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Ce que je pense de Bouteflika -42-

Posté par imsat le 27 février 2014

Autre souvenir intéressant. Celui lié à l’admonestation adressée indirectement à son ministre des finances, Abdelatif Benachenhou. C’était à la faveur d’un discours prononcé par le Président entre 2004 et 2005. A l’époque, le grand argentier du pays commençait à prôner la rigueur sans utiliser le mot proprement dit. Il parlait de supervision, de la nécessaire corrélation entre les investissements et leurs contreparties. Il n’était pas pour une allocation automatique des ressources. Il recommandait la prudence dans les dépenses publiques. En fait, Benachenhou voulait instaurer une plus grande discipline budgétaire tout en insistant sur le caractère incontournable des réformes structurelles. Ses interventions étaient toujours bien médiatisées. Il avait le sens de la formule, choisissant systématiquement des phrases choc pour dire les choses. « La réforme, ce n’est pas une soirée de gala! » avait-il déclaré un jour. Il ne mâchait pas ses mots. Quand on lui parlait des créances toxiques qui s’accumulaient, il répondait que le règlement de la question devait passer par une refonte de la justice dans le sens de l’efficacité et de la performance. La rationalisation économique et financière à laquelle il appelait constamment présentait quand même des limites. Et ces limites étaient d’ordre politique. Bouteflika avait dit à peu près ceci: « Il y en a qui proposent des arbitrages dans l’allocation des crédits mais ils ne semblent pas tenir compte des risques d’inertie que les procédures comportent. Moi, président de la République, je ne peux adhérer à cette vision. J’ai un pays à faire bouger, une économie à faire tourner. Je dois faire en sorte que l’économie crée des emplois, favorise la consommation, crée les conditions de la croissance ! ». Le Président ne venait pas seulement de recadrer son ministre des finances; il rappelait aussi sa conception du politique, la nature et l’importance des enjeux, les insuffisances de l’approche intellectuelle donc théorique des problèmes de la société. J’admire les deux hommes. Mais ce jour-là, j’ai surtout mieux compris pourquoi et en quoi le politique transcendait complètement l’économique. J’ai compris aussi pourquoi les vrais arbitrages, les arbitrages décisifs revenaient au politique et plus précisément au Président.

Le primat du politique. On n’était plus dans des processus sectoriels, des mesures ponctuelles, des démarches opérationnelles, des mécanismes intermédiaires ou subalternes. On était à la croisée des chemins, en tout cas à un moment où l’on ne pouvait pas se permettre de marquer le pas. L’action devait prévaloir sur le discours. La dynamique sociale n’est possible qu’à cette condition. C’est comme cela que j’ai interprété la mise au point du Président. J’ai tout apprécié dans ce rappel à l’ordre, la forme, le contenu, le timing, la pertinence. Ce jour-là, je me suis dit: « En définitive, Bouteflika saisit toujours les enjeux au bon moment et agit en conséquence. Il fait accomplir à la politique, à l’instance politique, une immersion positive dans l’économie et plus globalement dans la société. Il nous rappelle le rôle cardinal de la politique rationnellement appréhendée dans la gestion d’un pays ». Et en effet, « La politique n’est pas quelque chose qu’on prend et qu’on laisse à son gré: elle est la condition d’apparition et de représentation des grands problèmes qui se posent à la cité et qui sont présentement ou qui paraissent être des problèmes économiques » (Jean-Marie Domenach).

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -41-

Posté par imsat le 25 février 2014

« Je ne serai jamais un trois-quart de Président ». Cette phrase prononcée par Bouteflika dès son accession à la magistrature suprême en 1999 est encore dans les mémoires. Elle fut abondamment commentée. Les analyses suscitées par le propos cinglant du chef de l’Etat portèrent essentiellement sur le rôle de l’armée dans la vie politique du pays, sa place réelle dans l’articulation et l’exercice du pouvoir, ses rapports avec l’institution présidentielle et par ricochet et plus précisément avec le président de la République. Au risque de me répéter, je précise quand même que ce n’est pas la décortication de la phrase qui m’intéresse en premier lieu. Je me demande d’ailleurs pourquoi on va  directement et presque dans la précipitation au décryptage des déclarations politiques, de leur contenu, de leur portée alors même qu’elles présentent d’autres aspects intéressants, particuliers, révélateurs, significatifs.

Stratégie sémantique ? « Je ne serai pas un trois-quart de Président ». Bouteflika l’a dit et il l’a fait de la façon la plus claire, la plus explicite possible, et c’est d’abord cela qui est marquant et qui est censé retenir l’attention. Jamais auparavant, la fonction présidentielle n’avait été évoquée de la sorte. L’affirmation n’est pas banale. Elle démarque à nouveau nettement le Président de tous ses prédécesseurs de surcroît sur un terrain spécial, celui des modalités d’exercice du pouvoir (présidentiel). La mise au point séduit par les mots employés pour sa formalisation, par son esthétique. Il y a de la fermeté dans cette façon de dire. En l’occurrence, affirmer c’est annoncer la couleur, marquer, baliser son pré carré, établir une ligne de démarcation. Et puis, il y a une précision mathématique dans la formule. Le pouvoir du Président ne saurait être fractionné. C’est le « trois-quart » auquel se réfère Bouteflika qui m’a immédiatement séduit. Il pouvait utiliser d’autres termes pour signifier qu’il serait un Président à part entière. La proportion introduite par ses soins était destinée à frapper les esprits. Trois-quart, c’est plus que la moitié mais ce n’est pas le total, ça ne fait pas le compte. Et puis, ce « trois-quart », je trouve que c’est un formidable raccourci que l’on peut emprunter pour comprendre assez vite la vision bouteflikienne du pouvoir. On peut spéculer sans limite sur les rapports réels entre le Président et l’armée (beaucoup l’ont fait et continuent de le faire). Moi, je préfère d’abord m’appesantir sur les mots, m’interroger sur ce qui conduit à opter pour tel mot plutôt que pour tel autre, deviner les raisons à l’origine du choix arrêté en définitive. Peut-on, par exemple, parler de stratégie sémantique à propos du discours de Bouteflika en général ? C’est une question que je me suis posée à maintes reprises. J’étais enclin à y répondre affirmativement. Je continue de penser que rien, dans ses déclarations, n’est improvisé ni laissé au hasard, que tout, au contraire, est jaugé, pesé, réfléchi. Enfin, je crois que, quand on veut disserter sérieusement sur le pouvoir en Algérie, on ne peut honnêtement pas passer sous silence la phrase référentielle de Bouteflika, celle qui accentue sa singularité, le distinguant ainsi complètement de ses prédécesseurs.

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -40-

Posté par imsat le 23 février 2014

Mon admiration pour lui est-elle exagérée, irréaliste, infondée, curieuse, anormale ? Je me le suis demandé non pas parce qu’on me l’a fait remarquer mais par exigence intellectuelle. Je me suis demandé si l’intérêt que je lui ai toujours porté en non stop s’expliquait d’abord par le fait que je n’ai jamais rien éprouvé de comparable pour d’autres personnalités politiques d’hier et d’aujourd’hui à l’exception notable de Boumediene. Je n’ai pas non plus manqué  de m’interroger sur le risque de confusion que je pouvais entretenir inconsciemment ou involontairement entre ce que je ressens sincèrement pour l’Algérie et ce que je pense du Président. Il y aurait ainsi comme un lien indissociable, intime entre le devenir de l’Algérie et la présence quasi continue de Bouteflika au poste de commande. Je me suis demandé s’il y avait une réelle différence entre la posture de ceux qui cultivent le culte de la personnalité et mon attitude que certains pourraient considérer comme celle d’un laudateur sans limite, bizarre, sujet à caution.

Les autres ne m’inspirent pas. J’ai songé justement au culte de la personnalité. Je n’ai jamais aimé cette façon d’aimer. J’ai toujours détesté que l’on affiche les portraits du Président sur les façades des immeubles dans les cités dont on inaugure la livraison. Ce n’est tout  de même pas le Chef de l’Etat qui donne des instructions  en ce sens ! Laisse t-il faire ? Et d’abord, le met-on au courant de ces pratiques extrêmement contrariantes ? Je ne devrais même pas me poser ces questions. Le culte de la personnalité, c’est les autres qui l’entretiennent et qui, ce faisant, croient bien agir. Sont-ils sincères ? Il y en a probablement qui le sont. Il y a aussi beaucoup de gens maladroits qui pensent que c’est comme ça qu’on doit aimer un Président. Il est clair, en tout cas, qu’on n’aime pas le Président de la même façon. Je n’aurais d’ailleurs jamais apprécié de l’aimer comme ils le font. Je n’aimerais pas non plus répondre frontalement à ceux qui ne l’ont jamais porté dans leur coeur, passant le plus clair de leur temps à le critiquer et dans bien des cas à le dénigrer. Je me souviens de la violence de la pré campagne de 2004. Au journal, on m’avait reproché de vanter un peu trop les mérites de Bouteflika. Je ne le faisais pas par calcul ni pour répondre à ses adversaires. J’ai dit au rédacteur en chef : « C’est plus fort que moi; je ne peux pas faire autrement et en plus je crois argumenter sérieusement ce que je dis à son sujet. Et puis, les autres ne m’inspirent pas du tout » . J’avais conclu un de mes articles (28.12.2003) comme suit:  « Ne pourrait-on pas dire avec justesse à ces détracteurs d’un homme supérieur, si avides de chercher ses défauts: Quel droit avez-vous de lui reprocher des fautes qui ne l’ont pas empêché de valoir encore mieux que vous ? » (Condorcet). Aujourd’hui, je dirais très exactement la même chose.

Lamine Bey Chikhi

 

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Ce que je pense de Bouteflika -39-

Posté par imsat le 22 février 2014

Lors d’un  meeting électoral tenu à Tipasa en 2009, il est interpellé par un  citoyen qui lui fait part des brimades dont sont victimes des touristes algériens de la part de douaniers tunisiens plus ou moins zélés. Il demande au Président  que des dispositions  rigoureuses soient prises par les autorités algériennes pour mettre un terme à de tels agissements. Le  problème soulevé était d’actualité. Bon an  mal an, entre 1 million et 1,5 millions d’algériens  visitent la Tunisie. C’est une manne financière plus qu’appréciable pour notre voisin tunisien. Bien qu’en nette régression, les pratiques vexatoires  à l’encontre des touristes algériens étaient plus ou moins régulièrement évoquées. Alors que le citoyen  finissait son intervention, la ponctuant de quelques propos lénifiants sur le Président et sa politique générale, j’essayais d’anticiper la réponse de Bouteflika.

A contre-courant. J’espérais surtout qu’il reste égal à lui-même, qu’il ne soit pas démagogue (ce qu’il n’a jamais été à mes yeux), qu’il aille comme à son habitude totalement à contre-courant de ce que l’assistance attendait vraisemblablement de lui, qu’il exprime le fond de sa pensée quitte à « décevoir » le plus grand nombre. Et de nouveau, sa réplique fut tout à fait conforme à celle  que j’avais esquissée mentalement quelques minutes auparavant. « Cher monsieur, lui dit-il, je vous ai écouté attentivement, comme, je le suppose, cette honorable assistance. Je vous remercie de vouloir relancer le débat autour d’une question bien connue. Je  comprends votre préoccupation. Elle est légitime. Vous savez que les autorités ne sont jamais restées passives face à de telles situations. Nous essayons toujours d’améliorer les choses avec nos frères tunisiens.  Mais il faut souligner que les pratiques évoquées deviennent de plus en plus rares. Cela dit, permettez-moi de vous poser à mon tour une question: « Vous êtes un homme libre. Etes-vous dès lors tenus de passer vos vacances en  Tunisie  ? Je suis sûr que vous avez le choix. Je pense, dans ce sillage, que la première réaction qui s’impose vous concerne, vous incombe, vous implique personnellement et directement… ».  C’était ce que j’attendais du Président. Sa réponse s’inscrivait en droite ligne de ce que j’ai toujours pensé de la notion de responsabilité, du partage des responsabilités, de l’autonomie individuelle. On ne peut pas, on ne doit pas tout imputer à l’Etat ni s’en remettre à lui pour tout et n’importe quoi. Il y a quelque chose de malsain à vouloir se défausser sur la puissance publique pour des questions qui relèvent d’abord ou aussi de l’individu. La réponse du Président est de portée générale. Elle vaut donc aussi pour les griefs  que l’on pourrait  formuler sur les effets induits par la gestion des flux migratoires. Même observation pour la confusion entretenue dans et par la société  notamment sur le plan sémantique entre départ volontaire, réfléchi,  organisé et exil ou ghorba. Est-ce une spécificité algérienne ? Quoi qu’il en soit,  il n’a jamais raté l’occasion de mettre à nu ce type de contradictions. En ce sens, son raisonnement est cohérent, logique, honnête, vrai. Il est dans la vérité, et c’est cela qui, chez lui, vaut son pesant d’or.

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -38-

Posté par imsat le 19 février 2014

Je n’étais pas très enthousiaste en le voyant aborder Georges W. Bush lors d’un sommet du G 20. Le chef de l’exécutif américain me paraissait plutôt distrait voire condescendant dans ce contact. On a dit beaucoup de choses négatives au sujet du Président américain. A juste raison d’ailleurs. Je ne vois donc aucun intérêt à rebondir sur ce point. J’ai surtout envie de dire que, à maintes reprises, à la faveur de certaines de ses rencontres avec des personnalités étrangères, la courtoisie de Bouteflika, bien que globalement compréhensible, pouvait quand même être modulée. Dans son « approche » de Bush, ce n’était pas ce que j’escomptais de lui. Pour moi, sa posture, ce jour-là, ne se justifiait pas. Mon point de vue est bien sûr tout relatif; c’est d’abord un aspect purement visuel qui me fait parler ainsi. Sur le fond, je peux néanmoins développer mon propos à partir d’éléments personnels. Bush était certes Président des Etats Unis d’Amérique, autrement dit le numéro 1 de la première puissance mondiale, mais intrinsèquement, en termes de background, de parcours politique, d’expérience dans la gouvernance, de compétence, de savoir-faire dans le domaine des relations internationales, Bouteflika lui est nettement supérieur. Je ne suis pas dans la subjectivité de certains de mes textes précédents. Mon appréciation repose sur des critères tangibles, fiables et parfaitement vérifiables. Au surplus, cela ne concerne pas que la comparaison Bouteflika-Bush; elle est transposable, mutatis mutandis, à d’autres situations similaires ayant impliqué le Président algérien dans son rapport à nombre de ses homologues étrangers. Je pense notamment à Chirac mais aussi à Sarkozy et à d’autres responsables occidentaux ou encore à certains dirigeants arabes.

Il les battrait à plate couture. Du talent, des connaissances, des savoirs, de l’expérience, du sens stratégique et politique, Bouteflika en a à revendre. Les autres sont surtout et en permanence dans le marketing politique. C’est leur image qui se vend plus ou moins bien via les médias, en fonction des conjonctures. Lui n’a jamais été tenté par ce merchandising politique. Dans un monde globalisé, c’est sans doute une déficience. En tout cas, dans l’absolu, dans un contexte dépouillé et à l’abri des manipulations médiatiques, il les battrait presque tous à plate couture. Est-ce exagéré de le formuler ainsi ? Je n’en ai pas le sentiment. Il suffit de réfléchir posément, d’exposer la thématique sans complexe, de définir les critères politiques, culturels, historiques et autres qui permettent d’établir la ligne de démarcation intellectuelle entre les personnes concernées, d’évaluer rationnellement les choses et d’en tirer toutes les conclusions. J’ai déjà procédé au « test ». Le résultat est conforme à mes prévisions initiales.

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -37-

Posté par imsat le 17 février 2014

Il m’arrivait d’être extrêmement réservé sur pas mal d’aspects formels de sa gouvernance. Je dis bien « aspects formels ». Je ne vise donc pas le contenu ou le rythme de sa politique. Nombre de ces points renvoient à l’inamovibilité de certains ministres en dépit de leurs insuffisances manifestes et de leur piètre gestion. Je ne comprenais pas que les personnes en question aient pu battre des records de longévité à leur poste alors même que leur bilan était quasi unanimement décrié. Je m’efforçais toujours de trouver quelque justificatif valable à cette espèce de statu quo en recourant à toutes sortes de considérations relatives aux enjeux de pouvoir, aux équilibres qu’ils imposent, aux rapports de force. Mais je ne parvenais à aucune explication vraiment cohérente, sérieuse et convaincante. Théoriquement, je pouvais comprendre la situation; je veux dire que lorsque je faisais abstraction de ce que je pensais personnellement de Bouteflika, j’étais en mesure de valider le raisonnement fondé sur des éléments strictement politiques. Cependant, sorti de cette grille de lecture, j’étais carrément sidéré par le décalage qu’il y avait entre mon admiration sans limite pour lui et ce que je relevais chez des membres de ses gouvernements successifs.

Un décalage considérable L’anachronisme était parfois total et j’étais irrité par tout ce qui venait plomber l’ambiance et le style qu’il me paraissait vouloir instaurer dans la conduite des affaires de l’Etat. Cette dévaluation provenait des autres, de ce qui affectait leur façon de parler, de communiquer; ça venait aussi de leur usure, de leur incapacité à renouveler leur discours. Ces gens-là n’étaient pas que dans l’exécutif; on les trouvait partout, à l’Assemblée nationale, au Sénat et dans bien d’autres institutions. Ils n’étaient pas en harmonie avec la posture, les aspirations du Président. « Le choix en politique n’est pas entre le bien et le mal mais entre le préférable et le détestable » (Raymond Aron). J’aime cette formule percutante et réaliste. Pourtant, même en l’analysant avec le recul, je ne parviens pas à relativiser certains de mes jugements de l’époque à propos de tous ceux, et ils étaient légion, dont la tête ne me revenait pas. Je ne saurais dire les choses autrement. Pourrais-je être plus précis ? Oui si je disais que les personnes concernées ne cadraient pas du tout avec tout ce qui dans mon esprit était censé représenter le Président en termes d’inspiration, de démarche, de look (le mot look est pris ici lato sensu). Entre lui (Bouteflika) et les autres, je voyais des dissonances, un fossé qui ne cessait de s’élargir. Il tentait régulièrement d’y remédier à travers des remaniements, des permutations voire  des limogeages, des rappels à l’ordre mais le « mal » était persistant, endémique. La mise à niveau ne se faisait pas. Fort heureusement, il y avait des exceptions. Je pense à Abdelatif Benachenhou. J’étais ravi de sa nomination à la tête des Finances en 1999. Il sortait du lot, il avait quelque chose que les autres n’avaient pas (cf la page Coulisses et stratégies de mon blog). J’avais aussi applaudi à la désignation de Mohand Issad et Ahmed Mahiou respectivement comme Président et Vice-Président de la Commission nationale de réforme de la justice. Ces deux éminents universitaires sont les premiers agrégés de droit de l’Algérie indépendante. J’ai eu Mahiou en conférence de méthode de droit administratif en 1972 et Issad comme professeur de droit international privé en 1974. En choisissant ces hommes et quelques autres de la même trempe dans divers secteurs d’activité, Bouteflika inaugura son premier quinquennat sous le signe de la compétence fondée sur les savoirs universitaires avérés. Cette dynamique s’est ensuite quelque peu étiolée pour toutes sortes de raisons dont beaucoup étaient indépendantes de sa volonté. Raisons objectives ou subjectives ? Il y avait des deux. La question de l’image est à la fois subjective et objective. Est-elle dissociable du discours appréhendé formellement et matériellement ? Je ne le pense pas. Eh bien, en général, ceux qui ne cadrent pas avec l’approche Bouteflikienne ont un problème d’image. Et l’image, c’est un tout !

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -36-

Posté par imsat le 15 février 2014

Un jour, il s’est demandé ce que l’ancien Président Chadli Bendjedid avait bien pu raconter à Mitterrand durant leurs 5 heures d’entretien lors de la visite du chef de l’Etat français en Algérie en novembre 1981. Cette anecdote est-elle insignifiante et donc inutile ? Chacun peut interpréter à sa façon le questionnement de Bouteflika. Est-ce intéressant d’y consacrer quelques lignes ? Quoi qu’il en soit, la curiosité  de notre Président à propos de la longue conversation dont il s’agit ne m’a pas laissé indifférent. Dans un texte précédent, j’avais parlé d’une identité de vue quasi idéale entre lui et moi sur de très nombreuses questions. Son évocation de la rencontre Chadli-Mitterrand en fait partie; elle m’a interpellé dans le meilleur sens du terme. Pourquoi ? Eh bien, tout simplement parce que la question  qu’il s’est posée publiquement (je crois que c’était à la faveur d’une interview) avait été la mienne 20 ans auparavant. Les considérations développées par ses soins pour justifier son étonnement voire sa suspicion, je les avais formulées de la même façon et dans les mêmes termes deux décennies plus tôt. Je me rappelle avoir été frustré de n’avoir aucun détail de la rencontre entre les deux hommes. On avait juste parlé de 5 heures d’entretien. En 5 heures, on refait le monde, on passe en revue des pans entiers de l’actualité et de l’histoire, on décortique les relations internationales, on parle de soi, des siens, des autres, on entre dans une certaine intimité, on se découvre, on parle de ce que l’on aime, des livres qu’on a lus et de ceux qu’on n’a pas lus, on parle de ses aspirations, de son pays, du temps qu’il fait (ce jour-là, il faisait beau), et de celui qui passe… Chadli et Mitterrand ont-ils évoqué tout cela ? Moi, ce qui m’intéressait c’était ce que Chadli avait raconté à Mitterrand l’animal politique, le littéraire, celui qui avait signé « Le coup d’Etat permanent » et  « La paille et le grain », l’ancien ministre de la justice sous la quatrième République (gouvernement de Guy Mollet) celui qui refusa la grâce à 47 militants du FLN condamnés à mort, le Florentin, maître dans l’art de l’esquive, l’homme qui ambitionnait de « changer la vie » au lendemain de son élection à la Présidence de la République française, en mai 1981, le tombeur de Giscard D’Estaing. Oui, j’étais vraiment curieux de savoir ce que Chadli avait pu dire à Mitterrand. Avais-je un préjugé à l’égard de Chadli ? Un peu, je l’avoue. Mais, au lendemain de la rencontre, j’avais surtout envie d’en savoir un peu plus. Je me suis demandé si notre Président avait parlé exclusivement en français ou s’il s’était fait accompagner d’un interprète au cas où il utilisait l’arabe. Qui conduisait l’entretien ? Qui posait le plus de questions ? Qui prenait l’initiative de relancer la conversation ? Y avait-il des temps morts, des silences ? Les deux hommes étaient-ils seuls ou accompagnés ? Telles étaient mes questions à l’époque. Bouteflika ciblait-il les mêmes aspects de la rencontre ? Ce qui apparaissait nettement dans sa façon de présenter les choses, c’était un certain doute quant à la capacité de Chadli à soutenir une conversation de cette durée avec Mitterrand. Je crois qu’il y avait aussi chez lui une relative frustration de n’avoir pas été à la place de Chadli non pas spécialement pour la fonction présidentielle mais pour faire en sorte que Mitterrand ait en face de lui un interlocuteur de tout premier plan, quelqu’un qui aurait pu discuter à armes égales avec le Président français, qui lui aurait même damé le pion sur nombre de thèmes.

J’ai refait le film dans ma tête. Pour ce qui est de ma frustration, je pense qu’elle s’était cristallisée implicitement autour de l’absence présumée (à tort ou à raison) d’un équilibre raisonnable entre les deux présidents. Lorsque Bouteflika a relancé cette « histoire », j’ai refait le film dans ma tête  et scénarisé à ma manière la forme et la teneur de la rencontre. Ce n’était pas difficile pour moi d’autant que je connais très bien à la fois Bouteflika et Mitterrand, intellectuellement s’entend. Se seraient-ils entendus comme je l’aurais imaginé ? Toutes les options étaient sur la table. Je ne peux que supputer. Je suis dans les images, les souvenirs. Et puisqu’il est question de Mitterrand, je ne peux m’empêcher de rappeler l’audience que lui avait accordée Houari Boumediene à Alger (en 1972 ou en 1973 ?). Mitterrand était Premier secrétaire du Parti socialiste français. Il paraissait impressionné par Boumediene. Je crois qu’il l’était vraiment. Il avait dit au Président algérien son admiration pour ce qu’il venait de visiter à Alger. Il avait parlé notamment de l’usine de véhicules   industriels de Rouiba. Boumediene lui avait répondu : « Vous savez, monsieur Mitterrand, l’Algérie, il faut la voir et la revoir… »

Lamine Bey Chikhi

PS: Je n’ai pas lu les Mémoires de Chadli. Je ne sais donc pas s’il a évoqué sa rencontre avec Mitterrand.

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Ce que je pense de Bouteflika -35-

Posté par imsat le 12 février 2014

Je me suis intéressé à son rapport au peuple. Je ne pouvais d’ailleurs pas passer outre cet aspect dont chacun sait qu’il aide à comprendre bien des situations. Si je tiens compte de ce que j’ai entendu ici et là sur ce point, je dirai que ce n’est pas du tout simple. En revanche, si je prends en considération l’accueil généralement extrêmement  chaleureux que lui ont toujours réservé les foules dans ses déplacements  à l’intérieur du pays, je dirai évidemment qu’il est très populaire. Prendre du recul par rapport à ce double angle de vue permet d’aller vers une certaine objectivité dans l’appréciation. Des journaux algériens ont quelquefois utilisé des qualificatifs excessifs pour définir son rapport aux masses populaires.

L’exception et la règle. Je crois que là aussi, on dit parfois n’importe quoi, on confond les choses, on est dans des analogies inappropriées avec ce qui se pratique sous d’autres cieux. Et puis, on tend à prendre  l’exception pour la règle, on est même tenté de l’instrumentaliser pour « les besoins de la cause ». Au mois d’Août 2008, il adresse ses condoléances au roi Juan Carlos d’Espagne suite à la catastrophe aérienne de Madrid (150 morts) alors qu’il ne dit rien des attentats des Issers (48 morts) et Bouira (12 morts) commis à la même période. Les journaux lui ont reproché son silence; certains ont même parlé de mépris. Je me suis moi-même interrogé sur cette posture incompréhensible. Il a eu l’occasion de se « rattraper » en d’autres circonstances non pas forcément en exprimant sa compassion mais en agissant matériellement par les dédommagements prévus par la loi. Je ne dis pas cela pour atténuer la sévérité d’un jugement ponctuellement indiscutable; j’essaie simplement de montrer qu’il y a le particulier et le général, et que si certains exemples concrets peuvent illustrer et valider une « sentence »,  ils ne sont pas pour autant extrapolables ipso facto à d’autres situations. J’aimerai rappeler que Bouteflika n’a jamais accordé d’entretien aux journaux algériens, à l’exception du Jeune indépendant. Pourquoi ? Lorsqu’on le lui a reproché, il a répondu que tout ce que les médias étrangers  disaient de négatif, d’outrancier et de délibérément tendancieux au sujet de l’Algérie provenait des commentaires mystificateurs de certains organes de presse nationaux. Je crois qu’il faut inscrire cette attitude dans une démarche plus globale du rapport au peuple. Je pense que sa franchise explique en partie sa relation controversée aux autres. Il ne manquait pas de mettre en évidence les travers de la société, de l’individu. Il était dans une certaine vérité; quand on est dans la vérité, cela peut déplaire. J’ai été d’accord avec nombre de ses coups de gueule. C’est aussi cela qui le démarque nettement et qualitativement de ses prédécesseurs. Ses colères, je les comprenais comme des appels à une prise de conscience, à un mea culpa individuel et collectif parfois indispensable pour faire bouger les lignes.

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -34-

Posté par imsat le 11 février 2014

« Je n’ai pas la bague de Soliman ! Je n’ai pas la bague de Soliman ! ». Bouteflika a quelquefois eu recours à cette formule pour expliquer qu’il ne pouvait pas régler les nombreux problèmes de l’Algérie en un temps record, que leur résolution allait devoir nécessiter labeur, patience et abnégation, que les stigmates de la décennie noire ne s’effaceraient pas facilement. Il disait aussi qu’il comprenait parfaitement les souffrances des algériens et leur impatience mais il les invitait en même temps à relativiser les choses, à ne pas oublier les années du terrorisme et à apprécier chaque amélioration enregistrée à sa juste valeur. Il ne parlait pas que de la sécurité sur le point d’être retrouvée sur l’ensemble du territoire national même s’il aimait bien rappeler que, durant les années de terreur, les algériens ne pouvaient pas se permettre de traîner dehors au-delà de 18h. Il n’était pas que dans la rhétorique. Il évoquait avec insistance quelques sujets économiques pour bien montrer que la notion de sécurité était globale, qu’elle ne se réduisait pas à une dimension strictement militaire. Il parlait beaucoup de la problématique de l’eau.

L’eau, source de vie. Dans ce domaine, les besoins de la population sont globalement satisfaits y compris dans les régions du Sud. Il en avait fait une de ses priorités sur le plan économique. Le défi a été relevé. Plus généralement, sur les thèmes lourds et stratégiquement déterminants, il a alterné à un rythme soutenu et constant le discours et l’action, les engagements et les réalisations, la critique sociale souvent judicieuse et les satisfecit à l’adresse des institutions et des populations. La question de l’eau passée au crible par Bouteflika m’a toujours intéressé. Elle est cruciale. En Algérie, le droit à l’eau, ce n’est ni un slogan ni une utopie, c’est une réalité concrète !. Il aimait en parler; je ne le trouvais pas redondant. Je cite le droit à l’eau parce que « C’est un élément essentiel de la dignité humaine (L. Fauchon, Président du Conseil mondial de l’eau). On tend à l’oublier et c’est pourquoi, il est toujours utile de rappeler certains chiffres. « 1 milliard d’habitants de la planète n’ont pas accès à l’eau et 2,6 milliards vivent sans système d’évacuation des eaux usés. 25000 être humains meurent chaque jour faute d’eau. L’absence d’eau tue dix fois plus que les guerres » (Un monde de ressources rares, Le Cercle des économistes et Erik Orsenna éditions Perrin 2007). C’est donc aussi à l’aune des modalités de prise en charge de cette problématique que l’on devrait apprécier une gouvernance. Bouteflika a mis le paquet en termes d’investissements (Le pays dispose de 95 barrages et de plusieurs usines de dessalement de l’eau de mer). Le projet de réconciliation nationale ne pouvait avoir de sens et dépasser sa portée politique et symbolique que s’il reposait sur un socle logistique, infrastructurel et économique adéquat. Les investissements colossaux mobilisés pour généraliser et (on l’oublie trop souvent) continuer de subventionner l’accès à l’eau s’inscrivaient dans cette optique. C’est formidable de savoir que les tous les algériens ont accès à l’eau. J’ai apprécié le volontarisme déployé par l’Etat dans ce cadre et je continue d’en penser le plus grand bien. C’est pourquoi, j’ai envie de citer Sénèque: « L’ingratitude est une honte; la reconnaissance est facultative ».

Lamine Bey Chikhi

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Ce que je pense de Bouteflika -33-

Posté par imsat le 10 février 2014

Je pense aux nombreux discours qu’il a prononcés en Algérie et à l’étranger, depuis son accession à la magistrature suprême en 1999. J’en parlais l’autre jour avec B, F et A. Je leur ai dit qu’il était dommage que l’on n’ait jamais songé à les exploiter sur le plan intellectuel alors qu’ils auraient pu inspirer des politologues, des historiens, des économistes. Ce constat est d’ailleurs valable pour certains de ses prédécesseurs. Sur Boumediene, je crois qu’il y a eu 2 livres, celui de Paul Balta ex correspondant du journal Le Monde à Alger, et celui de Khalfa Mammeri intitulé « Citations du Président Boumediene ». Quant à Boutefflika, on a écrit 2 ou 3 ouvrages à son sujet complètement à charge et tendancieux. L’auteur de l’un de ces livres semble même l’avoir écrit pour un lectorat non algérien et pour faire ainsi plaisir à certains milieux politico-médiatiques d’outre méditerranée. C’est d’ailleurs un  habitué de certaines émissions de télé françaises. Mais la carence affecte aussi la presse algérienne qui a rarement fait cas des discours du Président alors qu’ils sont censés  aider au décryptage de nombre de situations intéressant la vie de la nation. Je m’interroge sur les raisons de cette désaffection pour les allocutions du Chef de l’Etat et sur l’absence de livres ou de travaux universitaires traitant soit de sa personnalité soit de son action à la tête de l’Algérie depuis 15 ans et plus globalement sur son long et riche parcours politique depuis l’indépendance du pays.

Même quand il ne dit rien, il parle. Nous sommes d’accord, B,  F,  A et moi pour dire que l’occultation précitée renvoie aux valeurs, à la culture, à l’éthique. La question est très complexe, sensible. En tout cas, j’ai rarement vu des commentaires de presse construits autour d’une citation ou d’un extrait de discours du Président. Cela vaut pour la presse publique comme pour les journaux privés. Pourtant, rien n’est anodin ni banal dans le discours d’un homme d’Etat, a fortiori lorsque ce dirigeant préside aux destinées d’un pays pas du tout facile à gérer. Pourtant, il y aurait beaucoup à dire d’un Président à partir de ce qu’il déclare et qu’il réalise ou qu’il ne réalise pas sur le terrain. Pourtant, il n’est jamais inintéressant de tenter de cerner les intentions réelles, les arrière-pensées que révèle ou ne révèle pas un discours. Et puis surtout, les propos d’un Président ne sont jamais ceux d’un homme ordinaire, d’un simple citoyen. J’avoue qu’en parlant de la sorte, je pense spécialement, exclusivement  à Bouteflika, à sa singularité. Enfin, il y a les silences du Président. Ce sont des silences qui prennent une dimension particulière précisément parce qu’ils viennent s’intercaler opportunément entre plusieurs discours. Avec lui, il y a le mouvement et la pause.  Même quand il ne dit rien, il parle. A t-il tout dit ?  Je crois que sa capacité de dialectisation peut encore surprendre ou du moins servir.

Lamine Bey Chikhi

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