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La dernière image

Posté par imsat le 29 décembre 2010

Je me mets devant sa photo puis je récite la fatiha, la sourate d’ouverture du Coran, avant de demander à Dieu d’accorder sa miséricorde à ma mère et à mon père. Je le fais le matin avant de sortir.

Faut-il que je demande à mon oncle de Constantine de me confirmer si la récitation de la fatiha face à une photo est recevable au regard des normes de l’Islam ?

En d’autres circonstances, je ne me serais pas posé la question; mais, aujourd’hui que foisonnent les interprétations religieuses à propos de tout et n’importe quoi, je m’interroge.

Quoi qu’il en soit, cela ne m’empêche pas de considérer la photo comme un élément qui me permet surtout, quand je dis la fatiha, de penser fortement à ma mère, d’avoir son visage sous les yeux, de la sentir presque présente, d’être en osmose avec ce que je dis en implorant Dieu.

Je peux prier à la mémoire de mon père sans recourir à la photo. Je n’ai pas besoin pour ce faire de me concentrer. Pour ma mère, c’est différent.  Trois jours après son décès, je me suis empressé de faire agrandir et encadrer joliment sa dernière photographie (une photo d’identité) et de la poser sur le buffet du salon. Il fallait que je le fasse. C’était urgent et prioritaire. J’avais d’autres photos d’elle, un peu dispersées, pas très récentes mais je tenais à mettre en évidence celle qu’elle avait prise quelques mois avant sa disparition.

Le repère fondamental était là et bien là. Le reste pouvait attendre.

Lamine Bey Chikhi  

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Continuum

Posté par imsat le 25 décembre 2010

Y a t-il, d’un point de vue psychologique, un continuum dans le processus de positionnement temporel de nos parents et, par voie de conséquence, une influence de leur part, y compris après leur disparition, sur notre perception de la vie, du monde, des relations sociales ?

Ce que mon père et ma mère représentent pour moi, c’est aussi mon présent, mon actualité. En le disant ainsi, je ne pense pas être dans la contradiction par rapport au propos que j’ai déjà eu à développer sur leur place privilégiée dans mes souvenirs, dans ma vie passée.

Ce n’est pas seulement parce que j’en parle en ce moment qu’ils font partie de mon présent, de mon existence d’aujourd’hui; c’est également parce que dans ma façon de penser et d’agir, je tente de me conformer globalement à leurs préceptes, à leurs valeurs. Mon autonomie intellectuelle n’est pas du tout en cause dans la mesure où je fais miennes ces valeurs, délibérément et en toute lucidité. Il y a donc aussi cette conscience que j’essaie de préserver quant à l’importance et à l’utilité de tout ce que mes parents m’ont inculqué, à l’exemplarité de leur comportement, à leur gentillesse, à leur sensibilité aux êtres et aux choses.

Lamine Bey Chikhi  

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Le passé c’est aussi ma mère

Posté par imsat le 19 décembre 2010

Un de mes textes précédents s’intitulait Le passé c’est d’abord mon père, titre dont je continue de penser qu’il  a été profondément réfléchi compte tenu de la place particulière de mon père dans mes souvenirs d’enfance. Je ne changerai pas d’un iota ce que j’ai dit à cet égard. Cependant, la disparition de ma mère impose un ajustement : désormais, le passé pour moi c’est aussi ma mère.

Vivante, ma mère faisait des incursions périodiques dans mes évocations mais j’en parlais en étant parfaitement conscient du fait qu’elle était encore parmi nous, avec moi. Tout passait par la conscience que j’avais de ce qu’elle était, de son quotidien, de son histoire, de son vécu. Aujourd’hui, ma vision change forcément…

Ces derniers jours, je me suis surpris à faire le parallèle entre les émotions suscitées respectivement par la disparition de mon père il y a de cela 50 ans, et celle de ma mère il y a très exactement trois mois. Ce n’est pas du tout la même chose.

Relation fusionnelle avec ma mère ? c’est vrai. Comment du reste qualifier autrement un dialogue tous azimuts, des conversations sur pratiquement tout, une réelle complicité, des convergences quasi idéales ?

Les « tiraillements » entre nous étaient rarissimes; ils ne pesaient rien devant l’harmonie fondamentale, transcendante de nos échanges. Encore nos divergences avaient-elles trait surtout au suivi de son régime alimentaire, un peu aussi au fait que je restais assez réticent sur certains types d’intrusions alors que ces interférences ne la dérangeaient pas du tout.

Je connaissais bien ma mère alors que pour mon père, je parlerais plutôt d’images, d’impressions. Avec ma mère, il y avait le coeur et la raison; c’était complémentaire; avec mon père, l’émotion, je l’ai éprouvée à l’âge adulte; c’était une émotion contrôlée, décalée; quand je pense à ma mère, et je le fais tous les jours, souvent même plusieurs fois par jour, ça me prend aux tripes. Je n’ai pas ressenti quelque chose d’émotionnellement consistant dans le sillage du décès de mon père; il y a eu chez moi un étonnement, sans doute aussi des interrogations élémentaires face à l’événement de la mort que je venais de découvrir concrètement; j’avais 9 ans. Une enfance et une adolescence qualitativement bien encadrées m’ont permis de relativiser le tragique et la portée de la situation. Avec ma mère, c’était la vie au jour le jour, un tête-à-tête lisse, toujours réciproquement réconfortant, agréable.

Pour mon père, j’ai éprouvé un besoin de rattrapage que j’ai essayé de combler sur un plan intellectuel tandis que pour ma mère, il m’arrive de penser que j’aurais pu faire et me comporter différemment dans nombre de circonstances. Je me dis, par exemple, que j’aurais dû m’abstenir de lui parler comme je l’ai fait à maintes reprises des incertitudes qui me paraissaient peser sur les perspectives algériennes même si je savais que mon propos était globalement justifié. J’aurais dû aussi lui sourire plus souvent. Je faisais parfois des mimiques mais ça ne la faisait rire que modérément. J’aurais dû lui dire bonjour en arabe tous les matins au lieu de salut; elle, en tout cas, me disait toujours « sabah el khir »  la première…

Lamine Bey Chikhi

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Aujourd’hui, c’est différent

Posté par imsat le 14 décembre 2010

Elle marchait devant l’immeuble du Boulevard Khemisti, là où résidait Achour; elle était bien coiffée et habillée de façon moderne, mais le trottoir sur lequel elle marchait n’en était pas un, c’était plutôt un quai du port d’Alger. Je me trouvais non loin de là, à proximité du buraliste chez qui j’avais l’habitude de faire des photocopies dans les années 1990. Devant sa boutique, il y avait une table sur laquelle j’avais posé des affaires personnelles, une couverture, quelques documents.

CN était avec moi; nous étions préoccupés parce que  ses soeurs R et M ne parvenaient pas à rentrer de France. Je lui ai dit : « pourtant, tout le monde sait qu’il y a toujours des problèmes avec les bateaux ». Elle m’a répondu: « c’est vrai, mais elles  ont quand même pu se faire enregistrer; on leur a attribué le n° 15″.

Je regardais ma mère. « Fais bien attention à toi » lui ai-je dit; elle ne m’a pas répondu; elle ne s’est pas retournée; j’avais peur qu’elle tombe dans le port; j’ai pensé que si cela arrivait, je plongerais habillé et je la sauverais.  Ensuite, je suis entré chez le buraliste pour lui présenter mes excuses au sujet de mes affaires qu’il avait entre-temps mises à l’abri dans un coin de sa boutique; je lui ai demandé s’il pouvait me les garder jusqu’au lendemain, au plus tard; il m’a répondu : « pas de problème, on n’est pas à 1 ou 2 jours près ».

Ma mère est revenue sur son chemin; je l’ai appelée, elle ne m’a pas entendu; elle s’était engouffrée dans la foule sous les arcades du boulevard Amirouche; elle se dirigeait probablement vers la rue Marceau, là où habite Moumouh; je l’ai appelée de nouveau, elle n’a pas réagi.

Réveil, mal-être, mélancolie.  Depuis son décès, c’est le deuxième fois que je vois ma mère en rêve. La prière de l’Aïd me parvient des mosquées environnantes. L’année dernière, elle était annonciatrice de jours heureux. Aujourd’hui, c’est différent.

Lamine Bey Chikhi

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Le temps d’en parler

Posté par imsat le 9 décembre 2010

En évoquant fréquemment avec elle certaines perspectives, je croyais pouvoir contribuer un peu à sa longévité. L’idée était là, sous-jacente aussi à tout ce que je tentais de faire. J’agissais sur ce qui me paraissait lui faire du bien sur le plan psychologique.

Par moments, j’étais pleinement convaincu de parvenir à des progrès notables sur ce registre. Certains signes venaient corroborer mon sentiment : sa réceptivité à l’égard de ce que je lui racontais, les questions qu’elle me posait sur ce que j’allais écrire, sur les gens que je croisais, sa volonté de continuer à se tenir au courant, à s’informer, son intérêt pour les multiples projets dont je peaufinais les lignes au jour le jour…

Ce que je dis ici reste partiel, insuffisant et purement indicatif.

Il n’est pas facile de parler d’autrui à la perfection. Le risque du propos réducteur voire expéditif pèse sur chacun de nous. Il me semble que là où il convient de s’appesantir, la tentation d’aller à l’essentiel, à ce que l’on croit essentiel est omniprésente; on est persuadé en plus que c’est cela qui compte.

Prendre le temps de parler de l’être cher, de penser à lui, c’est mettre en exergue certaines émotions, des détails, certains moments. Il ne s’agit pas de le sacraliser mais d’en parler de la façon la plus nuancée possible, avec délicatesse et pondération, non pas en passant en revue son existence à la va-vite mais en s’arrêtant sur des tranches de sa vie, un rituel, des réactions, quelques paroles mémorables, des images, une ou deux maximes, un regard, une histoire, des rêves, une manière de s’habiller, de marcher, de rire…

Lamine Bey Chikhi

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Rien n’est immuable

Posté par imsat le 6 décembre 2010

J’ai essayé de lui parler de la piscine et des salles de cinéma que je fréquentais dans les années 1960, un peu comme je le faisais avec MA. Elle m’a demandé si elles existaient toujours; je lui ai dit que je n’en savais rien. En lui répondant ainsi, je pensais à la piscine et aux cinémas de l’époque pas à ce qu’ils seraient devenus depuis.

Je me suis d’ailleurs aperçu que lorsqu’on me questionnait sur le sort réservé à tel ou tel endroit de mon enfance, je zappais ou je ne disais rien. Ma réticence à cet égard est liée aux préjugés que j’ai dû nourrir à propos de la vision et de l’action de l’homme sur tout ce qui touche à l’histoire. Je n’ai jamais manqué de tirer les conclusions les plus tranchées de ce que j’ai pu entendre ici ou là sur les transformations qui ont pu affecter des lieux d’autrefois. De même, je n’ai jamais tenu à en savoir davantage, anticipant avec une certitude quasi absolue ce qu’on allait me dire et qui devait tourner autour de l’idée selon laquelle rien ne pouvait demeurer immuable.

J’ai toujours estimé qu’on devait préserver ou réhabiliter ce qui pouvait l’être. Et la plupart des endroits auxquels je songe entrent dans cette catégorie.

La mutation qui passe par la démolition m’a toujours exaspéré. C’est cette rupture radicale souvent stupidement motivée qui m’amène à m’intéresser plus à ce qui est resté figé dans ma tête et qui a trait au passé qu’à ce qui a dû être rasé ou dénaturé pour des considérations que je n’ai même pas envie d’énoncer ici.

Lamine Bey Chikhi

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