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Le bonheur, c’est quand il n’y a pas de bruit

Posté par imsat le 30 juillet 2011

Je ne suis à l’aise dans aucune pièce; je n’arrête pas d’en changer, à cause du bruit des voisins et de celui de nombre d’habitants du quartier. Par moments, j’ai l’impression d’être dans l’antichambre d’un départ non pas pour un autre appartement, un autre quartier, mais un autre continent, une contrée lointaine, un endroit où le bruit n’existerait pas, hormis celui de la nature. Le bruit dont je parle et que je fustige en moi-même n’est pas n’importe quel bruit ni celui que n’importe qui peut faire de temps à autre soit involontairement soit parce que c’est inévitable. Non, je ne parle pas de ce genre de bruit généralement passager, ordinaire, presque imperceptible, qui ne retient pas l’attention, qui entre dans la normalité des choses. Non, le bruit que je cible, c’est un bruit quasi permanent, une succession ininterrompue de nuisances sonores, de l’aube à 2heures du matin et même au-delà. Mes voisins du dessus en sont les principaux auteurs. Leurs bruits sont variés, multiples, incessants: bruits de vaisselle, bruit de la pression de l’eau dans la cuisine, dans la salle de bains, bruit de la chasse d’eau que l’on actionne d’innombrables fois par jour, bruit des enfants qui courent dans le couloir, bruit des meubles qu’on déplace le matin et en début de soirée, bruit des talons des femmes qui viennent préparer des gâteaux chez leurs parents. A ces bruits s’ajoutent celui que fait le vieil ascenseur en dépit ou peut-être à cause de ses fréquentes réparations, ainsi que celui des enfants d’en face qui descendent les escaliers en criant. Il y a aussi le vacarme du quartier, les coups de klaxons récurrents des automobilistes, les manipulations brutales des bennes à ordures par les travailleurs de Netcom qui viennent enlever les déchets ménagers à des heures impossibles de la nuit. Il y a enfin les incivilités du matin et celles du soir, le bruit de la zorna et d’autres instruments de musique des orchestres qui accompagnent les cortèges nuptiaux devenus presque quotidiens ces dernières années. Aucune chambre n’est à l’abri de ces agressions, parce que pour moi il s’agit bel et bien d’agressions. Il m’arrive de penser que s’il n’y avait pas tous ces bruits, je serais vraiment heureux. Ainsi donc, le bonheur pourrait tout simplement être l’absence de bruit ; ce serait le même quartier, le même immeuble mais sans le bruit. Dans les années 60, il n’y avait pas de bruit. Les week-ends étaient complètement, absolument calmes. A l’époque, le bonheur c’était autre chose, ça n’avait rien à voir avec le fait qu’il n’y avait pas de bruit. Aujourd’hui, c’est différent; s’il n’y avait pas de bruit, je crois, je suis même sûr que je ne me plaindrais de rien, parce que le reste en effet ce n’est rien comparé au bruit, enfin c’est insignifiant. Je dois dire que ma perception du bruit est devenue critique, pointue, radicale. Pour moi, le bruit traduit et explique tout ce qui agite une société; il catégorise l’individu, le positionne non plus seulement au présent, dans une société donnée, mais dans une histoire, un itinéraire. La sensation que j’ai parfois de me retrouver dans une voie sans issue à cause du bruit environnant résulte de mon approche critique du bruit. Mon envie de fuir vient sans doute de cela. Elle n’est pas économique ou matérielle; elle n’a rien à voir avec les raisons généralement avancées par ceux qui disent vouloir quitter le pays. Je n’ai jamais entendu un compatriote dire qu’il voulait partir à cause du bruit. Ma raison à moi, si je devais en avoir, serait liée au caractère insupportable du bruit appréhendé comme l’expression paroxystique d’une complexité à la fois historique, sociale et culturelle. Quand j’en ai parlé à ma nièce Roxane, elle m’a suggéré d’en faire une nouvelle…

Lamine Bey Chikhi

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Les Chikhi de Batna : le regard d’un historien

Posté par imsat le 25 juillet 2011

La famille Chikhi de Batna est évoquée par Abdelhamid Zouzou dans sa thèse de doctorat d’Etat en histoire intitulée L’Aurès durant la période coloniale, évolution politique, économique et sociale (1837-1939), soutenue à l’université Paris XIII en juin 1992 et publiée en 2001. L’Historien parle des Chikhi à plusieurs reprises. Je livre ci-après les chapitres qui leur sont consacrés et me propose d’y apporter mes commentaires.

L’accès à l’enseignement secondaire (page 735) 

Le propos de l’historien : « Pour le secondaire, il va sans dire qu’il n’était pas pour tout le monde. Nous ne connaissons pas les critères pour y accéder mais d’après l’origine sociale de deux élèves, Chikhi Said et Guidoum Mohamed, ayant suivi l’école supérieure de garçons à Batna et ayant été reçus ensuite au concours de bourses nationales en 1932, certaines qualités ou conditions étaient tout de même requises. Pour le premier, habitant de Batna, ce qui était déjà un avantage et appartenant à une famille de riches propriétaires terriens et de commerçants, la tache semble lui avoir été facilitée non seulement par la situation de fortune de ses parents, mais aussi par les relations que ceux-ci devaient avoir tant au niveau de la municipalité qu’au sein des associations agricoles. S’agissant de la réussite du second, c’est plutôt à sa prédisposition pour l’éducation qu’elle était due et à celle de ses parents prêts à se sacrifier matériellement pour faire profiter leur fils Mohamed des bienfaits de l’instruction et du coup l’affranchir de toutes les contraintes auxquelles ils furent eux-mêmes soumis à un moment de leur existence. L’ascension de Mohamed, bien qu’elle fut malheureusement courte ne saurait être attribuée à sa situation sociale; nous pensons qu’elle tenait plutôt d’une part à la distinction dont il avait fait preuve à l’école et d’autre part aux relations que le grand-père , Ammar, et le père ensuite avaient pu entretenir avec l’administrateur Arripe et surtout avec le capitaine St Germain chef du bureau arabe subdivisionnaire de Batna, devenu successivement maire de cette ville et inspecteur général de colonisation au Gouvernement général ».

Mon commentaire: Si l’on suit ce raisonnement, Chikhi Saadi (et non pas Chikhi Said comme l’écrit l’auteur par erreur), n’a pu accéder à l’enseignement secondaire que grâce à la situation sociale et aux relations de sa famille. Cela signifie, puisque ce raisonnement est décliné comme un postulat, un principe, que lorsqu’on est issu d’un milieu aisé, on ne peut parvenir à l’enseignement en question que par ce seul fait. Zouzou ne conçoit pas que l’on puisse faire partie d’une famille riche et avoir des qualités intrinsèques ni (ce qui serait d’ailleurs assez logique) que ces qualités soient entretenues, développées parce que l’on évolue précisément dans un environnement favorable. L’auteur exclut cette possibilité quand il s’agit de Chikhi Saadi. En revanche, il « pense » que pour Guidoum Mohamed, la réussite est liée à ses prédispositions personnelles avant de se contredire quelques lignes plus loin en soulignant qu’elle s’explique également par les relations de sa famille avec l’administration française. Il n’est pas inutile de préciser que mon oncle Saadi Chikhi passa avec succés les épreuves des 2 parties du baccalauréat avant d’entamer des études médicales qu’il interrompra pour diverses raisons. Cette situation le conduit à embrasser une carrière administrative qui se révèlera pleine de réussite et profitable à l’Algérie post indépendante (cf le texte que lui a consacré Ferid sur Convergencesplurielles.com).

La ferme Chikhi (page 736)

Le propos de l’historien: « les frères Chikhi Ben Ali au nombre de 6, Larbi, Lachemi, Messaoud (Smain), Abdelkader, Hocine et Seddik étaient propriétaires d’une ferme de 250 ha environ qu’ils exploitèrent à Fesdis. Ils l’équipèrent d’un matériel agricole moderne. Propriétaires également à Batna même des immeubles situés rue Victor Hugo et général Faidherbe. En 1934, leur capital était estimé à 1.120.000 F. Leur père Ali ben Messaoud semble avoir en 1924 professé le commerce ».

Mon commentaire : Zouzou reconnait que les frères Chikhi ont investi dans la modernisation de la ferme (Fesdis-El Madher) mais il ne dit mot des bienfaits de cette modernisation pour la population de la ville dans un contexte et à une époque où très peu de fermes étaient exploitées dans la région ni de ce qu’elle signifie en termes d’inventivité et d’ambitions économiques. L’historien ne date pas l’acquisition de cette ferme comme il fait l’impasse sur son histoire censée renvoyer à celle de l’arrivée de Chikhi Ali à Batna. Cela est d’autant plus étonnant que la préparation de la thèse a nécessité, selon le président du jury, Charles Robert Ageron, 14 ans de recherche. Sur Chikhi Ali, il écrit :  » il semble avoir professé le commerce en 1924″. Cette vague indication exprime t-elle une marginalisation  du parcours de mon arrière-grand père? Sur ce point, je renvoie à Jean Pierre Marin qui, dans son ouvrage Au forgeron de l’Aurès, paru en 2003, situe l’acquisition de la ferme par Chikhi Ali à la fin du premier conflit mondial En tout cas, Chikhi Ali n’a pas commencé à commercer en 1924 comme le suppose l’auteur mais dès son départ de la Kabylie pour les Aurès dans la seconde moitié du 19ème siècle. L’achat de la ferme ne s’est pas fait ex nihilo; il a été le fruit d’un long processus inscrit dans un projet fondateur et pionnier. L’historien ne date pas cette acquisition alors qu’une consultation des archives de la ville (cadastre, foncier…) l’y aurait peut-être aidé. Cela dit, et sur un autre plan, il souligne que Chikhi Ali a fait partie du Conseil d’administration de la nouvelle mosquée de Batna construite en 1922.

Dar El Foukara (pages 736 et 872)

Le propos de l’historien: « En 1936, Chikhi Messaoud qui entretenait des amitiés avec des personnalités françaises, créa Dar El Foukara ». « …En temps de crise économique, comme pendant les années 1930, la misère semble avoir fait augmenter leur nombre ( les mendiants). Heureusement, les riches musulmans de la cité, par des oeuvres d’assistance qu’ils réalisèrent à l’instar de Dar El Foukara (La maison des pauvres) qu’un comité présidé par Chikhi Messaoud avait créé en fin d’année 1936, purent atténuer le triste spectacle qu’offraient les sans-ressources »

Mon commentaire:  L’auteur mentionne la création de Dar El Foukara par Chikhi Messaoud dit Arezki (mon père) mais il croit devoir évoquer en même temps les amitiés françaises de mon père. Dans l’esprit de Zouzou, la réussite scolaire de Chikhi Saadi comme l’action sociale et caritative de mon père ne pouvaient s’expliquer que par des critères liés au milieu familial et au réseau relationnel de la famille Chikhi. Cependant, l’historien ne s’attarde pas outre mesure sur les retombées de cette oeuvre bienfaitrice réalisée par mon père au profit des nécessiteux de la ville de Batna. La connexité établié entre la création de Dar El Foukara et les amitiés françaises de mon père me parait superflue. Comme nombre de ses compatriotes, mon père avait des amis français; il avait aussi de nombreux amis algériens; tout le monde le savait à Batna et plus globalement dans l’Est algérien. Il me semble que ce qui devrait importer en l’occurrence pour un historien qui planche sur la période en question, c’est de s’appesantir autant sur l’initiative prise par un algérien de créer une structure humanitaire de bienfaisance destinée aux nécessiteux dans un contexte (1936) où la pauvreté, la précarité, la misère frappaient exclusivement la population arabe de la ville, que sur la dimension spirituelle de la démarche qui sous-tendait ce projet et la détermination de mon père de le mener à bien ?

Sur l’existence d’une famille homonyme (page 736)

Le propos de l’historien :« Il existe une autre famille portant le même nom à El Madher mais contrairement à celle-là (la famille Chikhi Ali), qui avait tendance à se franciser, celle-ci était d’obédience badisienne (Ibn Badis) »

Mon commentaire: Là aussi, l’auteur est dans une perception plutôt réductrice de l’histoire et de l’ouverture culturelle  des Chikhi. Je renvoie au texte publié sur ce blog reprenant un article de presse relatif au mariage de mes parents en 1941. Cet article évoque les vertus et les traditions musulmanes de la famille Chikhi. Zouzou doit certainement savoir que l’on peut parfaitement concilier francisation dans le sens de modernité et traditions berbéro-arabo-musulmanes comme a merveilleusement su le faire la famille Chikhi.

Les élections municipales complémentaires du 11.10.1931 (page 736)

Le propos de l’historien: « Aux élections municipales complémentaires du 11.10.1931, Chikhi Lachemi propriétaire agriculteur avait été élu conseiller municipal indigène par 228 voix »

Mon commentaire : L’engagement politique de mon grand oncle Lachemi est diversement interprété. Personnellement, je persiste à soutenir qu’il vient surtout prouver que le rôle et l’investissement de la famille Chikhi ne se sont pas limités au seul cadre économique et commercial de leur activité mais qu’ils se sont déployés tous azimuts non seulement au cours de la période considérée (années 1930) mais également dans les années 1950-1960 et même durant les premières années de l’indépendance. Cette diversité s’inscrivait in fine dans ce que l’on pourrait appeler une tendance lourde de l’évolution de notre famille. Abdelhamid Zouzou se contente de mentionner l’élection de Lachemi Chikhi, mais je crois qu’il faudra revenir sur la nature de l’engagement qu’elle représentait pour la population « indigène » et ce qu’elle signifiait en termes de positionnement de la famille dans la vie et la gouvernance de la cité.

Conclusion provisoire: Le travail de recherche du professeur Abdelhamid Zouzou est méritoire. Sa thèse est la première du genre à traiter de l’évolution politique, économique et sociale des Aurès de 1837 à 1939. On peut simplement regretter (s’agissant des chapitres évoquant ma famille) que l’universitaire se soit limité à certaines sources (exemple L’écho du Sahara) et n’ait pas élargi ses investigations aux témoignages des membres de la famille Chikhi qui auraient pu lui communiquer des indications précieuses sur l’histoire de la migration de Chikhi Ali aussi bien que sur la ferme d’El Madher et sur des faits ayant marqué l’évolution de la ville de Batna durant la période couverte par la thèse. L’auteur a pourtant bien recouru à des témoignages oraux pour d’autres personnalités de la ville.  On sait que L’utilisation des sources non documentaires dans la recherche historique ne fait plus problème et qu’elle est même fortement recommandée par les spécialistes. Dans certains passages, Zouzou se contente de citer des faits, tandis que dans d’autres il devient commentateur quelque peu partial, y compris à l’endroit d’autres notables de la ville. Cette variation peut prêter à confusion et  donner l’impression d’un parti pris là où l’exposé des faits devrait suffire. C’est le cas lorsqu’ il laisse entendre que toute réussite économique, sociale et culturelle d’une famille algérienne à l’époque coloniale reste sujette à caution dès lors qu’elle est connectée à des considérations relationnelles. C’est cette approche qui suscite des réserves. C’est pourquoi il nous appartient d’apporter notre contribution à une écriture objective de l’histoire des Chikhi.

Lamine Bey Chikhi

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Regarder un peu derrière soi

Posté par imsat le 21 juillet 2011

Ce qui revient en boucle dans ma tête lorsque les circonstances le nécessitent, ce sont les moments sublimes de l’enfance et de l’adolescence. C’est aussi l’ambiance d’une époque, une ambiance intimement liée à la famille, aux saisons, à ce qui s’offrait à nous et que nous pouvions nous offrir. Je sentais les choses; je n’avais pas besoin d’en comprendre les tenants et aboutissants; je n’y pensais même pas. Et puis je n’étais pas en mesure de le faire. Ce que je vivais, c’était une sorte de bonheur intégral, spontané, décloisonné. Il n’y avait pas à réfléchir ni à tergiverser. Il y avait à prendre le meilleur de chaque instant, chaque saison, chaque événement. Rien ne me laissait indifférent : l’odeur de la fourrure de ma veste canadienne, mes pataugas, leur solidité, les morceaux de ciel bleu azur que j’observais de la fenêtre de notre salle de bains, la grisaille automnale que je neutralisais par toutes sortes d’espérances, de promesses de rencontres, la radio, le tourne disque, Bill Haley, Paul Anka, Les chaussettes noires, Adamo, Tombe la neige, les compagnons de la chanson, Verte campagne, Boudjemâa El Ankis, Abdelhamid Hafez, Musique sans passeport. Il n’y avait pas à s’interroger, il fallait simplement se laisser aller, tout paraissait facile, à portée de main. Je repense au silence de la rue Beauséjour, à l’heure de la sieste, un silence que seul le bruit de la scie du menuisier du quartier venait rompre par intermittence, un bruit attendu, espéré même et sans lequel le silence risquait de devenir détestable. Et puis, il y avait les grandes vacances, Bougie et les Aiguades, Bône et Chapuis, Khenchela et Hammam Essalihine. Est-ce ainsi que l’on rattrape les choses ? Et d’abord, qu’est-ce que rattraper  les choses ? Peut-être tenter de mieux les identifier, les décrypter, en tirer profit, les mettre en lumière, en valoriser les aspects qui le méritent… Ce serait aussi s’engager dans une quête dynamique formellement inscrite dans le temps présent même si son contenu  renvoie au passé. Rattraper les choses, ce n’est pas du tout  se retrouver dans une impasse. C’est un peu ce que j’ai voulu expliquer à mon cousin Magid rencontré hier après-midi, rue Duc des Cars, et qu’il a fini par comprendre quand j’ai tenté un parallèle entre les gens d’autrefois et ceux d’aujourd’hui. Dans le même ordre d’idée mais dans une optique plus globale, plus sociologique et pas du tout nostalgique du passé auquel je me référais, il m’a dit :  » Nous faisons partie de la dernière génération à disposer de la capacité de juger ou plutôt d’évaluer et donc de comprendre ce qu’ont fait les anciens (nos parents, nos grands-parents). En revanche, ceux d’aujourd’hui, ceux que nous laisserons derrière nous, après notre départ n’ont pas ce potentiel; ils n’en sont peut-être  même pas conscients; ça ne les intéresse pas; leurs préoccupations sont ailleurs et c’est ce qui me paraît inquiétant « . C’est un point de vue que je partage non pas seulement parce qu’il émane de quelqu’un qui a pris le temps d’examiner l’individu et par ricochet des pans entiers de la société durant sa longue pratique de la psychiatrie, mais parce qu’il résume assez bien ce que la réalité nous donne à voir. S’abstenir de regarder derrière soi, c’est rester dans la sidération par rapport aux bouleversements du monde, se priver d’un outil de compréhension des anachronismes actuels, s’enfermer dans le superficiel, les faux-semblants, le paraître. Mais peut-être notre raisonnement est-il ringard, conservateur, déphasé…

Lamine Bey Chikhi

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Libre cours

Posté par imsat le 16 juillet 2011

Evoquer autre chose que ce que l’on ressent profondément, c’est possible, c’est même facile à condition de le vouloir. Ici, évoquer signifie écrire. Ecrire sur commande ? Je ne l’ai pas fait quand j’étais chroniqueur dans divers quotidiens algériens (de 1988 à 2010), sauf pour commenter à trois reprises et dans une totale liberté les ouvrages d’un ancien ministre des Finances et d’un ex chef de gouvernement. Je ne vois donc pas pourquoi  je le ferais aujourd’hui qui plus est pour des sujets personnels.

Mon rêve d’avant-hier : Je frappe à la porte de notre maison de Batna, c’est ma mère qui m’accueille; elle est très heureuse de me voir; je suis ému de la voir aussi rayonnante. Faiza est avec nous; on parle d’un peu de tout, de leur vie à Batna, de la mienne à Alger, de la famille, du travail.  Des enfants du quartier sont assis dans la cour de la maison; en me voyant, ils se lèvent et s’apprêtent à quitter les lieux; je leur explique par des mimiques qu’ils peuvent rester mais sans faire de chahut. Je ne me souviens pas de la suite du rêve. Je retiens surtout que j’étais particulièrement heureux d’imaginer que mon arrivée impromptue surprendrait à coup sûr ma mère et lui ferait beaucoup de bien. Ce que j’ai ressenti à ce moment-là n’était pas exceptionnel; j’éprouvais la même sensation à l’époque où je rendais régulièrement visite à ma mère et Anis qui étaient retournés s’installer à Batna en 1982. Je me rappelle être  arrivé une fois aux aurores après un voyage de nuit en autocar; c’était le début du printemps; je ne les avais pas prévenus de ma visite; ils étaient étonnés et ravis de me voir; eh bien, c’est ce même ravissement que j’ai perçu sur le visage de ma mère dans mon rêve d’avant-hier et qui était jadis une de mes sources de bonheur.

Soraya aimait pleinement la vie : je me le dis souvent lorsque je pense à elle. C’est cette idée récurrente chez moi qui me pousse à m’interroger sur le sens et la réalité de certaines disparitions. Dire, songer ou sentir que telle ou telle disparition n’est pas réelle ou plutôt qu’elle est difficilement concevable n’a rien d’absurde.

Mon oncle Mahieddine Boutaleb: J’ai trouvé sur internet la lettre qu’il a adressée le 30 mars 2000 à l’association des amis d’Ain Beida au sujet du séjour dans cette ville, de 1918 à 1921, de l’Emir Khaled petit-fils de l’Emir Abdelkader et cousin germain de mon grand-père maternel.  J’ai téléphoné à mon oncle il y a quelques jours pour le lui dire. Je savais que ce serait une bonne nouvelle pour lui;  il a toujours apprécié que ses écrits servent à quelque chose, soient utiles, ne partent pas en fumée. Il m’a dit se souvenir de la missive en question mais pas dans le détail. Je lui ai promis d’imprimer le document et de le lui faire parvenir. J’en ai parlé aussi à Ferid. Il saura quoi en faire.

Lamine Bey Chikhi

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Chikhi Ali, d’Azrou Kollal à Batna : une trajectoire d’exception

Posté par imsat le 9 juillet 2011

Dans le sillage de la réflexion engagée au sujet de mon arrière-grand père paternel, je me propose d’énoncer quelques éléments d’analyse et questionnements complémentaires.

Chikhi Ali n’a pas quitté sa Kabylie natale pour les Aurès dans la seconde moitié du 19ème siècle uniquement pour des activités de négoce et des raisons de subsistance. Celles-ci font certes partie des explications originelles de son « émigration » mais le traitement de son parcours confirme qu’il avait aussi des idées, des ambitions, un projet, et ce projet il le voulait fondateur. Il s’établit à El Madher où il commence à travailler dans la ferme qu’il va acquérir quelques annnées plus tard. Cette acquisition n’est pas le fruit du hasard. Dans le contexte de l’époque, cela ne pouvait se faire qu’au prix d’un labeur de tous les jours mais aussi en application d’une démarche programmatique conçue et mûrie longtemps à l’avance puis construite au quotidien. Il achète aussi progressivement des terres (il va ainsi posséder plus de 250 hectares, ferme comprise). Parler de projet dans ces circonstances, c’est évoquer tout à la fois l’idée, la réflexion et la planification qui le portent et le balisent sur un plan intellectuel mais aussi le cadre matériel, infrastructurel et financier qui va en permettre la concrétisation puis la consolidation. Le projet, c’est également un dispositif graduel, une logistique pour une installation durable voire définitive et non pas conjoncturelle à Batna. L’aspect créateur, c’est d’abord cela, autrement dit la fondation à Batna d’une lignée des Chikhi qui puise son origine en Grande Kabylie. Corollairement, c’est bien entendu également la dimension familiale lato sensu d’une démarche qui émerge ainsi. Le caractère fondateur, c’est le dépassement de la seule motivation commerciale, mercantile maintenue d’ailleurs dans sa fonction de moyen, de vecteur. La ferme Chikhi n’a pas vocation à pourvoir aux seuls besoins de la famille qui s’agrandit; elle devient une source d’approvisionnement d’une partie de la population en fruits, légumes et produits laitiers durant plusieurs décennies. Le statut de Chikhi Ali n’est donc pas réductible à celui de propriétaire et d’agriculteur; il comprend aussi celui de promoteur-entrepreneur. Ce statut, il va le consolider et le développer dans un contexte historique particulier. Une partie des terres acquises va servir de site d’implantation à diverses constructions, ce qui deviendra la cité Chikhi. Grâce à l’action de Chikhi Ali et de quelques autres familles batnéennes, Batna n’a pas été qu’une création française. Ce volet historique retient l’attention : il permet de mettre en exergue le rôle significatif que Chikhi Ali a assumé dans le processus de développement de la ville concomitamment à l’action d’autres personnalités et familles marquantes de la ville. N’est-il pas temps  de faire prendre à l’approche analytique de la période historique considérée les bifurcations que sa lecture audacieuse et intégrale est censée permettre, sans que cela ne soit perçu comme une tentative révisionniste?  N’est-il pas important pour les algériens de savoir, à propos de l’histoire de telle ou telle ville algérienne, qu’elle a été aussi l’oeuvre d’algériens de souche ? N’est-il pas légitime de souligner que cette histoire est aussi une histoire algérienne faite par des algériens, et de se l’approprier comme un élément fondamental de notre mémoire collective ? Peut-on occulter cette réalité ou la cataloguer, au nom de je ne sais quelle prétendue exigence d’impartialité historique (qui équivaudrait dans nombre de cas à une sorte de parti-pris obligatoire), comme une conjoncture ayant concouru à l’appropriation par des algériens d’exception d’un statut que l’on qualifierait de statut contre nature ? Le devoir d’objectivité (et de mémoire) ne consiste t-il pas simplement à comprendre et à admettre que Chikhi Ali a sué sang et eau pour réaliser ses objectifs au service de la collectivité, qu’il la fait pour une certaine idée de l’Algérie, qu’il en avait le droit, en dépit du rapport de force qui prévalait à ce moment-là ? Quelle position aurait-on adoptée si, au lieu de cela, il était resté dans l’immobilisme ou, ce qui serait revenu presque au même, dans le strict minimum à savoir la prise en charge de sa seule famille, donc à contre-courant de ses convictions intimes, de ses valeurs ? Le caractère pionnier comme la dimension fondatrice d’un projet sont toujours à relativiser et à mettre en perspective. On est toujours pionnier et fondateur par rapport aux autres, par rapport à d’autres démarches similaires ou concurrentes. En ce sens, Chikhi Ali a été un pionnier et un fondateur. Il l’a été incontestablement par rapport aux batnéens (européens et musulmans) de l’époque.

Lamine Bey Chikhi

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Relativisons, relativisons…

Posté par imsat le 6 juillet 2011

Quand on trouve que la vie a une saveur particulièrement agréable, dans bien des cas cela tient largement à ce sentiment si fort, si confiant, si détendu que l’on éprouve d’abord pour ses parents. Tout le reste en découle et ce n’est pas rien puisqu’il s’agit de la façon de percevoir l’existence, les gens, l’avenir, la société, le passé, la mort. Il m’arrivait de dire à ma mère l’exaspération que suscitaient chez moi des scènes de rue régressives, des programmes de télé anachroniques, des décisions publiques (politiques ou économiques) défiant le bon sens, les nuisances sonores de certains voisins, les coups de klaxons intempestifs des automobilistes. Elle me répondait souvent : « tout ça n’est rien, il y a pire ». Et, à eux seuls, ces quelques mots a priori ordinaires me faisaient aussitôt voir les choses autrement. Je pouvais dès lors entrevoir les perspectives avec optimisme, prendre mon « mal » en patience, trouver supportables les bruits environnants…me sentir heureux de mon sort et même espérer qu’il se pérennise, qu’il ne change pas d’un iota. J’adhérais d’abord naturellement à la réponse de ma mère, je veux dire que je l’acceptais telle quelle parce qu’elle venait d’elle, ensuite je l’estimais légitime et juste parce qu’elle traduisait la pensée d’une personne dont je savais qu’elle était sage, sincère et pertinente. Mes litanies et autres jérémiades s’effritaient ainsi peu à peu, finissant par me paraître dérisoires, inconvenantes, indécentes même. Prononcés par quelqu’un d’autre, les mots en question n’auraient pas eu le même impact sur moi. Je le savais mais en étais-je vraiment conscient ? Je crois que oui. En tout cas,  j’en parle exactement comme je le ressentais alors. Aujourd’hui encore, je continue d’en prendre toute la mesure de même que j’en saisis parfaitement la valeur et le caractère irremplaçable.

Lamine Bey Chikhi

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A toutes fins utiles

Posté par imsat le 2 juillet 2011

La prise en charge des questions relatives au passé est indissociable du devenir de ceux qu’elle a impliqués d’une façon ou d’une autre. Depuis que Soraya nous a quittés, il me semble que je ne pourrai plus disposer des informations complémentaires dont j’aurais éventuellement besoin pour comprendre un peu mieux certains points de notre histoire. Soraya relayait un peu ce qu’elle entendait autour d’elle. Elle le faisait en donnant toujours l’impression que cela n’était certes pas dérisoire mais qu’il fallait aussi savoir en rire, le cas échéant. Elle le faisait également de telle sorte à capter l’attention. Elle en savait pas mal parce qu’elle était sociable, qu’elle allait facilement à la rencontre des autres, ce qui lui permettait d’ailleurs de retrouver quelquefois des membres de la famille que l’on avait complètement perdus de vue et qu’elle n’était pas indifférente à ce qu’on lui racontait de la vie d’autrefois. Je prenais ce qu’elle disait d’abord à l’état brut puis je retenais ce qui me paraissait susceptible d’alimenter mes réflexions, celles que je formalisais par écrit et celles que je préférais conserver dans ma mémoire pour des raisons subjectives. Elle avait toujours du nouveau à nous apprendre. Elle évoquait régulièrement notre passé avec ma mère; je savais que ma mère se montrait plus loquace avec elle sur nombre d’aspects alors qu’avec moi c’était différent, peut-être  parce que j’orientais la conversation à ma guise, je veux dire selon ce que je souhaitais connaître. Jusqu’à l’année dernière, ma mère était ma principale source d’information au sujet de notre histoire. Je la mettais souvent à contribution  par rapport à ce qu’elle savait non seulement des Chikhi mais aussi de ses origines mascaréennes et plus généralement de la famille Boutaleb dont elle était issue, et de son lien avec l’émir Abdelkader. Quant à Soraya, elle était pourvoyeuse de détails et de questionnements de toutes sortes qui me permettaient de procéder aux recoupements nécessaires, étant entendu qu’il ne me fallait pas oublier de faire le tri entre ce qui était vraisemblable et ce qui pouvait servir à étayer une fiction.

Lamine Bey Chikhi

 

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