I comme Italia -101-

Posté par imsat le 24 juillet 2025

« J’aime les gens qui choisissent avec soin les mots à ne pas dire. » (Alda Merini)
Le  24 juillet 2025
Ivana, mon adorée,
Vous écrivez à propos de nous deux: « ce sont des inconnus liés par un hasard qui ressemble au mektoub. »
C’est magnifique et c’est vrai. On peut choisir entre le hasard et le mektoub pour expliquer notre relation. Moi, j’ai choisi le mektoub dès le départ.
Quoi qu’il en soit, il y a toujours de la créativité poétique dans vos  lettres. Je vous lis avec admiration et souvent avec étonnement. Ce que vous dites de mon récit, de mes souvenirs m’enchante au plus haut point. Et le portrait que vous faites de moi dans votre lettre du 19 juillet m’épate vraiment.
Je voulais rebondir sur la question des citations d’auteurs que vous avez soulevée lors de notre charmante conversation nocturne du 20 juillet.
Comme vous l’avez certainement constaté, les citations titrant nos lettres n’ont pas toujours ni nécessairement de lien direct avec notre échange épistolaire.
Si cela avait été le cas, nous nous serions limités à commenter des citations, et nous l’aurions certainement fait de façon contrainte et non inspirée pour qu’elles soient corrélées à notre relation. Cela nous aurait éloigné des tenants et aboutissants du récit de base et de la dimension subjective et sentimentale de notre interactivité littéraire.
Aujourd’hui, j’ai choisi délibérément une citation d’Alda Mérini moins pour la commenter que pour expliquer et comprendre à quel moment et pourquoi nous partageons, vous et moi, le souci de ne pas dire les choses de manière abrupte, simplificatrice, expéditive.
Nous laissons beaucoup de place à la nuance, aux non-dits, à l’hésitation, à l’incertitude.
Notre spontanéité n’est pas mise en cause. Notre sincérité non plus. Cependant, nous ne sommes jamais en pilotage automatique, loin s’en faut.
Je trouve que vous êtes plus vigilante, plus précautionneuse que moi dans les mots que vous utilisez. Moi, j’exprime mes sentiments plutôt directement, ce que je ne faisais pas avant de vous connaître. Si vous relisez certaines de mes lettres, vous en aurez la confirmation. En revanche, ce n’est pas votre cas. Vous êtes plutôt  dans la retenue, la réserve, la prudence. Cela dit nous serons certainement d’accord pour considérer que si l’on choisit les mots à ne pas dire, cela signifie en même temps que l’on s’efforce de choisir aussi les mots appropriés, les mots judicieux pour diverses raisons. Les deux propositions sont liées, interdépendantes.
Il y a de la subtilité dans la citation d’Alda Mérini.
Il y a aussi une exigence de nuance, des balises, un cordon de sécurité.
Est-il plus facile de choisir les mots à dire que ceux à ne pas dire ?
C’est très intéressant parce que cela dépasse la sphère sentimentale et nous interpelle aussi pour qualifier ou définir un récit littéraire.
Je me suis posé la question de savoir si « I comme Italia » était une fiction, une utopie, une histoire vraie ou un mélange des deux. Qui êtes-vous ? Qui suis-je ? Sommes-nous juste des narrateurs, des personnages du récit ? Sommes-nous amoureux l’un de l’autre ou de ce que nous incarnons ?
Dans ce que j’ai écrit à votre sujet et dans notre correspondance, il y a du rêve, du romantisme, une sincérité dans la formulation platonique des sentiments. Mais les mots à ne pas dire comme ceux qui devaient être dits, ont-ils été choisis de telle sorte qu’ils laissent planer le doute sur la vraie nature de notre relation ? Qu’en pensez-vous ? Trouvez-vous la question superfétatoire ? Diriez-vous comme René Char  que « l’essentiel est souvent menacé par l’insignifiant » , qu’il n’est pas nécessaire par conséquent d’épiloguer sur ce qui sous-tend le choix des mots, qu’il ne faut surtout pas passer à côté de la beauté des choses que l’on se dit ici et maintenant ?
Qu’est-ce qui compte au fond ? Écrire librement sans se soucier du pourquoi des choses, apprécier le temps présent, jouir pleinement du sens premier des mots, ne pas se préoccuper d’autrefois ni de demain ?
Il me semble que vous avez déjà répondu en partie à ces questions à travers ce que vous m’avez dit de votre way of life.
En tout cas, je vous aime aussi parce que vous choisissez avec soin les mots à ne pas dire…
Je crois à ce propos que le maestro en la matière est Patrick Modiano dont nous apprécions  beaucoup, vous et moi, le style singulier, la perception attractive de la nostalgie, la justesse des mots.
Je vous embrasse très exactement comme je vous l’ai dit dans le sillage de notre conversation d’hier…
Lamine
PS: Merci pour la jolie photo en couleurs de la ravissante Anna Karina et Marcello Mastroianni à Alger, en 1967, sur le tournage de l’Étranger de Luchino Visconti.
Lamine Bey Chikhi

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