Nedjma-9-

Posté par imsat le 20 août 2017

Faire un film sur Nedjma, ne serait-ce pas aussi et en même temps faire un film sur Kateb Yacine ? Je me pose la question pour deux raisons : la première est liée à ce que lui disait son ami Benamar Médiène sur les personnages derrière lesquels se serait caché l’auteur pour parler et faire parler de lui. Lakhdar, Rachid, Mourad, Mustapha représenteraient en réalité un seul et même personnage, ils seraient indivisibles. L’écrivain qui intervient par leur biais comme bon lui semble, devient ainsi omniprésent; ce sont ses porte-voix. La thèse est crédible. La seconde raison tient à la vie même du romancier. Cette vie aventureuse, palpitante, sulfureuse, dynamique, poétique, créative, romantique, pleine de rebondissements, menée tambour battant, est un vrai roman. Je crois que Kateb Yacine est le seul homme de lettres algérien à avoir vécu aussi intensément, aussi pleinement. On ne saurait passer sous silence cet aspect qui permet par ailleurs de mieux comprendre le travail de l’écrivain. Mediène en parle très bien et avec force détails dans son livre. Quant à moi, aurais-je aimé Nedjma si l’auteur n’avait pas eu une vie singulière, dangereuse, lumineuse, risquée ?  Non ! Comment donc filmer Nedjma en y associant son « créateur », en lui aménageant la place qu’il mérite du fait de son parcours exceptionnel ? Mais ne suis-je pas en train de m’écarter de l’idée initiale, de la complexifier inutilement ? Je ne le pense pas. Je crois, au contraire, que cela est possible et même souhaitable. Il y a, certes, le documentaire de Kamel Dahane (Kateb Yacine, l’amour et la révolution, 1988) mais moi, je parle d’un projet de film; ce n’est pas du tout la même chose. Un documentaire, c’est trop près du réel, c’est un ensemble de données, de paroles, d’images brutes qu’on livre sans aucun arrangement ni artifice. Un film, c’est un processus de transformation, de révélation, de re-création, dans lequel fiction et réalité sont mêlées. Si ce que dit Médiène à propos du brouillage des pistes et de l’unicité non pas formelle mais matérielle des personnages de Nedjma est fondé, alors, Kateb aurait pu tout naturellement s’écrier : « Nedjma, c’est moi ! » exactement comme Flaubert l’a dit de Madame Bovary. D’un point de vue littéraire, la comparaison est parfaitement soutenable; elle le serait d’ailleurs également avec Balzac, Maupassant… On serait tout simplement dans le décryptage d’un récit autobiographique considéré comme tel, quels que soient les stratagèmes utilisés dans la narration. Mais sous l’angle cinématographique, c’est une toute autre affaire…J’écris ces mots tout en me rappelant avoir croisé Kateb, un jour (1984 ou 1985) devant la salle des actes du souterrain des facultés, rue Didouhe Mourad. Il était suivi pour ne pas dire escorté par une cohorte d’admirateurs, parmi lesquels Nadjia B, une ancienne camarade de fac. Il parlait, il fumait, et ses accompagnateurs souriants, joyeux, le regardaient et l’écoutaient comme s’il était une star de cinéma…

Lamine Bey Chikhi

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