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Alger, La promenade du Télemly

Posté par imsat le 19 octobre 2013

Ce à quoi je songe en ce moment a encore à voir avec les souvenirs, la mémoire, le passé. Les souvenirs personnels ne sont pas négociables. Tout tourne autour de la mémoire. La mémoire, c’est la nostalgie. Nostalgie d’une époque dans sa globalité mais aussi nostalgie atomisée, fragmentée. Nostalgie polémique, controversée. Alors, il faut prendre des précautions pour essayer de dire les choses sans craindre de susciter l’incompréhension ou l’amalgame. Mà m’avait dit: « Raconter des souvenirs personnels est une chose, les relier à des événements historiques en est une autre, plus complexe, plus exigeante, parfois même périlleuse » Et elle avait raison. Faut-il dès lors relativiser, nuancer ? Pourquoi le faire ? Expliquer, s ‘expliquer, c’est analyser, interpréter, être déjà dans l’histoire avec un grand h alors que ce n’est pas mon propos ni le registre dans lequel j’inscris mes réminiscences. Qu’elle soit volontaire ou involontaire, intellectuelle ou affective, pour reprendre la classification proustienne, la mémoire est d’abord individuelle. La mémoire c’est le passé que l’on peut convoquer abstraction faite des inhibitions qui surgissent en général quand on veut évoquer une période dont on sait que nombre d’aspects restent  sujets à caution. Le présent est fait d’incertitudes, de fausses promesses, d’illusions, de bluff, ou, comme on dit chez nous, de khorti. Il est risqué. Le passé est un livre ouvert, entièrement ouvert, sûr, palpable, flexible. J’avais une idée, je ne l’ai plus. Pourtant, je la tenais et je m’étais promis de la développer. Je crois que cela n’a pas grand chose à voir avec le passé; enfin si, un peu mais indirectement, par transposition, de façon suggestive. Cela concerne le boulevard du Télemly (Boulevard Krim Belkacem) à Alger. Moi, je préfère l’appeler La promenade du Télemly. Elle peut paraître longue si on la fait intégralement de l’école des Beaux arts jusqu’au rond-point jouxtant le siège de la société de l’électricité et du gaz, mais elle est jolie et agréable, et c’est ce qui retient d’abord l’attention. Je ne m’en suis jamais lassé. Il y a très peu de flâneurs sur le boulevard et il n’y a pas de terrasses de café. Je ne le déplore pas. Au contraire, cela me convient. S’il y avait du monde, la promenade perdrait beaucoup de son charme. Je fais d’ailleurs souvent cette supposition et je finis par me réjouir de l’absence de la foule et celle des cafés. La foule déconcentre, fait diversion là où l’on a envie ou besoin de se recentrer sur des choses spirituelles peut-être importantes et auxquelles on ne pourrait pas songer ailleurs,  en d’autres lieux. L’endroit est plutôt aéré; en tout cas, il est loin d’être encombré et il n’a pas beaucoup changé même si 2 ou 3 nouveaux immeubles y ont été construits ces dernières années. J’espère qu’il le restera. S’il venait à être investi, occupé, il perdrait son âme et cela fausserait les quelques vues à couper le souffle que l’on peut avoir d’Alger à partir du pont. S’il venait à être investi, occupé, je ne percevrais pas de la même façon les perspectives offertes par la configuration et l’esthétique des lieux. Je n’apprécierais pas de la même façon le silence du boulevard, silence souverain, omniprésent, silence qui incite à la rêverie, à la méditation et à toutes sortes de questionnements dans une totale sérénité. La promenade me donne des idées dont la plus récurrente a trait à la photographie, aux superbes photos que l’on peut prendre de la baie d’Alger à partir du pont, point stratégique du boulevard. La promenade me permet de me ressourcer, de m’échapper trois quarts d’heure durant aux bruits de la ville, aux déambulations fébriles de la foule, aux hurlements et vociférations des hitistes et des gardiens de parkings dits sauvages. La promenade du Télemly est belle et apaisante. On y croise des gens détendus, paisibles. Au printemps, en fin d’après-midi,  à quelques encablures de la mosquée, le temps semble suspendu; cette immobilité permet de mieux s’imprégner de l’harmonie qui marque la jonction entre les maisons bigarrées juchées sur les hauteurs et le boulevard proprement dit avec ses multiples ramifications.

Lamine Bey Chikhi

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