans le temps d’une vie uniforme et grise. Bien sûr, il y a la mémoire du coeur dont on dit qu’elle est la plus sûre, mais le coeur s’use à la peine et au travail, il oublie plus vite sous le poids des fatigues. Le temps perdu ne se retrouve que chez les riches ». Les deux passages ne sont-ils pas contradictoires, le premier mettant en avant la consistance, la portée des souvenirs de l’homme en général, le second opposant la mémoire des pauvres qui finit par s’effriter avant de disparaître complètement, à celle des riches ?

Lamine Bey Chikhi

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Rien n’est perdu tant que tout n’est pas perdu

Posté par imsat le 4 juin 2017

L’intitulé de ce texte est un proverbe japonais. A priori, il se suffit à lui-même, comme la plupart des proverbes, et n’a donc pas besoin d’être commenté. J’ai quand même envie d’en dire quelques mots. En fait, tout était déjà écrit dans ma tête. Je le fais d’ailleurs systématiquement pour les citations retentissantes, singulières, magiques, incontestables. C’est le cas du titre de la présente réflexion. Mon premier questionnement a trait à son origine. Ce proverbe pouvait-il provenir d’un autre pays que le Japon ? Je trouve d’abord qu’il correspond parfaitement à ma perception de ce pays, pas seulement au regard de son histoire, de ses traditions, de sa culture, de sa créativité, pas seulement à cause des bombardements atomiques de Nagasaki et d’Hiroshima. C’est un tout, une totalité reposant sur des interdépendances. Si l’on se limite à l’approche sommaire, rudimentaire des aphorismes, on n’en tire aucun profit, aucun intérêt. C’est pourquoi, j’aime me positionner sur des extrapolations plus globales ou alors carrément individuelles. Les peuples sont différents les uns des autres comme le sont les individus. J’ignore pourquoi j’ai hâtivement conféré au proverbe japonais une sorte d’éligibilité sélective qui le rendrait inaccessible à certaines contrées, certaines populations. Question de préjugé ? Peut-être, mais un préjugé n’est jamais énoncé ex nihilo. Quoi qu’il en soit, il ne suffit pas de citer une phrase-clé, une phrase-référence, un dicton. Oui, c’est épatant, pertinent, intelligent, censé, fondé, parfois même fascinant, mais qu’est-ce qu’on en fait au juste, concrètement et intellectuellement ? Certains discours politiques sont truffés de belles citations d’auteurs; Il se démarquent des autres parce qu’ils frappent les esprits. Il n’est d’ailleurs pas rarissime que l’on retienne plus la citation que le discours lui-même: la citation résume, synthétise, explique le contenu, la forme, la portée de la déclaration générale. Elle apparaît ainsi comme la quintessence du discours. Autre interrogation : est-on conscient de l’impact, de l’utilité pratique des proverbes, de leur contribution déterminante à l’explication, à la compréhension du monde  ? « Rien n’est perdu tant que tout n’est pas perdu »,  tout est dans ces mots, dans leur articulation : L’optimisme, le pragmatisme, la résistance, le refus du renoncement y compris face aux pires épreuves de la vie. Il y a une hiérarchie positive dans la formulation de ce proverbe qui affirme d’emblée que rien n’est perdu. L’espoir est là, immédiat, à portée de main, bien réel, palpable. La perspective est dynamique. L’ordonnancement est précis, ciselé; le sens profond est d’abord dans la forme, la configuration, l’agencement des mots, en tout cas, il leur est intimement lié. Ce n’est d’ailleurs pas du tout  la même chose de commencer par déclarer que tout n’est pas perdu. Et puis, il ne s’agit pas de se contenter de dire que l’on a compris et de passer sous silence les contours, la texture, les ondulations, les ramifications du propos. les images, les projections qu’il déclenche sur le champ…C’est ce qui me conduit à penser qu’il faut d’abord se convaincre soi-même non seulement de la justesse mais aussi de la valeur pratique du proverbe, avant d’envisager sa possible modélisation et son éventuelle « collectivisation »

Lamine Bey Chikhi

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Course contre la montre

Posté par imsat le 14 mai 2017

J’ai demandé à mon boucher de me confirmer si le premier jour du ramadhan prochain allait bien coïncider avec le week-end. Il m’a répondu par l’affirmative. Je lui ai dit que j’avais l’impression que le ramadhan de l’année dernière venait juste de s’achever. Je lui ai même dit, alors qu’il me taillait quelques escalopes de dinde, que j’avais le sentiment de revivre exactement la même situation, la même ambiance que celle qui prévalait ici même, au même endroit, il y a près d’une année. Il m’a dit que lui même ressentait la même chose, avant d’ajouter : « Quand le temps se rétrécit comme c’est le cas de nos jours, cela signifie qu’on n’est plus très loin de l’Heure… ». Cela fait des années que  j’entends parler des signes avant-coureurs de la fin du monde. A l’époque où le FIS (Front islamique du salut) était aux portes du pouvoir et dirigeait déjà la quasi totalité des 1548 communes du pays, on évoquait souvent ce qui pouvait être perçu comme annonciateur de la fin des temps. On citait par exemple la croissance exponentielle et anarchique des constructions de toutes sortes à travers l’ensemble du territoire national, une déliquescence de la société, la néantisation des valeurs traditionnelles, la fin d’une certaine morale. Je ne me rappelle pas avoir participé aux discussions liées à ces supputations; elles me parvenaient indirectement et bien malgré moi via les conciliabules de mes collègues. Le temps, puisque c’est de lui qu’il s’agit en définitive, j’en parlais surtout avec Mà, mon interlocutrice privilégiée. « Le temps file, court, s’échappe, nous échappe. Aujourd’hui, c’est déjà demain…. » me disait-elle. Nous le constations, certes, mais sans jamais éprouver le besoin d’en décortiquer la teneur, la portée, les répercussions. Entre nous, il n’était pas question que du temps matériel. Je ne sais d’ailleurs pas si cette notion de temps matériel est vraiment adéquate pour parler d’un emploi du temps, d’une programmation-planification du temps. Nous épiloguions sur ce sujet en référence à des choses simples. Et puis surtout, nous le faisions dans la sérénité. Et c’est aussi cela qui a complètement changé. Mon boucher avait les yeux exorbités, le regard effaré, l’attitude crispée en me décryptant à sa façon les conséquences du rétrécissement du temps. Il semblait me dire que le temps nous était désormais compté. J’ai opiné du chef sans dire mot et je suis parti. Je n’étais pas d’accord avec lui mais je n’allais tout de même pas le lui dire. Qu’est-ce que cela aurait donné que je lui dise que j’ai toujours opté pour des arrêts sur image, des rétrospectives tranquilles, que le souvenir de la veille du ramadhan dernier et son émergence au moment où j’entrais dans sa boucherie en faisaient partie  ? De toute manière, je ne me voyais pas du tout lui raconter mon approche du temps ni ce que je faisais depuis belle lurette pour avoir l’illusion de revivre ce qui fut et que je savais révolu. Je n’allais pas évoquer avec lui internet d’autant que le temps auquel je songeais n’avait rien à voir avec celui d’internet. Je ne me voyais pas non plus lui « révéler », alors qu’il m’exposait sa version courte, réductrice et expéditive du temps, que je pensais à l’immense Docteur Jivago de David Lean avec Omar Sharif et Julie Christie, que, tout dans ce film (le scénario, les personnages, le jeu des acteurs, les décors, la sublime, l’entraînante, l’enveloppante musique de Maurice Jarre), m’apparaissait comme une course contre la montre, contre le temps, ce temps qui se déploie tel un rouleau compresseur, ce temps qui brise des destins, des amours, bouleverse l’histoire (la grande et la petite), remet  tout en question, impose ses règles, transcende tout, use et réduit l’individu à presque rien. Le film de Lean, je le connais par coeur pour l’avoir vu plusieurs fois. La fin tragique et poignante du docteur Jivago interpelle notamment sur la dimension insaisissable, indicible, évanescente  du temps…

Lamine Bey Chikhi

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Sans détours…

Posté par imsat le 7 mai 2017

J’ai entendu un écrivain dire qu’il préférait utiliser les outils fictionnels et tout ce qui y ressemble pour écrire, plutôt que le « je » qui renvoie au récit autobiographique. J’en ai entendu un autre soutenir exactement le contraire et affirmer qu’il ne comprenait pas pourquoi bien des romanciers s’échinaient à fabriquer des histoires, des personnages, des situations alors qu’ils pourraient simplement se raconter, raconter leur vie, partager leurs souvenirs, leurs moments de bonheur, leurs épreuves. Je n’adhère pas au propos relatif à la pertinence ou à l’attractivité des processus fictionnels. Pourquoi en effet passer par la fiction pour dire les choses ? Pourquoi emprunter des chemins plus ou moins labyrinthiques, souvent inutilement laborieux pour s’interroger, par exemple, sur ceux qui survivent difficilement, et dans certains cas pas du tout, à certaines disparitions (je pense à trois personnes en particulier), ou encore sur les causes d’une tragédie ou tout simplement sur des scènes banales ou singulières de la vie ? Cela se discute t-il ? Peut-être, mais cela reste une affaire de liberté. Moi, je plaide pour le « je » que je trouve fluide, sincère, proche de la réalité, la traduit directement même si la nuance est parfois nécessaire pour affiner le propos. Le « je » c’est de la littérature appliquée (à la vie). Pourquoi, dès lors, devrais-je inventer, scénariser une histoire pour évoquer, par exemple, ma dernière après-midi lumineuse alors que je l’ai vécue concrètement, pleinement ? Pourquoi devrais-je user de stratagèmes techniques et autres arrangements du même type pour dire qu’elle remonte au printemps 1999, qu’elle fut extrêmement agréable, détendue, interactive, enrichissante, pour dire aussi que chacun de nous, là où nous étions, à ce moment-là, était parfaitement, idéalement à sa place, que Mà était encore en relative bonne santé, que Bouteflika, l’homme providentiel, venait d’être élu Président de la République, que son élection était porteuse de grandes espérances et annonciatrice  de formidables perspectives, qu’elle marquait le début de la fin de la tragédie nationale ? Pourquoi donc devrais-je emprunter l’indéfini là où il n’est pas approprié, là où il ne ferait que compliquer, alourdir, opacifier des situations qui n’ont pas besoin de l’être ? Si la littérature, c’est la vraie vie, pourquoi alors s’encombrer d’arguties de toutes sortes pour s’exprimer ? Cette après-midi là ressemblait à celles des années 60-70. Aujourd’hui, avec le recul, c’est précisément ce que je pense. Je me dis que celles qui marquaient nos fins de week-end étaient presque toutes exceptionnelles, positives, heureuses, mais à l’époque je n’en étais pas totalement conscient parce qu’elles étaient fréquentes et qu’elles s’inscrivaient dans une normalité, dans l’ordre naturel des choses. Avant la descente aux enfers, ces moments-là étaient reconductibles quasi automatiquement et à l’identique. Je ne m’en rendais pas compte. Et puis, vint la rupture, le chaos ou presque, qualifié, selon les sources, de tragédie nationale, de décennie noire ou encore de guerre civile  mais pas seulement. Je précise au passage que je ne suis pas d’accord avec ces définitions tout simplement parce qu’elles ne rendent pas compte de tous les soubassements historiques, culturels, politiques, psychologiques du conflit. Quoi qu’il en soit, ce qui était supposé assurer quelque continuité ne pouvait plus tenir la route. Les liens se sont distendus avant de se défaire complètement dans la société mais pas seulement. Cette après-midi là, ce n’était pas rien. En football, on parle de match-référence à propos d’une rencontre qui met en valeur les vraies forces, les valeurs, les qualités intrinsèques d’une équipe. La référence, c’est un marqueur. Eh bien, c’est ce que je dirais de l’après-midi en question parce que, depuis, il n’y en a plus eu de semblable. Voilà, c’est dit simplement, sans détours, et je ne me vois pas fabriquer une évocation parallèle, une ambiance différente, pour me remémorer. Par contre, je préciserais volontiers que le vécu est susceptible d’être réenchanté, enjolivé, réévalué sans être dénaturé sur le fond. Encore, dans cette hypothèse, s’agirait-il surtout de chercher à mieux qualifier la situation après s’en être éloigné. C’est justement ce que j’essaie de faire en gardant par ailleurs constamment en tête cette interrogation sur l’impossibilité de parler comme on écrirait. Autrefois, j’entendais nombre de gens raconter, questionner, s’étonner, se plaindre, s’enthousiasmer comme s’ils écrivaient. Le réel l’emportait sur la fiction. Autrefois, c’était possible parce que le terrain était déblayé, naturellement assaini et que la parole n’était pas parasitée ni exposée à la surenchère, à la polémique. Le réel se suffisait à lui-même. Il fallait juste le dire. C’est cela qui me parait être complètement tombé en désuétude.

Lamine Bey Chikhi

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Emmanuel Macron

Posté par imsat le 12 avril 2017

Pourquoi avais-je envie de parler d’Emmanuel Macron? Pourquoi ne me laisse t-il pas indifférent ? Je le suis, notamment sur twitter, depuis qu’il a lancé son mouvement En marche. Je ne vais pas synthétiser ni paraphraser ce que disent de lui les médias, les politiques, les électeurs français. Ce serait trop facile et cela ne présenterait aucun intérêt;  je ne céderais donc pas à cette tentation. Peut-être  pourrais-je mettre en avant son propos sur la colonisation qualifiée par ses soins de crime contre l’humanité. Mais je ne m’étalerais pas outre mesure là-dessus. Quand je l’ai entendu le dire, j’ai tout de suite pensé: « Il est courageux, audacieux, il restera dans l’histoire comme le premier homme politique français, peut-être même le seul, à l’avoir affirmé clairement et nettement » Cela dit, je ne suis pas de ceux qui font dans la surenchère et qui veulent toujours brûler les étapes alors même qu’ils n’ont pas « digéré » le propos de base. En l’occurrence, les mots de Macron constituent une avancée considérable sur le chemin d’une vraie réconciliation. Va t-on rester rivé sur le volet symbolique, mémoriel de cette tranche fondamentale de l’histoire des deux pays ou alors aura t-on l’ambition, la volonté d’aller au-delà ?

Une relation bilatérale inspirée du modèle franco allemand  ? Les dirigeants politiques français successifs ont toujours globalement correctement discouru sur l’avenir des relations entre l’Algérie et la France. Economiquement, cette coopération a été et reste importante, tandis que politiquement, elle a connu des hauts et des bas. Macron se démarque complètement de cette démarche. Il est plus précis, plus enthousiaste et plus ambitieux quant aux perspectives liant les deux pays. A Alger, il a dit : « Je veux ouvrir une nouvelle page entre la France et l’Algérie, je veux que cette relation se développe suivant le modèle franco allemand ». Je me suis emparé de cette belle idée. Je me suis dit : « Ce n’est pas un voeu pieux, on peut en faire quelque chose. Tout est dans cette phrase, l’histoire, la mémoire, l’avenir, c’est formidable ! Macron a fait des études de philosophie en plus de Sciences Po et l’ENA, mais son discours n’est pas que dans la philosophie, il est dans le pragmatisme mais pas n’importe quel pragmatisme. Le mot pragmatique est d’ailleurs son leitmotiv. Il est aussi dans l’anticipation mais pas n’importe quelle anticipation » Je me suis aussi dit: « Il est le seul homme politique français à proposer un vrai paradigme en matière de coopération entre les deux pays. Il cite en exemple le couple franco allemand, locomotive de l’Union européenne, mais en le transposant à ce que pourrait devenir la relation algéro française; il innove de façon spectaculaire en posant les jalons théoriques, les contours conceptuels d’une restructuration en profondeur de cette dernière » Tout est possible ! Malgré le poids de leur histoire commune, la France et l’Allemagne ont réussi le pari extraordinairement complexe de la réconciliation. Macron propose un projet similaire à l’Algérie et à la France dans un contexte spécifique marqué par un bouleversement sans précédent du système relationnel international.

Une idée utopique ? Je me suis évidemment posé la question ou plutôt j’ai tout de suite imaginé ce que serait la première réaction qu’elle susciterait dans la sphère médiatique et politique, dans le champ social, en Algérie et en France. Elle est passée inaperçue. Mais je l’ai bien envisagée. Et je me suis dit : Je vais la prendre en charge à ma manière d’autant que je suis du côté de ceux qui ne voient que du positif dans l’utopie, comme André Gide lorsqu’il écrit : « Combien de jeunes velléités qui se croyaient pleines de vaillance et qu’a dégonflées tout à coup ce seul mot d’Utopie appliqué à leurs convictions, et la crainte de passer pour chimériques aux yeux des gens sensés. Comme si tout progrès de l’humanité n’était pas dû à de l’utopie réalisée ! Comme si la réalité de demain ne devait pas être faite de l’utopie d’hier et d’aujourd’hui »   A ce jour et sauf erreur, je n’ai entendu ni lu aucune réaction en Algérie à la proposition Macron. On a préféré discourir sur la colonisation, crime contre l’humanité. Je me suis interrogé: « Veut-on et peut-on prendre en charge l’idée (je suis tenté de dire le projet de feuille de route) de Macron, en étudier la crédibilité, la fiabilité, la faisabilité? » En tout cas, pour moi, c’est du sérieux, j’en ai très vite perçu les aspects favorables, les nombreux potentiels effets d’entraînement, à tous les niveaux. L’offre de Macron, pourrait constituer le point de départ d’un projet exceptionnel, singulier, préférentiel, intellectuellement extrêmement exigeant, de nature à sortir la coopération de son cadre traditionnel, immobile, coincé, ringard. Bousculer l’ordre établi, rompre avec les vieux clichés de la relation inter étatique, est-ce possible ? Oui, c’est possible ! Macron a le sens de l’histoire, il est dans le sens de l’histoire, son rêve d’une alliance algéro française à l’instar du duo franco allemand, est réalisable  pour peu qu’on le traite de façon offensive, inventive, pragmatique, optimiste. Macron veut partager ce rêve, il le propose à l’Algérie, pour des raisons que je comprends parfaitement. Le projet d’Union pour la Méditerranée (UPM) de Sarkozy est tombé à l’eau parce qu’il visait à intégrer trop de parties aux intérêts irréconciliables. Macron, lui, veut faire bouger les lignes en rénovant substantiellement ce qui existe, en allant au-delà. Il faut se saisir de sa proposition et commencer à plancher dessus sérieusement. Peut-être même, ferions-nous mieux que le couple franco allemand grâce notamment à la langue que nous avons en partage, à l’histoire, à la profondeur géo stratégique de l’Algérie, grâce aux nombreuses passerelles qui existent déjà entre les deux pays.

Relever le défi : Bien des pays souhaiteraient pouvoir adhérer à l’Union Européenne. Eh bien, moi, je continue de penser que ce que Macron propose à l’Algérie est largement supérieur à toutes les autres formes de coopération inter étatiques bi ou multilatérales. En général, au début, les idées de ce genre, celles qui ambitionnent de sortir réellement des sentiers battus, de changer profondément la donne, en particulier dans ce qui touche aux relations entre les pays, ne sont jamais prises au sérieux; elles sont immédiatement caricaturées, contestées, discriminées; on leur oppose les « réalités » du moment ou celles de l’histoire, on exhibe toutes sortes d’arguments économiques, culturels, religieux pour parasiter toute tentative visant à aller de l’avant, à engager le renouveau. Les rabats-joie se trouvent des deux côtés de la Méditerranée, il y en a toujours eu; ils sont toujours dans l’immobilisme, le déclinisme, ils n’offrent rien de nouveau et préfèrent rester dans leur pessimisme, leur vision étriquée. La proposition de Macron s’adresse à ceux qui transforment les idées pour en faire quelque chose de concret, de positif, qui acceptent de relever le défi. La perspective esquissée par Macron est censée impliquer les hommes de bonne volonté, sincères, intègres, ouverts d’esprit, les hommes de réflexion et d’action. Comment procéder pour que sa promesse soit effectivement inscrite à l’agenda politique et diplomatique des deux pays, s’il est élu à la magistrature suprême le 7 mai prochain ? 

Lamine Bey Chikhi

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