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Par petites touches

Posté par imsat le 29 janvier 2011

J’avais commencé à lui poser des questions plus précises sur ce que j’ignorais de son histoire. Dans ma tête, la démarche était structurée. Je voulais procéder avec elle de façon planifiée. Je devais à chaque fois choisir le moment; j’envisageais toujours l’interview dans la souplesse, la légèreté, la liberté. Il ne fallait surtout pas insister, alourdir, revenir à la charge, la relancer de manière intempestive comme il n’était pas question de la fatiguer ni de l’inciter à accepter de répondre au seul motif que cela était important pour moi.

Ses réponses étaient parfois implicites, formulées entre les  lignes ou en pointillé. Il fallait prendre le temps et procéder par petites touches parce que pour elle la moindre évocation avait un sens, devait susciter quelque intérêt. Elle revenait spontanément sur telle ou telle tranche de son enfance, de son adolescence ainsi que sur certains endroits comme, par exemple, l’école primaire qu’elle fréquentait à Bougie; elle citait aussi Mme Noushi (j’espère ne pas me tromper de nom), une de ses anciennes institutrices; elle parlait souvent de Salima, sa cousine germaine ou encore d’Ain Oulmane où son père avait exercé quelque temps comme cadi.

En repensant à cela, je me dis que je n’ai pas été suffisamment perspicace ou plutôt opportuniste pour noter le plus de choses relatives à son parcours. A présent, je sais ce qui a manqué et qui ne m’a pas permis d’être toujours en phase avec les exigences de ce dont elle pouvait se souvenir.

Je le sais, mais à quoi cela va t-il servir maintenant qu’elle n’est plus ? Peut-être à mieux comprendre mon incapacité de l’époque à mener à bien le « scénario » qui était censé me permettre de recueillir, à défaut d’un maximum d’éléments d’information, tout au moins ce qu’elle pouvait considérer comme saillant dans sa vie, sa jeunesse durant les années 1940. Ensuite, il restera toujours à compléter par l’imagination ce qui pourrait l’être.

Lamine Bey Chikhi

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Wikileaks

Posté par imsat le 25 janvier 2011

J’aurais bien aimé parler de Wikileaks avec ma mère. Nous en aurions discuté exactement comme nous le faisions pour d’autres thèmes présentant sinon un intérêt comparable du moins une certaine curiosité. Elle s’en tirait d’ailleurs toujours bien dans sa façon de percevoir les problèmes politiques non seulement en posant des questions pertinentes mais en montrant aussi qu’elle pouvait avoir un avis à donner. Il suffisait juste de lui exposer les faits clairement et sans frioritures.

Notre pays a t-il les capacités de théoriser le contenu des câbles diplomatiques le concernant, d’en décrypter les soubassements et d’analyser tout ce qui se rapporte aux autres informations, à leurs incidences sur la pratique des relations internationales ? C’est notamment ce sur quoi je me serais interrogé avec ma mère; je me serais aussi intéressé aux modes d’évaluation (par les agences de renseignement) des retombées des révélations dont il s’agit.

Je me serais évidemment penché sur l’éventuelle riposte algérienne en imaginant les options possibles; j’aurais d’ailleurs accordé une importance particulière à cet aspect pour rompre avec les postures généralement quasi extatiques que l’on adopte face à l’hyper puissance américaine dans tous les domaines.

Tout ce qui entoure Wikileaks fait partie de cette hyper puissance qu’il sagisse des sources, de leurs ramifications, des fuites organisées ou suscitées, des risques ou des velléités de manipulation. En évoquant sommairement cette problématique avec des proches, j’ai surtout dit que pour pouvoir tirer profit de la base de données de Wikileaks, il fallait faire montre d’une réactivité analytique adossée en permanence à une formalisation écrite rigoureuse et à une utilisation percutante et massive d’internet. J’ai ajouté qu’il fallait dépasser l’attitude creuse qui consiste à prendre seulement note de tel ou tel « scoop ».

Parmi les révélations diffusées à ce jour, beaucoup étaient déjà connues ou sont d’une banalité sidérante; peut-être convient-il aussi de traiter cette banalité car dans ce cas comme dans d’autres, il peut y avoir anguille sous roche.

Sur tout cela, je suis convaincu que ma mère dont le bon sens et l’intelligence prenaient appui sur une culture et des valeurs essentielles, m’aurait fourni des éléments d’appréciation instructifs et motivants.

Lamine Bey Chikhi

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Parler à l’absent

Posté par imsat le 20 janvier 2011

Mady m’a récemment demandé s’il m’arrivait de parler à ma mère. Eh bien oui et je le fais de diverses façons. C’est incontournable; je crois que c’est aussi le cas de tous ceux qui vivent ce genre de situations. Ce qui diffère réside précisément dans la manière de communiquer. Parler à l’absent, cela peut se passer complètement dans la tête; tout est alors intérieur, silencieux, les mots, les images, les souvenirs…

Faut-il un support matériel, un vecteur, un outil pour rendre possible ce contact ? pas nécessairement si c’est l’imagination qui est actionnée. La photo (je ne peux m’empêcher d’y revenir) reste quand même l’un des substituts les plus indiqués pour réactiver une imagination parfois en veilleuse. La photo est parlante, suggestive, ouverte au décryptage. Celle à laquelle je pense en particulier cumule ces potentialités et se prête idéalement à la confidence.

Je veux aussi dire que tout cela reste très subjectif, ce qui signifie que l’évocation de la personne disparue intéresse d’abord les proches, peut-être même fondamentalement  les très proches, accessoirement d’autres êtres parmi ceux qui pourraient se reconnaître dans le propos que l’on tient.

Cette question fait partie de celles que l’on appréhende en général presque totalement et exclusivement pour soi dans la mesure où il s’agit principalement d’exprimer des émotions personnelles sur lesquelles il n’est d’ailleurs pas toujours aisé de mettre les mots qu’il faut. C’est l’une des raisons pour lesquelles je n’ai pas tout de suite répondu à l’interpellation de Mady. J’aurais pu très vite dire : « oui, je lui parle (à ma mère) de temps à autre » et ne rien ajouter, mais  moi je voulais aller au-delà de cette seule affirmation car préciser sa pensée à cet égard, c’est une autre façon de faire part de ce que l’on ressent pour la personne disparue. On n’est plus dans l’imagination arc-boutée seulement sur le passé; on est aussi dans le présent, dans un contact presque courant et portant sur des considérations actuelles.

Les sensibilités étant diverses, il est évident que le sujet ne fait pas l’unanimité. Parler le plus souvent possible  de quelqu’un qui n’est plus n’est déjà pas dans l’agenda des gens, surtout aujourd’hui. On comprend dès lors que ce soit encore plus compliqué d’expliquer pourquoi on tente d’établir un  « dialogue » avec le défunt et d’entrer par conséquent en communion avec lui.

Lamine Bey Chikhi

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Monica Vitti

Posté par imsat le 17 janvier 2011

Les mains ne correspondent pas tout à fait au visage ni à l’esthétique générale, mais cela est marginal, et puis il y a le reste, les yeux, la voix, le nez. Plus qu’une vague ressemblance avec Monica Vitti.  Sourires, échanges parcimonieux, méditation très intérieure sur le hasard, acquiescement à propos du temps qu’il fait.

Quoi d’autre ? Une remarque au sujet de résidus de pommade sous les yeux. Réponse : « c’est écran total ». Réserve de part et d’autre. C’est comme ça, un point c’est tout ! Pour les non-dits et leur interprétation, il faudra passer par un exercice de style exigeant…

Lamine Bey Chikhi

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Ya Dzair

Posté par imsat le 13 janvier 2011

Ya Dzair c’est une chanson poignante d’Ahmed Wahbi sur Alger, sur ce qu’il y a d’éternellement beau en elle. Je l’ai écoutée la première fois au début du printemps 1990 dans un taxi. Je découvrais la chanson et je me sentais heureux de retrouver Alger que je n’avais pourtant quittée que brièvement.

J’avais dit au taxieur : « elle est formidable, je ne la connaissais pas, elle nous donne à imaginer Alger autrement… »

« Et ça nous fait penser au bon vieux temps » m’avait -il répondu.

J’étais submergé par l’émotion. Je crois même n’avoir jamais éprouvé un sentiment aussi fort pour Alger, pour mon pays, avant de découvrir cette chanson. Ma mère la connaissait; l’année dernière, nous l’avons écoutée au moins deux ou trois fois ensemble. Depuis quelque temps, elle est régulièrement diffusée par la radio culturelle.

Dzair, c’est Alger mais la chanson ne saurait être réduite à Alger; on peut penser à d’autres villes du pays en y prétant bien l’oreille; elle renvoie implicitement à l’Algérie; en tout cas, c’est comme cela que j’interprète sa portée, son sens caché.

La mélodie de Ya Dzair me fait aussi songer à la période où ma mère et moi consacrions une partie appréciable de nos après-midi à converser et à tirer des plans sur la comète de façon inventive et dans la bonne humeur. Mais le refrain mélancolique de la chanson me rappelle aussi nos moments de silence, ceux qui s’imposaient à nous parce que j’étais occupé à lire le journal ou à écrire, et les autres, ceux que nous avions fini par entretenir d’une certaine manière parce qu’ils rythmaient harmonieusement notre quotidien.

Lamine Bey Chikhi

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Décalage

Posté par imsat le 10 janvier 2011

J’avais l’impression que les gens perdaient leurs repères. Peut-être les ont-ils vraiment perdus. A trois jours de la fête, beaucoup ont marché avec leurs moutons dans le centre de la capitale. Aux informations de 13 heures, on a pourtant bien dit que le préfet venait de prendre un arrêté interdisant les regroupements de moutons à travers les artères de la ville.

C’est toujours comme ça, c’est toujours la même chose, on attend la dernière minute pour faire semblant d’interdire. Et puis, à quoi sert un arrêté tardif et de surcroît conjoncturel ?

L’année dernière, le spectacle était aussi désolant; en plus, il y avait le sirocco. J’avais réussi à contenir ma colère en en parlant avec ma mère. Elle m’avait dit être d’accord avec ce que je pensais de la situation avant de souligner que cet événement n’avait lieu qu’une fois par an, que ce n’était quand même pas la  fin du monde et qu’il ne servait à rien de s’énerver pour si peu.

Elle n’est plus là; ma colère laisse peu à peu place à une sorte de résignation face à ce que je finis par comprendre comme quelque chose d’irréversible.

Lamine Bey Chikhi

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Virtualité

Posté par imsat le 5 janvier 2011

Je me demande si je n’ai pas trop parlé de la photo comme d’un déclencheur privilégié de souvenirs, en tout cas le plus en phase avec ce qui se trame dans la mémoire.  Récemment, en m’interrogeant sur les raisons de ce qui tourne chez moi à une sorte de dépendance-fascination, je me suis rappelé le film du réalisateur grec Nikos Papatakis intitulé précisément La photo et diffusé par la télévision algérienne dans les années 80 dans le cadre du ciné club animé avec entrain et érudition par Ahmed Bédjaoui.

C’est une histoire haletante autour de la photo d’une grande star de cinéma à partir de laquelle un jeune homme tente de manipuler son oncle émigré en France. Le mensonge entretenu et véhiculé par la photo atteint son paroxysme avant de finir par s’effriter complètement. Il se termine par un meurtre.

Le film montre le pire de ce que peut être l’instrumentalisation de la photo en même temps qu’il pousse à réfléchir à l’impact de cette chose à la fois virtuelle et réelle, sur l’imagination. C’est surtout cela qui a retenu mon attention et c’est peut-être cet aspect qui continue de marquer ma perception de la photoghraphie.

Lamine Bey Chikhi

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Tectonique de la nostalgie

Posté par imsat le 2 janvier 2011

Pour l’heure, évoquer autre chose que des souvenirs me paraît difficile, en tout cas peu motivant, sauf à faire preuve d’un vrai volontarisme. Il m’arrive de penser que si ma mère était encore de ce monde, je pourrais non pas construire une fiction, ce qui passe par un travail d’orfèvre, mais approfondir plutôt ce que je crois avoir largement engagé, à savoir une micro histoire de mes proches, à travers ce que m’ont inspiré des fragments de leur passé.

Au fond et abstraction faite de l’effort multiforme et sans doute aussi froid et rationnel qu’une fiction requiert, je n’ai pas très envie d’inventer des personnages. Pourquoi au surplus en fabriquer alors que tous ceux à qui je pense ont existé ? Je n’ai pas envie non plus de structurer quoi que ce soit.

Je n’ai d’ailleurs pas eu besoin d’ordonner les souvenirs relatés depuis un peu plus d’une année même si, en apparence, la relative chronologie de leur présentation de départ pourrait suggérer le contraire; ils ont surgi de ma mémoire au jour le jour, en fonction du temps qu’il faisait, de mes humeurs ou, plus globalement, de ce que j’appellerais la tectonique de la nostalgie. Je n’ai rien provoqué ni rien arrangé dans ces évocations; tout venait parce que le coeur le commandait; le coeur c’est-à-dire le sentiment, peut-être même la passion pour l’époque considérée, pour ses gens…

En même temps, l’essentiel de ce que j’ai exprimé à ce jour n’a pu couler de source que parce que ma mère était avec moi. Je voulais qu’elle ait la primeur de chaque souvenir restitué. Et pour moi, chaque image équivalait à un instant de bonheur. En fait, je souhaitais par ce biais faire « revivre » à ma mère des émotions d’autrefois sachant pertinemment que j’en tirerais pour ma part le même ravissement.

Enfin, je crois que la vérité dans l’écriture consiste à dire ce que l’on ressent. Pour le moment, ce que je ressens concerne ma mère. C’est un mélange de vide, d’images récentes, de méditation tranquille et, allais-je ajouter, d’enseignements; mais parler d’enseignements en l’occurrence n’a de sens que par rapport à elle, je veux dire par là que la personne disparue est irremplaçable et que même si sa disparition induit des leçons, une réflexion philosophique, celles-ci ne sont pas transposables à quelqu’un d’autre; l’être cher n’est plus mais il reste unique.

Je n’exerce évidemment aucun monopole sur ce qui renvoie à ma mère. Pourtant (ce qui ne va pas à contre-courant de cette affirmation), je revendique une spécificité dans le sentiment que j’éprouve pour elle; il y a des différences d’appréciation, des nuances par rapport aux autres; il n’y a rien à gommer ou à niveler.

A chacun sa manière d’exprimer ce qu’il ressent, à chacun sa nostalgie. La mienne, aujourd’hui, a une saveur différente. Ouvre t-elle des horizons nouveaux ? Je ne sais. Ce qui est sûr, c’est que c’est une autre nostalgie.

Lamine Bey Chikhi

 

PS : Bonne année 2011 à tous !

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