Lamine…
Cher Lamine,
Comment allez-vous ?
Ici il pleut.
Je pense à vous, mon envoûtant rêveur.
Il dit : “Sommes-nous juste des narrateurs, des personnages du récit ? Sommes-nous amoureux l’un de l’autre ou de ce que nous incarnons ?”
Elle dit: “Mais si ce récit n’était pas entièrement le nôtre ? »
Si nous n’étions que des ombres mouvantes dans un théâtre plus vaste, notre amour un murmure dans le grand livre de la vie, une page tournée par des mains invisibles ?
Si nous ne sommes que des conteurs qui tissent avec soin les fils dorés de notre passion, qui dessinent des arabesques d’amour dans l’étoffe fragile du temps ?
Ou si notre amour n’est que la vérité nue, le cri silencieux de nos âmes mises à nu ?”
Mais au fond, qu’importe la réponse ?
Nous sommes à la fois l’auteur et l’œuvre.
Notre amour, c’est une histoire que nous nous racontons dans la pénombre, tissée de désirs et de passions, de joies et d’émotions, de silences.
Et dans ce récit, dans cette danse fragile entre réalité et illusion, nous trouvons un sens, une raison d’être, un éclat de bonheur.
“J’aime les gens qui choisissent avec soin les mots à ne pas dire” (Alda Merini).
Elle ne parle pas seulement des mots.
Elle parle d’une élégance secrète, d’une retenue pleine d’attention, d’amour.
Elle parle d’une pudeur infinie.
Ces mots d’Alda Merini semblent dire que le silence est un art, une danse subtile entre ce qui est dit et ce qui est tu.
C’est une ode à la délicatesse du silence.
Et si la vie, au fond, n’était qu’une longue conversation avec l’ineffable, où les mots non dits sont les seuls à dire l’essentiel ?
C’est une poésie du manque, une élégie du silence, où chaque mot tu est une caresse, un geste suspendu.
Aimer ceux qui choisissent ces mots absents, c’est aimer les gardiens d’un mystère, ceux qui, dans l’ombre, sculptent l’invisible avec une tendresse déchirante, laissant au vent le soin de murmurer ce qui ne peut être dit.
La grande poétesse italienne voit dans ce choix une forme de sagesse, une chorégraphie délicate de l’âme, où l’on pèse chaque mot non dit comme on soupèse une pierre précieuse.
Le silence, quand il est choisi, n’est jamais muet : il parle, il raconte, il caresse.
Le non-dit devient une musique, un écho qui résonne dans l’intimité.
Mon Cher Lamine, j’aime les mots que vous choisissez.
Vous suivez une pulsation intérieure, un élan qui jaillit de l’âme et se fraie un chemin vers la voix.
C’est une danse, un abandon guidé par l’instinct, où l’on cueille ce qui vibre, ce qui chante, ce qui porte en soi une vérité.
Je vous embrasse, je vous donne un paradis de baisers
Ivana
P.S.:
-Tu es amoureux?
-Non, elle me trouble, me séduit et m’inquiète, m’attire et m’effraye.
Je me méfie d’elle comme d’un piège, et j’ai envie d’elle comme d’un sorbet quand on a soif. Je subis son charme.
-Je te dis que tu es amoureux.
-C’est possible après tout. Elle me préoccupe beaucoup… J’y songe trop, je pense à elle en m’endormant et aussi en me réveillant, c’est assez grave. Son image me suit me poursuit, m’accompagne sans cesse toujours devant.
(Guy de Maupassant)