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Passerelles

Posté par imsat le 29 décembre 2009

Les images changent, se substituent les unes aux autres mais sans vraiment ni totalement rompre avec le point de départ auquel elles sont reliées par toutes sortes d’éléments. Entre le temps, l’espace et l’être, il y a des vases communicants, des passerelles.

En ce sens, ce sont aussi des qualités humaines intrinsèques qui confèrent au moment, à l’instant sa singularité. Dans cette optique, je ne peux m’empêcher de me remémorer deux de mes anciens professeurs.

Je pense ainsi à Mme Odette B qui nous dispensa son cours de sciences naturelles en 3ème jusqu’à la fin de l’année scolaire sans s’être absentée une seule fois, en dépit de l’asthme dont elle souffrait et des crises qui la secouaient fréquemment en classe.  Elle était indulgente dans les notes qu’elle me donnait. Je la considérais un peu comme une grande cousine. A la faveur de l’une de ses appréciations trimestrielles me concernant, elle avait écrit:  » Ses résultats auraient été meilleurs s’il n’avait pas été malade « .

La même compréhension caractérisait Mme Claire M, mon professeur de musique en 4ème, qui me priait quelquefois de sortir de la classe parce que je la regardais plus que je ne l’écoutais.  Je ne me rendais pas compte que ma façon méditative et romantique de la regarder la gênait. Je le faisais parfois avec insistance alors qu’elle tentait de nous expliquer les rudiments du solfège.  La  » punition  » qu’elle m’infligeait était gentille; elle n’était certainement pas de nature à me dissuader de faire le zouave. Peut-être inconsciemment, y avait-il chez moi l’idée que l’absence d’une réaction radicale et ferme de sa part devait être interprétée comme un encouragement à persévérer.

Les regards tantôt complaisants et souriants tantôt faussement sévères des deux professeurs, me renvoyaient à l’enfance, à son côté ludique et transgressif.

Par leur grandeur d’âme, leur bonté et leur sérénité, Odette B et Claire M pérennisaient cette atmosphère.

Lamine Bey Chikhi

 

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Rencontres cardinales

Posté par imsat le 21 décembre 2009

La mémoire affective l’emporte parfois sur la mémoire volontaire. Le tri délibéré des souvenirs ne s’impose donc pas toujours. Il n’y en a d’ailleurs pas là où il y a spontanéité. Quand je parle de tri, je ne vise pas seulement celui qui distingue les images les unes des autres, je pense aussi à ce qui permet d’établir des lignes de démarcation entre les époques considérées.

En le disant ainsi, je visualise immédiatement certaines rencontres (années 1960-1970) avec mon cousin maternel Djamel Amorouayèche dont j’aimais observer la façon qu’il avait de fumer (il nous demandait de lui acheter des cigarettes impérativement  »goût français »), de déguster le café, de raconter à Mà et à mes tantes des histoires à dormir debout  lorsqu’elles lui demandaient quel était son idéal féminin; il les menait en bateau, elles le savaient mais elles le laissaient faire pour entretenir la conversation. J’aimais aussi le côté excessif de sa stigmatisation des gouvernants, sa manière de toiser les gens quand ils le bousculaient dans la rue.

Il avait des mains de pianiste; il savait parler du passé; il écrivait bien. Un jour, en fouillant dans les archives familiales, je trouvai une de ses lettres, elle était adressée à B; je pris tout le temps de la lire et de la relire; elle ressemblait à un extrait de roman. Djamel  y parlait de plein de choses, de l’atmosphère des villes qu’il venait de traverser, du contexte politique, du travail, de la famille naturellement.  L’écriture était fine et élégante. Les mots utilisés étaient expressifs; certains d’entre eux me semblaient précieux, je ne les connaissais pas, je dus consulter le Larousse pour en saisir le sens.

Djamel avait un style d’écriture conforme à sa vision de l’existence, à son mode de vie. Il y avait quelque dandysme, une légèreté, une insouciance dans son attitude. Pour moi, il faisait partie des optimistes.

Enfin, je ne manquais pas de remarquer qu’il ajustait toujours son raffinement en fonction de celui dont Mà et mes tantes faisaient montre tant dans leurs évocations nostalgiques que dans leur façon de présenter les plats qu’elles lui préparaient ou encore dans les questions qu’elles lui posaient.

Lamine Bey Chikhi 

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Au stade municipal (Batna 1960)

Posté par imsat le 15 décembre 2009

Les portes du stade étaient grandes ouvertes; l’entrée était gratuite car il restait moins d’un quart d’heure à jouer. Nous étions debout, à côté des tribunes; mon père me mit sur ses épaules.

L’AS Batna, créée en 1905, était un club de football réputé; dans la ville, même les enfants que nous étions en entendaient parler. Cet après-midi là, c’était pour moi  la première fois que je voyais ses joueurs évoluer en chair et en os sur le terrain du stade municipal. Un moment merveilleux !

Je ne me souviens plus de l’équipe qui affrontait Batna; je me rappelle surtout un certain Brazzoli, joueur vedette de l’ASB, sur lequel mon père avait attiré mon attention; il venait de tirer puissamment en direction des buts adverses, le goal avait dévié en corner. Je remarquai très vite les jambes particulièrement musclées et les cheveux blonds de l’attaquant batnéen.

La même année, le club avait joué et perdu en coupe de France face à Epinal. Depuis, le nom Epinal s’incrusta dans ma mémoire.

Lamine Bey Chikhi

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Traces et repères (à propos de la valeur travail)

Posté par imsat le 12 décembre 2009

Ce que je pense du travail comme valeur morale, sociale et culturelle est d’abord lié à certains points de repère indissociables de l’enfance et de l’adolescence.

Il y a naturellement les images que j’ai retenues du rapport de mon père au travail; des images de régularité, de discipline, de rigueur, de continuité.

Il y a aussi le regard que je portais de façon récurrente sur deux de mes voisins du quartier Beauséjour: le premier habitait derrière notre maison; il exerçait comme rédacteur aux Ponts et Chaussées; il allait au travail à 8h, rentrait chez lui pour le déjeuner puis repartait de nouveau à 13h30; il était toujours rasé de près et bien habillé; il soignait son apparence. Pour moi, c’était un fonctionnaire modèle. Certains jours, je l’enviais parce que son épanouissement me paraissait intimement lié à l’intérêt qu’il accordait manifestement à son travail.

J’étais en classe de troisième, je me voyais bien, après l’obtention du brevet, dans un bureau des Ponts et Chaussées dont je ne me lassais d’ailleurs pas d’admirer le beau bâtiment en briques rouges qui en abritait le siège juste en face du lycée.

L’autre personnage à travers lequel je percevais le travail comme un processus mentalement exigeant, c’était GA; à l’époque, il devait avoir près de la cinquantaine; il allait à son travail en même temps que le fonctionnaire des Ponts et Chaussées. Dans le local que nous lui avions loué après le départ de Loulou Rib en 1962, il commercialisait des produits céréaliers. J’allais le voir à la fin de chaque mois pour encaisser le loyer; je le trouvais assis sur une chaise, les bras croisés, devant deux ou trois sacs de semoule et de blé, et une bascule. A chacune de mes visites, il me semblait que les mêmes sacs étaient encore là et qu’ils n’avaient pas changé de place. La patience de GA était d’autant plus pathétique qu’elle se déployait dans  un espace dérisoire, totalement dépouillé: il restait assis toute la journée dans l’attente de quelque client improbable.

Je me demandais quelquefois si sa bascule allait vraiment servir un jour.

Lamine Bey Chikhi

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Rattraper les choses…

Posté par imsat le 9 décembre 2009

Ai-je vraiment profité de tous les moments agréables de l’enfance et de l’adolescence ?

Pour parvenir à la plénitude du bonheur lié aux périodes en question, il eût fallu, je le sais, en être conscient et saisir par conséquent l’éphémère d’une époque, de ce qu’elle avait d’exceptionnel à mes yeux.

« J’aurais dû être heureux; je ne l’étais pas« .  J’aime cet aveu de Proust pour sa fulgurance, sa concision et sa sincérité.  Je l’aime aussi parce qu’il renvoie d’une certaine manière aux conditionnalités des choses, heureuses ou malheureuses, de la vie, aux aléas de l’existence.

Je me demande à cet égard si les plaisirs de toutes sortes dont on prétend avoir joui dans le passé n’égalent pas au fond, sinon en qualité du moins en quantité, ceux à côté desquels on considère être carrément passé.

Je crois être dans ce cas de figure, mais je ne peux en imputer le « négatif » à mes parents; je n’ai d’ailleurs rien à leur reprocher; ils ont fait ce qu’ils devaient faire pour que tout aille bien. Pour le reste, la responsabilité est individuelle.

Et être dans la nostalgie, c’est une façon d’assumer ce que la mémoire a préservé.  De ce point de vue, raviver le souvenir, c’est une manière de rattraper les choses. En partie sûrement mais toujours imparfaitement et abstraitement tout en sachant que cela ne vaut pas le vrai, le vécu.

On peut aussi appréhender le passé sous le prisme du verre à moitié plein ou à moitié vide. C’est pourquoi, je suis tenté de dire que tout est affaire de mots, d’arrangements, de compromis sémantiques, ce qui génère un plaisir différent mais bien réel.

Lamine Bey Chikhi

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Une sylphide d’autrefois

Posté par imsat le 6 décembre 2009

Assise devant le PC n° 1, elle esquisse un léger mouvement de la tête dans sa direction avant de reprendre sa position initiale, délicatement.

Il reste debout, feignant de chercher une place disponible, ce qui lui permet de l’observer, semble t-il, sans qu’elle s’en rende compte.

Elle sent qu’il est juste là, derrière elle; elle le sait, enfin c’est ce qu’il croit; elle est dans l’expectative, donnant l’impression d’appréhender sa proximité; elle regarde vers la porte de l’établissement, comme pour faire diversion…

Il s’assied trois PC plus loin, toujours derrière elle; en fait, il prend tout le temps de s’installer et en profite pour l’observer à nouveau. Elle tape un message puis elle s’arrête, les yeux toujours rivés sur l’écran; elle pivote à demi sur sa chaise mais sans le regarder.

Tout dans sa posture, sa gestuelle, lui rappelle Romy Schneider filmée à satiété par Claude Sautet.

Au bout d’un quart d’heure et alors qu’il finalise un commentaire sur un site consacré à l’Etat d’Israël, elle se lève, passe devant lui pour aller payer le gérant du cyber, sans lui adresser le moindre regard.

Rien, le néant…

Pour la sylphide, il n’existe pas.

Lamine Bey Chikhi

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Digression (à propos de l’après-match Algérie-Egypte)

Posté par imsat le 1 décembre 2009

Dans mon entourage, on se dit étonné de ne m’avoir pas vu formaliser par écrit mon point de vue sur ce qui s’est passé autour du match de football Algérie-Egypte, alors que la diatribe anti algérienne se poursuivait avec une rare violence sur les chaînes de télévision égyptiennes.

J’avoue que l’idée d’en dire quelques mots m’a à peine effleuré l’esprit car je ne tenais pas à dénaturer un blog consacré à des textes nostalgiques par un commentaire sur un événement conflictuel et à double tranchant.

A double tranchant non pas seulement parce que les échanges entre les parties ne volent pas vraiment haut, mais parce que je crains que la question centrale liée à l’actuelle crise entre l’Algérie et l’Egypte, ne soit occultée et ne passe (dans mon pays, l’Algérie) par pertes et profits.

La question cardinale me paraît être la suivante :  Les dirigeants algériens sauront-ils transformer cette crise en une vraie opportunité pour des ruptures  épistémologiques avec les conservatismes qui  marquent  encore fortement notre diplomatie, notre gestion économique, notre vision des problèmes géostratégiques, notre système politique ?

Autres interrogations, subsidiaires certes mais aussi dignes d’intérêt :

Consentira t-on, en haut lieu, à s’affranchir à la fois des approches généralement étriquées que l’on développe au sujet des relations internationales, et des amalgames engendrés par une perception incohérente et décousue de la dimension arabo africaine et méditerranéenne de l’Algérie ?

Oeuvrera t-on, dans les cercles décisionnels, à combler au plus vite le fossé qui n’a cessé de se creuser entre l’Algérie réelle et l’instance politique ?

Agira t-on là où il convient de façon perspicace et intelligente pour canaliser et valoriser le potentiel d’une jeunesse qui représente 75% de la population totale ?

Préconisations : Sortir des sentiers battus en la matière , c’est se garder de lâcher la proie pour l’ombre et surtout ne pas enserrer les masses populaires dans la thématique du football (coupe d’Afrique et coupe du monde). C’est également faire en sorte que l’Etat s’engage ici et maintenant pour le renouveau social, culturel et économique de l’Algérie exactement comme il a su le faire pour l’équipe nationale de football. C’est finalement prouver dans les faits que le football peut être autre chose que l’opium des peuples.

Lamine Bey Chikhi

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