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Ce que je pense de Bouteflika -24-

Posté par imsat le 30 janvier 2014

Une image forte, émouvante, exceptionnelle, intense. Celle de Bouteflika embrassant longuement l’emblème national sur le tarmac de l’aéroport Houari Boumediene, à Alger, à son retour de Paris  où il était allé subir une intervention des suites d’un ulcère hémorragique. C’était à la fin de décembre 2005. Cette image est formidable. On y voit le Président sentir, humer le drapeau algérien, s’en imprégner corps et âme. Je crois même que Bouteflika avait les larmes aux yeux alors qu’il accomplissait ce geste. Tout en collant son visage contre l’emblème national, il le caressa, l’embrassa, le fit passer sur son visage. On aurait dit que ce geste très charnel et d’une esthétique quasi parfaite était scénarisé, arrangé. Or, ce n’était pas le cas.  Naturellement, l’aspect protocolaire est toujours visible dans ce type de circonstances. Mais ce jour-là, ce qui captait le regard et que l’on sentait vrai, authentique, sincère et spontané, c’était cette communion particulière avec l’emblème national. On aurait dit que le Président  s’était absenté du pays des années durant, une éternité. Le ressentait-il ainsi ? Probablement. Moi, en tout cas, je le vivais ainsi.

La nation, la patrie, c’est ça ! Si je devais illustrer ces écrits, je mettrais cette image. Je l’ai cherchée sur le web, je ne l’ai pas trouvée. Peut-être ai-je mal cherché. Elle est très belle. Ce jour-là aussi était un beau jour. Un grand jour. Quelques semaines auparavant, on avait craint le pire pour notre Président. Dieu merci, il est rentré sain et sauf. Ses retrouvailles avec le pays paraissaient donner à l’emblème national une autre dimension, une autre portée symbolique, une valeur très au-dessus de celles que l’on confère habituellement  au drapeau sans d’ailleurs s’y attarder. C’est cela que Bouteflika nous a communiqué ce jour-là et qu’il nous a fait pleinement partager. Cette image, ce n’est pas une séquence banale. Elle raconte une histoire, livre le sentiment profond d’un homme pour son pays, remet la patrie au centre des émotions humaines. Ce jour- là, l’emblème national n’avait pas que des couleurs, il avait aussi une odeur, un parfum. J’y repense avec nostalgie. Je ne saurais dire pourquoi. Je ne saurais non plus expliquer pourquoi je répondrais: « La nation, la patrie c’est tout ça »  si on me demandait justement: « C’est quoi la nation, la patrie ? »

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -23-

Posté par imsat le 29 janvier 2014

Aucun sujet d’importance ne lui échappait. Sur certains thèmes, il a développé des approches parfois délibérément clivantes alors même qu’il pouvait aisément faire dans le populisme, caresser dans le sens du poil et s’en sortir à bon compte pour ainsi dire. Quand il y avait quelque chose à dire, il le disait et de la façon la plus explicite possible.

Il faut qu’ils se déterminent ! Sur la diaspora algérienne, certains l’ont trouvé excessif. Et c’est vrai qu’il n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. Son coup de gueule est encore dans les mémoires. « Qu’ils se déterminent ! Qu’ils choisissent ! » avait-il lancé lors d’un meeting de la campagne électorale de 2004. En filigrane de cette  « injonction », ce sont toutes les questions, les contradictions liées non pas directement au statut de la double nationalité mais à ce que cela induit sur le rapport à l’Algérie et sur la relation entre l’Algérie et la France. Bouteflika avait mis en place un secrétariat d’Etat chargé de la communauté algérienne établie à l’étranger. Mais l’action de ce Département n’a jamais pu se hisser à la hauteur des enjeux ni de ce que l’Algérie était en droit d’espérer. Le Président voulait agir sur ce qui achoppait véritablement dans ce domaine, ne manquant pas de rappeler à maintes reprises que les élites algériennes établies à l’étranger étaient les bienvenues en Algérie, que notre pays avait besoin de leur savoir, de leurs compétences mais que l’on ne pouvait leur accorder un traitement spécifique qui les distinguerait injustement des chercheurs résidant en Algérie. Son « Ils faut qu’ils se déterminent ! » exprime aussi une sorte  d’agacement par rapport aux amalgames sur lesquels surfent des milieux politiques et médiatiques, particulièrement en France, pour renvoyer systématiquement les immigrés à leurs origines alors que beaucoup d’entre-eux sont aussi citoyens français. Le discours de Bouteflika n’a pas été relayé alors qu’il aurait pu inspirer positivement intellectuels, politiques et journalistes. Nos économistes, non sociologues aussi auraient dû s’en saisir ne serait-ce que pour tenter de comprendre pourquoi la communauté algérienne établie à l’étranger est (parmi les diaspora dans le monde), celle qui transfère le moins d’argent vers le pays d’origine. C’est aussi cela qui avait été ciblé par le Chef de l’Etat dans sa tentative de faire bouger les lignes en la matière. La réconciliation nationale, il l’a voulue comme un rassemblement, une union de tous les algériens. Mais il a toujours indiqué que cela ne le dispenserait pas de faire les constats nécessaires, de s’emparer de la vox populi, donc du sentiment populaire pour le conceptualiser et le traiter à un niveau politique.

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -22-

Posté par imsat le 28 janvier 2014

Chacun sait que quelques mouvements sociaux continuent d’être enregistrés à travers le territoire national. Il n’y a rien d’exceptionnel ni de vraiment préoccupant dans ces manifestations qui ne sont, faut-il le préciser, ni plus violentes ni plus sujettes à caution que celles que l’on observe régulièrement dans de  nombreux autres pays, occidentaux, asiatiques et autres. Bouteflika s’est toujours prononcé de façon pédagogique, didactique sur les diverses formes d’expression de la colère sociale.

Pourquoi avoir déraciné cet arbre ?  Un jour (je crois que c’était durant son deuxième mandat), alors qu’il était en visite de travail dans une wilaya du pays, il s’est exprimé sur le sujet en ces termes : « Vous avez un problème avec l’administration, vous avez le droit de vous énerver, de le dire, de dénoncer la bureaucratie. Je suis d’accord avec vous. Moi-même, je n’arrête pas de fustiger ceux qui ne font pas leur travail quel que soit leur niveau de responsabilité. Quand il s’agit de sanctionner, je sanctionne et je le fais sans états d’âme. Je vous comprends donc parfaitement, j’entends vos doléances; elles sont légitimes. Mais cet arbre (Le Président montre en effet un arbre à moitié arraché juste à sa gauche) que vous a t-il fait ? Quelle est sa responsabilité dans les faits que vous dénoncez ? Pourquoi l’avoir déraciné ? Les racines, c’est la terre, c’est fondamental, vous savez que c’est essentiel… » Après un silence de quelques secondes (Bouteflika regarde la caméra, moi je me dis qu’il donne à ses mots le temps de produire leur effet. Il ne parle pas pour rien; il veut faire oeuvre utile), il poursuit:  « Et puis, il n’y a pas que les arbres, il y a aussi les mairies. J’ai appris que dans une localité, que je préfère ne pas nommer, on avait incendié le siège de la commune et détruit une partie de l’état civil. La mairie, c’est la généalogie, les archives, la mémoire de la cité, l’histoire, votre histoire, notre histoire. Comment vont-ils faire maintenant que les archives sont en cendres, pour se faire établir les documents dont ils ont besoin ? Tout cela est étrange. Je ne trouve rien qui puisse justifier les actes de vandalisme contre des institutions sans lesquelles, quels que soient les griefs éventuels à leur encontre, la vie ne serait tout simplement pas possible ».  Devrais-je préciser que j’ai adhéré immédiatement, spontanément à la réaction de Bouteflika tant dans la forme que dans le fond. J’ai d’ailleurs envie de souligner que le Président ne s’est jamais borné à constater. Il a toujours commenté, analysé, décrypté en poussant au questionnement, à la remise en question. Sa thématisation de l’arbre déraciné est d’une totale pertinence. Il se saisit du présent, un présent palpable, violent, parfois détestable, pour convoquer le passé. Il rappelle le lien (si souvent occulté) entre les deux avant d’asséner les vérités qui en découlent tout naturellement. L’arbre déraciné, ce n’est pas qu’un arbre. La mairie incendiée, ce n’est pas qu’un édifice public. Avec Bouteflika, on est tout à la fois dans le réel, la symbolique, le présent, l’histoire. Il nous renvoie à nous-mêmes, à ce que nous sommes, à ce que nous pourrions être si nous prenions le temps d’examiner les choses, si nous ne perdions pas le sens des choses.

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -21-

Posté par imsat le 27 janvier 2014

Novembre 2001. Pluies diluviennes. Bab El Oued est inondé. Bilan terrible : plus de 700 morts. Le JT de 20h est consacré exclusivement à ce drame. Bouteflika se déplace sur les lieux peu après la catastrophe. Le temps est lugubre. Il continue de pleuvoir. Le Président est interpellé par 2 femmes en larmes. Elles lui racontent leur malheur. Elles disent avoir perdu leur demeure. Il les regarde les yeux dans les yeux, les écoute. Je regardais la télé avec ma mère qui commentait à sa façon cette catastrophe sans précédent dans la capitale algérienne.

Parler vrai. Je regardais mais je ne disais rien. Habituellement, j’échangeais quelques propos brefs avec ma mère sur les informations du jour. Ce soir-là, ce n’était pas le cas. Les images de la tragédie parlaient d’elles mêmes. Mais en suivant ce tête-à-tête entre Bouteflika et les 2 femmes qui pleuraient tout en le suppliant de prendre en charge leurs doléances, j’avais comme l’impression que ce qui était important et qui devait retenir mon attention à ce moment là, au moins pour un court instant, c’était la posture du Président. Je l’observais et j’essayais d’anticiper sa réaction face à l’immense douleur des 2 femmes. Allait-il réagir et, si oui, de quelle façon ? Je me demandais s’il allait céder à la compassion et se contenter de lancer quelques mots de réconfort, promettre un relogement dans les meilleurs délais, un dédommagement. Quelque chose me disait qu’il ne ferait pas une réponse convenue, que son franc-parler continuerait de le démarquer de tous ses prédécesseurs. Et au fond, je ne souhaitais pas vraiment une attitude uniquement pragmatique  et apaisante de sa part. Les 2 femmes pleuraient tout en s’accrochant à ses mains. Bouteflika finit par lâcher quelques mots: « C’est la volonté de dieu, nous n’y pouvons rien, nous sommes musulmans, nous nous en remettons à dieu ». Les 2 femmes se calment. « Je partage votre douleur, ajoute t-il, l’Etat ne vous abandonnera pas. Mais puisque nous sommes face à la caméra, dites aux algériens qui nous regardent que les constructions concernées étaient illicites, anarchiques et édifiées sur des sites inappropriés. Dites-le pour que les gens entendent et comprennent ». Les 2 femmes acquiescent de la tête. L’une d’entre elles a même dit « Oui, monsieur le Président, c’est vrai… ». Ma mère ‘était mécontente de cette séquence. « Il aurait dû se limiter à rassurer, consoler, réconforter ». m’a t-elle dit. Je lui ai répondu qu’elle avait peut-être raison mais que Bouteflika était aussi dans la vérité à propos des constructions illégales. Qu’y a t-il en effet de critiquable dans le fait d’évoquer la volonté de dieu, le mektoub et de rappeler en même temps que l’être humain est aussi responsable de ses actes ?

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -20-

Posté par imsat le 26 janvier 2014

Je crois qu’on confond souvent et un peu trop facilement les choses. Quand on met dans le même paquet pour ainsi dire l’Etat, le système, le pouvoir, le président de la République (comme incarnation de l’Etat, du régime ou du système ?) on n’est pas dans la rationalité. Où voulais-je en venir ? En fait, j’avais en tête une phrase maintes fois martelée par Bouteflika lors de son premier mandat. « J’ai nommé des juges et des walis (préfets). Qu’ils fassent donc leur travail ! ». Cette injonction est indiscutable. Elle n’est pas banale. Je la trouve très intéressante. Si on soulève, comme c’est souvent le cas, des thématiques qui ont un impact sur la société, on ne doit pas le faire en occultant l’essentiel.

La responsabilité est d’abord individuelle ! L’appel de Bouteflika à l’adresse des magistrats et des walis renvoie à la notion de responsabilité individuelle et à ses implications. Choisit-on de devenir juge parce qu’on l’a vivement souhaité en sachant que la profession est censée être un sacerdoce ou le devient-on parce que cela procure un « pouvoir » ? Fait-on abstraction des considérations liées à l’indépendance de la personne, de l’institution vis-à-vis des pressions extérieures de toutes sortes ou en tient-on compte ? Se demande t-on si la justice est indépendante ou si elle est instrumentalisée ? Dans tous les cas, c’est d’abord la question de la responsabilité individuelle juridique, éthique, morale qui est posée. Quand on décrète que la justice n’est pas indépendante, moi je réponds : « Est-ce que les juges font leur travail ? ». De même, quand on critique l’administration locale, la bureaucratie, je dis: « OK, mais les walis font-ils leur boulot comme il se doit ? ». Je comprends la mise en demeure de Bouteflika  comme une incitation à un mea culpa individuel et collectif. A partir du moment où l’on se retrouve à exercer telle ou telle fonction, quel que soit le niveau hiérarchique correspondant, on doit en assumer toutes les conséquences. On oublie souvent le point de départ. C’est d’abord l’individu qui se met en position d’exercer une responsabilité. Il ne peut donc pas se défausser sur les autres pour expliquer ou justifier ses carences éventuelles. Même observation pour les walis, les ministres, les ambassadeurs, les PDG. C’est trop facile d’imputer ses propres déficiences à des entités que l’on appréhende comme des entités désincarnées alors qu’elles sont pleinement représentées par des individus, des sujets de droits et d’obligations. « Je n’ai jamais déjeuné avec une personne morale ». Cette jolie formule du grand juriste Léon Duguit (1859-1928) est toujours d’actualité. Je la comprends comme une dénonciation implicite de ceux, et ils sont légion, qui cèdent souvent à la tentation de confondre les responsabilités, croyant ainsi pouvoir dégager la leur.

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -19-

Posté par imsat le 25 janvier 2014

Pourquoi ai-je dit que la réconciliation nationale avait été pensée par Bouteflika comme un processus total, un projet tous azimuts ? Eh bien en raison notamment de sa portée historique et culturelle. Le Président n’a eu de cesse de rappeler qu’il s’agissait de réconcilier les algériens entre eux mais aussi avec leur histoire plusieurs fois millénaire. La référence au triptyque amazighité, islamité, arabité sur lequel repose l’identité algérienne a été récurrente dans les discours de Bouteflika.

Briser les tabous. Le Président a tout mis sur la table. Je le dis eu égard à son discours historique de Constantine (juillet 1999) dans lequel il fait l’éloge de l’apport de la communauté juive à la culture algérienne. Ce discours, à mon sens extrêmement audacieux, à la fois culturel et  très politique, a été prononcé au stade de Constantine devant plus de 50 000 personnes. D’autres dirigeants politiques auraient-ils eu la même témérité, pris le même risque ? Auraient-ils osé prononcer un tel discours ? Sincèrement, je ne le crois pas. Le colloque sur Saint Augustin organisé sous son égide à Alger en avril 2001, s’inscrivait dans la même perspective. Celle d’une réconciliation de l’algérien avec lui-même mais aussi avec ses compatriotes toutes confessions confondues. J’étais ravi de voir Bouteflika jeter toutes ses forces dans cette bataille pour la paix. Il s’impliquait là où il fallait. Il battait le fer tant qu’il était chaud, brisant nombre de tabous, bousculant les idées reçues, frappant les esprits, transformant l’inertie en énergie. La réconciliation, ce n’est pas seulement sortir de la guerre, c’est aussi rétablir des passerelles entre le passé millénaire de l’Algérie et le présent. La réconciliation rassemble, fédère, unifie. C’est l’affaire de tous les algériens. C’est la tolérance, l’ouverture sur l’autre. En le rappelant ainsi, je pense à ce qui a été dit à propos de l’annulation de la visite que devait faire Enrico Macias à Constantine en 2000. On a beaucoup glosé sur ce voyage avorté, surtout outre-méditerranée. J’aimerais juste rappeler que Roger Hanin et Alexandre Arcady tous deux de confession juive sont venus plusieurs fois en Algérie, et que Jean Pierre ELkabbach a été fait citoyen d’honneur d’Oran, sa ville natale, en 2001. A l’époque, je me disais : « Pourquoi diable, Enrico Macias n’a t-il pas fait simplement comme Roger Hanin ? »

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -18-

Posté par imsat le 23 janvier 2014

Au lendemain du 11 septembre 2001, un peu partout dans le monde, on a dit : « Plus rien désormais ne sera comme avant ». Bouteflika aussi l’a dit. Mais il ne s’est pas contenté de le formuler de façon sommaire ou étriquée. Il a précisé sa pensée, développé une vraie analyse et surtout recontextualisé la position de l’Algérie dans le système relationnel international. J’aurais pu faire l’impasse sur le 11 septembre et estimer qu’il n’y avait rien à ajouter à ce qui en avait été dit abondamment, parfois même excessivement. Mais l’envie d’évoquer l’événement a été plus forte. Néanmoins, cette évocation a surtout à voir non pas tellement avec le discours de Bouteflika appréhendé comme un discours de plus  sur la question, mais avec l’impressionnant background de notre Président.

Il sait de quoi il parle. J’écoutais le Chef de l’Etat et je me disais: « Celui qui parle en ce moment n’est pas n’importe qui; ce n’est pas un dirigeant politique comme les autres; ce n’est pas un bleu dans le domaine diplomatique. Celui qui parle a connu Kissinger, Indira Ghandi, Nasser, Tito, Pompidou, Castro, le général Giap, Michel Jobert, Gromyko, Maurice Couve de Murville et bien d’autres personnalités politiques internationales de premier plan. Celui qui parle connait parfaitement les arcanes de l’ONU, les subtilités du langage diplomatique, les soubassements des relations internationales, les implications de leur restructuration, les stratégies des grandes puissances. Il sait vraiment de quoi il parle ». Voilà pourquoi son propos m’a interpellé de façon particulière. Voilà pourquoi j’ai positionné son décryptage du 11 septembre nettement au-dessus de celui de ses pairs, tous pays  confondus. Lorsque Bouteflika dissèque un événement international, il le fait en référence à ce qu’il connait de l’histoire et de la pratique de la gouvernance mondiale. Et cette histoire, il en a été un acteur dynamique, inventif et engagé. Son expérience, ce n’est pas celle d’un simple observateur ou d’un politique « standard »; c’est celle d’un homme avisé et fin connaisseur des relations internationales. En nous faisant partager son point de vue sur le 11 septembre, il n’a pas omis de nous alerter sur l’absolue nécessité pour l’Algérie et pour les algériens de regarder la réalité en face,  et notamment de reconsidérer avec humilité et objectivité les prétentions qui étaient les nôtres au niveau régional dans les années 1970.

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -17-

Posté par imsat le 22 janvier 2014

Une après-midi du printemps 2000. Belle et ensoleillée. Je crois que c’était un vendredi. Conversation agréable et fluide avec HB le mari de ma cousine CC sur les choses de la vie. Et de fil en aiguille, nous nous sommes retrouvés à parler de Bouteflika dont le gouvernement n’était en activité que depuis 6 mois. Je me suis abstenu de poser ouvertement à HB les questions que j’avais en tête. Il en connaissait pas mal sur la politique de par son parcours riche et multiforme (il a été successivement officier de l’ALN puis de l’ANP, PDG d’une grande entreprise publique, député, ambassadeur). Je le savais discret et pondéré. Je savais qu’avec lui, il fallait laisser venir les choses, ne rien précipiter, ne pas faire preuve d’impatience. Il s’agissait non pas de polémiquer mais de converser dans la détente. Il ne fallait surtout pas que je me sente obligé de le contredire ou de relancer l’échange sur des points jugés imprécis. Il y a  comme cela des personnes qui ont beaucoup à dire et qui sont disposées à dire pour peu que l’on respecte leur inclination pour la mesure, pour la modération dans le propos, dans son contenu et dans sa formulation. Pour peu aussi qu’on ne leur donne pas l’impression de profiter de leur présence pour « en tirer le maximum ».

Il fera de son mieux. Sur Bouteflika, il m’a dit en substance: « Le Président ne ménagera pas ses efforts pour sortir notre pays de la crise, il fera de son mieux. Sa mission ne sera pas du tout facile. Mais il est déterminé, volontaire et intelligent; il a des ambitions pour l’Algérie. Sa longue expérience politique et diplomatique va l’aider dans sa tâche ».  Ce qu’il y a de bien avec des gens comme HB, sur le plan des idées, c’est qu’on n’est jamais tirés vers le bas. On n’est pas dans la stigmatisation, la critique gratuite ou le commentaire tendancieux. On ne relaie pas les stupidités que l’on entend ici et là sur telle ou telle personnalité politique. On est dans la nuance, la flexibilité, l’effort de décantation. On dialogue, on converse, on n’est pas dans la diatribe, on est dans un échange qui se veut constructif,  fécond. J’ai dit à HB que je partageais son avis d’autant qu’il connaissait bien pour les avoir vécues, les pierres d’achoppement, les pesanteurs susceptibles d’entraver, de ralentir la mise en oeuvre et la gestion d’un processus politique, et que, par conséquent, j’étais, comme lui, conscient de l’extrême difficulté de la tâche qui attendait le Président. J’ai ajouté que j’étais quand même heureux du retour de Bouteflika et que j’entrevoyais positivement les perspectives algériennes. Il m’a répondu : « Nous sommes d’accord ».

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -16-

Posté par imsat le 21 janvier 2014

Ainsi que je l’ai indiqué, la réconciliation nationale, c’est un processus total, vertical, horizontal, transversal, un rassemblement, l’unité retrouvée. Bouteflika l’avait ainsi conçue. Et dans cette démarche, l’ouverture politique a été spectaculaire. Le Président a réussi à faire asseoir côte à côte dans son 1er gouvernement (décembre 1999) les démocrates républicains du RCD de Said Sadi, les islamistes dits modérés du MSP, les conservateurs et les nationalistes du FLN-RND. Une telle coalition était inimaginable quelques mois plus tôt. Que des islamistes aient accepté de siéger au plus haut niveau de l’Etat avec des nationalistes, cela n’était pas de nature à étonner. Mais réussir à convaincre Said Sadi, qui a toujours été à l’avant-garde de la lutte contre l’intégrisme islamiste, de rejoindre le gouvernement, relevait de la prouesse politique. Seul Bouteflika était capable de concocter et de réaliser cette « union sacrée » autour de son projet de réconciliation nationale. Même si, en politique,, il n’y a pas d’amitié mais des intérêts, des alliances, personnellement je voulais bien croire à l’existence entre Bouteflika et Sadi d’atomes crochus, d’une forme d’expression, d’un langage commun. Au fond, peut-être était-ce aussi le cas entre Bouteflika et les responsables islamistes modérés.

Un vrai coup de maître. Aujourd’hui, on peut dire n’importe quoi de cette stratégie, de son évolution, de son sort. Mais l’histoire retiendra que ce que beaucoup pensaient utopique, chimérique, eh bien Bouteflika l’a rendu possible. Et il l’a fait en prouvant non seulement que des forces politiques a priori irréconciliables pouvaient se retrouver, dialoguer, travailler, gouverner  ensemble pour le pays. Je n’ai jamais cédé à la tentation de faire l’impasse sur l’essentiel pour aller directement aux limites d’une expérience politique. En politique, comme pour tout le reste, j’aime les arrêts sur image; ils permettent de respirer, d’apprécier, de mieux comprendre et de décrypter ce que l’on observe. Quoi qu’il en soit, le coup de maître de Bouteflika est inscrit dans l’histoire. Parvenir à fédérer des courants politiques antagonistes non pas pour la rhétorique ou pour des débats idéologiques, mais pour agir sur le terrain, au sein du gouvernement,  dans un contexte encore incertain, instable et chaotique, ce n’est ni banal ni élémentaire.

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -15-

Posté par imsat le 20 janvier 2014

25 juillet 1999.  Décès de Hassan II. Bouteflika et le Premier ministre israélien Ehud Barak se croisent lors des obsèques du souverain chérifien. Ils se serrent la main et échangent quelques propos. Barak demande à Bouteflika si des relations diplomatiques sont envisageables entre l’Algérie et Israël, comme il (Barak) le souhaite. Le Président algérien lui répond: « Faites d’abord la paix avec les palestiniens. Il faut que les palestiniens aient un Etat. Il faut impérativement régler cette question… »  Echange cordial, simple, humain entre deux personnes qui se  rencontrent fortuitement. Des médias du monde arabe critiquent violemment ce « rapprochement » entre l’Algérie et Israël. Les pays de domiciliation de la plupart de ces journaux entretiennent des relations diplomatiques et/ou commerciales avec l’Etat hébreu. Ces pays ont toujours voulu que l’Algérie soit plus royaliste que le roi au sujet de la question palestinienne. Personnellement, j’ai trouvé intéressant ce bref tête-à-tête Bouteflika-Ehud Barak . Intéressant parce que détendu, inattendu, imprévisible, improbable. Je n’y voyais rien de politique. Et de fait, il n’y avait rien de politique dans les salutations échangées.

Une règle élémentaire de courtoisie. Les images et le son diffusés par la télévision algérienne ont suscité ma curiosité d’abord au regard de la manière avec laquelle les 2 hommes politiques allaient s’aborder, se parler compte tenu de l’importance et de l’impact du conflit Proche oriental. Finalement, tout s’est passé dans une vraie convivialité. Après cette séquence « historique », Bouteflika a répliqué à tous les hypocrites qui lui avaient reproché cette poignée de main, en invoquant les valeurs, les traditions, l’humanisme de la culture arabo islamique, tous éléments qui font, a t-il précisé, que « lorsqu’un être humain vous salue, eh bien, vous lui répondez en le saluant de la même façon; et c’est exactement ce qui s’est passé à Rabat entre Barak et moi; c’est une règle de courtoisie élémentaire ». Bouteflika compléta cette mise au point en soulignant qu’en matière de soutien à la cause palestinienne, l’Algérie n’avait aucune leçon à recevoir !. Pour moi, cette rencontre ce n’était pas la fin du monde. Le lendemain, dans le bus Alger-El Biar, j’ai entendu des jeunes en parler. Ils n’en étaient pas du tout offusqués. « On va déjà à Bangkok pour ramener des fringues. On explorerait volontiers bien d ‘autres destinations, y compris Israël et la Palestine, pour faire du business s’il n’y avait pas d’obstacles politiques » déclare l’un d’entre eux sous le regard approbateur de ses camarades. Il y a toujours un décalage entre ce que pense, ce que dit la rue et ce que les médias veulent nous faire croire. Pour nombre de situations politiques nationales et internationales, on essaie toujours de nous faire passer un point de vue groupusculaire pour une opinion majoritaire. Dans l’échange Bouteflika-Barak, il y avait quelque chose de sympathique. C’est ce que j’en retiens. En même temps dire qu’il pouvait y avoir quelque chose de prometteur, ce n’est pas du tout un crime de lèse-majesté !

Lamine Bey Chikhi

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