Bribes d’histoire -55 -

Posté par imsat le 30 avril 2021

« Avouer qu’on s’était trompé, c’est rendre le plus éclatant hommage à la perspicacité de son esprit. » (Gaston Bachelard)

Je m’interroge à nouveau sur ce qui s’est dit et qui se dit encore dans le sillage du rapport Stora au niveau officiel et dans les médias. J’entends parler de souhait d’apaisement, de réconciliation entre la France et l’Algérie, entre les peuples algérien et français. J’ai lu quelque part qu’il ne fallait pas s’inquiéter outre mesure de l’aspect souvent chaotique de la relation entre les deux pays, que c’était même normal dans la mesure où cela constituait une variante du « je t’aime, moi non plus » qui a toujours caractérisé cette relation.

Tout récemment et en dépit des déclarations polémiques et jugées plutôt agressives du ministre du Travail algérien sur « la France ennemi traditionnel et éternel de l’Algérie », et du ministre de la Communication, Porte-parole du gouvernement mettant en garde l’ambassadeur de France à Alger contre toute ingérence dans les affaires intérieures algériennes, le Président Macron n’en a pas moins souligné que, même si elle rencontrait encore quelques résistances en Algérie, la réconciliation souhaitée par ses soins et par son homologue algérien, Abdelmadjid Tebboune, était largement partagée. Pourtant, sur les réseaux sociaux, les échanges sont virulents, acerbes et sans concession entre partisans et adversaires d’une reconciliation entre l’Algérie et la France, entre francophones et arabophones, entre conservateurs et démocrates.

En toíle de fond de cette guerre électronique, il y a bien sûr le Hirak et l’OPA dont il a fait l’objet depuis février dernier de la part du mouvement islamiste Rachad et marginalement des séparatistes du MAK (Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie). Mais il n’y a pas que cela. J’ai aussi entendu certains évoquer une « communauté de destin » entre l’Algérie et la France !!!  Au même moment, d’autres, au contraire, soutenaient mordicus l’option d’une rupture graduelle mais définitive du cordon ombilical entre les deux pays…

Qu’est-ce que cela signifie ?

Qu’espèrent les algériens au-delà des indemnisations auxquelles la France doit procéder en réparation des dommages occasionnés par les essais nucléaires à Reggane, au-delà aussi de la restitution potentielle des archives et d’une éventuelle qualification officielle de la colonisation comme un crime contre l’humanité ?

Est-ce sérieux de songer à une communauté de destin entre les deux pays alors que tout s’y oppose, la culture, la religion, les lourds contentieux de l’histoire, les aspirations sociétales, sans oublier les positions systématiquement anti algériennes de l’extrême droite française ?

Il est vrai que dans certains milieux algériens (en Algérie et au sein de la diaspora), on n’entrevoit les perspectives algériennes que sous le seul prisme d’une relation spécifique, préférentielle avec la France. On avance moult arguments économiques, historiques, culturels, géographiques, etc, à l’appui de cette approche et on balaie d’un revers de main toutes autres alternatives au caractère exclusif de cette relation.

L’Algérie serait-elle dans l’incapacité d’envisager une rupture épistémologique dans ses projections à l’international, non seulement à partir d’une lecture sereine, innovante, audacieuse de son histoire, mais aussi à la lumière d’une analyse objective, sincère et réaliste des relations actuelles avec la France, des objectifs et du rôle de la France au sein de l’Union européenne et de tout ce qui serait de nature à entretenir des faux semblants, des illusions ?

Comment ne pas songer à une rupture paradigmatique dans notre nécessaire refondation de la relation avec la France quand on observe que, des deux côtés de la Méditerranée, on en est encore à instrumentaliser la question des visas et à introduire périodiquement dans sa gestion, des critères aggravant la discrimination déjà manifeste entre diverses catégories d’algériens ? Il y a en l’espèce un marchandage extrêmement détestable, malsain et pour tout dire politiquement et moralement inadmissible.

Un décryptage honnête, exhaustif et critique de la thématique des visas permettrait d’ailleurs à lui seul de mettre à nu la superficialité, la fausseté et la duplicité de la relation Algérie-France. Les autres volets de la coopération sont tout aussi critiquables parce que largement sujets à caution et pas du tout en phase avec les exigences liées à la réconciliation évoquée.

En définitive, tout ou presque est erroné dans notre perception et notre traitement de la relation Algérie-France. Pourquoi ne pas le reconnaìtre ?

Lamine Bey Chikhi

 

 

 

 

 

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