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Interlude

Posté par imsat le 17 octobre 2017

J’ai intitulé ce texte Interlude non pas faute d’un titre mieux adapté au contenu que je projetais de lui donner mais parce qu’il traduit une hésitation de ma part. Non pas une expectative ou une difficulté de dire mais une tergiversation entre plusieurs tentations. Je viens de lire Les contrebandiers de l’histoire de Rachid Boudjedra, un pamphlet extrêmement virulent contre ceux qui tentent de falsifier l’histoire de l’Algérie, mon pays. J’étais tenté de le commenter parce qu’il m’a beaucoup intéressé, et puis je me suis dit que cela pouvait attendre. Je voulais aussi rebondir sur certains propos de Christine Angot sur l’écriture. Je l’ai entendu dire: « La littérature, ce n’est pas que des mots bien alignés, des phrases bien écrites, le respect scrupuleux de la syntaxe; ce n’est pas qu’un effort esthétique… » ou encore: « On n’écrit pas que pour soi, on doit aussi s’adresser à l’autre…. » Je n’apprécie pas particulièrement cette romancière mais je trouve qu’elle parvient parfois à bousculer les codes littéraires, en tout cas à inciter à une approche directe, franche, cash de l’écriture. Je pensais aussi dire quelques mots de mes dernières conversations croisées. Je dis conversations croisées parce qu’elles présentaient des convergences, des connexités entre elles. Je souhaitais les sortir de la banalité; mon idée, c’était de faire en sorte qu’elles ne tombent pas dans l’oubli. Comment ? Eh bien en tentant de les reconfigurer littérairement. Cela m’aurait intéressé car ce qu’on me disait avait un lien avec un pan de l’histoire patrimoniale de notre famille. Cela avait trait à tout ce qui a impacté cette histoire et dont les « stigmates » perdurent sous d’autres formes. En même temps qu’on me parlait, j’imaginais, je filmais les personnages évoqués, les scènes relatées, j’enregistrais les dialogues. J’avais l’impression d’être dans une sorte de dédoublement intellectuel. Je les écoutais parler, je réagissais de façon rationnelle, j’en étais parfaitement conscient mais dans ma tête, je réécrivais quasi automatiquement ce qu’on me disait. Ils étaient dans le réel, la vraie vie (?), moi aussi, mais je ne pouvais m’empêcher de relier leurs phrases, leurs questionnements à ce que cela pouvait m’apporter en termes de réflexion romanesque. Et puis, je me demandais si le réel signifiait la vraie vie. Je n’en étais pas convaincu. La vraie vie, c’est autre chose. Je me positionnais donc aussi dans l’imaginaire, le rêve, le passé (parce que cela avait en effet beaucoup à voir avec le passé). Par moments, je doutais de ce que je disais à propos de certaines considérations sur la vie de tous les jours. Je m’efforçais de rester rationnel, logique, cohérent, didactique, mais en arrière-plan je projetais autre chose, des images, une façon d’écrire, d’autres conversations, pas nécessairement croisées, un réenchantement de l’échange y compris à partir de propos simples, élémentaires, spontanés… Mais au fond, rien de cela ne me paraissait urgent. Tout cela pouvait attendre, être mis en réserve. En vérité, ma tentation brûlante était ailleurs; elle avait à voir avec l’Algérie et les mille et une manières de l’aimer. Le projet de texte était dans ma tête depuis longtemps. J’en avais esquissé les grandes lignes, mais ça évoluait tous les jours, plutôt dans le sens d’une révolte intérieure, totale, systématique, mais une révolte maîtrisée, argumentée, imparable, inattaquable, me semblait-il. Ce que j’envisageais de dire devait s’apparenter d’abord et davantage à un coup de gueule plutôt qu’à un coup de coeur, tout en sachant que les deux pouvaient d’ailleurs se rejoindre, et peut-être s’expliquer, se valider mutuellement. Oui, mais peut-on tout dire quand on écrit ? Je me pose la question précisément par rapport à l’Algérie. Si je disais que ma façon d’aimer l’Algérie est la plus honnête, la plus vraie, la plus équilibrée, la plus sincère, la plus en phase avec les valeurs morales, ce serait une prétention démesurée, folle, absurde, bizarre. Une telle posture serait indéfendable…

Lamine Bey Chikhi

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