De fil en aiguille

Posté par imsat le 5 mai 2010

Je pourrais tenter d’imaginer de diverses manières les conditions dans lesquelles mon père dut commencer à travailler dès l’âge de 18 ans. Ce serait intéressant de plonger là-dedans pour ensuite essayer de comprendre comment il a évolué, comment il envisageait l’expansion de ses affaires, comment il s’organisait pour gérer plein de choses à la fois: son activité commerciale, la construction de la villa, l’achat de locaux, la famille, l’acquisition de la vieille maison (celle du stand); comment également il pouvait faire face aux échéances financières et autres, et mener à bien ses nombreux projets.

Mais ce dont je peux parler sans recourir à la fiction a trait à ce qu’il était alors qu’il avait presque tout réalisé. Je le voyais discipliné, rigoureux dans l’application de son programme quotidien. Quand j’ai parlé ici même de sa sieste de 15 minutes, c’était surtout pour souligner que c’était sa seule parenthèse de la journée; le reste du temps, il était dans l’action, une action structurée, jamais dans la fébrilité. La façon qu’il avait de concilier détente et concentration lorsqu’il notait sur un registre le nombre de fûts d’huile de la Sian (Société Industrielle de l’Afrique du Nord) que H’ssen déchargeait dans le dépôt de la rue Saint Germain, montrait bien qu’il prenait son travail au sérieux mais dans une totale sérénité. Il adoptait la même posture quand il supervisait l’arrivée quotidienne, à la même heure, des autocars de la Stab (Société des transports automobiles batnéens) en provenance de Constantine et Biskra.

A propos justement de la Stab, j’aimerais synthétiser (pour ne pas oublier) ce qui m’a été rapporté par F et B au sujet des circonstances dans lesquelles des cars de la société avaient été incendiés durant la guerre de libération (fin des années 1950).

La première version met en évidence le fait que cet acte constituait une diversion; deux bus avaient été incendiés par des maquisards (parmi lesquels CI, convoyeur) pour faire croire aux autorités coloniales que même la Stab, bien qu’assumant une mission de service public et détenue en partie par des algériens (les Chikhi), n’était pas épargnée par les répercussions de la lutte armée. La destruction des cars devait brouiller les pistes et couvrir les opérations de collecte de fonds via la Stab au profit du Front (El Djabha en arabe) ainsi que le transport de militants pour certains de leurs déplacements. Dans l’un des cars incendiés, se trouvaient mon cousin Tahar et Abdelhamid Brahimi qui deviendra plus tard (1984-1988) Premier ministre sous Chadli Bendjeddid.

Selon la seconde thèse et bien que les versements de cotisations se soient poursuivis, les exigences financières du Front auraient fini par susciter le « débat » au sein de la Stab avec une partie de l’actionnariat français. Tahar reste évidemment un témoin privilégié de l’événement. Lui seul pourrait en restituer fidèlement le déroulement. Cela dit, le soutien multiforme à la cause nationale fut maintenu.

Lamine Bey Chikhi

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