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Escapade (Batna, 1964)

Posté par imsat le 31 octobre 2009

Les affiches et les photos exposées à l’entrée ou dans le hall des cinémas de la ville, annonçant les films de la semaine, me fascinaient. Je les percevais comme une invitation au rêve. Je ne me lassais jamais de les regarder.

L’affiche du film Escapade interprété par Dany Carrel et Louis Jourdan avait particulièrement retenu mon attention.

Le film, en noir et blanc, passait au Régent;  je crois que c’était un peu plus d’un an après l’indépendance; je l’ai vu en deuxième séance, à partir de 17 heures; c’était un dimanche, l’année scolaire venait de s’achever.

Mon cousin Chérif qui avait l’habitude de me faire entrer gratuitement au cinéma, ne travaillait plus au Régent. Je me suis quand même débrouillé pour acheter un billet mezzanine.

A l’entracte, je me suis payé une limonade à la cafétéria. Je me rappelle y avoir croisé F et MS; je savais d’ailleurs qu’ils allaient au cinéma les dimanches après-midi.

Les mots mezzanine, balcon, orchestre, stalle m’étaient déjà familiers; pour moi, ils évoquaient un endroit magique, et puis leur sonorité me plaisait beaucoup. A mes yeux, ils reflétaient aussi à l’échelle microcosmique une organisation cohérente, une stratification harmonieuse de la société.

Configuration unanimement acceptée.

J’appréciais cette espèce de consensus qui faisait que chacun dans la salle était bien à sa place et avait payé pour.

Du balcon du Régent, je me sentais privilégié, oubliant, le temps d’une projection, que j’étais dans le même cinéma que 100 à 150 autres spectateurs.

En mezzanine, il n’y avait guère plus d’une quinzaine de fauteuils positionnés dans un espace confortable et assez éloigné des autres parties de la salle, ce qui donnait l’impresssion à leurs occupants d’être un peu isolés.

Ma première au balcon et en mezzanine : un bonheur total !

Quant au film proprement dit, je l’ai suivi avec grand intérêt, la présence dans la distribution de l’immense vedette qu’était alors Louis Jourdan ayant évidemment largement contribué à mon plaisir.

Lamine Bey Chikhi

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Se souvenir, imaginer, créer

Posté par imsat le 27 octobre 2009

Comment se souvenir pour se mettre en capacité de réinventer (recréer) ce qui n’est plus ?

La mémoire trie les images mais l’émergence de tel ou tel souvenir reste aussi tributaire de la volonté de se rappeler; la volonté couplée à la mémoire, donc au recul, permet de faire « revivre » l’essentiel.

Peut-être le présent conduit-il par moments à regarder derrière soi et facilite t-il l’introspection.

En tout cas, cette marche à reculons s’impose d’elle même dans certaines circonstances, en particulier quand le présent se révèle être une voie sans issue.

La notion de voie recouvre la projection de ce qui est, c’est-à-dire les perspectives.

Les perspectives algériennes sont-elles fiables (viables) ?  Et peut-on les appréhender en termes d’espérance, de valeurs, de convivialité sociale, de progrès culturel, de conscience collective ?

Pour l’heure, très peu de choses incitent à l’optimisme.

Face à cette incertitude, reste le passé;  lui au moins est visible et on en connait bien des pans; en parler ouvertement, c’est notamment s’interroger sur la manière de le thématiser compte tenu de l’histoire.

Et c’est parce que l’histoire en question a débouché sur une impasse qu’il faut s’accrocher aux images les plus saillantes du passé; c’est une exigence à laquelle il convient de satisfaire pour pouvoir vivre ou survivre, selon l’optique considérée.

« La vie n’est pas ce que l’on a vécu, mais ce dont on se souvient et comment on s’en souvient » (Gabriel Garcia Marquez).

Cet aphorisme résume parfaitement ce que je veux dire du souvenir, de sa puissance, de sa profitabilité, de son rapport au réel, à la vie.

Lamine Bey Chikhi

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Marie-France (Batna, 1961)

Posté par imsat le 25 octobre 2009

Marie-France, un été 1961; course poursuite entre son copain et moi. Il me rattrape à l’entrée des allées Bocca, me bouscule, me fait un croche-pied puis me met à terre; soudain quelqu’un surgit et s’interpose entre nous; il injurie le jeune homme en français et en arabe avant de lui crier :  » allez, dégage d’ici ! « .

Mon « sauveur », c’était mon cousin Kamel; je venais ainsi de faire sa connaissance; lui me connaissait déjà.

Marie-France, je la regardais par rapport à ce qu’elle était : une française. Je la sentais différente des algériennes. Je crois même que je cherchais à la voir ainsi.

Je l’imaginais dans sa vie quotidienne. Le siège de la Garde mobile prenait pour moi une signification particulière à partir du moment où elle y résidait.

Les amies algériennes de B avaient une pondération, une retenue; ses copines françaises semblaient extraverties et gaies.

Marie-France passait devant notre maison peu avant 8 heures du matin. Je l’observais discrètement de la fenêtre de notre salle de bains. Je le faisais surtout en hiver tout en me chauffant les mains près de la chaudière.

Cheveux noirs, sourires parcimonieux mais charmeurs…

Elle se démarquait totalement des autres jeunes filles. Je la trouvais sophistiquée et, par certains côtés, artificielle (positivement s’entend) pour ne pas dire irréelle.

Me remémorer Marie-France, c’est tenter de me réapproprier pour la réinterpréter la portée suggestive de sa façon de manger les petits pains au chocolat sur le chemin du lycée qu’elle faisait parfois avec B.

Lamine Bey Chikhi

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Kad B (Batna, 1963)

Posté par imsat le 22 octobre 2009

Kad B, c’était le bagarreur prêt à tous les affrontements, le champion du blasphème et de l’imprécation.

Il était toujours dégingandé même quand il portait des habits neufs lors des fêtes de l’Aïd.

Un jour, un détail attira mon attention : les chaussures en daim marron que Kad B mit précisément à l’occasion d’une de ces fêtes ; eh bien, c’était le seul élément qu’il me semblait porter à peu-près correctement à ce moment-là.

Plus généralement, je trouvais que Kad B vivait dangereusement, que sa témérité était excessive et qu’il n’était pas du tout conscient des risques dont il était porteur; je n’étais d’ailleurs pas le seul à le penser dans le quartier.

Il était dans la provocation permanente.

Notre sentiment par rapport à son comportement était ambivalent.

Nous craignions Kad B mais sa désinvolture et son irrévérence ne nous laissaient pas indifférents.

En vérité, nous jubilions quand il se mettait à injurier le monde entier avec les mots les plus crus de l’époque en joignant le geste à la parole.

Nous jubilions car il osait dire tout haut ce que nous pensions tout bas.

Et puis, ça nous changeait radicalement du mode de communication plutôt conventionnel qui était alors celui du plus grand nombre.

15 ans plus tard, rencontre à Alger: Kad B s’était engagé dans la marine marchande; il avait complètement changé; ce n’était plus du tout le même; il me parut transformé, détendu, courtois même; nulle trace de son agressivité originelle.

Que s’était-il passé entre Batna (Beauséjour) et les ports de Rotterdam, Anvers, Hambourg où il faisait escale ?

Lamine Bey Chikhi

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L’écrivain public (Batna, 1968)

Posté par imsat le 19 octobre 2009

Derradji portait toujours un béret noir. Je ne me rappelle pas l’avoir jamais vu tête nue.

Quand j’allais à Batna pour encaisser les loyers des magasins, nous nous rencontrions, mon cousin Chérif, lui et moi à l’hôtel de l’Aurès, propriété de mon grand oncle Kaddour.

L’hôtel situé face au souk El Asr était un peu vétuste et disposait du strict minimum en matière de commodités.

Nous nous installions dans les fauteuils brinquebalants de la réception à partir de 21 heures, parfois autour d’un thé à la menthe.

Nous passions en revue de façon conviviale les questions de l’existence.

Pour moi, à l’époque, la philosophie dans son acception élémentaire, c’était cela, autrement dit l’art de parler dans la sérénité des problèmes de la vie.

Derradji aimait nous épater, au besoin en citant certains des auteurs qu’il avait lus (Dostoïevski, Maupassant ou encore Proust…), mais il savait aussi écouter.

Pour ma part, j’étais impressionné autant par sa grande culture que par sa dialectique.

Quant à son métier d’écrivain public, je le trouvais original, valorisant et, dans une certaine mesure, influent.

A mes yeux, être écrivain public signifiait plein de choses et d’abord avoir la possibilité de tout faire ou presque grâce à l’écriture.

Derradji sortait souvent de la poche de sa veste un stylo quand il voulait nous expliquer son raisonnement et nous faire partager sa conviction.

Sur des feuilles que Chérif ôtait du registre de l’hôtel et qu’il s’empressait de lui remettre pour ne pas lui faire perdre le fil de ses idées, Derradji écrivait des mots qu’il soulignait ensuite de deux traits comme pour capter davantage notre attention et conforter son argumentaire. Je comprenais aussi qu’il tenait par là à conférer à chacun de ses propos l’importance qu’il méritait.

Derradji était autonome; en tout cas, il se présentait comme tel et ne manquait pas de nous le rappeler lorsqu’il nous arrivait d’aborder les aspects liés à la gouvernance du pays qu’il jugeait alors sévèrement.

 » Moi, je n’ai pas besoin du salaire de l’Etat ni de celui des sociétés nationales, nous disait-il non sans quelque fierté, je ne suis pas comme les autres, je travaille quand je veux et comme je veux, je ne suis pas un fonctionnaire, je suis un homme libre !  » .

Ecrire des lettres pour les autres, remplir des formulaires administratifs, réclamer des droits, stigmatiser les carences du service public, écrire mais suggérer en même temps, voire conseiller dans le vrai sens du terme, transcrire des émotions, relater des faits, ajouter, s’il y a lieu, son grain de sel, soigner la ponctuation, voilà ce que faisait Derradji pour quelques sous et toujours avec la satisfaction d’avoir servi les humbles et les sans-grade.

Lamine Bey Chikhi

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Thella

Posté par imsat le 17 octobre 2009

Sa voix n’a pas changé, il l’a tout de suite reconnue.

Quelques mots introductifs, hésitants, à peine audibles.

Puis échange de propos sur la vie en général, sur l’Algérie, l’Europe, le monde, comme si de rien n’était, alors que, de son côté à elle, tout n’est pas resté comme avant. Et il le savait.

Aucune allusion cependant à ce qui a pu évoluer, se métamorphoser pour elle…

Le hasard ou autre chose a voulu que le lien se renoue entre eux mais sans que cela donne nécessairement lieu à des confidences sur ce qui a marqué l’itinéraire de chacun, depuis leur dernière conversation, en octobre 1981, la veille de son départ pour Bruxelles.

Une image émerge périodiquement à son sujet :  celle la montrant souriante, assise sous la véranda de sa maison, un matin de juillet, tandis que radio Alger diffusait  »Thella » de Djamel Allam.

Depuis, à chaque fois qu’il écoute « Thella » c’est elle qu’il voit. C’est incontournable !

Lamine Bey Chikhi

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Un tablier bordeaux (Batna, 1963-1964)

Posté par imsat le 14 octobre 2009

Ce jour-là, il portait un tablier bordeaux à rayures bleues et boutons dorés, une chemise blanche, un pantalon tergal noir et des chaussures à talons italiens.

Il trouvait que c’était trop chic pour lui; cela le gênait un peu; enfin c’était une gêne anticipée qu’il ressentit juste avant de sortir de la maison, en imaginant les postures qu’il allait devoir adopter dans la cour du lycée avec les autres élèves.

Il se disait qu’il serait probablement le seul à être habillé de la sorte, que cela le démarquerait inutilement des autres et que l’important était ailleurs.

Le plaisir qu’il éprouva en enfilant ces habits tout neufs et à la mode, fut d’ailleurs très vite contrarié par le sentiment qu’il avait de ne pas les mériter, intellectuellement parlant.

A l’école primaire, c’était un élève moyen.

Le jour de la rentrée au lycée, en classe de sixième, il acquit comme la certitude de rester toujours moyen, l’évaluation à laquelle il avait procédé à sa manière une année auparavant ayant largement contribué à forger sa conviction.

Le tablier qu’on avait tenu à lui acheter pour marquer la transition, eh bien il le voyait comme celui d’un élève brillant, ce qu’il n’était assurément pas.

Pour tout dire, il n’était pas loin de penser qu’il usurpait quelque chose en le portant.

Il aurait voulu mettre des vêtements plus en phase avec son niveau réel et son tempérament; un tablier certes, mais discret, sobre, tant dans la couleur que dans le style, et puis surtout sans boutons dorés ni autres fioritures.

En tout cas, Il n’avait acquiescé que modérément aux compliments de B et F qui l’accompagnaient ce matin-là car il savait qu’ils portaient sur l’esthétique, la forme, l’apparence, et pas sur le fond; or, pour lui, le fond avait à voir avec le classement général, les notes, les aptitudes.

Et de ce point de vue, il se connaissait déjà un peu.

Lamine Bey Chikhi

 

 

PS : Merci à Andréa pour son message extrêmement sympathique

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Chaque chose en son temps

Posté par imsat le 10 octobre 2009

J’ai souvent scruté la question du temps à travers ce que j’ai observé chez MA, en particulier dans sa période « faste ».

Je revois cela via la façon qu’elle avait de recevoir, de servir, de cuisiner, de converser et même de faire ses ablutions.

Prendre le temps de tout, mais savoir aussi le répartir dans la cohérence et le détachement philosophique.

C’est un tout; cela concerne l’objet (l’art de cuisiner, de servir ou ce qui s’y apparente, ce qui précède et ce qui accompagne cette démarche) mais également le sujet (la personne concernée) et, sur un autre registre, ce qui fait corps avec le reste, le décor, l’atmosphère, le rythme…

Justement, le mot pertinent, celui qui résume le tout, c’est le mot rythme; le verbe idoine, c’est le verbe rythmer.

Dans la quête du temps ordonné, il y a le rythme : je l’apprécie dans une optique d’apaisement, dans ce qui permet de peser les mots, de déguster un mets, de comprendre les choses, de rassurer, de regarder, de parler ou, le cas échéant, de ne rien dire pour profiter aussi d’un silence parfois nécessaire.

Lamine Bey Chikhi 

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Le mariage de ma cousine M (Batna, été 1960)

Posté par imsat le 8 octobre 2009

Cet après-midi là, on avait longuement arrosé le jardin. Il était 16 h.

Je me rappelle d’une sensation de fraîcheur à l’entrée de la maison.

En en parlant dernièrement avec Mà, je me suis d’abord souvenu de l’allée de la villa bordée de roses rouges. Mais très vite, dans ma tête, une couleur blanche se substitua au rouge, reléguant ce dernier au second plan.

Le blanc en question n’était pas celui de la robe élégamment portée par ma cousine. C’était plutôt un blanc aérien, immatériel, abstrait, qui me paraissait se déployer dans et sur toute la villa de dada Smain.

On avait remis un sachet de dragées à chacun des convives.

A l »évocation de ces dragées, je ne peux m’empêcher de me remémorer un autre mariage, celui de CB, qui eut lieu une année plus tard mais lors duquel les enfants dont je faisais partie furent tenus à l’écart de la fête et de ses bonnes choses.

Les femmes, occupées à la cuisine, nous avaient complètement oubliés.

Il fallut l’intervention de MA pour qu’on daignât nous servir un peu de chorba fric et, je crois, une ou deux ghribias.

Lamine Bey Chikhi

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A Menaa, dans les Aurès

Posté par imsat le 6 octobre 2009

19 Mars 1962, cessez-le-feu en Algérie.

A Menaa, comme partout ailleurs dans le pays, des festivités furent organisées à cette occasion.

Un enfant de mon âge se tenait à ma gauche alors que nous assistions à un défilé de combattants de l’ALN (Armée de libération nationale) descendus des djebels environnants.

Je me rappelle n’avoir pas apprécié sa proximité. Il est d’ailleurs sur l’une des photos que MS, le mari de ma cousine F, avait prises pour immortaliser l’événement.

Longtemps, je me suis interrogé sur les raisons profondes de ma méfiance à l’égard de ce garçon.

Ma réserve de l’époque avait-elle un lien avec ce que je ne comprenais pas encore mais que je sentais confusément en rapport avec les populations des villes et celles des campagnes ?

La moue que je faisais alors n’exprimait-elle pas plutôt mon rejet de la foule appréhendée comme la néantisation de l’individu, l’effacement de la différence ?

Lamine Bey Chikhi

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