Bribes d’histoire -67-

Posté par imsat le 30 avril 2022

« J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles, intangibles, intouchés et presque intouchables, immuables, enracinés ; des lieux qui seraient des références, des points de départ, des sources »
Cette citation de Georges Pérec est magnifique. Je la fais mienne dans le fond et dans la forme. Je me l’approprie complètement. Elle est parfaite. Tout en elle me convient, les mots, leur alignement, l’ordre dans lequel ils sont formulés, le fait que cinq d’entre eux commencent par la lettre I, leur signification profonde, l’harmonie de leur interconnexité.
Les lieux semblables à ceux évoqués par l’auteur sont dans ma tête, il y en a à profusion et ils renvoient tous, sans exception, au passé. Ils ont donc existé, je les ai côtoyés, observés, appréciés des années durant. Ces lieux m’ont séduit, subjugué, étonné, donné à réfléchir. Ils ont pour la plupart disparu physiquement, victimes de décisions publiques stupides, irréfléchies, inconscientes.
Ils ne sont plus dans le paysage mais ils restent vivants dans ma mémoire, mes souvenirs.
La mémoire, c’est ce qui permet l’immobilité, la stabilité, l’intouchabilité énoncées par Georges Pérec.
C’est la seule alternative à la casse, la démolition, la néantisation mises en œuvre presque quotidiennement par des innommables. Je les appelle ainsi. Ils n’ont pas de nom. Je ne peux les appeler autrement.
Certes, l’option du souvenir n’est pas parfaite, loin s’en faut.
Mais elle permet de sauver l’essentiel et d’échapper à une amnésie qui serait psychologiquement extrêmement dommageable.
J’ai déjà eu à citer, via une décennie de fragments d’histoire, nombre de lieux que je croyais définitivement intouchables en dépit du délabrement que certains d’entre-eux ont subi.
Je pouvais plus ou moins supporter l’usure du temps sur des bâtisses parce que j’espérais qu’elles seraient rénovées un jour. Mais je ne pouvais imaginer ni admettre leur démolition, leur saccage, qui plus est par les pouvoirs publics ou avec leur complicité.

 Lamine Bey Chikhi

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Bribes d’histoire -66-

Posté par imsat le 31 mars 2022

« On se souvient d’une atmosphère parce que des jeunes filles y ont souri » (Marcel Proust)
A travers ces quelques mots que je trouve percutants, exquis et évocateurs, l’auteur d’A la Recherche du temps perdu, bonifie et aère tout en les renforçant l’assise et l’ossature du processus nostalgique, élargissant ainsi davantage le champ de la mémoire.
La citation est belle et fondée. Surtout pour ceux qui aiment se souvenir.
Quand je l’ai découverte, j’ai immédiatement songé à une ambiance printanière, bigarrée, à des parfums de femmes, des éclats de rire, des rires francs et conviviaux, à une certaine élégance dans les postures, dans la façon de converser.
Cette ambiance n’est pas une vue de l’esprit, une fiction ou une image vague et floue, pas forcément personnelle d’ailleurs.
Certes, des décantations sont nécessaires entre le réel et la fiction. Le cinéma, par exemple, peut interférer et interfère effectivement dans la remémoration.
Quand je dis Le cinéma, pour moi c’est très précis, je pense à quelques films, à quelques actrices: Romy Schneider dans Les Choses de la vie, Claudia Cardinale dans Le Guépard, Sophia Loren dans Une Journée particulière ou encore Anna Karina dans L’Etranger.
Les recoupements entre le réel et la fiction sont plaisants. Se souvenir d’un sourire de Romy Schneider, c’est aussi trouver des ressemblances avec des évocations similaires personnelles. Le sourire comme élément déclencheur d’une atmosphère passée, c’est fabuleux parce que sans limite dans le temps et dans l’espace. L’émergence de tels souvenirs est-elle sélective ? Je crois qu’il y a un tri tantôt délibéré, volontaire tantôt inconscient. Ce qui est sûr, c’est qu’en même temps que je « visualise » certaines séquences de mes films de prédilection, se déroulent devant moi des rencontres d’autrefois dont je trouve qu’elles correspondaient parfaitement à la citation de Proust et à ce que, selon moi, l’écrivain ressentait profondément en la formulant.
Lamine Bey Chikhi

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Bribes d’histoire -65-

Posté par imsat le 28 février 2022

On dit de certains auteurs qu’ils écrivent toujours le même roman. On pourrait aussi dire que leur style est constant, ce qui ne veut pas dire linéaire, de même que leurs tournures de phrases. Leurs citations sont retentissantes, saisissantes et suscitent une adhésion généralement immédiate, collective voire quasi universelle. C’est également le cas de nombre d’artistes (cinéastes, acteurs, actrices, photographes, peintres…) Si je devais illuster ce à quoi je songe précisément, je le ferais en rapportant les citations suivantes que je fais naturellement miennes :

« Pourquoi certaines choses du passé surgissent-elles avec une précision photographique? »(Patrick Modiano).

 » La simplicité est la sophistication suprême » (Léonard De Vinci)

 » Mon indépendance qui est ma force, induit ma solitude, qui est ma faiblesse » (Pier Paolo Pasolini)

Ces citations n’ont pas de lien entre elles. Elles ne sont pas rivales, concurrrentes ou antagonistes. Elles sont différentes dans leur signification et leur portée. Les trois sont percutantes, belles, attractives. Je ne saurais préférer l’une au détriment de l’autre. Je leur accorde la même importance intellectuelle. Ce sont des aphorismes qui confortent, crédibilisent le statut de leurs auteurs. Je cite Pasolini parce que j’ai toujours apprécié son travail et ses postures atypiques mais également parce que j’aime beaucoup le cinéma à la fois comme divertissement et incitation au questionnement. J’aurais aimé entamer une réflexion autour de ce qui pourrait constituer une sorte de hiérarchie des arts et des lettres, un classement au regard de leur discours, de leur impact littéraire, esthétique, poétique voire politique. Cette thématique m’intéresse de plus en plus d’autant que les données disponibles sur internet permettraient d’en découvrir les multiples facettes et d’en approfonfir l’exploration. Littérature, cinéma, peinture, photographie, tout cela est lié. Je ne le dis pas seulement pour des raisons objectives évidentes. Je le pense aussi pour des considérations subjectives, personnelles, connectées à un parcours historique. A Batna, entre 1964 et 1967, j’allais au cinéma au moins trois fois par semaine, en soirée. Tantôt seul tantôt avec S. Azzedine. Nous avions failli rater notre brevet et abandonner carrément les études à cause de notre fréquentation assidue des salles obscures. Très vite, j’ai aimé l’adaptation cinématographique des grandes oeuvres littéraires (Guerre et paix, Anna Karénine, L’Etranger, Le Rouge et le Noir, Le Guépard…). Ce prolongement, cette jonction  cinématographique de romans exceptionnels me paraissait magique. J’étais toujours heureux par anticipation à l’idée de pouvoir suivre la transposition à l’écran d’un recit littéraire que j’avais lu et qui m’avait marqué. Les langage artistiques ou littéraires ont leurs propres spécificités que j’apprécie comme telles, mais leur interaction, leurs synergies permettent de jouir davantage des plaisirs qu’ils procurent. La photographie n’est pas en reste. J’entretiens avec cet art un lien particulier qui renvoie à l’histoire, aux premiers albums de famille que je consultais fréquemment et toujours avec le même émerveillement, la même curiosité, le même étonnement. Je ne m’en lassais pas. Pour tout dire, j’aurais tellement aimé faire de la mise en scène, de la street photography ou encore écrire des scénarios, peut-être les trois en même temps…

Lamine Bey Chikhi

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Bribes d’histoire-64-

Posté par imsat le 31 janvier 2022

Je cherchais des feuilles blanches. Je suis tombé sur une feuille pliée en deux sur laquelle j’avais écrit : « Réflexions sur le Coronavirus, 23 mars 2020″ C’était une liste de thèmes divers et variés, et a priori sans lien direct entre eux. Avaient-ils une connexité avec la pandémie. A ce moment-là, je ne le croyais pas. il me semble avoir noté les sujets ou les constats en question, peut-être en pensant confusément que le Covid n’avait pas surgi ex nihilo, n’était pas dissocié du désordre planétaire, des injustices mondiales, des conflits armés, du dérèglement climatique, etc. J’avais aligné des mots: « Mondialisation, interdépendance, individualisme, ultra libéralisme, guerres néocoloniales, déstabilisation-destruction d’une partie du monde arabe, consumérisme sans limite, crise spirituelle, démographie, déplacements de populations, folie des réseaux sociaux, fake news, mimétisme intellectuel, rien ne sera comme avant… » Et au verso de la feuille, j’avais énoncé d’autres mots, des éléments pour une « feuille de route » : « Nécessité de rentrer en soi-même, se recentrer sur autre chose, s’interroger, échelle des valeurs, chacun à sa place, assumer les conséquences de ses choix, restauration de l’autorité de l’Etat, Etat stratège… » J’avais également écrit quelques phrases elles aussi sans lien avec le reste. Je les restitue exactement comme je les ai retrouvées. « Ecrire, oui, mais écrire quoi ? Ecrire, chercher, trouver toujours quelque chose à écrire, quelle que soit la situation. Ecrire, c’est réfléchir, et c’est toujours utile. Il y a dix jours ou un peu plus, j’ai cru apercevoir HI. En fait, c’était elle, elle était sur le point de prendre un taxi, juste devant l’immeuble Le Mauretania. Il était 15 heures, il faisait beau. Elle portait un manteau marron-clair, un pantalon beige. On ne s’était jamais rencontrés. oui, c’était bien elle, j’en étais absolument sûr. Juste avant de traverser la rue, je l’ai regardée, elle m’a regardé. Et tout en la regardant, je pensais à la séquence finale du film Le Petit Lieutenant. Une scène magnifique dans laquelle on voit Nathalie Baye marcher lentement sur la plage, plongée dans une immense tristesse ou plutôt une méditation intérieure. Elle vient d’abattre l’assassin du Petit lieutenant. Mission accomplie. Elle fixe la caméra, elle nous regarde, un regard qui semble s’éterniser, profond, poignant et dont on ne veut pas se détacher. Eh bien, c’est cette impression de profondeur que j’avais ressentie en avançant en direction de HI. Je marchais en songeant à cette scène et surtout en m’imaginant interpréter un rôle sous un double regard, le sien et celui d’un metteur en scène imaginaire. Profondeur du regard mais aussi sensation du temps suspendu, d’une néantisation de l’environnement. Je jouais une scène mais j’étais conscient que cela faisait partie du réel. Et puis, tout en allant vers elle, je me disais que cette « rencontre » ou plutôt cette quasi rencontre avec HI mériterait d’être écrite parce qu’elle illustre assez bien ce que j’ai souvent pensé des convergences entre l’écriture, le cinéma, l’imaginaire, le hasard,  le réel…

Lamine Bey Chikhi

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Bribes d’histoire -63-

Posté par imsat le 29 décembre 2021

Avec le recul, bien des choses d’autrefois me paraissent ineffables, extraordinaires à tous points de vue. Quand je dis autrefois, je pense à des années, à des périodes spécifiques, référentielles. Les choses en question renvoient à des visions existentielles, des approches humaines, des postures, des conversations, des modes de communication, le tout impliquant certaines personnes exceptionnelles. Aujourd’hui encore, je suis émerveillé lorsque je me remémore l’époque considérée. Mon admiration n’a rien à voir avec le contexte historique. Ce à quoi je songe est indépendant de l’histoire, de la grande histoire. En ce sens, je soutiens que les êtres dont le tempérament, l’éducation, les valeurs morales m’ont marqué, transcendaient l’histoire. En tout cas, c’est ce qui émerge de plus en plus de mes souvenirs cardinaux. Naturellement, cela ne concerne pas de la même façon les membres de ma famille (paternelle et maternelle s’entend). Il y avait des personnages centraux (hommes et femmes) et ils étaient centraux d’abord au regard de leurs valeurs éthiques, de l’attention qu’ils accordaient aux êtres et aux choses. Ils étaient même, d’une certaine façon, charismatiques. Ils imposaient le respect par leur sagesse, la mesure de leurs propos, leur délicatesse systématique. Il y avait de la noblesse dans leur appréciation de la vie, dans leurs rapports aux autres. C’est toujours et d’abord le mot convivialité qui me vient à l’esprit quand je pense à eux. Mais leur convivialité n’était pas feinte, calculée, fictive. Elle était naturelle, spontanée et expurgée de tout ce qui risquait de la fausser, de la frelater. C’était une convivialité épurée, raffinée, détendue, égale à elle-même. Il n’y avait rien d’artificiel dans leur comportement. Et c’est tout cela que je percevais et que je qualifierais aujourd’hui de quintessence du savoir-vivre. En écrivant ces lignes, je pense en particulier à une conversation entre ma mère et sa tante maternelle Khalti Zlikha qui habitait alors rue du Casino. C’était une après-midi printanière. Je dégustais de délicieuses halwette Ettork en les écoutant parler. J’observais déjà qu’elles prenaient le temps de parler, de s’appesantir sur des choses simples, qu’elles prenaient la parole opportunément. L’échange était fluide, détendu, souriant. Il y avait une grande déférence dans leur façon de se regarder, de s’apprécier. Je les regardais, je les écoutais, et je sentais aussi que tout était harmonieux, équilibré, synchrone. Je me réfère précisément et délibérément à cette conversation pour illustrer ce que je pense vraiment des qualités supérieures des êtres que j’ai eu le privilège de côtoyer. Qualités que je ne retrouve pas du tout chez les gens d’aujourd’hui devenus intéressés, matérialistes, outrageusement pragmatiques, incapables de se défaire des scénarios utilitaires et de toutes sortes d’anticipations qui empêchent d’apprécier pleinement, librement, sereinement le moment présent. C’est un peu pour toutes ces raisons que je suis d’accord avec Nina Bouraoui lorsqu’elle écrit : « Tout se défait, tout se sépare, et je ne sais pas si l’on retrouve un jour les choses que l’on a perdues. »

Lamine Bey Chikhi

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Bribes d’histoire -62-

Posté par imsat le 1 décembre 2021

J’ai l’impression que le traitement critique des relations entre l’Algérie et la France ne sort pas des sentiers battus ni du ressassement.

Des deux côtés de la Méditerranée, on reconduit les mêmes raisonnements, les mêmes arguments pour expliquer pourquoi les rapports entre les deux pays se détériorent fréquemment et ce qu’il convient de changer pour que les choses s’améliorent. En réalité, on continue de tourner en rond.

Je me suis demandé si l’absence de sincérité n’était pas à l’origine de l’évolution en dents de scie des rapports en question et des crises cycliques qui affectent les liens entre les deux pays. Quand je parle de sincérité, je pense naturellement au positionnement des uns et des autres par rapport à leurs intérêts respectifs. Et cette dimension est intéressante parce qu’elle concerne autant les intérêts des Etats que ceux de leurs peuples, donc des citoyens des deux pays.

Je considère que, dès lors que des intérêts matériels, économiques, financiers et culturels interfèrent dans l’appréciation de l’histoire commune à l’Algérie et la France, eh bien tout est faussé d’autant plus que l’on passe sous silence une partie considérable de ces intérêts. Autrement dit, les motivations et les arrières-pensées identitaires, catégorielles, corporatistes, groupusculaires et individuelles semblent transcender ou primer ce que l’on appelle communément les intérêts supérieurs du pays.

Là aussi, on s’évertue à expliquer pourquoi il en est ainsi et pourquoi il ne pourrait en être autrement.

Quand on essaie, par exemple, de vanter les avantages d’un rapprochement stratégique de l’Algérie avec des pays comme la Turquie ou d’un renforcement du partenariat avec la Chine et la Russie, on obtient des réactions mitigées, frileuses, fondées sur des arguments qui, recoupés d’une façon cohérente, renvoient tous directement ou indirectement, à des motivations subjectives et à une sorte de lien considéré à tort ou à raison comme préférentiel, indissociable avec la France, en dépit de tout.

Il y a beaucoup d’opacité dans cette posture, et peut-être aussi de la mauvaise foi. En définitive, où est la vérité et qui dit la vérité ?

Je n’ai pas de réponse précise à ces interrogations. Je me contenterais juste de reprendre à mon compte cette citation de Gao Xingjian, prix nobel de littérature en 2000 : « La sincérité mène à l’exactitude »

Lamine Bey Chikhi

 

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Bribes d’histoire -61-

Posté par imsat le 31 octobre 2021

Je m’étais promis de rapporter ce qu’elle me disait de la France, de la relation Algérie-France. Je devais le faire au lendemain des propos extrêmement violents, tendancieux et polémiques d’Emmanuel Macron sur le système politico-militaire algérien, mais surtout au regard des interrogations impertinentes, scandaleuses, et des doutes du président français sur l’existence d’une nation algérienne avant la colonisation. Je ne l’ai pas fait parce que je ne trouvais pas la traduction exacte en français de ce qu’elle me disait par moments en arabe du rapport systématiquement conflictuel et finalement exécrable entre l’Algérie et la France. N’étant pas vraiment bilingue, je devais solliciter l’aide de mon entourage mais ça ne s’est pas fait. De toute manière, ce n’était pas une urgence. J’avais tout mémorisé, et pour moi c’était l’essentiel. Je me souviens parfaitement des mots qu’elle utilisait pour qualifier cette situation, C’est comme si elle les avait prononcés hier. Je n’ai pas envie de les restituer de façon erronée ou partielle ni de déformer sa pensée. Je ne parviens donc toujours pas à les transcrire en français de façon satisfaisante. En fait, elle formulait en trois phrases ce qu’elle pensait des problématiques algéro-françaises. Elle me les répétait ponctuellement, en fonction de ce que je lui disais de certaines questions culturelles, littéraires ou historiques. C’était le cas quand je lui parlais par exemple de Proust, de son oeuvre monumentale,  de son mode de vie, de ses fabuleuses réminiscences ou encore de Jean D’ormesson, de sa convivialité, de son optimisme, de l’impression qu’il donnait de parler comme s’il écrivait. Elle le faisait aussi lorsque j’essayais de lui expliquer le substrat des déclarations de Jean Marie Le Pen sur l’immigration alors qu’il était encore président du Front National. Elle réagissait également quand j’évoquais les motivations des algériens candidats à l’exil non pas pour la Grande Bretagne, la Belgique ou l’Espagne mais principalement pour la France…

Lamine Bey Chikhi

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Bribes d’histoire -60-

Posté par imsat le 19 septembre 2021

Je lui ai dit plein de choses suite au décès de l’un de ses proches, emporté par le Covid le mois dernier. Mais je crois en avoir trop dit. J’aurais peut-être dû le faire progressivement.
Chacun, au fond, gère son deuil comme il l’entend, comme il le sent. Mon propos tournait autour de ce que les disparus pourraient avoir laissé de retentissant, de mémorable, de singulier. Je ne pensais pas spécialement à des aspects matériels, des entreprises ou des initiatives remarquables. Non, il s’agissait plutôt de considérations philosophiques, d’aspirations ou d’ambitions, d’esquisses de projets, le tout accompagné ou ponctué de phrases ou d’interrogations susceptibles de retenir l’attention, de s’incruster durablement dans la mémoire. Ce sont des paroles, des manières de communiquer, de converser; des recommandations dont la portée morale et philosophique demeure intacte et que le temps n’efface pas. Cette intemporalité n’est pas le privilège de certains écrivains et artistes ou de certains hommes d’Etat, elle s’applique aussi à des personnes a priori ordinaires mais dont le raisonnement et les préconisations leur confère un vrai charisme, et les positionne au carrefour de plusieurs cultures.
C’est l’une des raisons pour lesquelles, les personnes en question sont inoubliables, et leurs citations et autres aphorismes toujours d’actualité.
C’est ce que je souhaitais dire à l’occasion du 11 ème anniversaire du décès, le 19 septembre 2010, de ma chère mère Fatima Zohra.
Allah yerhamha. Paix à son âme.
Lamine Bey Chikhi
 

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Bribes d’histoire -59-

Posté par imsat le 31 août 2021

« Il y a des êtres qui justifient le monde, qui aident à vivre par leur seule présence » (Albert Camus)

Que sont-elles devenues, celles que je croisais régulièrement à certains endroits, souvent les mêmes ?

Je continue d’emprunter les mêmes itinéraires tandis qu’elles les ont désertés depuis un peu plus de dix ans. Elles ont dû quitter l’Algérie. Je privilégie cette hypothèse même si je n’en exclus pas d’autres (maladie, disparition…)

Leur absence ne me laisse pas indifférent. Il y a de la nostalgie dans les souvenirs que j’ai conservés de nos « rencontres » mais il y a aussi des éléments explicatifs de certains aspects de l’histoire de l’Algérie, je pense au temps long de l’histoire.

Cette référence à l’histoire ne concerne pas de la même façon tous ceux, et ils sont des millions, qui ont choisi de quitter l’Algérie ces soixante dernières années.

Les personnes (rarissimes) auxquelles je songe ont un statut particulier, une place singulière dans mes souvenirs. Leur départ a été progressif, discret, serein. A présent, leur absence m’interpelle. Mais cette interpellation est d’abord subjective, elle relève de l’émotion.. Je n’avais jamais envisagé leur départ. Ce n’était pas dans ma tête.

J’ai fini par m’en apercevoir alors que je procédais à une sorte d’inventaire de ce qui a bouleversé la ville. L’inventaire n’était pas que physique, architectural ou géographique. Il ne concernait pas seulement le remplacement des enseignes de boutiques et de l’activité commerciale de la plupart des magasins. Non, il portait aussi sur les gens qui géraient et animaient désormais ces activités. Il impliquait surtout ce qui avait régressé dans la ville. Et cette régression, je la percevais dans sa globalité comme un ensemble d’impressions, de contrariétés, de plein de choses disparues à jamais comme des noms de rues, des salles de cinéma, des senteurs, des façons d’être, de s’habiller, des accoutrements, des intonations de voix, un savoir-vivre, une élégance, un style…

C’est ainsi que je me suis remémoré les personnes que je croisais souvent aux mêmes endroits et avec lesquelles j’échangeais des regards bienveillants, complices, souriants, des non-dits qui disaient des choses. Aujourd’hui, j’ai une pensée particulière pour elles notamment parce qu’elles paraissaient avoir avec moi des convergences implicites ou tacites, à la fois intellectuelles, culturelles et historiques.

Elles ne sont plus là, je ne les vois plus. Que sont-elles devenues ? Les reverrais-je un jour ?

Lamine Bey Chikhi

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Bribes d’histoire -58-

Posté par imsat le 31 juillet 2021

Je recours souvent aux mots de ma mère pour comprendre ou expliquer des postures individuelles, des conjonctures sociopolitiques, des faits historiques.
Mais je le fais aussi pour me rassurer, calmer certaines de mes colères ou révoltes intérieures, relativiser les choses, prendre du recul.
Je pense aux mots de ma mère pour me mettre, parfois par nécessité, au-dessus de la mêlée, et néantiser la sidération ou l’exaspération que pourraient susciter chez moi certaines scènes de rue, des commentaires tendancieux, des comportements individuels insensés, des manifestations populaires excessives et sans lendemain, des décisions politiques absurdes.
Les mots en question ont tous un lien avec la patience, la relativisation, la pondération, la nuance, l’espérance, la diplomatie..
Elle ne prononçait pas le mot diplomatie, elle lui préférait celui de Siyassa (politique) auquel j’ai déjà consacré un chapitre.
Le mot Siyassa revenait souvent dans nos discussions. Il précédait ou ponctuait nombre de ses recommandations y compris les plus ordinaires d’entre-elles. Au fond, tout son vocabulaire renvoyait à des notions d’apaisement, de réflexion, de discernement, à des questionnements aussi, mais des questionnements détendus et qui n’étaient pas porteurs de préoccupations. Pour comprendre la complexité du monde, de la vie, on peut s’en remettre à la philosophie, à la littérature, aux grand auteurs. Mais, on peut aussi se référer à l’héritage lexical, sémantique et analytique de certains proches.
Lamine Bey Chikhi

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