Bribes d’histoire -18 -

Posté par imsat le 22 janvier 2019

Il y a des témoignages qui captent immédiatement et durablement l’attention soit par la façon dont ils sont restitués soit parce que leur interprétation est non linéaire, ouverte, élastique. Et le cadre spatio temporel de ce à quoi ils se rapportent vient en accentuer l’importance, la portée, la singularité. C’est exactement ce que j’ai pensé quand, successivement et chacun à sa manière, mes cousins Majid et Saadi et cousine Z m’ont raconté ce qu’ils savaient des obsèques de Chikhi Ahmed, le 11 janvier 1956. Chikhi Ahmed était le fils aîné de jeddi Said le frère aîné de mon arrière-grand père jeddi Ali. Il mourut à l’âge de 61 ans. Je synthétise les propos de mes interlocuteurs: Une foule extrêmement nombreuse avait assisté à son enterrement, au cimetière d’Azrou Kolal (Ain El Hammam, ex Michelet). Des gens étaient venus de toute la Kabylie et de la région d’Alger. Ain El Hammam et ses alentours étaient complètement embouteillés, noirs de monde. Les témoins qui en avaient parlé à l’époque, ont tous dit que c’était impressionnant non seulement du fait du nombre considérable de personnes présentes aux funérailles et sur l’ensemble de l’itinéraire menant au cimetière d’Azrou, mais aussi parce que cet après-midi là, il y avait comme une trêve dans les affrontements entre l’armée française et les combattants de l’ALN. Ce silence des armes avait marqué les esprits: pas de tirs sporadiques comme on avait l’habitude d’entendre ni de survol de la région par les hélicoptères. Un silence inhabituel, absolu, durable. Quel temps faisait-il ? Quelle était la couleur du ciel ? Faisait-il froid ? Pleuvait-il ? Je n’ai pas posé ces questions à mes interlocuteurs. Je sais qu’elles ne sont pas importantes, que ce sont des points de détail auxquels on ne songe pas ou sur lesquels en général, on ne s’appesantit pas. Ces interrogations étaient quand même dans ma tête. Au surplus et de façon presque mécanique, surtout en écoutant Saadi narrer l’événement, je me suis imaginé un ciel un peu couvert avec des éclaircies. J’ai associé le silence évoqué à un bel automne, un automne apaisant. Ce n’est pas de la fiction, c’est une sensation, une image, en tout cas une volonté de percevoir les choses ainsi. Peut-être même, ce 11 janvier 1956 était-il effectivement ensoleillé… Selon Madjid, le colonel Amirouche avait assisté incognito à l’enterrement; cousine Z me l’a confirmé. La présence d’Amirouche donnait une dimension particulière, au-delà des obsèques, à la personnalité, au statut de Chikhi Ahmed, à l’estime dont il jouissait dans toute la Kabylie, mais pas seulement. Dans la famille, on savait ce que cela signifiait. Et aujourd’hui, on en sait un peu plus parce que l’on a pris le temps de la décantation…
Lamine Bey Chikhi

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