Bribes d’histoire -33-

Posté par imsat le 3 août 2019

Pourquoi la question de l’appréciation de la langue française est, pour moi, éminemment subjective, personnelle ? Parce que ses soubassements ne renvoient pas qu’à une histoire nationale. Ils ont aussi une dimension familiale indéniable, consistante elle-même connectée à une histoire plus globale. Beida a été la première enseignante algérienne de français au Lycée Ben Boulaid de Batna dont il faut préciser que c’était un établissement mixte. Elle y a dispensé ses cours au début des années 60, préférant reporter de quelques années l’entame de ses études supérieures, à la demande des responsables du secteur. Elle y donnait également des cours de latin. En classe de cinquième, outre les leçons de grammaire qu’elle nous donnait et divers textes qu’elle nous demandait de résumer, elle nous faisait lire notamment des extraits du Malade imaginaire, de l’Avare et d’autres oeuvres. En interprétant les personnages de Molière, il arrivait aux élèves que nous étions de rire sous cape; c’était nouveau pour nous mais nous étions ravis de goûter ne fut-ce que de façon rudimentaire aux délices du théâtre classique. Un autre souvenir découle de cet épisode, celui de PA, ex camarade de classe à l’école Jules Ferry, qui venait prendre des cours de latin à la maison une fois par semaine, avant de quitter définitivement Batna pour la France. J’avais bien tenté moi aussi de m’intéresser au latin mais j’ai très vite décroché. En rappelant cela, je voulais en profiter pour souligner que Beida a contribué au niveau qui était le sien, c’est-à-dire dans l’enseignement secondaire, à la transition post-indépendance, non seulement à Batna mais également au lycée Frantz Fanon à Alger. Je saisis cette occasion pour indiquer que notre cousine maternelle Fadila professa les mathématiques au lycée de Batna à la même période. Nombre d’anciens élèves du lycée n’ont pas manqué de le rappeler et de leur rendre hommage sur internet. Mais la transition post indépendance, mon oncle Brahim y a, lui aussi, participé en enseignant les mathématiques au CEG de la route de Biskra jusqu’à la fin des années 60. Quant à ma cousine Malika, elle était déjà institutrice à l’école Jules Ferry avant l’indépendance et y a poursuivi sa mission au delà de 1962. La langue française « butin de guerre » était ainsi positivement exploitée au profit du pays. Cette démarche était d’autant plus pertinente qu’elle s’engageait à un moment crucial de l’histoire de l’Algérie, à savoir l’indépendance nationale et, dans son sillage, les nombreux défis à relever, à commencer par l’éducation nationale et la nécessité absolue de pallier le départ des cadres français, en dépit de la rareté des ressources humaines disponibles. Les premiers coopérants français commencèrent à arriver à Batna à partir de 1965-1966. Toutes ces données ont une portée historique fondamentale même si je les restitue modestement et de façon parcellaire. Il est donc évident que je ne pouvais disserter sur mon rapport au français sans évoquer ces réalités qui allaient d’ailleurs consolider progressivement et durablement mon intérêt pour cette langue.

Lamine Bey Chikhi

2 Réponses à “Bribes d’histoire -33-”

  1. Chikhi Ferid Chikhi dit :

    Peut être préciser que cela ne nous a pas empêché d’étudier avant et après l’indépendance les langues et les lettres étrangères …

  2. imsat dit :

    Je projetais de le faire ultérieurement en aérant la réflexion vers d’autres aspects liés aux langues et cultures.

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