Bribes d’histoire -16-

Posté par imsat le 8 janvier 2019

J’ouvre une parenthèse qui n’a, a priori, qu’un rapport indirect avec les objectifs de ma démarche. Il s’agit de la réaction de deux de mes proches à l’annonce du cessez-le-feu en mars 1962, prélude à l’indépendance de l’Algérie. La première concerne Ghania. Elle m’en a parlé récemment à la faveur d’une conversation que nous avons eue au sujet de la crise migratoire et des bouleversements ou plutôt des mutations qui font que nombre d’algériens, toutes catégories sociales confondues, continuent d’émigrer notamment en France. Elle m’a dit se souvenir parfaitement de la question qui lui vint à l’esprit alors qu’une de ses camarades françaises, étudiante comme elle, dans la même école de commerce à Cannes, venait de lui annoncer, avec une joie non dissimulée, l’imminence de l’indépendance algérienne. « Que vais-je devenir, à présent ? » se demanda Ghania. « A ce moment-là, il n’y avait dans ma tête que cette interrogation qui exprimait une appréhension, une anxiété par rapport aux perspectives » me dit-elle. Sur le coup, j’ai trouvé cette posture normale, presque banale, en tout cas extrêmement intéressante parce que je l’ai immédiatement confrontée au présent. Peut-être n’était-elle pas intellectuellement recevable, compréhensible, justifiée dans son contexte initial. Mais lorsqu’elle me l’a relatée, nous étions dans la réalité d’aujourd’hui, pas dans celle des années 61-62. Et je l’ai trouvée intéressante aussi parce qu’elle était totalement aux antipodes de l’attitude de cousine Z par rapport au même événement. Cousine Z était fonctionnaire à la Préfecture de Batna. Sa collègue de bureau, une française, s’était mise à pleurer en apprenant la nouvelle; elle était triste, malheureuse et particulièrement contrariée autant par cette information que par la placidité et le bonheur tranquille de cousine Z qui avait même enfoncé le clou pour ainsi dire, en précisant à son interlocutrice que l’indépendance était de toute manière inéluctable, que c’était juste une question de temps, qu’il fallait à présent se faire une raison et prendre les choses comme elles venaient. Ces réactions antinomiques de mes deux cousines et de leurs camarades françaises, confrontées les unes aux autres, interagissant les unes avec les autres, m’ont tout de suite paru constituer des éléments à décrypter dans le processus de compréhension de certaines étapes de l’évolution de l’histoire familiale et peut-être aussi, par ricochet, celle du pays.

Lamine Bey Chikhi

Post-scriptum: A Cannes, on proposa à Ghania de faire du cinéma. Mais elle déclina l’offre car elle était là-bas exclusivement pour faire des études de commerce.

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