Primus inter pares

Posté par imsat le 12 mai 2010

Il y a quelques jours, Ferid m’a demandé ce que je pensais de la polémique suscitée par le livre de Said Sadi traitant des circonstances de la mort du colonel Amirouche. Je lui ai répondu que je n’avais pas lu l’ouvrage et que je n’avais pris connaissance de cette controverse (superficiellement au demeurant) qu’à travers deux ou trois réactions parues dans la presse. Je lui ai aussi indiqué que je préférais rester plongé dans mes réminiscences, que cela m’occupait agréablement et que je ne m’en détachais par moments que pour lire des romans littéraires.

Après tout, l’histoire c’est aussi ce que l’on peut dire de soi, de ses proches, de leur parcours. Contextualiser ce parcours même de façon marginale, autrement dit de façon accessoire par rapport à la dimension subjective du récit, c’est, d’une certaine manière, prendre parti au regard de l’histoire globale ou du moins d’une partie de cette histoire.

« Il faut toujours s’efforcer de vivre en bonne intelligence avec les autres… ». C’est ce que mon père disait souvent à ses proches lors de discussions qu’il avait avec eux au sujet de ce qui pouvait les préoccuper individuellement ou collectivement dans les années 1950. C’est mon oncle Saadi qui fit part à Ferid de cette recommandation, rabâchée selon lui par mon père à ses frères, à certains de ses oncles aussi.

Eh bien, quand Ferid m’en a parlé, j’ai eu comme l’impression de redécouvrir mon père ou plutôt de compléter ce que je savais de lui en le résumant par la mise en exergue voire la dissection de phrases significatives qu’il aurait prononcées dans telles ou telles circonstances. Je dis bien « phrases significatives » pour montrer que celle qui réfère à la bonne intelligence en fait pleinement partie. Prôner cette façon de vivre, de cohabiter, de dialoguer, c’était en définitive tout mon père non pas seulement à un niveau relationnel ou social, mais également en considération d’un rapport de forces déterminé, d’un environnement, d’une évaluation lucide des choses, de certaines conjonctures à gérer ou à anticiper.

Je me suis quelquefois demandé si mon père n’était pas un funambule. Sans doute, chaque individu est-il tenté, à plus d’un titre, de glorifier l’itinéraire des siens et d’abord celui du père, figure tutélaire immédiate de premier plan que l’on vante bien volontiers et à laquelle on tend à coller des « étiquettes » positives, en général. Je ne me positionne pas dans cette optique, en tout cas pas seulement. Je préfère passer par le questionnement pour donner de la consistance à la réflexion et optimiser les possibilités d’interprétation.

Comment mon père parvenait-il à allier harmonieusement engagement professionnel, action associative et caritative, soutien discret mais protéiforme et efficace à la cause nationale, sens de la cohabitation, vie familiale,  etc ?

Comment faisait-il dans le même cadre spatio-temporel pour sauver son âme, préserver et affirmer quand il le fallait (sans chercher à choquer) ses convictions religieuses, rester loyal, ne jamais céder à la tentation du diable, bref maintenir intactes les valeurs humaines fondamentales sur lesquelles il s’appuyait ?

Autrement dit, comment l’ajustement de ces exigences pouvait-il s’opérer sans jamais prêter à ambiguïté ni être considéré comme une instrumentalisation des faits d’autant qu’il fallait faire face à des situations particulières, difficiles, hostiles, périlleuses ?

Mon père aurait-il été, d’un point de vue philosophique, une sorte de funambule, toujours en équilibre, un être plein de ressources mentales et intellectuelles, de ces ressources qui permettent à une personne d’être Primus inter pares (le premier entre ses égaux), reconnu comme tel par les siens et par les tiers dans des conjonctures spécifiques, complexes ?

Ce que je crois c’est que l’éclectisme qu’il déployait à l’abri de ce qu’il appelait la bonne intelligence était de l’ordre du culturel, du social, de l’humanisme, et que la prise de risques qu’il se ménageait dans ce cadre ne pouvait qu’être savamment appréhendée.

Lamine Bey Chikhi

Une Réponse à “Primus inter pares”

  1. appartement à louer dit :

    Merci pour ton article, c’est très intéressant.

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