Regards hagards…

Posté par imsat le 12 août 2009

Les regards à la fois hagards, froids et agressifs que je croise me paraissent rompre fondamentalement avec ceux que j’avais coutume de voir, il y a une vingtaine d’années ou peut-être un  peu plus.

Hagards, froids, agressifs ? je ne sais si ces qualificatifs sont appropriés.

Des regards en tout cas étranges qu’on vous lance comme si vous étiez un intrus, un être dérangeant, bizarre.

J’ai pris conscience de ce phénomène et de sa “centralité” dans la société en 2001.

Novembre 2001, inondations de Bab El Oued : 750 morts.

Dans une de nos chambres, une infiltration d’eau : je monte voir le voisin du dessus;  des femmes ouvrent la porte,  je leur explique la situation en leur demandant même de venir constater de visu les dégâts. Elles consentent à venir voir.

Elles regardent le plafond comme si de rien n’était. 

 ” Excusez-nous, dit la mère, ce sont des parents à nous, ils étaient à Bab El Oued; ils sont venus prendre une douche chez nous…” Puis plus rien, aucune autre parole, aucun regret ni aucune  expression de désolation; les autres femmes, au nombre de trois, avaient précisément ce regard dont je parlais plus haut. Un regard absent, sec, en même temps accusateur, étonné, mais d’un étonnement en arrière-plan dont il vous faut deviner le pourquoi, les origines. Un regard qui vous fait oublier votre position de victime et vous incite à vous poser toutes les questions du monde pour comprendre ce qui s’y cache.

Eh bien, aujourd’hui, je ne vois que cela dans la ville.

Hier, devant un des guichets de la poste, le jeune homme qui se trouvait à ma gauche m’a  toisé de la même façon, sans motif apparent; je l’ai regardé moi aussi mais de manière détendue, il était de profil, je n’ai rien perçu d’intelligible; la préposée a esquissé un regard interrogateur dans sa direction; je me suis demandé si le jeune homme n’était pas sous l’emprise de quelque psychotrope.

Je n’ai pas trouvé de différence entre sa façon de me regarder et celle de mes voisines le jour des inondations de Bab El Oued.

C’est une fracture totale et, me semble t-il, définitive entre ces regards et ceux de la fille aux yeux océaniques ou encore ceux, fascinants, de cette assistante qui assurait  nos travaux dirigés en droit international privé, en 1974…

Lamine Bey Chikhi

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