Réminiscences

Posté par imsat le 10 août 2009

• 2009-Jun-6 – Mahmoud Boutaleb : l’intellectuel et le docker

Un jour de l’année 1937,  alors qu’ils se trouvaient à Béjaia, sur la place Gueydon surplombant le port de la v ille, Mahmoud dit à son frère Mahieddine :   » Mahieddine, tu vois le docker en activité sur le quai,  eh bien, je te le dis sincèrement,  je lui échangerais volontiers mes diplômes contre sa force physique… « .

Je tiens cette anecdote de mon oncle Mahieddine.

Je n’ai pas connu Mahmoud, disparu en 1942 à l’âge de 28 ans, à Biskra où il enseignait.

Ce que je sais de lui, c’est MA qui me l’a appris; elle m’a surtout parlé de sa santé fragile, de ses écrits littéraires, de sa culture, de son diplôme d’études supérieures des médersas (enseignement supérieur musulman) obtenu en janvier 1940.

Il me semble que tout Mahmoud est dans cette analogie avec le docker, que je trouve touchante et profonde.

En l’occurrence et parce qu’il renvoie à la santé, le critère de la force physique détermine le fond de la pensée, relativise les choses, bouleverse la hiérarchie des valeurs,  incite à déconstruire le distinguo intellectuel-manuel.

La fascination de Mahmoud pour la carrure du docker rend obsolètes ou du moins remet en question (mutatis mutandis) toutes les considérations philosophiques sur le rôle, l’importance et la place de l’intellectuel.

Regarder avec pondération les choses de la vie, ménager sa monture,  prendre le temps de la réflexion, rentrer en soi-même, fuir les prédateurs, voilà en substance ce que je me suis dit après avoir décrypté le propos de mon oncle Mahmoud.

Lamine Bey Chikhi

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• 2009-Jun-2 – Une odeur de vanille

Certaines odeurs de gâteaux sont inoubliables.

Je ne pense pas spécialement aux gâteaux des jours de fête, mais à ceux des jours ordinaires.

La tarte aux pommes que MA nous préparait quand elle voulait simplement nous faire plaisir, est un de ces gâteaux dont l’odeur vanillée et la saveur restent pour moi uniques.

Mais il n’y a pas que cela;  il y a aussi le souvenir des rues tranquilles, celles à l’évocation desquelles je suis saisi de l’envie d’écrire pour prolonger un instant de bien-être, renouer avec l’enfance, comprendre pourquoi et en quoi elle était agréable…

Il fut un temps où la seule promesse que je me faisais de noter les impressions qu’elle m’inspirait, décuplait dans ma tête le bonheur d’avoir marché dans une rue calme, une rue normale préservée de la fureur et du bruit.

Lamine Bey Chikhi

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• 2009-May-31 – Derradji Amorouayèche (Batna, 1963)

Bien que rarissimes et courtes, ses visites nous étaient d’un grand réconfort depuis la disparition de mon père.

Khali Derradji ne parlait pas beaucoup, allant toujours à l’essentiel.  Quand il riait, il le faisait franchement et avec éclat.

Il prenait le temps de tout, de manger, de regarder les choses, de boire du café et même de tousser.

Il fumait beaucoup, jusque tard dans la nuit. Cela ne me dérangeait guère à partir du moment où ce qui comptait pour moi, c’était sa présence.

Ses quintes de toux étaient fortes et régulières. Je m’endormais assez vite, convaincu qu’il prendrait en charge tout ce qui me maintenait habituellement à moitié éveillé : le silence abyssal de la maison et de la rue Beauséjour, mais aussi et surtout le mythe entretenu autour d’une apparition que Beida disait avoir perçue dans notre salon peu après le décès de mon père…

A cause de cette   » histoire « , aller au salon, la nuit tombée, était devenu pour moi un exercice périlleux.

Mais quand khali Derradji était avec nous, c’était différent.

Il aimait écouter radio Paris. Lorsque je le voyais chercher patiemment cette station sur notre radio TSF en début de soirée, je comprenais que c’était important pour lui.

Il me disait en arabe :  » c’est pour suivre les informations « 

Lamine Bey Chikhi 

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• 2009-May-27 – Qui est Tony Blair ?

C’est MA qui m’a posé la question.

 » Pourquoi cete question ? «   lui ai-je demandé.

 » Parce que la télé parle de lui en ce moment   »

Pour plaisanter, je lui ai répondu :   » un chanteur des Beatles « 

Elle ne m’a pas cru.

 » C’est un acteur   »

Elle ne m’a pas cru non plus.

Alors, je lui ai expliqué.

Je lui ai encore demandé pourquoi elle m’interrogeait sur lui et pas sur quelqu’un d’autre.

 » Parce qu’il paraît jeune, et puis son nom est facile à retenir   »

Ensuite, nous avons parlé de la mémoire, du souvenir.

Un peu aussi de la maladie d’Alzheimer.

D’ailleurs, Alzheimer, nous en parlons de temps à autre.

Nous le faisons implicitement lorsque nous évoquons le long fleuve tranquille qu’a été notre vie autrefois.

J’essaie de me montrer rassurant en lui disant que la mémoire est sélective, que les oublis  n’ont pas d’importance s’ils portent sur des détails et qu’il est de toute façon impossible de se souvenir de tout.

Tony Blair acteur ou chanteur, pourquoi pas ? Peut-être a t-il un homonyme précisément acteur ou chanteur.

Lamine Bey Chikhi

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• 2009-May-25 – Chikhi Abderrahmane (Batna, 1963)

Parmi les images qui m’ont particulièrement marqué au sujet de mon oncle, dada Abderrahmane, celle qui émerge, lorsqu’il m’arrive de parler de lui, est liée au décès de ma grand-mère paternelle.

On venait d’inhumer nana. J’étais dans la cour de la maison de jeddi avec des membres de la famille. Dada revenait du cimetière; mes tantes pleuraient encore.

 » Pourquoi pleurez-vous ? Pourquoi donc pleurez-vous ?  » leur demanda t-il en souriant.

 » Que dieu ait son âme et l’accueille en son vaste paradis  » poursuivit-il.

Les pleurs cessèrent aussitôt; mes tantes le regardèrent avec respect tout en sèchant leurs larmes; les choses reprirent leur cours normal.

En intervenant de cette manière, dada fit forte impression sur l’assistance.

Je le savais extrêmement croyant; d’ailleurs, on disait de lui qu’il était le plus pieux de tous.

A ce moment-là, je n’étais pas en mesure de comprendre les ressorts du pouvoir d’influence dont il me semblait disposer ni de les relier à ses convictions religieuses.

Je trouvai sa façon de s’adresser à mes tantes d’autant plus remarquable qu’elle lui permit non pas de banaliser mais de relativiser un événement tragique, de dédramatiser la situation, en quelques mots, quelques secondes, domestiquant d’abord l’impact immédiat de la disparition de nana avant de le néantiser purement et simplement.

Et puis surtout, dada le fit avec le sourire.

Lamine Bey Chikhi

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• 2009-May-19 – Si El Ouaness (1963-1964)

Dès les  premiers jours du printemps, en fin d’après-midi, Si El Ouaness et quatre ou cinq de ses amis, des septuagénaires comme lui, s’asseyaientt sur le trottoir jouxtant l’épicerie Méziane.

Les habitants du quartier s’étaient habitués à ce rituel.

Si El Ouaness et ses compères devisaient sur les choses de la vie, entrecoupant souvent leurs propos de rires bruyants.

Quand ils ne parlaient pas, ils scrutaient lles alllées  et venues des riverains, des femmes en particulier et de façon insistante, me  semblait-ill alors.

En réalité, rien ni personne n’échappait à leur regard ou à leurs commentaires critiques.

MA  qui sortaitt rarement de la maison, pouvait  les observer sans être vue à travers les interstices  des persiennes du salon.  Elle le faisait de temps à autre, quand elle était seule.

Quant à moi, j’avais l’avantage d’appréhender la situation sous un double angle de vue ; de l’extérieur d’abord, c’est-à-dire directement du jardin de la villa, puis, indirectement de l’intérieur, lorsque je voyais MA assise de biais sur le radiateur, balayant de son regard les alentours de la maison.

Lamine Bey Chikhi

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• 2009-May-16 – Tata Lola

A chacun ses souvenirs.

La posture sereine de certains membres de la famille assis sur les chaises qu’on avait mises dans le jardin de la villa, fait partie de ces petites choses qui avaient attiré mon attention le jour des obsèques de mon père.

Il y avait là mes oncles Derradji, Salah, Mahieddine et bien d’autres parents.

C’était une matinée ensoleillée de février 1961.

Mon oncle Derradji se démarquait des autres hommes présents parce qu’il était le seul à fumer. C’était d’ailleurs un grand fumeur;  les bastos étaient ses cigarettes préférées.

L’atmosphère était légère et détendue.

J’en  reparlais cet après-midi avec Soraya qui disait se souvenir surtout de l’ambiance dans la maison, avec les femmes.

Elle s’est également rappelée l’arrivée sinon spectaculaire du moins remarquée de tata Lola, ma tante paternelle, portant un élégant tailleur noir et un chapeau.

Une voilette couvrait son visage.

Pour ma part,  je n’avais saisi que des fragments de cette image restée furtive.

Tandis que Soraya relatait ce qu’elle avait conservé de ce souvenir, je songeais à   »  Divorce à l’italienne «   le film que j’avais vu à Alger en avril 1963 avec tata  Lola, dada Rabah et Beida, quelques jours avant l’accident qui allait coûter la vie à ma tante.

J’ai d’abord pensé que tata Lola avait des airs de Stéfania Sandrelli, l’actrice principale du film, coquette et mystérieuse.

Ensuite, quelque chose dans ma tête, une rétrospective de visages célèbres du cinéma, est venu aussitôt effacer ce parallèle au profit d’un autre rapprochement.

Finalement, tata Lola ressemblait  plutôt à Rita Hayworth.

Lamine Bey Chikhi

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• 2009-May-12 – Une histoire-relais

Ce que je crois à son propos est entièrement fondé sur l’image, la mémoire, le souvenir.

L’histoire-relais, alternative à un souhait resté vague et confus, est toujours possible; l’option est en réserve. J’ai d’abord dit à MA que cela ne m’intéressait pas. Mais après réflexion, je me suis demandé si le plaisir que me procurerait une histoire inventée ne serait pas équivalent à celui d’une histoire vraie qui aurait eu un commencement mais qui, ayant stagné pour des raisons indépendantes de ma volonté, n’aurait  pas connu d’épilogue.

Une histoire-relais :  J’ y pense mais, pour l’heure, je n’en vois ni l’articulation ni les éléments constitutifs.  Pourra t-elle d’ailleurs rivaliser avec  l’histoire vraie ?

Et l’histoire vraie en est-elle une au sens où on l’entend en général ?

Dans la mienne, on s’enlise; enfin, je le suppose à partir du moment où  rien d’extraordinaire ni de notable ne se passe.

Ne s’agit-il pas au fond d’une démarche inutile et sans lendemain ?

Je me suis souvent posé la question.

Pourtant, rien n’est banal ni abstrait en elle.

Et, en dépit de son évanescence, elle (La batnéenne) reste un déclencheur d’images et d’émotions indicibles. 

Elle n’est donc pas n’importe qui. Elle est l’incarnation spirituelle du hasard ou plutôt du mektoub.

Lamine Bey Chikhi

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• 2009-May-11 – En allant au cinéma (Batna, 1959-1960))

Quand Ferid et moi devions aller au cinéma, les samedis après-midi, il fallait d’abord que nous passions à l’agence commerciale de la rue Saint Germain (à l’époque, nous disions le bureau), à partir de 13 heures.

Notre père s’y trouvait déjà.  En général, il vérifiait des factures ou rangeait des documents quand il ne rédigeait pas un courrier.

La première séance de cinéma débutait à 14 heures.

Je manifestais très vite quelque impatience en gigotant sur ma chaise, craignant de rater le début du film;  d’ailleurs, j’essayais souvent d’attirer l’attention de Ferid pour qu’il intercède auprès de notre père et lui demande de nous libérer.

 » Ce n’est pas encore l’heure ! «   Cette réaction de mon père dont tout indiquait qu’elle était absolument sans appel, nous imposait l’attente. Une attente silencieuse.

Il nous autorisait à quitter le bureau dix minutes avant le commencement du film, estimant que nous arriverions ainsi en temps opportun au Colisée, le cinéma aux sièges en bois, notre cinéma de prédilection, celui où l’on avait projeté Les dix commandements avec Charlton Heston  (film produit et réalisé par Cécil B. De Mille dont le nom m’a longtemps fasciné), Samson et Dalila avec Victor Mature, Les 12 travaux d’Hercule avec Steve Reeves.

Je crois que le patron du cinéma s’appelait Tomasini.

Lamine Bey Chikhi

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• 2009-May-10 – Les demoiselles de Wilko

Quand je repense au film de Wajda   » Les demoiselles de Wilko  » ,  je ne peux m’empêcher de quêter des similitudes avec certains moments du passé.

Entre ce que raconte le film et les souvenirs qu’il déclenche, la connexité est liée à l’implicite, aux non-dits, au suggestif, à ce qui se joue sur des images, à des conversations ordinaires, immatérielles, à des points de suspension, aux grandes vacances aussi même quand on est censé être sorti de l’enfance…

Lamine Bey Chikhi

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• 2009-May-7 – M’hamed Kourd

Deux des courriers échangés entre mon père et le grand professeur compositeur de musique orientale M’hamed Kourd, en 1941, avaient trait aux conditions d’organisation à Batna d’une soirée sous l’égide d’associations de bienfaisance, dont la recette devait bénéficier aux réfugiés de Syrie.

Dans une lettre datée du 27 août 1941, sur papier à l’en-tête de Dar El Foukara  (Centre d’accueil et d’assistance pour enfants algériens en détresse), dont il était l’un des promoteurs et soutiens les plus actifs, mon père fit part à Kourd du projet de soirée prévu pour la deuxième quinzaine de septembre de la même année, et lui suggéra  ce qui suit :

- une soirée musicale de morceaux choisis ;

- prestation d’une artiste dans le genre de Keltoum des troupes Mahieddine d’Alger;  mon père demanda à Kourd de prendre contact avec elle.

Dans sa lettre du 4 septembre 1941, accompagnée d’une carte de visite, Kourd présenta d’abord ses excuses pour le  » retard  » qu’il avait mis à répondre à mon père,  indiquant qu’il se trouvait à Souk Ahras en tournée, marqua bien volontiers son accord  pour animer la fête programmée, avant de préciser que les danseuses qu’il connaissait et qui résidaient à Alger demandaient 2500 francs pour un déplacement, somme exagérée, selon lui.

Il cita à titre d’exemple le nom de Leila Fouad, vedette de radio Alger, tout en se proposant de prendre attache avec une autre artiste (établie à Constantine), moins exigeante, puis il conclut en soulignant   » qu’il ne serait pas utile d’avoir une danseuse et que son orchestre suffirait amplement… »

La soirée eut-elle lieu ?

Je ne saurais répondre à la question, n’ayant trouvé aucun document de nature à m’éclairer;  je m’abstiendrais donc d’en déduire quoi que ce soit.

Mais, au-delà, ce que je retiens vient combler pour ainsi dire l’absence d’éléments sur le sort réservé au projet de soirée.

Quand je relis ces lettres dactylographiées, trois aspects au moins polarisent mon attention :

D’abord leur style concis, réaliste et sans fioritures.

Ensuite, ce que cet échange donne à imaginer, à partir de points de repère élémentaires (raisons d’une réponse tardive, noms de lieux, d’artistes, propositions alternatives…), sur l’ambiance et  les valeurs morales de l’époque, le tact dans la communication,  la justesse du mot.

Enfin, l’adresse originale et pleine d’espérance de Kourd (Impasse midi, Bône) inscrite au verso de l’enveloppe contenant la lettre à mon père.

L’impasse évoque un blocage, une absence d’issue mais, en l’occurrence, elle s’efface aussitôt au profit de la lumière, du soleil suggérés par le mot midi.

Il y a dans l’association   » impasse midi «   une sonorité qui ne laisse pas indifférent.

Lamine Bey Chikhi

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• 2009-May-4 – Batna

Si je devais faire une présentation de Batna, elle serait inévitablement sentimentale. Elle serait aussi figée, je veux dire historiquement figée.  En ce sens, elle serait réaliste ou plutôt réelle, vraie.

C’est comme dans un film, c’est comme raconter un film, une oeuvre cinématographique déjà réalisée, dans un décor planté pour la cause, adapté aux faits, à ce qui s’est passé effectivement.

Relater d’abord, ressentir, faire part de ses émotions, ne pas céder tout de suite au décryptage analytique.

Dans ce contexte précis, la configuration de la ville évoque son aération territoriale, sa linéarité. Quand je dis cela, je ne suis pas dans le présent.  Je pense surtout à la ville de mon enfance, à la fraîcheur parfumée de certains de ses quartiers.

En général, qu’elle soit horizontale ou verticale, la linéarité est perçue a priori comme quelque chose de monotone, mais celle de Batna était belle et sympathique.

Le tracé de la ville traduisait et donc véhiculait un équilibre organisationnel.

Je ne crois pas être excessif ni révisionniste en soutenant que la conception ou plutôt l’esprit de la ville pourrait également être appréhendé autrement qu’à travers des considérations de stratégie coloniale.

En me contentant d’émettre cette hypothèse, je sais que je n’apporte aucune explication rationnelle.

Mon point de vue est entièrement déterminé par des impressions, des images, une subjectivité, des sensations, des flashs qui renvoient d’abord, je le redis, à l’enfance. Le tout confronté à aujourd’hui, à l’urbanisme d’aujourd’hui, à l’Algérie telle qu’elle s’est urbanisée depuis 1962 avec toutes les conséquences que l’on observe.

Lamine Bey Chikhi.

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• 2009-May-2 – La sieste de mon père

La sieste de mon père ne durait guère plus de 15 minutes. C’était d’ailleurs plus un léger assoupissement qu’une sieste.

Après la prière du dhor, mon père s’asseyait sur le fauteuil du salon, les mains posées sur ses genoux, et fermait les yeux.

Il me paraissait toujours paisible et souriant.

Cette détente lui procurait-elle un réel repos ?  Je ne me posais pas la question.

Je n’ai compris l’intérêt de la sieste que bien plus tard en suivant à la télé des émissions sur les diverses formes de cette coupure particulière de la journée, leur typologie, leurs bienfaits respectifs.

Enfant, je percevais la sieste de mon père comme une pause, mais une pause expresse;  je n’en saisissais ni la profondeur ni le pouvoir relaxant. 

Elle faisait partie d’un rituel, toutes saisons confondues, sans plus.

Dans le même ordre d’idées, je ne résiste pas à l’envie de dire ce que je ressentais quand mon père repartait, en général dans la journée même, à Batna alors qu’il venait de nous accompagner à Khenchela où nous allions quelquefois passer les vacances d’hiver chez khali Derradji.

Entre la possibilité que mon père avait de faire, à Khenchela, une sieste qui n’aurait pas dérogé à la règle, et l’immédiateté de ce retour sur Batna, sans transition aucune, il y avait comme un antagonisme.

Il me semble aujourd’hui que quelque chose reliait pourtant les deux postures.

La temporalité était presque la même;  dans les deux cas, elle était adossée à des considérations de pertinence, d’opportunité.  Mais pas seulement.

J’ai tenu à peu près le même propos au sujet de Kaddour dont je trouvais qu’il avait une  » pratique  » du temps apparemment serrée;  il s’agissait plus justement d’une conscience du temps. Voilà, c’est cela, c’est ce que je voulais dire, une conscience du temps.

Mais cette conscience n’est pas prise ici dans son acception matérielle.  Je l’évalue dans ce qu’elle signifie de précieux, de philosophique, dans ce qu’il en reste quand les décantations sont faites. Une sorte de quintessence du temps.

La sieste de mon père ne s’inscrivait-elle pas en définitive dans cette trajectoire ?

Lamine Bey Chikhi

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• 2009-Apr-30 – Abdelkader Chabou, une certaine approche du temps

Je veux parler de mon grand cousin Kaddour (Abdelkader Chabou) par rapport à trois souvenirs.

Le premier souvenir est lié au cessez le feu de mars 1962.

Ce jour-là, en fait c’était en début de soirée, Kaddour nous rendit visite à Batna. Il ne resta pas longtemps à la maison; un quart d’heure ou un peu plus, le temps de nous saluer, de prendre de nos nouvelles.

C’était une année après la disparition de mon père.

Le second souvenir a trait à la visite que ma mère et moi avions faite à khalti Zlikha le premier jour de l’Aid El Fitr de l’année 1968 à Alger. Khalti Zlikha nous avait dit que Kaddour venait juste de sortir, qu’il avait à peine eu le temps de lui présenter ses voeux et de prendre un café.

Troisième souvenir:  un jour de décembre 1970, 18 heures, au volant de sa voiture, il sortait du siège du FLN, place Emir Abdelkader.  Il devait probablement aller à une autre réunion. Peut-être un rendez-vous avec le Président Boumedienne au Ministère de la défense nationale dont Kaddour était alors le Secrétaire général.  Supposition presque mécanique de ma part mais fondée tout de même un peu sur ce que je pensais des fortes convergences qu’il y avait entre les deux hommes. En tout cas, à mes yeux, Kaddour avait parfaitement raison d’être pressé.

Ces trois souvenirs ont contribué d’une certaine manière à façonnner ma vision du temps et des modes de légitimation des positions qu’il suscite.

Kaddour, c’était un personnage important, sérieux et crédible. Et cela me paraissait justifier amplement sa gestion du temps.

Lamine Bey Chikhi 

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• 2009-Apr-27 – Une époque résiduelle

Je ne l’avais pas revu depuis un peu plus d’une année.

Je lui ai dit que je tentais d’écrire un récit, enfin queque chose qui y ressemble mais qui ne porte que sur le passé.

Je lui ai cité, à titre d’exemple, le texte que j’avais rédigé à partir d’une photo montrant Djamel non loin de la place de la brèche à Constantine, en 1964.

 » J’ai trouvé cette photo extrêmement intéressante, lui ai-je indiqué;  on y voit un Djamel en pleine forme,  et puis surtout on décèle à travers son sourire la douceur de vivre d’une époque résiduelle, non reconductible par conséquent   » 

 Je lui ai d’ailleurs  précisé avoir très vite ressenti une impression de déjà parti, déjà disparu, en regardant la photo la première fois.

Aujourd’hui, je la regarde comme on regarde une photo de star de cinéma.

Une star d’autrefois.

Il venait d’acheter un livre de JM Le Clézio.  Nous en avons parlé en nous remémorant nos échanges littéraires des années 1970, au Victor Hugo, à Alger, en compagnie de Bazzed.

Mais Le Victor Hugo n’est plus. Idem pour La Princière.  Exit aussi Le Berry devenu restaurant El Malouf.

Lamine Bey Chikhi

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• 2009-Apr-25 – Une démarche discrète mais efficace

Mon père avait mis en place à Batna, au milieu des années 1950, une association de type culturel avec Monsieur Clouet principal au lycée de la ville.

L’objectif par ce biais était de permettre à nombre de jeunes algériens des villes de la région ( Biskra, Touggourt, Khenchela…) où il n’y avait pas de lycée, de poursuivre leurs études secondaires à Batna.

Mon père servait de caution morale auprès des responsables du lycée.

Cette initiative visait donc à faire face à certaines pratiques discriminatoires et au numerus clausus qui prévalaient à cette époque.

Mon père et M.Clouet menaient leur action discrètement mais efficacement, contribuant ainsi à ce que des jeunes de la région concrétisent leurs aspirations intellectuelles d’autant que seul l’accès au lycée leur donnait l’espoir de passer un jour le prestigieux baccalauréat, clé d’entrée à l’Université.

Cette démarche solidaire transrégionale portée par deux humanistes dans un contexte spécifique méritait d’être signalée.

Lamine Bey Chikhi 

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• 2009-Apr-23 – Batna, rue du Casino

En évoquant avec elle la convivialité des visites de jadis, je pensais surtout à khalti Zlikha, à halwat ettork et au thé à la menthe qu’elle nous servait, et, bien entendu aussi, aux conversations toujours sereines qu’elle avait avec ma mère.

La villa de khalti Zlikha se trouvait à l’extrémité de la rue du Casino (le cinéma où l’on diffusait des films égyptiens), à proximité du fortin qui surplombe la gare, dans un quartier où les fins d’après-midi automnales sont en général plus fraîches qu’ailleurs dans la ville.

Le chemin du retour me paraissait toujours calme. Il y avait comme de la mélancolie dans l’air.

Peut-être cette sensation était-elle due à ce qui ressemblait à une rupture entre plusieurs phases émotionnelles : la fin d’une visite, le passage d’un quartier à un autre, le retour au bercail et à la routine de tous les jours, la rentrée…

Ce spleen, je le ressentais à l’identique et inévitablement le deuxième jour de chaque fête de l’Aid El Fitr.

Lamine Bey Chikhi

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• 2009-Apr-21 – Madame H

Ce que je percevais à travers la sortie quasi quotidienne de Madame H, c’était une sorte de défi, une volonté de la part de cette dame de continuer à s’habiller de façon moderne et à vaquer normalement à ses occupations, même si le contexte de l’époque pouvait la contraindre à quelque rigorisme dans le port des vêtements, peut-être même à sortir moins souvent ou à ne plus sortir du tout.

Pour moi, la sortie régulière de Madame H donnait de l’importance à la ville.  

On aurait dit que Madame H concoctait tout un programme pour valoriser ses après-midi, ce qui pouvait signifier rendre visite à sa couturière, faire du lèche-vitrine, poster une carte postale, aller déguster une  viennoiserie chez   » Frécamp  » , acheter le dernier Femmes d’aujourd’hui ou Confidences chez le marchand de journaux de l’avenue de l’indépendance…

La sortie de Madame H conférait de l’intérêt aux banalités quotidiennes. Je le pensais en tout cas.

J’en déduisais même que la vie à Batna n’était pas monotone, ne pouvait pas être monotone. 

Je n’ai jamais cherché à expliquer cette connexité. Je me contentais d’en esquisser le cheminement dans ma tête.

Et les palpitations de la ville, je les ressentais à travers ce que la sortie rituelle de Madame H me permettait d’imaginer.

Lamine Bey Chikhi

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• 2009-Apr-18 – Batna, le dépôt de la rue Saint Germain (1959-1960)

Huile d’olive, café, savon de Marseille, eau de javel, cirage, bougies, mais aussi biscuits, gaufrettes…

Ces produits étaient toujours soigneusement agencés dans le dépôt de la rue Saint Germain où nous étions heureux de nous retrouver quelquefois durant les grandes vacances.

Nous pouvions naturellement consommer des gaufrettes comme des autres biscuits disponibles car il y avait toujours là une boîte à moitié ouverte à partir de laquelle mon père évaluait la qualité du produit.

Le dépôt de la rue Saint Germain, c’était aussi le couloir pavé où H’ssen, souvent en sueur, entreposait dans un ordre impeccable les fûts d’huile expédiés périodiquement de Béjaia par la Sian ( Société industrielle de l’Afrique du nord) que mon père représentait dans la région des Aurès, ainsi d’ailleurs qu’une dizaine d’autres établissements commerciaux.

Lamine Bey Chikhi

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• 2009-Apr-16 – Plein soleil

Un soir d’octobre, Arte diffuse Plein soleil de René Clément, interprété par Alain Delon, Maurice Ronet et Marie Laforêt.

Le film que j’avais vu au début des années 1960 à Annaba, au cinéma Majestic, n’a pas pris une ride.

Je l’ai revu comme on feuillette un album de famille.

Des souvenirs plein la tête !

Arrêt sur images : L’été 1964, la grande bleue, Toche, Saint Cloud, la dolce vita, les lampions multicolores du cours de la révolution, nos longues promenades nocturnes, le farniente…

Pendant longtemps, quand nous évoquions cette époque, nous disions   » nos fameuses vacances  » car, depuis, nous n’en avons plus passé de pareilles.

Lamine Bey Chikhi

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