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Escale proustienne -3-

Posté par imsat le 4 septembre 2014

Hier, j’ai croisé DC chez mon boulanger. Je lui ai parlé de l’émission consacrée à Proust. Il ne l’a pas regardée. Je lui ai dit que j’étais tombé dessus par hasard. Enfin, j’ai dit « par hasard » en pensant en moi-même : « c’est plutôt le mektoub qui m’a permis de zapper au bon moment et de pouvoir ainsi suivre cet excellent documentaire ». Je me suis aussi dit que, ne disposant pas des programmes de télévision, je n’ai pu tomber par « hasard » sur celui diffusé par Arte mercredi dernier que parce que je n’ai au fond jamais cessé de penser d’une façon ou d’une autre au travail monumental du romancier. Je l’ai dit à DC mais en des termes compliqués sans trop savoir pourquoi. Il m’a répondu que les gens d’ici ne s’intéressaient pas du tout à ça, autrement dit à la chose littéraire, encore moins à Proust et que leurs motivations quotidiennes, leurs objectifs étaient strictement d’ordre matériel. Il m’a même dit : « Tu leur parlerais de cet auteur qu’ils ne connaissent évidemment pas, ils te prendraient pour un être venu d’une autre planète ». Il me l’a dit alors qu’il montait dans sa voiture. J’ai trouvé sa remarque fondée. Lui-même devait certainement penser la même chose de moi mais ne jugeait pas pertinent ou utile de me le faire savoir. En tout cas et indépendamment de cette parenthèse vite refermée, je reste très conscient du déphasage abyssal qu’il y a entre ce que l’on peut profondément éprouver pour une oeuvre littéraire avec toutes les tentations d’identification qu’elle peut susciter, et la vie réelle ou plutôt la vraie vie dans le pays où l’on réside effectivement. Ce décalage est-il ressenti, vécu de la même façon sous d’autres cieux ? Les propos des lecteurs précédemment évoqués mettent implicitement en évidence la difficulté voire l’impossibilité d’établir  la jonction entre la méditation pleine de bifurcations de l’auteur et la réalité ambiante, actuelle. Quand on lit Proust, on ne peut pas être ailleurs, on s’isole, on s’installe dans une sorte de système autarcique. Et cela vaut même si on ne le lit pas de manière linéaire. Moi, je crois que les passerelles existent quand même non pas avec le présent stricto sensu mais avec le passé étant entendu que le réel n’est pas réductible au présent.. En ce sens, je fais miennes de nombreuses réminiscences de l’auteur. Il y a une intemporalité dans ses souvenirs et c’est ce qui leur confère une portée universelle. La mémoire de l’enfance est l’un des vecteurs de  l’intemporalité en question. Qui, parmi les lecteurs de Proust, ne s’y reconnaîtrait pas ?

Lamine Bey Chikhi

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Escale proustienne -2-

Posté par imsat le 3 septembre 2014

Les personnes interrogées dans le cadre du documentaire intitulé Proust, du côté de ses lecteurs (Arte 28 Août), ont dit beaucoup de choses intéressantes. Elles ont  synthétisé pour ainsi dire l’oeuvre de Proust à travers ce qu’elles ont ressenti après avoir lu tel ou tel tome, tel ou tel chapitre de La recherche. Proust donne t-il envie d’écrire ? Un lecteur répond affirmativement à la question tandis qu’une documentaliste, elle aussi éperdument amoureuse de l’auteur, considère qu’il ne nous dit pas: « Faites comme moi, je suis un modèle, écrivez… ». Selon elle, il nous invite plutôt à être à l’écoute, à sentir, à ressentir, à prêter attention à tout ce qui nous entoure, y compris à ce qui apparaît comme l’infiniment petit.  Personnellement, je crois que l’auteur de « Un amour de  Swann » nous suggère indifféremment les deux sentiments, l’envie d’écrire et celle d’être réceptif à ces petits riens susceptibles de générer des instants de bonheur. Les deux sensations ne sont d’ailleurs pas antinomiques. Je livrerai ultérieurement et je l’espère exhaustivement, mon point de vue sur ce qui m’a marqué chez Proust. Pour cet autre lecteur La recherche, c’est une totalité, une religion. Il laisse entendre que, bien qu’il soit athée, il a pu trouver dans la méditation de Proust ce que les religions monothéistes et autres ne lui ont pas apporté. « Proust, j’aime bien le lire dans le taxi; dans ce genre de circonstances, je suis complètement à lui, je ne pense à rien d’autre » déclare un autre inconditionnel de l’auteur, intervenant juste après cette dame d’un âge certain qui reconnaît que La recherche l’a aidé à surmonter bien des épreuves de la vie. J’ai aussi entendu quelqu’un dire  que « A l’ombre des jeunes filles en fleurs » évoquait pour lui la France de façon particulière, une certaine France, la mer, certaines saisons. « Mais, rappelle notre documentaliste, La recherche, ce n’est pas qu’un flot ininterrompu de réminiscences, d’images d’autrefois, c’est aussi une description minutieuse, talentueuse et extrêmement inventive de ce que le regard de l’auteur capte, saisit, restitue, c’est-à-dire finalement tout ». Les réflexions sont abondantes et enrichissantes. « Les souvenirs de Proust sont aussi un peu les nôtres » ou encore ce propos (à mi chemin de la fiction et de la réalité) d’une sixième ou septième  lectrice : « Un jour, j’ai vu une jeune fille très charmante; elle était sur le trottoir d’en face; en la regardant, j’ai très vite songé au texte de Proust; je suis allée vers elle spontanément et je lui ai dit qu’elle ressemblait à un personnage de la Recherche; elle m’a répondu qu’elle aussi aimait Proust et qu’elle s’appelait Oriane et j’ai trouvé que c’était un heureux hasard dans la mesure où c’est aussi le prénom de la Duchesse de Guermantes ».

Lamine Bey Chikhi

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Escale proustienne -1-

Posté par imsat le 2 septembre 2014

« Chez Proust, rien n’est dérisoire, tout est significatif; prendre le petit déjeuner, lire le journal, c’est un processus complexe… ». Je me retrouve complètement dans cette appréciation d’un lecteur passionné par l’auteur d’A La recherche du temps perdu. J’adhère à ce propos de façon inconditionnelle non seulement parce qu’il me plaît mais parce qu’il rend compte d’une posture qui ne m’est pas étrangère. J’y souscris aussi parce qu’il me renvoie l’image de Mà prenant toujours son petit-déjeuner dans le sillage d’un « processus » élaboré, structuré mais dépouillé, exempt de toutes fioritures, discipliné, exigeant en termes de timing, de gestuelle. Chez elle, tout était d’ailleurs comme ça. Je crois bien avoir évoqué nombre de situations dans lesquelles son art de vivre (elle préférait parler de savoir-vivre) se manifestait dans ses diverses variantes faites de subtilité, de délicatesse, d’élégance. Chez Proust, tout est important, chaque chose est censée avoir sa place,  doit avoir sa place. Son regard valorise, enjolive tout ce sur quoi il se pose, met en lumière le rôle du moindre détail dans l’équilibre de la nature, du monde. Eh bien, chez Mà il y avait la même inclination naturelle, le même respect pour ces détails. La complexité dont parle le lecteur de Proust, je la comprends comme une démarche qui consiste à faire en sorte que tout soit correctement positionné et appréhendé. Je la perçois aussi comme l’aptitude à prendre le temps de faire, de réfléchir, de méditer, de jauger ce qui doit l’être.  Mà avait cette capacité. Ici, la complexité c’est également l’inventivité, l’intelligence de faire (souvent beaucoup) à partir de presque rien. Le petit-déjeuner de Mà, même réduit à un café-crème, 2 ou 3 biscuits ou une madeleine, avait fini par m’apparaître comme un moment très particulier pour elle, peut-être le plus important de la journée en termes de méditation, de recentrage intellectuel. Ici, le mot processus prend toute sa signification; c’est une organisation qui se met en place mais où tout est fluide, léger, maîtrisé. C’était le même rituel mais j’avais toujours l’impression qu’elle le réinventait chaque matin. J’y trouvais pour ma part une harmonie voire un élément d’équilibre devenu peu à peu précieux, sans doute même vital.

Lamine Bey Chikhi

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