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Ce que je pense de Bouteflika -14-

Posté par imsat le 19 janvier 2014

Le Président saisissait la moindre opportunité pour réaffirmer sa volonté d’instaurer la paix par la réconciliation nationale. J’avoue que, par moments, je me demandais s’il n’hypertrophiait pas un peu trop ce thème au détriment du reste, autrement dit de l’économie et des finances d’autant qu’il subordonnait constamment la vraie prise en charge de ces dernières à la réconciliation nationale. En fait, j’avais tort de le penser.

Donner du temps au temps. Bouteflika ne délaissait pas l’économie, il voulait agir par petites touches et en ciblant l’essentiel. Quand, dans l’un de ses discours, il pointa du doigt les 12 « barons » du commerce extérieur, j’ai très vite cerné ce qu’il visait sur le plan économique. Je connaissais parfaitement les arcanes et les dispositifs relatifs aux transactions commerciales et financières extérieures de l’Algérie. Je savais très précisément ce à quoi le Chef de l’Etat faisait allusion au-delà du monopole exercé par les barons en question sur notre commerce extérieur. La presse nationale avait fait ses choux gras de la déclaration de Bouteflika. Les commentateurs voulaient surtout que le Président livre des noms. Mais il ne céda pas. « Que voulez-vous au juste ? Que je prenne un Poclain, que je fasse le rouleau compresseur, que je détruise tout sur mon passage ? ». Cette réplique reste mémorable; j’en avais immédiatement capté et apprécié le sens caché.

« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse » (Albert Camus). C’est cette pensée intemporelle et profondément philosophique de l’auteur de l’Etranger qui me vient à l’esprit lorsque je me remémore le message que Bouteflika essayait de faire passer quant à la posture à adopter face à ceux qui avaient profité du fait que le pays était complètement exsangue, sur le point de se défaire, pour frauder, s’enrichir indûment, procéder à des transferts illicites de capitaux. L’objectif de la réconciliation nationale était évidemment stratégique mais la démarche pour y parvenir avait un aspect tactique qui consistait précisément à ne traiter les fléaux induits par le conflit ( corruption, oligarchie, fraude fiscale…) que de manière graduelle, vigilante et en fonction de l’évolution des rapports de forces. Le pays était au bord de l’asphyxie. Bouteflika en était conscient. Il fallait faire preuve de détermination et de prudence car tout était instable, précaire. En somme, tout en Algérie devait inciter le Président à donner du temps au temps. Son projet politique s’inscrivait donc tout logiquement dans cette trajectoire.

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -13-

Posté par imsat le 18 janvier 2014

Je me disais : « La réconciliation nationale (en arabe El Moussalaha El Watania) prônée par Bouteflika, ça va être extraordinairement compliqué, laborieux, complexe, sujet à contestation, controversé, peut-être prématuré ou peut-être tardif, improbable, flou, irréalisable… »  J’avais confiance en Bouteflika mais je ne pouvais m’empêcher non pas de douter de lui mais d’être aussi à l’écoute de ce qui se disait dans la société, dans la rue. Le terrorisme, bien que considéré comme « résiduel » continuait de frapper dans divers endroits du territoire national y compris là où l’on s’y attendait le moins. Les stigmates des violences étaient encore visibles, palpables à tous les niveaux. Le conflit avait fait beaucoup de morts, trop de morts, il continuait d’en faire. Les irréductibles, les desperados n’étaient pas que dans les maquis; il y en avait partout et dans les 2 camps. Trop de victimes, trop de morts, trop de haine !

La réconciliation nationale, un compromis historique.  Bouteflika s’est fondé sur cette réalité pour dire au peuple, les yeux dans les yeux: « La tragédie nationale, c’est déjà 200 000 morts et des dégâts matériels et infrastructurels de plus de 20 milliards de dollars, une régression considérable du pays et de la société dans tous les domaines. Faut-il dès lors attendre qu’il y ait 500 000 morts et l’écroulement total de l’Algérie pour que l’on comprenne que cela doit cesser ? ». Je me rappelle très bien cet extrait d’un discours de Bouteflika prononcé peu après son élection. Je l’avais trouvé saisissant de vérité, exalté, indiscutable, convaincant. Vu le contexte du moment, je ne pouvais pas aller plus loin dans mon appréciation du projet de réconciliation nationale. Moi, j’y adhérais intellectuellement parce que je sentais que Bouteflika le porterait pleinement et qu’il jetterait toutes ses forces dans cette bataille pour la paix. Mais je me disais: « Oui mais il faut que les auteurs de massacres collectifs et de crimes contre l’humanité payent pour ce qu’ils ont fait, sinon ce n’est pas possible ! ». Je cogitais, je m’interrogeais mais mes questions me renvoyaient systématiquement aux statistiques macabres liées au conflit, et à la corrélation établie par le Président avec tout le reste. « Si on ne fait pas la réconciliation nationale, on ne pourra ni reconstruire ni bâtir. La réconciliation est incontournable, elle est vitale, c’est la condition préalable absolue à toute tentative de redressement et de développement de notre pays ! » C’est ce que ne cessait de répéter Bouteflika dans ses discours. J’ai fini par m’intéresser à la réconciliation nationale autrement que comme à un slogan, à un leitmotiv politique crédible certes mais imprécis. Je commençais à la conceptualiser, à l’appréhender comme un tout, autrement dit comme à la fois une idée, un discours, une démarche stratégique, un processus global et cohérent, un ensemble d’interdépendances, une initiative courageuse de règlement de la crise, le chemin le plus sûr vers un compromis historique, un consensus impliquant tous les courants, toutes les composantes de la société.

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -12-

Posté par imsat le 16 janvier 2014

Peu de temps après son élection, Bouteflika accorda une série d’entretiens à diverses chaines de télévision internationales, européennes et arabes. Je n’en ai raté aucun. l’Algérie était encore malmenée, critiquée, dénigrée, diabolisée sur la scène médiatique mondiale. La descente aux enfers de notre pays était quotidiennement mise en exergue, instrumentalisée, déformée, par  nombre de médias étrangers. La manipulation, les commentaires tendancieux, la désinformation  à propos de ce qui se passait en Algérie, avaient atteint des niveaux paroxystiques sans précédent. Il fallait impérativement réagir et commencer à remettre les pendules à l’heure. La tâche  était titanesque.

Réinvestir la scène médiatique internationale. Il fallait donc agir d’abord sur le terrain de la communication. Avant le retour de Bouteflika, le pouvoir était occupé à néantiser le terrorisme, à juste raison au demeurant. L’Algérie ne réagissait que sporadiquement et sans réelle stratégie aux attaques récurrentes des médias étrangers. La communication officielle était réduite au strict minimum.  Dès son installation au palais d’El Mouradia (siège de la présidence de la République), Bouteflika engagea l’offensive médiatique. Ses sorties sur ce terrain étaient toutes couronnées de succès. Il n’avait rien perdu de sa verve, de sa fulgurance des années 60-70. Il n’esquivait aucune des questions qu’on lui posait. Ses réponses étaient percutantes, directes, imagées, implacables. Il ne se contentait pas d’expliquer la tragédie algérienne, il énonçait aussi à sa manière les grandes lignes de son projet politique. Sa capacité de discernement, son expérience et son sens politiques lui permettaient de retourner à son profit les questions piège de certains journalistes qui continuaient de développer des approches réductrices à l’égard de notre pays. Et quand ils n’étaient pas dans les questions superficielles ou dans leur voyeurisme habituel, les mêmes journalistes croyaient pouvoir formuler des reproches sans se faire corriger. Je me souviens notamment de Patricia Allémonière de TF1 qui avait demandé de façon quelque peu agressive  à Bouteflika pourquoi il tardait à former son gouvernement. La réponse du Président fut sèche et sans appel. La journaliste n’avait peut-être pas compris que l’urgence à ce moment-là, ce n’était pas la formation du gouvernement. Celui de Smail Hamdani, désigné sous Liamine Zéroual, assurait la transition, expédiait les affaires courantes. Et en effet, l’essentiel était ailleurs. Pour moi, cet « ailleurs » était lié à ce que j’escomptais du génie de l’homme « Cette qualité d’une particularité secrète, indéfinissable qui permet de partir d’un point et de s’élancer vers le but, de tirer un principe fécond des ténèbres, de jeter sur la nature des coups d’oeil généraux et de percer ses abîmes » (Diderot). J’étais convaincu que Bouteflika savait où il allait, que son projet de réconciliation nationale, fruit d’une longue réflexion et d’un jugement politique aiguisé et sûr, était fin prêt et qu’il s’y consacrerait corps et âme. Et dans ses déclarations aux médias étrangers, il en parlait abondamment tout en ne ratant aucune occasion de frapper les esprits pour signifier en quelque sorte que l’Algérie était désormais de retour sur la scène internationale, en dépit de tout.

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -11-

Posté par imsat le 15 janvier 2014

Avril 1999. Abdelaziz Bouteflika est élu président de la République. Il devient ainsi le 7ème chef de L’Etat depuis l’indépendance du pays. On a beaucoup épilogué sur le chiffre 7. On l’avait fait abondamment pendant la campagne éléctorale parce qu’il y avait 7 candidats à la magistrature suprême. Bouteflika avait d’ailleurs déclaré : « Nous sommes 7 cavaliers. Que le meilleur l’emporte ! » On avait également dit que le 7ème Président serait le bon, que le chiffre 7, mythique et magique, lui porterait chance, que l’élu mettrait fin à la tragédie nationale, instaurerait la paix, réconcilierait les algériens entre eux et avec leur Etat, redresserait le pays sur tous les plans, redorerait l’image de l’Algérie. Moi aussi, j’aimais bien ce chiffre 7. Ce jour-là, je l’ai même un peu sacralisé.

L’homme providentiel. Je croyais en Bouteflika. Tout lui était favorable. Ce jour là était un jour exceptionnel. Pour moi, c’était très particulier car je retrouvais celui dont le style et l’expression du discours me subjuguaient dans les années 70. J’avais souhaité l’aider durant la campagne. Je ne voulais pas me contenter d’attendre le jour du vote et d’aller simplement glisser mon bulletin dans l’urne. J’ai alors remis à un ancien camarade de fac qui connaissait son directeur de camgagne, un document que j’avais rédigé sur le système bancaire, particulièrement sur la gestion de la dette extérieure, domaine dans lequel j’avais développé une relative expertise. Cette modeste contribution, c’était assurément une goutte d’eau dans l’océan, mais je tenais à la lui apporter même si je savais qu’elle avait peu de chance de lui parvenir directement. Et puis, l’important, c’était son élection. Il allait sortir le pays de la crise. Il était l’homme providentiel. J’étais heureux pour lui, pour le pays. Heureux tout court. Je crois que j’étais dans une sorte d’extase face à ce retour éblouissant de Bouteflika après une absence de 20 ans. Sauf erreur ou omission de ma part, je crois que sous d’autres cieux, des hommes d’Etat sont revenus au pouvoir après des éclipses de 7 ans voire 10 ans mais pas après 20 ans ! Ce retour de Bouteflika était écrit dans le ciel; c’est son destin; je  le voyais ainsi. Il ne pouvait pas y échapper. Ce retour après une longue traversée du désert, c’est  d’abord le mektoub. Le mektoub, on y croit automatiquement, intégralement et sans réserve ou on  n’y croit pas. Il n’y a pas de demi-mesure dans le mektoub. Quand on y adhère, on prend certes en compte les autres explications mais on les marginalise ou plutôt on les ramène à leur juste place, c’est-à-dire à une place qui relève d’un autre ordre, d’une autre dimension et cette autre dimension est complètement transcendée par le mektoub.

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -10-

Posté par imsat le 14 janvier 2014

1993-1994. On avait évoqué l’hypothèse de son retour en politique mais ce n’était que pure spéculation. La situation dans le pays était dramatique, les actes terroristes quasi quotidiens. C’était « la guerre de tous contre tous ». Chacun devait sauver sa peau comme il pouvait (et s’il le pouvait). La solution à la crise ne pouvait, ne devait être d’abord que militaire. Il fallait que l’Etat règle le problème prioritairement sur le terrain militaire. Je songeais de moins en moins à Bouteflika. Comme la majorité des algériens, j’étais pris dans la tourmente, d’une façon ou d’une autre. Comme beaucoup d’algériens, j’avais adhéré à l’option éradicatrice engagée par le pouvoir car l’Algérie risquait la dislocation, l’effondrement, la disparition.

Faire taire les armes par les armes. Il m’arrivait de penser que, comme nous étions à l’ère des baroudeurs, Bouteflika ne pouvait pas réinvestir la scène politique. Je me disais que ce n’était pas encore le moment pour lui. L’option militaire était incarnée par Zéroual, élu Président de la République en avril 1995. Et même si une tentative de dialogue national avait été timidement initiée, elle restait très subsidiaire, marginale par rapport à l’objectif stratégique d’écrasement de l’insurrection armée. J’ai toujours perçu Bouteflika comme un négociateur, un médiateur;  je ne le voyais donc pas réémerger alors que la conjoncture imposait de faire taire les armes par les armes, ce qui pouvait prendre beaucoup de temps. Au surplus, dans le contexte de l’époque, il n’existait pas de vrai projet politique, pas de cap; les perspectives s’assombrissaient de jour en jour. Le chaos était tel qu’il ne permettait pas d’esquisser un règlement de type politique avant une victoire militaire tangible et convaincante de l’Etat. Bouteflika n’était pas dans l’agenda politique de l’Algérie. En tout cas, on n’en parlait pas dans cette optique. Lui-même n’était pas visible. Il devait avoir ses raisons. Je les respecte. Je ne lui reproche rien. ll dira, un jour peut-être, ce qu’il ressentait, ce qu’il pensait profondément alors qu’on ne voyait pas le bout du tunnel… L’Algérie entrait dans sa 6ème année de violence. Nous étions à quelques encablures de l’élection présidentielle de 1999. Quel homme allait pouvoir à la fois poursuivre le processus d’éradication du terrorisme, faire bouger les lignes sur le plan politique et  proposer un vrai projet de redressement national, un projet fédérateur et consensuel  ?

Lamine Bey Chikhi

 

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Ce que je pense de Bouteflika -9-

Posté par imsat le 13 janvier 2014

Je l’ai croisé une fois. C’était quelques mois après la « démission » du Président Chadli. Mais peut-être était-ce une autre fois. Ce dont je suis sûr, c’est que cela a eu lieu au restaurant Djenina. En tout cas, c’était juste avant les premiers attentats terroristes. Je dînais en compagnie de Florence B. Bouteflika s’apprêtait à quitter le restaurant. Deux personnes l’accompagnaient. Les trois étaient de très bonne humeur. Bouteflika nous a salués avec déférence. Il était souriant. « Qui est ce charmant monsieur ? » m’a demandé Florence. « Notre ancien ministre des affaires étrangères » lui ai-je répondu tandis que j’étais vivement tenté d’engager la conversation avec lui.

J’aurais aimé lui dire plein de choses.  Il était juste là, devant nous, devant moi, accessible, peut-être lui aussi tenté de dialoguer avec moi, d’échanger quelques mots. J’aurais voulu lui demander s’il envisageait de réinvestir le champ politique, de lui dire qu’il nous manquait beaucoup, qu’il manquait au pays, que ses successeurs, en dépit de leur bonne volonté, n’avaient pas son punch ni sa maîtrise du discours, que la situation commençait à se gâter sérieusement, que l’Algérie n’était plus ce qu’elle avait été quand il était au pouvoir, que l’un de ses remplaçants refusait absolument, dogmatiquement de parler en français lorsqu’il intervenait en Algérie, que des périls inimaginables à l’époque de Boumediene menaçaient désormais notre nation, que, personnellement, je ne m’enthousiasmais plus pour les questions internationales comme je le faisais lorsqu’il dirigeait notre diplomatie…Mais je n’ai pas osé. Nous nous sommes dit « bonsoir » ; il a ajouté: « Bon appétit » et nous lui avons dit: « merci ». Et ce que je n’ai pu lui exprimer, je l’ai dit à Florence qui avait certes entendu parler de lui mais qui ne le connaissait pas vraiment. Elle voulait savoir. Je lui ai alors raconté ce que je savais de son itinéraire et surtout expliqué pourquoi je l’admirais. Elle semblait emballée. Au début, c’était le look de Bouteflika qui l’avait séduite, mais quand elle a su qui il était à travers ce que je lui en avais dit, elle se mit à réfléchir. Elle était silencieuse et songeuse. Je n’avais pourtant pas forcé le trait en évoquant Bouteflika. J’avais un peu insisté sur le fait que ma polarisation autour des années 60-70 était en partie liée autant à la fierté que j’éprouvais lorsqu’on parlait de lui et, à travers lui, de l’Algérie dans les forums internationaux, qu’à la présence dans l’équipe dirigeante de la période en question d’un homme de sa trempe, de son intelligence.

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -8-

Posté par imsat le 12 janvier 2014

Pour Bouteflika, la traversée du désert va durer une vingtaine d’années. Durant toute cette période, je pensais souvent à lui. Ce n’était pas toujours délibéré de ma part. En fait, quand j’observais les dirigeants de l’époque, je ne pouvais pas m’empêcher de les comparer à Bouteflika. Par moments, le parallèle était inconscient. J’étais dans le souvenir, la nostalgie, je n’y pouvais rien, c’était inévitable. Je n’étais pas dans la mélancolie et je ne m’interrogeais pas sur le sort de Bouteflika dont on disait qu’il conseillait des émirs du Golfe. Mais je ne vibrais plus comme au temps où il représentait l’Algérie à l’extérieur.

Il était absent, il était présent En réalité, les questions internationales et leurs implications sur l’Algérie n’avaient plus le même impact sur moi. Bouteflika était-il vraiment absent ? Je dirais qu’il était plutôt absent-présent. Absent de la scène politique et médiatique, absent du pays mais présent dans ma mémoire. Cela a t-il duré longtemps ? En termes d’intensité, peut-être jusqu’au début des années 1990, c’est-à-dire jusqu’au jour où l’Algérie commença à être dévastée par les violences politiques. Dans mes rétrospectives le concernant, émergeaient tantôt sa silhouette et sa gestuelle tantôt un souvenir sonore, des bribes de déclarations, quelques mots. Lorsqu’un ministre du Gouvernement Chadli ou des gouvernements qui lui ont succédé, prenait la parole, je me disais : « Qu’aurais dit Bouteflika à sa place ? » ou encore : « Comment Bouteflika l’aurait-il formulé ? ». Parfois, j’étais affirmatif et sans nuance:  « Jamais, il n’aurait agi de la sorte ! » . Je sais que mon parti-pris pourrait paraître excessif mais quand on est dans une appréciation subjective, voulue comme telle parce que fortement motivée, peut-on moduler le propos, arrondir les angles ? . Bouteflika n’aimait pas tourner autour du pot, sauf dans les discours diplomatiques spécifiques. Avec lui, c’était souvent une main de fer dans un gant de velours. J’aimais particulièrement cette façon de dire les choses. Ma subjectivité à son égard, c’est donc aussi un corollaire de ce que je considérais comme un mode d’expression maîtrisé dans tous les cas, y compris lorsqu’il donnait l’impression d’être dans une dialectique à géométrie variable. Dans ce type de circonstances, l’effet recherché dépend rigoureusement de la forme du message et du tempérament de celui qui l’exprime.

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -7-

Posté par imsat le 11 janvier 2014

Début février 1979. L’armée porte Chadli au pouvoir. Dans quel état d’esprit étais-je à ce moment là ? Je devais être contrarié, dubitatif, surpris, stupéfait. Je me rappelle quelques images du premier Conseil des ministres présidé par le nouveau Chef de l’Etat.

Un sourire révélateur. Je voulais surtout voir Bouteflika. Et je l’ai vu comme beaucoup d’algériens au JT de 20 h de la télévision nationale. Deux ou trois images furtives mais expressives. Il était souriant mais ce n’était pas son sourire habituel. Dans son regard, dans son sourire, il y avait de la déception, un soupçon d’ironie, un ou deux messages, un mal-être, des adieux, une espèce de défi, peut-être aussi un au-revoir. Il y avait quelque chose d’irréel dans ce que ces images nous donnaient à voir, non pas parce que Chadli était devenu Président mais parce que subitement Bouteflika, encore tout puissant ministre des Affaires étrangères et successeur potentiel de Boumediene, quelques semaines auparavant, n’était plus à sa place. Mais sans doute, les deux situations étaient-elles liées. Politiquement, l’affaire était pliée. Bouteflika avait été désigné ministre-conseiller, c’est-à-dire rien ! Ce n’était pas sérieux. Il avait accepté de jouer le jeu pour la transition, pour sauver les apparences (pour le peuple ?), et puis parce que Boumediene venait juste de disparaître. Il avait accepté de faire semblant, en sachant parfaitement que la « comédie » ne durerait que quelques jours. L’habitude dont j’ai parlé dans les chapitres précédents, celle dont je ne voulais pas me départir pour un tas de raisons, eh bien cette habitude venait d’être rompue brutalement, définitivement. L’alternative ne valait pas le coup, j’en étais convaincu. Et ce sourire de Bouteflika que je n’avais pas entièrement décrypté me paraissait annonciateur d’une sorte de dévaluation de l’expression de la chose politique. Quand je dis « expression », je suis toujours dans l’aspect formel du discours global, pas forcément ni strictement politique. Quand je dis « expression », je reste dans ce qui renvoie à la personne qui porte  le discours, dans ce rapport aux autres qui fait que lorsqu’on aime et admire la personne concernée, on est enclin à aimer son discours et naturellement aussi à comprendre  ses décisions, ses atermoiements, certainement aussi ses maladresses éventuelles, ses fautes.

Lamine Bey Chikhi

 

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Ce que je pense de Bouteflika -6-

Posté par imsat le 9 janvier 2014

J’étais en stage à Anvers depuis près de deux mois. Je lisais Le Monde tous les jours pour me tenir au courant de l’évolution de l’état de santé du Président Boumédiène, atteint de la maladie de Waldenström. J’étais évidemment inquiet pour lui, pour l’Algérie, pour mes proches, pour moi. J’essayais de me rassurer en me disant que s’il venait à décéder, Bouteflika son alter ego et dauphin, lui succéderait naturellement, la continuité serait assurée et la vie en Algérie continuerait à être un long fleuve tranquille. Je me rassurais ainsi mais je sentais dans le même temps qu’une disparition de Boumédiène ne pouvait pas laisser les choses en l’état. Je n’aime pas les bouleversements institutionnels, socio culturels, politiques. Le conservatisme a ses avantages. Et puis, Boumédiène faisait pleinement partie de mon quotidien. Lui non plus n’était pas un personnage ordinaire. Il était austère, sobre mais aussi charismatique alors que Bouteflika, outre l’aura dont il disposait,, était flamboyant, extraverti. Ils étaient complémentaires à tous points de vue. Etaient-ils conscients de cette synergie qui me paraissait extrêmement bien huilée ? Je crois en tout cas que c’est cette convergence de fond qui leur a permis de cohabiter et de diriger l’Algérie 13 années durant dans une entente plus que cordiale.

Une belle oraison funèbre. Début décembre 1978, retour à Alger. Décès de Boumédiène (27.12.1978). On s’y attendait bien sûr. Mais notre tristesse bien que partiellement amortie était là, réelle, profonde. J’avoue cependant que ce que j’ai conservé de cet événement, ce n’est finalement pas la disparition proprement dite de Boumédiène mais plutôt l’oraison funèbre prononcée par Bouteflika lors des obsèques du Président au cimetière d’El Alia. Pour moi, le souvenir sonore et visuel de cette oraison renvoie quasi exclusivement à Bouteflika, à son émotion perceptible mais contenue, à sa façon presque mélodieuse de lire le texte. Avait-il écrit l’oraison ou lui avait-on simplement demandé de la prononcer ? Je savais qu’il y avait à la Présidence de la République quelques conseillers compétents, cultivés et parfaitement aptes à écrire des textes percutants. Je pense en particulier à Smail Hamdani et Mohiedine Amimour. Je crois quand même que Bouteflika y a contribué substantiellement. Ce que je continue également de croire, c’est que, lue par quelqu’un d’autre que Bouteflika, l’oraison n’aurait pas produit le même impact, la même résonnance auprès des millions d’algériens qui avaient suivi l’événement en direct devant leur poste de télévision. Je le redis: Je ne suis pas en train de faire le panégyrique de Bouteflika. J’essaie juste d’expliquer mon intérêt, mon admiration pour lui autrement que par des éléments purement politiques ou politiciens. C’est pourquoi, je continue de soutenir que si l’oraison avait été lue par un autre responsable de l’Etat, elle m’aurait laissé complètement indifférent. Je n’ai pas envie de citer les noms de ceux qui (membres du Conseil de la Révolution ou du BP du FLN) pouvaient prétendre le faire à sa place. Ce que je sais, c’est que je n’éprouvais de l’empathie que pour Bouteflika. Les autres n’avaient pas sa fluidité, la qualité de sa diction, sa « capacité » à émouvoir, sa sincérité.

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -5-

Posté par imsat le 8 janvier 2014

Il y a des hommes politiques qui passent toujours inaperçus, qui sont effacés, qu’on oublie très vite, quel que soit leur poste (député, sénateur, ambassadeur,  chef de parti, ministre, Président). On en trouve un peu partout dans le monde. En revanche, les personnalités politiques qui ont du charisme, de l’envergure, sont rarissimes; Bouteflika en fait partie, et ce, depuis longtemps. Je le dis ainsi eu égard à ce que l’homme (politique ou autre) doit combiner pour être charismatique.

Comme un joueur sans ballon. Le charisme, c’est un tout, une alchimie, un savant dosage qui implique le discours, les actes, la gestuelle, l’éloquence, le talent, le look, le sens des choses. C’est précisément tout cela que j’ai toujours scruté chez Bouteflika ministre des affaires étrangères ou Président de la République. C’est aussi son charisme qui me le faisait apparaître quelquefois comme une sorte de joueur sans ballon. Ministre, même quand il ne s’exprimait pas, sa présence était marquante, remarquée. Ministre, même lorsqu’il ne disait rien, son regard, ses sourires parlaient pour lui. Quand il recevait ses homologues étrangers, l’ambiance n’était jamais plombée. On le montrait souvent à la télévision. Je ne l’ai jamais vu crispé, maladroit, décontenancé, à court d’idées. Face à la caméra, il était toujours à l’aise. Bouteflika, ce n’est pas un acteur politique, c’est un acteur tout court, mais un acteur dans le bon sens du terme. En le définissant ainsi, je repense au propos de ce monstre sacré du cinéma qu’est Alain Delon sur la nécessaire distinction à établir entre l’acteur et le comédien, entre l’inné et l’acquis. Je partage cet avis. A mes yeux, Bouteflika n’est pas un comédien mais un acteur. On a l’impression qu’il joue à l’acteur et ça nous plait, en tout cas, moi ça me plaît. Pourtant, il est naturellement dans son rôle, il est comme ça. Je m’aperçois que je parle de lui au présent. Eh bien oui, pour la simple raison que, de ce point de vue, ministre ou Président de la République, il est resté égal à lui-même. Son envergure n’est pas dissociable de son image extérieure. En même temps, elle a toujours reposé sur sur le parfait bilinguisme de l’homme. Les 2 vont de pair. « Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement » (Boileau). C’est cette osmose entre la pensée et son expression que j’ai toujours perçue chez Bouteflika.

Lamine Bey Chikhi

 

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