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Alger, humeurs et couleurs de la mer

Posté par imsat le 24 novembre 2009

La couleur de la mer observée du haut de l’échangeur autoroutier, à l’entrée des sablettes, m’a toujours ébloui. Je devrais d’ailleurs mettre le mot couleur au pluriel.

6 ans durant, j’ai vu la mer prendre toutes les nuances du bleu, du vert, du gris. Probablement des milliers de nuances. Et chacune d’elles me paraissait particulière, unique, exclusive.

La mer a son caractère, ses humeurs. Chacun sait qu’elle peut être extrême (ou très calme ou complètement déchaînée); mais il lui arrive d’être gaie, mélancolique, méditative, heureuse, solitaire, sereine, boudeuse, lascive, inspirante, coquette, brillante, rassasiée…

C’est ce spectacle fascinant, chaque jour renouvelé, qui a maintenu en moi l’envie récurrente de faire de la photographie, en dilettante bien sûr, pour éterniser des souvenirs, immortaliser des endroits, pour rester dans le registre de la mémoire, du mémorable.

Cet attrait pour les variations infinies des paysages s’exerçait déjà sur moi à Batna quand il m’arrivait d’admirer les monts surplombant la ville. Les images devenaient quasi extatiques au fur et à mesure que les nuages laissaient place à des morceaux de ciel bleu.

Lamine Bey Chikhi

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Sous les caresses d’un vent léger

Posté par imsat le 21 novembre 2009

Je n’arrive pas à dire exactement ce que m’inspire l’image du champ de blé qui se trouvait à quelques encablures de la maison, à côté de la « poudrière » ni celle des coquelicots qui égayaient la sortie nord de la ville. Rien de précis ne me vient à l’esprit quand j’y songe; juste quelques mots : insouciance, féérie, soleil, couleurs, harmonie.

Nous avions l’impression de flotter dans les endroits en question sous les caresses d’un vent léger. C’était le printemps, nous étions 3 ou 4, nous ne pensions à rien, nous courions dans tous les sens en lançant des cris de joie. Vide absolu en nous et alentour; nulle préoccupation de type matériel.

Il y a des émotions qui n’ont pas besoin d’être décrites dans le détail ni de façon structurée; elles restent ineffables. Il en est ainsi de bien des sensations liées à cette période dont on se contente souvent de dire que c’était une autre époque.

Lamine Bey Chikhi

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Les années charnière

Posté par imsat le 16 novembre 2009

Lorsqu’il m’arrive d’évoquer les années charnière à propos d’un certain passé, je me rends compte que c’est simplement un artifice sémantique qui me permet de dire tout le bien que je pense d’une période transitoire, celle qui a immédiatement suivi l’indépendance du pays et dont le milieu des années 1960 avait marqué le début de la fin.

Une kyrielle d’images personnelles et familiales est là pour me le rappeler.

Les années charnière : des années durant lesquelles aller au cinéma était un vrai plaisir, inter collèges connectait périodiquement notre lycée à ceux des autres villes d’Algérie tandis que le groupe Essaada saisissait toutes les opportunités pour animer dans l’inventivité et la créativité la vie culturelle à Batna.

Il y avait aussi  Arabella qui nous reliait au reste du monde tous les dimanches soir à travers son émission « musique sans passeport » diffusée sur une station de radio périphérique; elle faisait passer nos dédicaces assez régulièrement; nous étions fiers d’entendre le nom de notre ville sur les ondes.

La période visée renvoie, comme on s’en doute, à tout ce qui avait été vainement tenté pour résister durablement aux effets pervers de l’Histoire, aux répercussions des « événements » cette « écume des choses » (Paul Valéry). 

Lamine Bey Chikhi

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Osmose (Batna 1983)

Posté par imsat le 14 novembre 2009

Le ciel était intégralement bleu.

Sereine et rayonnante, un foulard marron-clair sur la tête, elle se recueillait devant la tombe de mon père. Je ne pensais pas à lui à ce moment-là, je prêtais plutôt attention au silence des lieux tout en la regardant psalmodier des versets du Coran.

Je la sentais bien dans sa peau; j’étais heureux de la voir ainsi; sa méditation était apaisante; une sorte de pureté émanait de son visage; cela lui conférait comme une prééminence sur ce qui nous environnait; elle semblait trôner sur tout le reste. L’impression que j’en avais alors dura peut-être une demi-heure, mais je crois aujourd’hui que tout était intemporel.

Elle était belle.

Autour des sépultures voisines, quelques femmes voilées conversaient à voix basse; c’était une ambiance reposante en dépit de ce que je percevais comme des clameurs provenant de la périphérie de la ville.

C’était une tranche horaire où la lumière du jour était excellente.

Les éléments étaient en osmose. Je le ressentis dans mon corps.

Lamine Bey Chikhi

 

 

PS : Merci à Francine pour ses encouragements et pour la justesse de son propos.

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Une inconnue, un matin pluvieux

Posté par imsat le 11 novembre 2009

Croisée ce matin. Il pleuvait. Elle paraissait mélancolique, le regard évasif évitant avec tact le sien lui-même à peine esquissé. Il s’est d’abord dit qu’il finirait par ne plus parler d’elle. Ensuite, il s’est demandé s’il allait pouvoir maintenir intacte la place qu’elle avait dans ses pensées. La veille, il était tiraillé entre le désir de continuer à s’en « servir » comme un peintre de son modèle et l’envie de lui parler, de provoquer la rencontre et de prendre ainsi le risque de tout casser, tout rompre, tout gâcher.

La perspective de tout laisser tomber, elle, les textes en cours et tout ce qu’il s’est fabriqué à propos de certains souvenirs, sans but précis, lui a traversé l’esprit, provoquant en lui une sensation désagréable. Quelques secondes durant, il a eu l’impression d’être déconnecté de tout, sans espoir, sans stratégie et déprimé à l’idée de ne plus vouloir penser au passé ni surtout d’en relater les moments intenses.

Il restait sûr d’une chose: elle et sa ville-référence étaient devenues indissociables dans sa tête.

Silencieuse, discrète dans l’élégance, insondable, zen…

Elle continuera probablement de l’inspirer, mais pour combien de temps encore ?

Lamine Bey Chikhi

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L’épicier de la rue Beauséjour (Batna, 1961-1965)

Posté par imsat le 8 novembre 2009

L’épicerie était toujours bien approvisionnée; on y trouvait tous les produits consommables dont on pouvait avoir besoin. Elle était agencée avec goût et bien éclairée. Elle restait ouverte jusqu’à 22 heures, toutes saisons confondues. M.Méziane tenait son commerce dans la bonne humeur; il était courtois et affable, il mettait un point d’honneur à satisfaire les demandes de ses clients.

Alors que je n’étais pas encore tout à fait sorti de l’enfance, il m’accueillait systématiquement par un : « Jeune homme, qu’est-ce que ce sera pour vous ? ».

Il respectait grands et petits. Il me demandait des nouvelles de la famille et m’informait des derniers arrivages dont il vantait les qualités avec professionnalisme.

Son comptoir frigorifique suscitait ma curiosité; parmi les produits en vente, les yaourts « nature » dans leurs pots en verre et le fromage Primula avaient ma préférence. Je m’arrangeais d’ailleurs souvent pour les inclure dans les commissions que Mà me demandait de faire.

On pouvait également trouver dans l’épicerie toutes sortes d’agrumes auxquels un rayon était réservé.

Quand, certains jours, entre 9 heures et 10 heures du matin, je voyais Méziane revenir du marché, transportant fruits et légumes frais dans sa vieille brouette et toussant par moments sèchement, il me paraissait fragile, surtout en hiver.

Pourtant, je ne prenais pas vraiment toute la mesure de la peine qu’il se donnait ainsi ni des conséquences éventuelles de cette débauche d’énergie sur sa santé, je constatais seulement sa détermination à répondre à tout moment aux besoins des habitants du quartier.

L’épicier de la rue Beauséjour, on l’appréciait aussi pour cela, autrement dit pour son labeur, sa ténacité, son abnégation.

Lamine Bey Chikhi

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La fille aux yeux océaniques

Posté par imsat le 4 novembre 2009

Il séchait souvent les cours, leur préférant la grasse matinée.

Il ne me demandait pas si j’avais pris les notes du cours qu’il avait raté, ce que je faisais du reste toujours, il tenait plutôt à savoir si la fille aux yeux océaniques (ainsi qu’il l’avait surnommée) était venue, comment elle était habillée et à côté de qui elle était assise.

Elle me rappelait les batnéennes des années 1960.  Elle ressemblait à ces jeunes filles dont le charme romantique évoquait quelque nostalgie perdue, certaines absences liées à la transition post indépendance.

Ersatz de continuïté…

Pour lui, elle était un peu ce que Nush fut pour Eluard ou Elsa pour Aragon; il faisait d’ailleurs fréquemment ce parallèle, le ponctuant de quelques vers des deux poètes qu’il déclamait avec entrain.

Notre plaisir était de parler d’elle, simplement: cela passait par toutes sortes de qualificatifs sur son physique, par des interrogations, des étonnements sur la profondeur de ses yeux.

Nous étions attentifs aux jupes et aux chemisiers souvent clairs qu’elle portait et qui accentuaient sa blondeur; nous accordions aussi de l’intérêt à sa façon de réagir à notre manière de l’observer; nous aimions les faux-semblants agréables de son attitude car sous-tendus par la même timidité que celle que nous ressentions lorsque, de temps à autre, elle consentait à répondre à nos regards.

Nous épiloguions tantôt sur la limpidité de sa voix, quand, avec certaines de ses camarades, elle riait aux éclats juste avant d’entrer dans l’amphi, tantôt sur sa peau presque diaphane ou sur la délicatesse de sa façon de marcher.

Rien de ce qu’elle faisait ne nous laissait indifférents.

Lamine Bey Chikhi

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