Escale proustienne -10-

Posté par imsat le 17 septembre 2014

Quand on parle d’un roman, on pense presque toujours au produit fini qu’il constitue, très rarement aux efforts souvent gigantesques consentis par son auteur pour y parvenir. Les spécialistes eux-mêmes prêtent beaucoup plus attention au contenu du texte, au style de l’écrivain, aux liens possibles avec des éléments biographiques pour en comprendre les ressorts qu’à l’immense travail technique qu’il a fallu accomplir pour atteindre l’objectif fixé. Proust aussi a été approché de cette façon mais certains critiques se sont également intéressés à tout ce qu’il y avait en amont de son oeuvre. Dans son essai intitulé « Proust dans le texte et l’avant-texte » (Flammarion 1985), l’universitaire Jean Milly prend en charge nombre d’aspects antérieurs à la version définitive du roman.  A propos de ce qu’il appelle les constantes des avant-textes proustiens, il écrit : « Leur progression est loin d’être régulière; une ébauche peut être refaite dix fois, et chaque fois différemment; la composition n’est pas linéaire, et fréquemment des fragments se trouvent déplacés d’un endroit à un autre, très éloigné du roman; les suppressions sont au moins aussi nombreuses que les additions; certains maillons de la chaîne génétique ont disparu… » J’en déduis que les travaux préliminaires de l’auteur sont colossaux non seulement au regard des thématiques qu’il développe mais aussi de la formalisation qu’il finit par leur conférer après maintes et maintes corrections, après maintes et maintes souffrances. Il y a dans ce labeur tout à la fois de la passion, de l’exigence, de la discipline, de la colère, des incertitudes, des satisfactions, des doutes et puis surtout cette volonté constante de chercher le mot le plus juste, la ponctuation la plus adéquate, la phrase la plus achevée. Une virgule est à sa place, indiscutable, conforme à la règle mais Proust décide de la repositionner ou de la supprimer purement et simplement; il peut se le permettre; l’éditeur n’aura pas le dernier mot. Un lecteur a comparé l’oeuvre de Proust à une religion, une totalité; je l’ai déjà dit et je le comprends. Personnellement, j’exprimerais le même sentiment à l’égard de l’investissement quotidien intellectuel, physique, mental de l’écrivain dans l’accomplissement de son travail. On ne doit donc jamais oublier que Proust a sué sang et eau pour nous offrir la quintessence de ses écrits et permettre à ceux qui s’y retrouvent de tirer le meilleur profit des connexités plus que probables qu’il a si bien su établir entre la littérature et la vraie vie.

Lamine Bey Chikhi

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