Nedjma-7-

Posté par imsat le 5 août 2017

« Mythe est Nedjma ! Mythe elle doit rester! » C’est l’une des répliques de Benamar Médiène à son ami Kateb Yacine au cours du long dialogue qu’ils ont eu et que Mediène a magistralement retranscrit dans son excellent essai Kateb Yacine, le coeur entre les dents (Casbah éditions 2007). Ce livre que je relis en ce moment, est formidable parce c’est plus qu’un essai, plus qu’une biographie. C’est une conversation à bâtons rompus, passionnante, captivante, inventive, décomplexée. On y apprend plein de choses sur l’auteur de Nedjma. J’aurais l’occasion d’y revenir. En attendant, c’est l’interpellation sur le mythe qui m’intéresse. Nedjma est-elle un mythe comme le soutient Mediène ? Doit-on et peut-on se contenter de la description délibérément atomisée, fragmentée qu’en fait l’écrivain ou faut-il aller au-delà pour en cerner les tenants et aboutissants et comprendre pourquoi elle incarne plus que ce qu’en dit l’écrivain à Mediène « Nedjma déjà mariée, personne ne l’a approchée sans la perdre. Fleur irrespirable, elle connaissait la force de ses sortilèges, et le goût du citron vert de ses seins levés vers Dieu n’était pas le moindre… » Si Nedjma est un mythe, comment en faire un film ? Elle a existé en chair et en os; en quoi serait-elle un mythe ? Les spécialistes ont certainement des réponses. Moi, j’essaie surtout de réfléchir à ce que donnerait le traitement cinématographique de ce personnage exceptionnel, mystérieux, insaisissable, qui polarise la pensée, les rêves, les fantasmes non seulement des autres personnages du roman mais aussi des lecteurs Et puis, on a souvent dit de Nedjma qu’elle symbolisait en définitive l’Algérie dans toute sa complexité historique, socioculturelle, identitaire. Ce personnage hors du commun mérite un film à sa mesure ou plutôt sur mesure. Une comparaison avec d’autres personnages héroïques interprétés à l’écran serait aléatoire, peut-être même inutile. Pourquoi ? Parce que Nedjma est plus qu’une héroïne. Elle n’est même pas réductible à une femme fatale « De quelle Nedjma s’agit-il ? De Zoulikha Kateb la cousine paternelle de Bône qui, dès les premiers instants de la rencontre, met l’âme de l’adolescent en brasier, ou de celle qui, transmutée en roman éponyme et en buisson ardent poétique, survit, se démultiplie et garde son secret? » S’interrroge Mediène. Dès lors, comment restituer à l’écran cette dualité ou plutôt cette pluralité de personnages en pointant la caméra principalement sur un seul être dont on sait qu’il est central ? Comment filmer cette centralité sachant qu’elle est plus qu’une centralité dans la mesure où le mythe est partout, échappant ainsi à toute catégorisation, à toute fixation ? Faut-il filmer Nedjma et prendre le risque de la banaliser, de la faire descendre de son piédestal ou bien convient-il de faire durer le plaisir en « jouant » avec le mythe qu’elle représente, pour qu’elle demeure inaccessible, intouchable.  « Le cinéma tue les mythes mais il les ressuscite. Et il ne peut les ressusciter que parce qu’il les a d’abord tués. Évidemment, la résurrection est toujours une transfiguration ou un changement de nature » (Abel Gance). Comment, s’agissant de Nedjma, maintenir l’équilibre entre les significations, les représentations, les statuts que lui attribue l’auteur ou qu’il laisse suggérer ? Comment la filmer sans la dénaturer et en laissant intactes les interprétations qu’elle soulève ? Ces questions sont incontournables…

Lamine Bey Chikhi

 

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