Bribes d’histoire -20-

Posté par imsat le 12 février 2019

Dans notre album de famille, il y avait bel et bien une photo montrant mon père à cheval, portant la tenue des Spahis. Je m’en souviens parfaitement. Je ne la retrouve pas. Une superbe photo ! J’y ai repensé il y a quelques mois, tandis que je regardais sur une chaîne de télévision, l’acteur français Gérard Darmon parler du livre qu’il venait de consacrer à son père originaire de Tiaret et lui-même ancien Spahis. L’artiste se focalisa justement sur une préoccupation semblable à la mienne: il disait avoir vainement cherché une de ses photos préférées, celle de son père à cheval et en uniforme de Spahis. J’ai trouvé cette similitude assez saisissante à la fois historiquement et émotionnellement. Je me suis dit: « le hasard fait bien les choses ». J’ai pris cette coïncidence comme une sorte de consolation; je n’étais pas le seul à avoir perdu une photo à laquelle je tenais beaucoup. En même temps, je restais fortement contrarié car celle que j’essayais de retrouver était la seule trace formelle, matérielle, palpable disponible de la mobilisation de mon père en 39-40. Le temps a passé…et puis l’autre jour, je me suis mis à fouiller de nouveau dans mes archives, non en songeant à la photo en question mais pour relire des extraits des jugements liés aux deux procès civils que mon père avait gagnés dans les années 40. Je m’étais promis de le faire depuis longtemps à la fois par curiosité juridique et un peu aussi pour des considérations sentimentales. Et là, je suis tombé fortuitement sur un échange de courriers entre mon père et la maison Vidal-Manégat d’Oran qu’il représentait à Batna avant le second conflit mondial. Dans une lettre datée du 24 septembre 1939, mon père écrit notamment ceci: « J’ai été mobilisé comme tout le monde et me suis rendu à Médéa au titre du 1er Spahis en garnison dans cette ville… » puis, après avoir évoqué une question de commissions que la Compagnie lui devait, il poursuit, à propos de la représentation de la société à Batna: « Je continue de l’assurer dès l’instant que je me suis fait affecté au titre du 3è spahis en garnison à Batna. Quant au dépôt de la garantie, j’en exprime le remboursement, étant appelé à partir du jour au lendemain en renfort via la France ou la Tunisie… »
Le 5 janvier 1940, Vidal Manégat répond à une correspondance de mon père du 2 janvier (que je n’ai pas trouvée) : « Par votre lettre du 2 courant, vous nous annoncez que vous avez été démobilisé définitivement et nous demandez de vous faire parvenir par le Crédit Foncier de Batna la somme de 2500 Fr sur vos commissions. Justement, notre service de contrôle vient d’établir votre compte-courant commissions qui rend votre compte créditeur au 31 octobre de la somme de 706 Fr, 28″ Ce que m’inspire ce court échange épistolaire, comme tous ceux dont j’ai pu disposer, c’est une double perception pragmatique et psychologique ou mentale des choses. Dans les deux cas, l’imagination convoquée, déclenche plein d’images et une kyrielle d’interprétations. Des détails m’interpellent comme cette phrase de mon père: « …comme tout le monde, j’ai été mobilisé… » ou encore celle-ci : « étant appelé à partir du jour au lendemain, en renfort…. » et surtout le fait qu’il n’ait pas omis, à juste raison au demeurant, de réclamer ses commissions. Et puis, au regard de l’histoire, des échanges de ce genre signifient qu’ils ne sont pas anodins, qu’ils recèlent des informations intéressantes, parfois précieuses. Ces courriers viennent nous rappeler que tout document est exploitable, qu’aucun matériau n’est à dédaigner, que le moindre bout de papier écrit gagnerait à être préservé.
Lamine Bey Chikhi

Publié dans Non classé | Pas de Commentaire »

Bribes d’histoire -19-

Posté par imsat le 4 février 2019

Je viens d’achever la lecture de Une planète et quatre ou cinq mondes. Réflexions sur l’histoire contemporaine (Gallimard, 1985), de l’écrivain et poète mexicain Octavio Paz, prix Nobel de littérature en 1990. Je connaissais cet auteur, enfin j’entendais parler de lui mais je ne l’avais jamais lu. J’ai trouvé son essai sur un rayon de la bibliothèque extraordinairement éclectique et cosmopolite de ma soeur Beida, rangé entre Le neveu de Rameau de Diderot et Les damnés de la terre de Frantz Fanon. Il m’a semblé intéressant de livrer un extrait de l’avertissement par lequel Paz introduit en quelque sorte son livre. Je dirai ensuite pourquoi j’ai jugé utile de le partager. En voici la teneur: « J’ai supprimé de nombreuses pages les unes parce qu’elles étaient trop circonstancielles, d’autres parce que des événements ultérieurs les avaient privées de leur raison d’être. De la même façon, j’ai modifié, rectifié et, parfois, amplifié certains passages. Malgré toutes ces retouches et mises au point, je ne me dissimule pas les défauts et les limites de ce travail. Je ne suis pas historien. Ceci n’est pas une théorie mais un témoignage ». Je reprends ce propos complètement à mon compte parce que l’auteur y met humblement en exergue les limites qu’il fixe à son travail face aux exigences et impératifs de l’histoire, de l’écriture de l’histoire. Paz fonde son approche sur la distinction fondamentale et pertinente établie par les historiens français dans l’analyse des processus historiques, entre la « longue durée » et la « courte durée ». Cette démarche me séduit parce qu’elle vaut aussi pour la micro histoire, celle qui, a priori, n’impacte pas le contexte global, n’est fondatrice qu’à une échelle réduite. Elle me tente aussi parce qu’elle peut accompagner, soutenir, favoriser la formalisation d’une histoire familiale. C’est en pensant constamment et parfois confusément à ce distinguo rationnel, universel, consensuel que j’essaie de rendre compte de ce que je sais de l’histoire de ma famille. J’ai d’ailleurs souvent souligné que mon souci premier était d’abord de rapporter, de témoigner, d’être une courroie de transmission tout en émettant ça et là des réflexions, des questionnements susceptibles de constituer des matériaux de type historique. Bien entendu, une telle démarche ne se déploie pas sans arrière-pensées par rapport à ce que l’on pourrait en tirer sur la « longue durée ». En définitive, tout est historique ou plutôt tout est de nature à prendre une dimension historique pour peu que l’on procède à un traitement critique, sincère, inventif voire audacieux des faits exposés.
Lamine Bey Chikhi

Publié dans Non classé | Pas de Commentaire »

Bribes d’histoire -18 -

Posté par imsat le 22 janvier 2019

Il y a des témoignages qui captent immédiatement et durablement l’attention soit par la façon dont ils sont restitués soit parce que leur interprétation est non linéaire, ouverte, élastique. Et le cadre spatio temporel de ce à quoi ils se rapportent vient en accentuer l’importance, la portée, la singularité. C’est exactement ce que j’ai pensé quand, successivement et chacun à sa manière, mes cousins Majid et Saadi et cousine Z m’ont raconté ce qu’ils savaient des obsèques de Chikhi Ahmed, le 11 janvier 1956. Chikhi Ahmed était le fils aîné de jeddi Said le frère aîné de mon arrière-grand père jeddi Ali. Il mourut à l’âge de 61 ans. Je synthétise les propos de mes interlocuteurs: Une foule extrêmement nombreuse avait assisté à son enterrement, au cimetière d’Azrou Kolal (Ain El Hammam, ex Michelet). Des gens étaient venus de toute la Kabylie et de la région d’Alger. Ain El Hammam et ses alentours étaient complètement embouteillés, noirs de monde. Les témoins qui en avaient parlé à l’époque, ont tous dit que c’était impressionnant non seulement du fait du nombre considérable de personnes présentes aux funérailles et sur l’ensemble de l’itinéraire menant au cimetière d’Azrou, mais aussi parce que cet après-midi là, il y avait comme une trêve dans les affrontements entre l’armée française et les combattants de l’ALN. Ce silence des armes avait marqué les esprits: pas de tirs sporadiques comme on avait l’habitude d’entendre ni de survol de la région par les hélicoptères. Un silence inhabituel, absolu, durable. Quel temps faisait-il ? Quelle était la couleur du ciel ? Faisait-il froid ? Pleuvait-il ? Je n’ai pas posé ces questions à mes interlocuteurs. Je sais qu’elles ne sont pas importantes, que ce sont des points de détail auxquels on ne songe pas ou sur lesquels en général, on ne s’appesantit pas. Ces interrogations étaient quand même dans ma tête. Au surplus et de façon presque mécanique, surtout en écoutant Saadi narrer l’événement, je me suis imaginé un ciel un peu couvert avec des éclaircies. J’ai associé le silence évoqué à un bel automne, un automne apaisant. Ce n’est pas de la fiction, c’est une sensation, une image, en tout cas une volonté de percevoir les choses ainsi. Peut-être même, ce 11 janvier 1956 était-il effectivement ensoleillé… Selon Madjid, le colonel Amirouche avait assisté incognito à l’enterrement; cousine Z me l’a confirmé. La présence d’Amirouche donnait une dimension particulière, au-delà des obsèques, à la personnalité, au statut de Chikhi Ahmed, à l’estime dont il jouissait dans toute la Kabylie, mais pas seulement. Dans la famille, on savait ce que cela signifiait. Et aujourd’hui, on en sait un peu plus parce que l’on a pris le temps de la décantation…
Lamine Bey Chikhi

Publié dans Non classé | Pas de Commentaire »

Bribes d’histoire -17-

Posté par imsat le 14 janvier 2019

J’ai déjà évoqué la STAB (Société des transports automobiles batnéens ou Transports Chikhi), mais j’en ai fait une présentation sommaire, parcellaire, incomplète, sentimentale. L’exploitation des lignes Batna-Constantine-Philippeville était venue s’ajouter aux autres activités des membres influents de la famille dans l’agriculture, l’élevage, le commerce, les affaires et, accessoirement pour certains d’entre-eux, la politique locale. La création de la Stab remonte au tout début des années 1950. La desserte des lignes en question a duré jusqu’à fin 1962. Je pouvais évidemment me contenter d’un descriptif « dépouillé », élémentaire de la société, considérer qu’il pouvait se suffire à lui-même et qu’il complétait assez bien le panorama de la dimension patrimoniale, commerciale et économique de la famille, avant l’indépendance. Après réflexion, il m’a paru utile de préciser deux éléments importants. Le premier a trait à l’actionnariat de l’entreprise, lequel comprenait, outre des membres de notre famille, le fils d’Alfred Malpel maire de la ville et Président de l’ASBatna, ainsi que le docteur Duprat. Le second élément concerne Chafaï, le convoyeur et graisseur de la société, qui était en même temps militant du FLN, au vu et au su du Directoire de la Stab, avant de rejoindre l’ALN à la fin des années 50. Après l’indépendance, l’Etat lui confia la direction de la Société nationale des transports de voyageurs. C’est mon frère Ferid qui me l’a appris en soulignant que lui-même le tenait de notre grand-oncle dada Smain. Il est évident que ces indications changent complètement notre perception des transports Chikhi. Elles nous font passer d’une présentation presque banale de la Stab comme une personne morale ordinaire dans son acception juridique quasi impersonnelle, à la mise en exergue d’un actionnariat mixte algéro français puis à l’émergence d’un autre point digne d’intérêt à travers la présence de Chafaï, membre de la cellule FLN de Batna. Ferid en sait plus que moi sur les activités de Chafaï. Moi, ce que j’en retiens, c’est que ces informations introduisent une complexité dans l’énoncé, le contenu des faits mais aussi dans leur décodage. Enfants, notre regard portait essentiellement sur les cars de la société, leur couleur, les lieux de leur stationnement à Batna, à Constantine, leurs performances, leur confort. Aujourd’hui, on n’en est plus là; la Stab, c’était nettement plus que cela, je veux dire plus qu’une mission de service public, en tout cas plus que ce que les apparences nous donnaient à voir. Et c’est cette dimension qui mérite d’être appréhendée de façon critique, positivement critique, devrais-je préciser, car il s’agit là aussi d’une relecture visant à éclaircir des faits historiques pour leur juste et légitime réappropriation…

Lamine Bey Chikhi

Publié dans Non classé | 2 Commentaires »

Bribes d’histoire -16-

Posté par imsat le 8 janvier 2019

J’ouvre une parenthèse qui n’a, a priori, qu’un rapport indirect avec les objectifs de ma démarche. Il s’agit de la réaction de deux de mes proches à l’annonce du cessez-le-feu en mars 1962, prélude à l’indépendance de l’Algérie. La première concerne Ghania. Elle m’en a parlé récemment à la faveur d’une conversation que nous avons eue au sujet de la crise migratoire et des bouleversements ou plutôt des mutations qui font que nombre d’algériens, toutes catégories sociales confondues, continuent d’émigrer notamment en France. Elle m’a dit se souvenir parfaitement de la question qui lui vint à l’esprit alors qu’une de ses camarades françaises, étudiante comme elle, dans la même école de commerce à Cannes, venait de lui annoncer, avec une joie non dissimulée, l’imminence de l’indépendance algérienne. « Que vais-je devenir, à présent ? » se demanda Ghania. « A ce moment-là, il n’y avait dans ma tête que cette interrogation qui exprimait une appréhension, une anxiété par rapport aux perspectives » me dit-elle. Sur le coup, j’ai trouvé cette posture normale, presque banale, en tout cas extrêmement intéressante parce que je l’ai immédiatement confrontée au présent. Peut-être n’était-elle pas intellectuellement recevable, compréhensible, justifiée dans son contexte initial. Mais lorsqu’elle me l’a relatée, nous étions dans la réalité d’aujourd’hui, pas dans celle des années 61-62. Et je l’ai trouvée intéressante aussi parce qu’elle était totalement aux antipodes de l’attitude de cousine Z par rapport au même événement. Cousine Z était fonctionnaire à la Préfecture de Batna. Sa collègue de bureau, une française, s’était mise à pleurer en apprenant la nouvelle; elle était triste, malheureuse et particulièrement contrariée autant par cette information que par la placidité et le bonheur tranquille de cousine Z qui avait même enfoncé le clou pour ainsi dire, en précisant à son interlocutrice que l’indépendance était de toute manière inéluctable, que c’était juste une question de temps, qu’il fallait à présent se faire une raison et prendre les choses comme elles venaient. Ces réactions antinomiques de mes deux cousines et de leurs camarades françaises, confrontées les unes aux autres, interagissant les unes avec les autres, m’ont tout de suite paru constituer des éléments à décrypter dans le processus de compréhension de certaines étapes de l’évolution de l’histoire familiale et peut-être aussi, par ricochet, celle du pays.

Lamine Bey Chikhi

Post-scriptum: A Cannes, on proposa à Ghania de faire du cinéma. Mais elle déclina l’offre car elle était là-bas exclusivement pour faire des études de commerce.

Publié dans Non classé | Pas de Commentaire »

Bribes d’histoire -15-

Posté par imsat le 22 décembre 2018

J’aurais peut-être eu l’impression de me répéter dans ma tentative d’homogénéiser les éléments essentiels de notre histoire familiale. Mais tel n’a pas été le cas. Je ne suis donc pas dans la réitération même si le processus rétrospectif engagé repose sur des propos en partie déjà formalisés. Je suis plutôt dans une démarche d’agrégation de faits, d’événements, d’anecdotes que j’avais exposés dans le désordre, la dispersion. Ces fragments, je les avais présentés au gré de mon inspiration et d’une façon intimement liée à ma subjectivité, ma sentimentalité. A vrai dire, je n’avais aucun souci méthodologique. Mais je me suis rendu compte peu à peu que cet éparpillement risquait de relativiser, de brouiller la lisibilité, l’intérêt de notre histoire globale. C’est pourquoi, je me suis récemment amusé à quantifier les éléments cardinaux de cette histoire, du moins ceux dont j’avais connaissance. Je me suis aperçu que cela leur conférait une autre portée, une autre dimension, suggérait une lecture plus consistante, plus significative des sujets abordés. Pourquoi ? Eh bien parce que cette quantification facilite l’interconnexion des faits en question et les positionne dans une globalité, une perspective générale. Les tranches d’histoire que j’avais relatées pouvaient en effet être interprétées d’abord et avant tout comme l’expression d’une certaine nostalgie. Et cette nostalgie que j’assume par ailleurs parfaitement, c’est ma propre « recherche du temps perdu ». Une recherche que je ne trouve pas du tout vaine…
Lamine Bey Chikhi

Publié dans Non classé | Pas de Commentaire »

Bribes d’histoire -14-

Posté par imsat le 15 décembre 2018

Ce que j’essaie de restituer ne se résume pas qu’à des faits bruts, déconnectés de leur contexte historique. Cela ne se réduit pas non plus à un panégyrique de notre famille même si sa légitimité est indiscutable. Il est plutôt question de « déconstruire » non pas cette histoire mais certaines approches qu’elle a pu susciter au fil du temps, ici ou là. Comment dépasser les constats élémentaires, les commentaires sommaires, et puis surtout telle ou telle posture qui équivaudrait à une rupture du cordon ombilical avec l’histoire, pour toutes sortes de raisons, matérielles mais pas seulement ? Déconstruire en l’espèce, ce n’est pas seulement éclaircir tel ou tel pan de cette histoire, révéler des confusions de sens, ce qui serait déjà en soi non négligeable; c’est aussi suggérer, explorer de nouvelles pistes de réflexion, décloisonner les modes d’interprétation, tirer profit de leur interactivité. Faut-il, pour ce faire, casser des codes, passer outre des idées reçues, sortir du monolithisme de certains décryptages, atomiser des monopoles de pensée ? « Batna, création coloniale… » a t-on coutume de dire quand on évoque la ville sous l’angle historique. Pourtant, elle n’a pas été que cela ! Un distinguo s’impose entre la séquence juridique, législative de sa fondation et les étapes qui ont marqué son évolution, sa transformation. Mais la projection envisagée me séduit d’abord sous le prisme familial. Ce qui m’intéresse, c’est la place, le rôle de notre famille dans ce processus durant et après la période coloniale. Cette démarche, je voudrais l’inscrire résolument à contre-courant des tentatives de simplification de certains volets de cette histoire. La mystification qu’il convient de néantiser apparaît à travers toutes sortes d’amalgames, des extrapolations fantaisistes, douteuses, des conclusions hâtives, des grilles de lecture pseudo scientifiques…

Lamine Bey Chikhi

Publié dans Non classé | 2 Commentaires »

Bribes d’histoire -13-

Posté par imsat le 1 décembre 2018

La seconde situation dont je tenais à rendre compte est liée à la page Wikipédia de la ville de Batna. Jusqu’en janvier 2011, le passage consacré à mon arrière grand-père jeddi Ali était positionné en page d’accueil du site. Des dizaines de milliers d’internautes au moins le connaissent. Je le livre ci-dessous in extenso pour la compréhension de mon propos.
« La famille Chikhi : Dès 1848 l’un des premiers arrivants fut Ali Chikhi, originaire du village d’Azrou Kolal, de la tribu des Beni Menguellet, Daira de Ain El Hammam kabyle. Il s’établit d’abord à El Madher où il exploitera une ferme qui alimentera en fruits, légumes et lait toute la région et en particulier la ville de Batna ; 60 % des Batnéens ayant vécu entre 1890 et 1962 ont bu le lait des vaches de Ali Chikhi ou mangé de ses légumes et de ses fruits. Ali Chikhi a eu six garçons dont l’aîné était Med Larbi et le plus jeune Seddik, qui l’aidèrent dans la gestion de ses terres. En fait, il possédera une grande partie de la ville de Batna. Le quartier la « Cité Chikhi » porte son nom. Fort respecté par les chaouis dont il apprit avec facilité la langue chaoui, lui-même étant Berbère Kabyle » 
Je consultais régulièrement cette page pour voir si son contenu allait évoluer et être enrichi, et dans quelle mesure, en concertation avec des proches, je pouvais apporter des informations complémentaires concernant notre famille durant la période considérée, c’est-à-dire avant l’indépendance du pays. A partir de janvier 2011, j’ai été surpris de relever que ce passage dont la formulation élogieuse est tout de même reconnue, avait été déplacé de la page d’accueil à la rubrique discussion. Le commentaire consacré aux familles Tombini et Perego, d’origine italienne, avait subi le même « sort ». Les animateurs de la page ont ainsi procédé à ce transfert de façon discrétionnaire et sans aucune explication. J’étais tenté d’épiloguer sur les tenants et aboutissants de ce décalage. J’en avais parlé autour de moi. Nous en avions conclu qu’il nous appartenait de nous réapproprier cette histoire car c’est la nôtre, et surtout d’en relater l’essentiel pour préciser les choses, remettre les pendules à l’heure s’il y a lieu, inscrire cette démarche dans une perspective plus globale…
Lamine Bey Chikhi

Publié dans Non classé | Pas de Commentaire »

Bribes d’histoire -12-

Posté par imsat le 21 novembre 2018

S’expliquer sur l’histoire, c’est notamment s’intéresser à certains de ses non-dits. Et ces non-dits ne nous sont pas forcément ni toujours imputables. Je veux dire qu’ils impliquent quelquefois des tierces parties. Je vais illustrer ce propos en relatant deux situations. La première renvoie à une émission de la télévision publique algérienne diffusée dans les années 80 et consacrée à la dimension culturelle et historique des principales villes d’Algérie. Chacun de ses numéros durait un peu plus d’une heure. Celui relatif à Batna était animé par le chanteur Youssef B qui avait convié pour la circonstance M.Bouha un ancien de la ville, réputé pour sa connaissance encyclopédique de Batna. Bouha était aussi un homme de théâtre, un comédien, humoriste et scénariste; il dirigeait d’ailleurs la section théâtrale de la troupe Essaada de Batna, dans les années 60-70. Dès l’entame de l’émission diffusée depuis une salle de la ville (probablement du siège de la wilaya), et après avoir souhaité la bienvenue à l’assistance fort nombreuse, Youssef B demanda à M.Bouha de présenter sommairement l’histoire de Batna. Et Bouha commença en déclarant tout de go: « L’histoire de Batna remonte aux années 1840; la ville a été fondée par Napoléon III, mais, assez vite, des familles pionnières algériennes s’y installèrent, parmi lesquelles la famille Chikhi… » Mais Bouha fut aussitôt interrompu par l’animateur qui lui dit de façon expéditive: « Laissons cela de côté pour l’instant et parlons plutôt d’autres aspects plus « contemporains » de la ville… » Bouha était quelque peu désarçonné par cette coupure intempestive, discourtoise et infondée, mais il acquiesça et se mit à évoquer l’activité sociale et culturelle, l’art culinaire de la ville, quelques séquences de la guerre de libération, etc. L’émission resta polarisée autour de ces considérations; j’étais évidemment outré par cette censure flagrante d’un pan important de l’histoire de la ville. Je me suis demandé si elle était du seul fait du présentateur ou si elle lui avait été soufflée via son oreillette. Je pencherais plutôt pour la première hypothèse même si la seconde reste aussi plausible. Cela dit, il me paraît utile de souligner que Youssef B a commencé sa carrière de chanteur au sein du groupe musical Essaada dirigé alors par mon cousin Kamel Chikhi…

Lamine Bey Chikhi

Publié dans Non classé | Pas de Commentaire »

Bribes d’histoire -11-

Posté par imsat le 14 novembre 2018

Je m’étais promis de revenir sur certaines évocations soit parce que je les avais à peine esquissées soit parce que je trouvais que je n’en avais pas tiré tous les enseignements sur le plan de la réflexion. Celle qui, aujourd’hui, me paraît devoir être décryptée est liée à une sorte de phrase-sentence de mon cousin Chérif quelques mois avant son décès. Au terme d’une conversation que nous avions eue au sujet des archives dont il disposait et pour lesquelles j’avais manifesté un réel intérêt, il m’avait dit, placidement et l’air convaincu, assuré, comme s’il n’avait pas besoin d’argumenter: « A Batna, l’histoire des Chikhi s’est achevée en 1962″ Sur le coup, je me suis dit que je pouvais peut-être avoir des convergences avec lui; j’ai d’abord trouvé que son propos avait une résonance particulière, un certain retentissement. J’ai tout de suite pensé à « La fin de l’histoire et le dernier homme » le livre phare du politologue américain Francis Fukuyama paru en 1992 même si je savais que ce n’était pas du tout le même registre. Quelque chose dans ma tête me disait que je pouvais quand même établir des passerelles entre certaines de mes lectures et ma compréhension de l’histoire de ma famille. C’est d’abord à cela que le constat formellement implacable de Chérif m’a fait penser. Cette recherche de liens, cette tentation de l’extrapolation, c’est comme un réflexe que je cultive parce que j’estime que l’interactivité intellectuelle, les connexités dialectiques sont à puiser un peu partout et notamment dans ce que l’on a pu engranger comme idées, concepts, modes de raisonnement via nos lectures, nos échanges. Si j’avais revu Chérif, nous aurions pris le temps d’en discuter. Et je suis à peu près sûr que nous serions tombés d’accord pour considérer au moins que 1962 marque non pas la fin de l’histoire mais la fin d’une histoire de notre famille. Pour moi, le constat de la fin de l’histoire est d’abord porteur d’une nostalgie: nostalgie d’une époque que nous n’avons pas connue ou dont nous n’avons connu que des « reliquats » à travers ce que les adultes nous avaient raconté. La référence à l’époque dont il s’agit renvoie à un mode de vie, des rapports intra familiaux, des relations sociales, un patrimoine matériel et culturel, un processus de transmission, un héritage, des implications protéiformes (économiques, sociales, politiques…) d’une famille, la nôtre, dans le réel, les réalités d’une ville, Batna, entre le milieu du 19è siècle et l’indépendance du pays en 1962. Je crois utile de préciser que lorsque je parle de nostalgie, je le fais principalement sous le prisme de la famille. C’est donc une nostalgie familiale y compris quand la référence correspondante porte aussi indirectement sur son cadre temporel. A la limite, je pourrais même dire que l’époque en question n’aurait de sens que par rapport au sentiment que chacun d’entre nous éprouve pour notre famille, pour son histoire. C’est une affaire de perception, de sensibilité, sans doute aussi de conscience. Pour ma part, je soutiens que si je gomme les images, les anecdotes vécues ou rapportées en lien avec cet aspect mais aussi ce qu’elles pourraient susciter à un niveau individuel, eh bien les considérations relatives à la problématique de l’époque s’écroulent, disparaissent. Je tenais à le préciser de sorte qu’il n’y ait ni amalgame ni équivoque ou malentendu sur mes intentions ou sur mon approche de l’histoire. Il n’est pas exclu que je m’en explique à nouveau.

Lamine Bey Chikhi

Publié dans Non classé | 1 Commentaire »

12345...34
 

Moi et plein d'autre chose |
ttyl |
soireeentrefilles |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Les aventures de Maeva Carlino
| sandrinealexandre
| nonogody