L’impérieuse reprise de contact avec l’Organisation

Posté par imsat le 26 novembre 2022

L’impérieuse reprise de contact avec l’Organisation

Mohammed Larbi Chikhi dit Babi

Aussitôt libéré du camp de Vadnay dans la Marne après une détention qui a duré d’août 1958 à janvier 1960, il fallait absolument que je renoue sans tarder avec l’organisation. Je pris attache avec Belbachir, mon successeur à la tête de la région. C’est lui qui me fit savoir que le responsable de la zone, Alian Si H’mimi m’attendait à la sortie du métro Playel le 17 janvier 1960, à partir de 10 heures, un journal à la main gauche. Bien plus tard que dix heures, le voilà à son tour émergeant de la bouche du métro. Je le suivis d’abord à distance puis le rattrapai, nous fîmes quelques pas ensemble, il me questionna sur ma situation, me recommanda de quitter définitivement le secteur de St Ouen, et me remit une enveloppe contenant de l’argent pour me permettre de tenir, en attendant ma prochaine affectation, qui ne va pas tarder. Il insista pour que je fasse très attention, la police à cette époque était très active.

Quelques jours plus tard, il me fit savoir que mon prochain contact était prévu Porte d’Orléans, Bd Jourdan, sur le même trottoir que l’hôpital universitaire, et que la personne que je devais rencontrer me connaissait parfaitement.

Le jour J je me suis donc déplacé, comme convenu, porte d’Orléans. A la sortie du métro, j’ai acheté  la première édition du Monde avant de m’installer à l’intérieur de la brasserie qui faisait l’angle du boulevard. J’étais arrivé longtemps à l’avance, il faisait un froid de canard, je n’étais pas encore chaudement habillé, j’ai commandé un café et décidé de rester au chaud en attendant mon contact qui devait arriver d’un moment à l’autre.

Au bout d’un long moment, le voilà qui descend d’un bus, et je m’aperçois que c’est Ait Abdeslem Ramdane dit Casquette. Comme à notre habitude, je le suivis longtemps avant de l’aborder, sécurité oblige, m’assurant qu’il n’était pas suivi. Je presse le pas pour le rattraper. Les retrouvailles sont chaleureuses.

Casquette n’avait pas du tout changé physiquement, je lui trouvais une certaine ressemblance avec l’acteur Jacques Palance, maigre comme un balai, le visage émacié, le regard direct. Quand il parlait, on avait l’impression qu’il était en colère. Nous continuons de marcher tout le long du boulevard Jourdan, nous nous arrêtons pour siroter un café. En peu de mots, il m’expliqua ma mission, me mit en garde contre les harkis qui venaient de s’installer dans le 13è arrondissement. Je lui fis part de ma situation financière. Il en prit bonne note mais avant de nous quitter, il partagea une bonne partie de sa permanence avec moi.

Rencontres et retrouvailles salutaires

Au lieu d’aller vers la Place d’Italie, j’ai préféré remonter le Bd Jourdan dans le sens inverse en changeant simplement de trottoir ; à nouveau je longeais  le mur  de la cité internationale universitaire, un magnifique bâtiment, de la pelouse partout, je suis resté émerveillé devant la propreté des lieux.

Sans me douter un seul instant que le hasard et la rencontre avec un égyptien copte, étudiant à la Sorbonne, vont me permettre d’élire domicile à la fondation allemande toute proche de la porte principale. Cette planque va me permettre, et ce sera souvent le cas, d’héberger un de  nos responsables, Si Ahmed, surtout au moment où il doit rédiger  son rapport.

La chambrée était dotée d’une douche, et autres commodités minimales Pour les repas, notre bienfaiteur nous procurait des tickets pour le self-service qui fonctionnait à merveille. Il fallait se mettre au milieu de la file des étudiants pour ne pas avoir à montrer la carte d’étudiant. Notre bienfaiteur, qui nous accompagnait au début, s’était arrangé pour nous faire connaitre des surveillants. Bien sûr, nous évitâmes d’exagérer de cette facilité. Je regagnais cette tanière souvent très tôt pour ne pas risquer de faire de mauvaises rencontres le soir. Un peu plus tard, mes cousins Ali et Salem, des techniciens de Shell, me proposèrent de venir vivre avec eux dans le 17ème arrondissement (rue Léon Joste) pas loin de la Place des Ternes. C’est ce que je fis mais pas pour longtemps puisque grâce à eux et à leur entregent dans le milieu pétrolier, ils me trouvèrent un emploi dans le XII arrondissement avec un studio au-dessus de la station-service.

Le soutien appréciable de C.Barnnu

Le gérant de cette station, Christian Barnnu, était un ancien rapatrié de Tunisie suite à l’affaire de Bizerte. (Pour rappel, le président Bourguiba avait décidé de reprendre la souveraineté de la Tunisie sur la base de Bizerte; la France, comme à son habitude, a utilisé la force militaire présente en Tunisie pour se maintenir. Les  éléments de l’ALN présents à ce moment-là en Tunisie donnèrent un coup de main aux militaires Tunisiens)

Barnnu s’avèrera lui aussi être une bonne recrue pour nous; sa station servira de point de chute pour camoufler les véhicules de l’organisation, pour déposer les fonds et permettre souvent aux frères recherchés de trouver un gite pour la nuit avant d’embarquer pour l’Allemagne, le Maroc ou la Tunisie devenus incontournables dans le quartier du Faubourg St Antoine, Ledru Rollin.

Les marchands de meubles me connaissaient tous, je prenais soin de leurs véhicules qu’ils bichonnaient plus que leur maitresse. Mais cette notoriété commençait à me porter préjudice. Des éléments du groupe de choc armé, de la région du XII arrondissement qui ne dépendait pas de notre secteur, se sont fait interpeller par deux motards en maraude sur le Bd St Antoine. La réaction de ses éléments a été rapide; au lieu de présenter leurs papiers d’identité, ils ont tiré sur les policiers, l’un s’effondra, l’autre réagira à son tour puis a blessé mortellement un de nos éléments.

Le quartier généralement bien calme était devenu dangereux, il fallait que j’évacue une fois de plus les lieux. Mais pendant mon séjour, je ralliais rapidement le quartier Latin où je continuais à activer à l’aise. Nos intellectuels aimaient bien déambuler le long du Bd St Michel dans les deux sens à la rencontre de nouveaux visages ou encore d’informations sur les évènements du bled. Certains se retrouvaient au 126 Bd St Michel ex siège de l’Ugema, mais aussi au restaurant universitaire des étudiants Algériens très surveillé par la police. Les sorties ne se faisaient jamais individuellement, il fallait toujours sortir par groupe pour permettre aux permanents du FLN présents à l’occasion, de transmettre des directives ou pour différents contacts à prendre, de s’en aller et de se fondre dans la masse.

Ce quartier va connaître un peu plus de notoriété et cela grâce à la grande manifestation du 17 octobre 1961 que le FLN décida d’organiser. Cette action qui suscitera l’intérêt grandissant des médias internationaux apparaîtra aussi d’une certaine manière comme le prélude aux évènements de mai 1968 qui vont ébranler les institutions de la 5ème République et précipiter le départ du général de Gaulle du pouvoir.

 

ML Chikhi dit Babi

 

 

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25 août 1958 et 17 octobre 1961

Posté par imsat le 28 octobre 2022

Une fructueuse résonance internationale

 Mohamed Larbi CHIKHI dit Babi

Pour rester dans le sillage des années 55/56, évènements qui ont porté la lutte de libération au paroxysme de la guerre et son non-retour, les 25 août 1958 et 17 octobre 1961 vont constituer à leur tour des dates extrêmement importantes dans l’évolution de la conduite du combat libérateur.

Et elles le sont à plus d’un titre.

D’abord, elles marquent l’extension territoriale, stratégique et politique de la lutte de libération nationale.

En effet le combat devait absolument se propager sur le territoire de la France métropolitaine pour que son impact à l’international soit plus significatif.

Ensuite, il fallait faire en sorte que cela coïncide avec la chute de la 4ème République et le retour de De Gaulle au pouvoir dans le sillage duquel est née la 5ème République.

Il fallait par conséquent faire passer un message clair à De Gaulle et à la nouvelle direction politique française sur l’inéluctabilité de la poursuite de la guerre de libération nationale jusqu’à la victoire finale.

Enfin, s’agissant des manifestations du 17 octobre 1961, on ne dira jamais assez qu’elles ont largement contribué à hâter la fin de la guerre tout en prouvant l’engagement plein et entier de la Fédération de France du FLN, de ses cadres et militants, de ses sympathisants dans la lutte pour l’indépendance du pays.

Cette connexité stratégique n’a pas été le fruit du hasard, elle n’a pas surgi ex nihilo. Elle a été mûrement réfléchie par la direction du FLN dans le cadre global des conditions à consolider pour la poursuite et l’intensification de la guerre de libération.

Il fallait faire bouger les lignes à l’international. Voilà pourquoi les événements en question ont été marquants et ont influé sur le processus visant la fin de la guerre d’Algérie dans un contexte politique international favorable et propice à la décolonisation.

Concernant précisément le contexte international, il était en effet favorable à notre cause, et nous étions conscients, au sein de la Fédération, du fait que l’action armée, l’engagement sur le terrain militaire étaient devenus incontournables pour globaliser le dossier algérien et faire entendre la voix de l’Algérie combattante par tous les moyens disponibles.

La décolonisation devait désormais prendre forme sur tous les terrains (diplomatique, politique, militaire…) pour bien montrer que le mouvement y afférent était total et qu’il ne tolérait ni atermoiements ni recul.

Et aussi bien l’impulsion que l’initiative du processus devait revenir tout légitimement au colonisé qui affichait sa volonté de se libérer de ses « complexes » quant à l’utilisation des armes contre le colonisateur.

Il devenait donc absolument nécessaire de relever le défi sur le territoire même du colonisateur, en présence de son peuple qui, lui, assiste, médusé, à la manifestation de tant de courage et de bravoure de la part de nos commandos face à leurs ennemis malgré l’inégalité des moyens.

Les attaques de nos forces un 25 Août 1958 viennent également rappeler que la guerre ne fait que commencer sur un autre terrain, celui de l’épreuve de force, de l’affrontement direct sur un territoire que beaucoup croyaient sanctuarisé et inattaquable. 85 de nos éléments sont tombés en martyrs dans différentes attaques menées plusieurs jours durant contre des sites et objectifs stratégiques à travers le territoire français.

Cette offensive à caractère militaire mérite non seulement d’être mise en évidence et commémorée chaque année au titre du devoir de mémoire, mais elle gagnerait aussi et surtout à être traitée par nos historiens et universitaires.

Il s’agit d’expliquer avec force détails pourquoi et comment la jonction des stratégies internes et externes du FLN devait s’effectuer et donner lieu à des actions de type militaire.

Il était important de montrer de la détermination dans le processus de dissémination de la lutte de libération nationale, et de prouver concrètement que le discours politique et diplomatique du FLN se traduisait systématiquement sur le terrain de la lutte armée, y compris dans l’Hexagone.

Quant aux manifestations du mois d’octobre 1961, sous la direction du FLN, elles offrent encore une autre lecture a insérer dans le contexte de la lutte que nous menions déjà vers la lutte finale.

Étant entendu que les forces nationales et internationales avaient choisi leur camp, et que la bête était terrassée, vaincue par nos militants qui ont accepté de sortir ce soir du 17 octobre 1961 les mains nues, bravant le préfet Maurice Papon et la répression qu’il a ordonnée. Ce fut sa dernière erreur,

Le fleuve où il croyait pouvoir dissimuler sa perfidie, continue à briser le silence en rappelant aux uns et aux autres « qu’ici on noie les Algériens » et qu’au Vel d’Hiv, en 1958, la rafle des Algériens a laissé les traces indélébiles des méthodes nazies, contre les juifs en juillet 1942. Les supplétifs de l’époque vont exercer les mêmes méthodes contre les Algériens au même endroit et partout où ils se trouvent.

 

 M.L CHIKHI, ancien détenu et permanent de la Fédération de France du FLN  (1957-1962)

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Manifestations du 17 octobre 1961: Une préparation minutieuse

Posté par imsat le 16 octobre 2022

Manifestations du 17 octobre 1961
Mohamed Larbi Chikhi dit Babi
En réponse au Préfet de Paris, Maurice Papon,  qui avait instauré le couvre-feu pour les « Français musulmans » à partir de 20h, la décision fut prise par les responsables de la Fédération de France du FLN d’organiser une manifestation à Paris après accord du GPRA.
C’était évidemment facile à dire, mais la perspective de sa concrétisation sur le terrain paraissait un peu compliquée.

Nos militants et sympathisants, pour la plupart ouvriers, sortis de leur quartier, étaient en effet perdus, ils ne connaissaient en général qu’une seule ligne de métro ou un trajet en autobus qu’ils empruntaient régulièrement pour aller travailler et rentrer le soir.

Aussi, leur demander de prendre le métro et de changer de station et d’itinéraire, n’était a priori pas possible.  En tout cas, c’était compliqué et risqué.

Quand ils s’aventuraient dans d’autres quartiers, ils s’arrangeaient pour se faire guider par quelqu’un qui connaissait l’itinéraire. C’était le cas pour aller à Barbès ou souvent aux Puces, Porte de Clignancourt ou d’autres quartiers où résidaient des membres de leur famille.

Un travail considérable en amont des manifestations  

Commence alors pour nous un travail de préparation et de sensibilisation des différents responsables qui vont encadrer cette manifestation.

La police est sur les dents, elle multiplie les rafles, les perquisitions, les arrestations. Les cadres de la fédération FLN sont détenus pendant plusieurs semaines au Centre de Vincennes puis libérés au bout de quelques jours pour la majorité d’entre-eux.

Malgré les risques encourus, il fallait à tout prix expliquer le Ba-Ba de cette manifestation et surtout la garder secrète. Nos cadres se déployèrent dans les quartiers de la wilaya 1 qui regroupait les 13è 14è 15è et 5è arrondissements.

Le point de ralliement et l’itinéraire de la manifestation (Gare du Luxembourg comme point de départ de la manifestation-Boulevard St Michel-Pont St Michel et continuation jusqu’à la préfecture de Police) furent gardés secrets jusqu’à la dernière minute.

Les consignes sur l’absolue nécessité d’entourer les préparatifs de la manifestation d’une discrétion sans faille furent scrupuleusement respectées à tous les niveaux de l’organisation. Le succés de la manifestation en dépendait largement. Nous en étions tous conscients.

Le matin du 17 octobre, rendez-vous est pris avec le comité du groupe intellectuel au café le Départ, rue Gay Lussac.

La contribution des fonctionnaires « Français musulmans »

Notre force de frappe pour la journée reposait sur les fonctionnaires « Français musulmans », des différentes administrations françaises.

Ces fonctionnaires étaient structurés dans le groupe intellectuel avoisinant plus de 150 cadres. Il fallait à tout prix veiller à rapporter des informations précises et utiles et s’assurer en particulier que les services de police n’avaient pas vent de la manifestation.

Jusqu’à 19 h, rien n’avait filtré. Le pari était gagné.

Libérés de cette mission, nos gars regagnent leurs domiciles. (Les cadres n’ont pas le droit de manifester pour ne pas destructurer l’organisation en cas d’arrestation)

Avant de m’éclipser à mon tour de la réunion, j’ai décidé de descendre le Boulevard St Michel jusqu’au croisement du Bd St Germain des Près.

En face de moi, les premières vagues impressionnantes libérées par la bouche du métro St Michel pressent le pas pour arriver à la gare du Luxembourg, point de départ de la manifestation.

A ce moment précis, un panier à salade descend vers la préfecture de Police, effectue une manœuvre sur place pour rejoindre à nouveau le commissariat du Panthéon et donner l’alerte.

Moi-même, j’ai dû battre en retraite et emprunter la rue Champolion, avant de déboucher sur la place de la Sorbonne où j’attendis que la manifestation démarre pour me permettre de rallier la gare du Luxembourg, aux alentours de 21 h.

La rame de métro était à l’arrêt, en attente des instructions sans doute. Ce fut la dernière. Plusieurs autres cadres se trouvaient dans le même wagon, je fus le seul à descendre à Sceaux. Nous avions eu de la chance.

Les jours d’après, nous nous sommes consacré avec d’autres cadres à recenser les dommages occasionnés à l’organisation par la répression qu’a déclenchée Maurice Papon contre nous.

Une répression féroce

A aucun moment, nous n’avions imaginé le nombre élevé d’arrestations ni hélas celui très important des disparus.

En ce qui concerne le nombre de morts, nous n’avions à ce moment-là aucune information précise. Le communiqué du Ministère de l’Intérieur annonce 3 morts.

Il fallait attendre que le fleuve (La Seine) nous rende les corps et que des enquêtes soient diligentées auprès de l’institut médico légal pour nous rendre compte de l’incommensurable catastrophe, un véritable génocide.

Les nombreux blessés étaient transportés par des bénévoles vers les hôpitaux ou des endroits sûrs, ce qui a permis d’éviter les liquidations physiques sur place.

Un rapport détaillé fut rédigé par le chef de Aamala (super zonal), Mohamed Ghafir dit Moh Clichy, rapport d’ailleurs repris par nombre d’historiens étrangers qui ont relaté cette répression aveugle, sanglante et complètement disproportionnée par rapport aux enjeux ; d’autant qu’a cette date les jeux étaient faits, nous étions à cinq mois du cessez-le-feu.

La répression à laquelle va se livrer le Préfet de Police, couvert, faut-il le rappeler, par le Premier Ministre Michel Debré et le ministre de l’Intérieur Roger Frey, dépasse en horreurs tout entendement humain.

Les informations des médias français avaient commencé par relativiser l’ampleur de la manifestation, alors que le cœur de Paris était occupé de même que les grands Boulevards – Place de l’Opéra – Place de la Concorde –vers Matignon – Pont de Neuilly etc…

L’histoire retiendra que cette répression a fait des milliers de blessés et entre 200 et 300 morts parmi les manifestants algériens, tel que rapporté par l’historien Jean Luc Einaudi dans son livre La Bataille de Paris : 17 octobre 1961, consacré à l’évènement, après plusieurs années d’enquêtes acharnées. Ces chiffres sont attestés depuis, par la plupart des autres historiens sérieux qui ont travaillé sur la guerre d’Algérie.

Mais des deux côtés, il ne fallait pas lâcher la pression.  L’OAS inquiétait au plus haut point le gouvernement français qui savait que cette organisation jouait sa dernière carte.

Ouvrir les archives et éclaircir les crimes de la police de Paris

Je ne vais pas refaire l’histoire des manifestations du 17 octobre. Tout ou presque a été dit, écrit et filmé sur cet événement historique qui a ébranlé les fondements de la République Française.

Il n’y a plus rien de fondamental à ajouter, hormis au sujet des archives à ouvrir et qui doivent également apporter des éclaircissements absolument incontournables et essentiels sur les crimes commis de sang-froid par la police de Paris dans la cour de la préfecture de police et lors de l’incursion dans les appartements du préfet Papon, comme rapporté déjà par la presse française de l’époque.

Longtemps après les manifestations, les partis politiques de gauche et les syndicats organisèrent une manifestation de solidarité avec le peuple Algérien et pour la paix immédiate, au cours de laquelle sont morts huit manifestants à la station de Métro Filles du Calvaire, massacrés par les gardes mobiles.

Leurs obsèques donnèrent lieu à d’autres manifestations impressionnantes, cette fois de citoyens français. De fait, en cette année 1961 et à quelques encablures du cessez-le-feu, nous venions de procéder à l’enterrement de la politique et des stratégies françaises sur l’Algérie. Nous mettions ainsi fin aux rêves que cultivaient les partis politiques français partisans de l’Algérie française.

Mohamed Larbi CHIKHI dit Babi

Permanent de la Fédération de France du FLN

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Août 1958…L’autre Vél d’Hiv

Posté par imsat le 24 septembre 2022

Lettre ouverte à monsieur Emmanuel Macron

Président de la République Française

Monsieur le Président, la commémoration des 80 ans de la rafle du Vél’d’hiv et l’hommage que vous avez rendu aux victimes juives forcent le respect.

Un tel « fardeau » pèse de tout le poids de la mémoire de chacune des victimes raflées et écrasées par la barbarie nazie jusqu’au dernier souffle de leur vie.

Vous avez prononcé des mots forts sous forme de promesses : « nous continuerons de la rappeler contre l’oubli, nous continuerons de l’enseigner contre l’ignorance, nous continuerons de la pleurer contre l’indifférence, nous continuerons d’en sonder les racines profondes et les ramifications nouvelles contre les résurgences du mal et nous nous battrons, je vous le promets, chaque petit matin car la France s’écrit par un combat de résistance et de justice qui ne s’éteint jamais».

Ces mots ont réveillé en moi le souvenir de ma propre détention. Oui, j’avais 18 ans quand je fus enfermé ainsi que des milliers de mes compatriotes, pendant des semaines, dans ce maudit lieu où résonnaient encore les cris des femmes et des enfants juifs avant leur déportation vers les camps d’extermination dans des wagons à bestiaux.

Le 25 août 1958, le FLN décide de déclencher des opérations commandos sur des cibles essentiellement stratégiques et militaires en métropole avec pour objectifs : desserrer l’étau sur les maquis en Algérie, diminuer la pression sur les populations, faire bouger les lignes sur le plan international et éveiller les consciences en métropole.

Surprise par les actions commandos et le retentissement international qu’a eu la destruction des installations pétrolières de Mourepiane, de la Cartoucherie de Vincennes, des Commissariats de police et de la base navale de Toulon, la police française va laisser libre court à sa violence et à sa haine du «bougnoule».

Ordre fut donné de rafler les Algériens à la sortie des métros, à la descente des bus, sur les boulevards, dans les foyers, dans les usines, dans les cafés…

Pendant des jours et des nuits nous fûmes entassés sur la piste du Vélodrome d’Hiver. Cette détention fut évidemment des plus pénibles. Le toit en verre sous le soleil d’août rendait l’air suffocant et le sol aussi chaud que le magma du Vésuve. Pas d’ombre où s’abriter, des jours à dormir à même le sol et à manger debout. Les sanitaires étaient pris d’assaut.

A force de suppliques et de cris, les gardes mobiles ont fini par ouvrir le toit une fois par jour pour nous permettre de respirer, et des espaces nous furent libérés par l’allégement du dispositif de surveillance.

Parmi nos compatriotes raflés, se trouvaient des fonctionnaires « français musulmans » qui furent vite libérés, ce qui leurs permit d’alerter l’opinion publique sur nos conditions de détention. Des familles ont commencé à affluer devant le Vél’d’hiv, créant attroupements et nuisances.

Certaines apportaient des vêtements, des médicaments, des biscuits ou autre nourriture.

Ces familles avaient été dirigées vers ce lieu par les commissariats de leurs quartiers. Des inspecteurs de police venus, munis de leurs fichiers, pour séparer le bon grain de l’ivraie, n’ont rien pu faire dans ce chaos.

Les élus locaux firent pression pour éviter au quartier un autre drame, la rafle de juillet 42 était encore fraîche dans les mémoires. Dans ce quartier habitaient aussi des juifs déportés.

Quelques jours plus tard, commencèrent alors les premiers convois d’expulsés vers l’Algérie, où ils furent internés dans des camps, pour la plupart jusqu’à l’indépendance.Quant à moi, je faisais partie d’un autre groupe. Nous eûmes droit, d’abord dans une première étape au gymnase de Jappy, pour nous voir signifier par des fonctionnaires du ministère de l’Intérieur notre inculpation et la décision de nous incarcérer dans des camps militaires érigés spécialement pour cette opération, les prisons étant pleines.

Ainsi le 3 octobre 1958 à 10 h du matin, après des semaines d’une vie de chien, nous voilà donc transférés vers les camps du Larzac (Aveyron), de Thol (l’Ain), de Saint Maurice L’Ardoise (le Gard) et, pour ce qui me concerne, de Vadnay (La Marne).

Nous étions menottés trois par trois, reliés aux poignets de deux policiers.

Une fois dans le car, les policiers attachèrent les menottes à des mains courantes spécialement aménagées à l’intérieur du car. Ce trajet fut interminable avec un seul arrêt dans une caserne pour arriver tard dans la nuit à Vadnay.

Monsieur le Président « je vous écris du Vel d’hiv, de la faim, de l’attente et de la pagaille, des maladies, de tout l’enfer déshumanisant du confinement»[1] pour vous demander non pas un geste de repentance mais un acte de responsabilité, un geste fort pour rappeler que des milliers d’Algériens, personnes âgées, adolescents, humbles ouvriers, fonctionnaires sont également passés par ce lieu.La destruction du Vél’d’hiv en 1959 n’y changera rien, l’histoire de ce sinistre endroit nous appartient autant qu’à tous ceux qui y ont souffert.

Et parce que le vent du silence est partout le même, au nom des Raflés d’août 1958 victimes de l’arbitraire, au nom du devoir de mémoire, au nom du chantier colossal qui s’ouvre devant les historiens algériens et français pour établir les faits, je vous demande de rendre accessibles toutes les archives de la préfecture de police de Paris dirigée à l’époque par… Maurice Papon.

Mohamed Larbi CHIKHI dit Babi, ancien détenu et permanent de la Fédération de France du FLN

(1)Karen Taieb, Je vous écris du Vél’d’hiv. Les lettres retrouvées, Paris Robert Laffont, 2011.

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Bribes d’histoire -73-

Posté par imsat le 23 septembre 2022

L’histoire avec un grand H n’existe pas en soi, elle ne se construit pas ex nihilo. J’ai déjà eu à dire que l’histoire était un tout, une totalité hétérogène et qu’on pouvait l’appréhender de diverses manières, notamment par le biais de parcours individuels, d’histoires familiales, de récits fragmentés. Même quand, dans telle ou telle évocation nostalgique, je ne me suis pas référé directement à l’histoire (la grande histoire), je me suis toujours efforcé de baliser ma narration par des dates, le rappel de l’époque considérée, des éléments de contextualisation. L’histoire est une globalité qui transcende l’individu mais elle ne s’explique pas sans la micro-histoire, cet ensemble de destins individuels eux-mêmes interconnectés pour fonder, par exemple, une histoire familiale, levier potentiel d’une approche événementielle plus large. Je déroule cette réflexion en pensant naturellement à mes parents, à ma famille et plus généralement à l’histoire des Chikhi, en particulier dans son « volet » batnéen. Ce que j’en ai dit est évidemment dérisoire par rapport à la réalité, à son impact. Cette histoire a d’abord mis en exergue quelques individualités autour desquelles sont venus se polariser, s’agréger des aspirations collectives, et, en tout cas, des éléments psychologiques et socio culturels qui ont forgé une conviction commune, une conscience familiale comme on dirait une conscience collective. Qu’est-ce que cela représente à l’échelle du temps ? Autre question fondamentale: Ne suis-je pas dans une subjectivité totale en écrivant ce que j’écris, et peut-être aussi dans une vision tronquée du réel ? La question sur le rapport au temps, à la durée est toute relative. Je la soulève à ma façon mais on pourrait aussi la poser différemment. Et puis, tout dépend de l’angle sous lequel on l’appréhende (matériel, culturel, intellectuel, historique…). En vérité, mon idée première ne devait pas porter sur ces aspects; je voulais d’abord revenir sur ce qui a ralenti, entravé avant de le freiner complètement et de le marginaliser (ce verbe est-il adéquat ?) le rayonnement local et régional de la famille Chikhi, et, a contrario, sur ce qui aurait pu consolider, amplifier une expansion patrimoniale, socio culturelle, commerciale qui s’est quand même étalée sur près d’un siècle. Est-ce une affaire de cycle, autrement dit un processus qui n’avait pas vocation à s’éterniser ? Peut-être, mais en même temps toutes les hypothèses sont permises. La disparition dans les années 60 de certains membres de la famille, personnalités marquantes, charismatiques, influentes, explique t-elle en partie le début de la fin du cycle en question ? En tout cas, je ne peux m’empêcher de relever la concomitance des deux éléments.

Lamine Bey Chikhi

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Bribes d’histoire-72-

Posté par imsat le 19 septembre 2022

Une photo sur twitter montrant différentes variétés de la Baklawa. Belle prise et esthétiquement bien agencée.
Je l’ai retweetée en la titrant « A la recherche du temps perdu »
Je n’ai pas vraiment réfléchi avant d’écrire ce qu’elle m’inspirait. Et en dépit de ce à quoi elle pouvait renvoyer directement, je n’ai pas du tout pensé à l’oeuvre monumentale de Proust. C’est venu comme cela, spontanément, j’ai immédiatement associé l’image de cette excellentissime pâtisserie à des pans entiers de notre histoire familiale.
Je pourrais certainement dire la même chose de bien d’autres gâteaux et mets que nous avons eu le bonheur de déguster, d’apprécier, de sentir, des années durant.
J’ai déjà eu à souligner que la baklawa de ma mère et celles de mes tantes Djamila, Zakia et Saadia étaient incomparables. Ce n’était pas seulement une affaire de préparation, de saveur, de goût; de délicatesse, c’était aussi une question d’atmosphère, de convivialité, d’appréciation, d’harmonie. Chacun disait à sa manière ce qu’il en pensait, et cela était agréablement formulé à l’occasion des fêtes de l’Aid ou de rencontres familiales ordinaires. Et puis, nous nous amusions à faire des extrapolations, des comparaisons avec la baklawa des autres régions. C’était incontournable. Naturellement, la nôtre émergeait dans tous les cas; pour nous, c’était indiscutable et objectif. Les conversations autour de ce sujet ou de ce qu’il suggérait sur l’histoire de la famille se démarquaient complètement de celles auxquelles il nous arrivait de participer ou d’assister ailleurs, dans d’autres cercles, en diverses circonstances. C’était vraiment une autre époque. La photo dont il s’agit est très récente. J’en parle aujourd’hui en ayant une pensée émue et toute particulière pour ma chère mère décédée il y a exactement douze ans, le 19 septembre 2010. Paix à son âme. Allah yerhamha.
Lamine Bey Chikhi

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Bribes d’histoire -71-

Posté par imsat le 23 août 2022

« Je suis captif des mille êtres que j’aime. »
Je suis tombé par hasard sur cette formidable citation de Sully prudhomme.
Je devrais mettre le mot hasard entre guillemets parce que je crois qu’il y a quelque chose au-dessus du hasard, quelque chose de transcendant, de plus déterminant. Je pensais depuis quelque temps à ce qui pouvait expliquer et donc justifier que l’on puisse avoir des choix éclectiques et une panoplie de regards convergents par rapport aux personnes et aux sentiments qu’elles suscitent en nous (estime admiration, respect, empathie.. )
Je ne limite pas ce propos aux gens que l’on a pu côtoyer dans la vraie vie, je pense aussi aux artistes, aux actrices de cinéma, aux personnes inaccessibles du fait de leur statut.
« La vraie vie », Proust a dit cela de la littérature. Mais le cinéma aussi, c’est la vraie vie. Et il y a plus que des analogies entre les gens ordinaires que l’on connait dans le réel et les autres, ceux qui incarnent des personnages au cinéma ou dans des oeuvres littéraires. Je suis censé parler à la première personne du singulier puisqu’il s’agit d’une réflexion personnelle. Et je le fais parce que j’aime profondément le cinéma, je veux dire un certain cinéma, et une certaine écriture. Je le fais aussi parce que dans la vie courante, les téléscopages sont fréquents entre ce que j’observe, ce que je dis  et les livres que j’ai lus ou les films que j’ai vus. Souvent, il est d’abord question de comparaisons physiques. Je trouve, par exemple, que Nad ressemblait beaucoup à Nathalie Wood. Je m’en suis rendu compte récemment en retweetant une photo de l’actrice.
L’autre jour, à la faveur d’une conversation avec A, j’ai évoqué Rabeh et son souhait de finaliser la rédaction de son manuscrit relatif à la période qu’il a vécue en France à la fin des années 50 alors qu’il militait au sein de la Fédération FLN.
« Il avait du charisme, il ressemblait à Marlon Brando » me dit A. C’est vrai, je trouvais moi aussi que c’était le cas. Je me rappelle une photo le montrant dans la cour de notre maison, deux ou trois ans après son retour de France. Oui, il ressemblait bien à Brando…
Lamine Bey Chikhi

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Bribes d’histoire -70-

Posté par imsat le 31 juillet 2022

« Écrire, c’est lever toutes les censures » (Jean Genet)
Oui, mais encore faut-il en être capable, le vouloir vraiment. Et puis, pourquoi le faire, dans quelle optique, pour quels objectifs ?
En être capable, je veux dire surtout mentalement, psychologiquement, culturellement.
Ce n’est pas une affaire de technicité, de style, de formulation même si la façon d’écrire peut aider à surmonter des blocages, des obstacles.
Mais la question me paraît importante: pourquoi vouloir tout dire ? Je crois qu’il faut répondre à cette interrogation avant d’envisager de tout raconter. Il y a aussi la manière de dire les choses. Faut-il être dans la nuance, la subtilité, le franc-parler, la brutalité, la transparence totale, la suggestivité, les allusions ? Il m’est arrivé de formuler des propos directs, sans mettre de gants, mais que j’ai relativisés aussitôt après pour diverses raisons. Je voulais dire certaines choses à Yabb notamment au sujet de Yasmina Khadra mais je me suis rappelé que sur nombre de thèmes liés à la culture, nous n’étions pas sur la même longueur d’onde. Je le lui ai d’ailleurs fait savoir. Je lui ai aussi dit que je n’aimais pas du tout que certaines de mes réflexions soient gâchées, gaspillées, dénaturées, abîmées. Je lui ai juste indiqué qu’il (Y.Khadra) se prenait pour le centre du monde, qu’il avait pris la grosse tête, qu’il était mégalomane, susceptible, plutôt maladroit et agressif dans ses propos, et qu’il n’avait aucune culture littéraire. Quand, à Tizi Ouzou, dans le cadre de la promotion de son dernier livre Les Vertueux,  Y.Khadra déclare, toute honte bue, que c’est lui qui a ouvert le monde à la littérature algérienne, il est vraiment englué dans sa folie des grandeurs. En d’autres termes, cet auteur fait table rase de tous les ecrivains algériens qui l’ont précédé dans la littérature (Kateb Yacine, Mohamed Dib, Assia Djebar, Rachid Boudjedra, Mouloud Mammeri, Rachid Mimouni, Mouloud Feraoun, Malek Haddad…) et de leurs oeuvres dont certaines sont mondialement connues et traduites en plusieurs langues. Yasmina Khadra zappe également (parce qu’il n’a aucun savoir ni aucune connaissance en la matière)  les innombrables travaux universitaires réalisés précisément sur la littérature algérienne d’expression française, en Algérie, en France et partout ailleurs dans le monde. C’est donc aux universitaires, aux spécialistes de la littérature algérienne francophone, au premier rang desquels nombre de professeurs algériens, qu’il convient de rendre hommage. Ils le méritent amplement et mille fois plus que Y.Khadra. Je ne souhaitais pas en dire plus à Yabb. J’ai changé carrément de sujet en lui rappelant que si nous devions déjeuner ensemble, comme il me l’avait proposé, ce serait bien qu’il invite une ancienne ambassadrice ou une artiste-peintre ou plutôt une violoniste. Oui, c’est ça, une violoniste. Pas une pianiste, non, une violoniste. J’ai insisté sur ce point. Je sais ce que je dis et pourquoi je le dis. Un fantasme ? Pas forcément ou un peu quand même. Je trouve que les femmes qui jouent du violon sont généralement gracieuses, élancées, romantiques, qu’elles se mettent parfaitement au diapason de la musique qu’elles interprètent, qu’elles font corps avec leur instrument…
Lamine Bey Chikhi

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Bribes d’histoire -69-

Posté par imsat le 30 juin 2022

Hier après-midi, j’ai pensé à Touhami D qui travaillait au service de l’état civil de la mairie de Batna dans les années 60-70. Je me suis remémoré le jour où j’étais allé le voir pour refaire notre livret de famille parce qu’il était un peu abîmé. Je le lui avais remis en lui indiquant qu’il pouvait prendre le temps qu’il fallait pour l’établir. Cela ne me dérangeait pas, je n’étais pas pressé, j’étais à Batna pour une bonne dizaine de jours, c’était le printemps, il faisait beau, je retrouvais deux ou trois anciens camarades du lycée. Et surtout, c’était l’occasion pour moi de renouer avec l’orchestre Essaada et ses répétitions de 18 h à 21 h dans le petit local jouxtant le garage de la société de transports Bekhouche. Mustapha Bej, le batteur, était toujours heureux de me revoir. Il me demandait de prendre l’accordéon rouge et de jouer « nos » musiques habituelles (Solenzara, Tombe la neige, La Playa, Que je t’aime…). Il était ravi de m’accompagner à la batterie. Nous revivions dans la bonne humeur l’ambiance d’autrefois. Cette évocation est juste une digression pour dire quelques mots de Touhami qui faisait lui aussi partie du groupe Essaada où il était violoniste. Je voulais surtout préciser qu’il m’avait refait le livret de famille très rapidement, renseignant chaque page impeccablement. Son écriture était magnifique. J’ai repensé à tout cela et je me suis demandé si je l’ai remercié suffisamment. Il avait fait de l’excellent travail en un temps record. Il n’y était pas tenu. Il avait accompli sa tâche de façon minutieuse. Si, aujourd’hui, je crois avoir été parcimonieux et banal dans mes remerciements, c’est sans doute par analogie et parce que tout, dans le fonctionnement et la gestion de l’état civil a été complètement bouleversé, surtout depuis sa numérisation à partir des années 2000…

Lamine Bey Chikhi

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Bribes d’histoire -68-

Posté par imsat le 29 mai 2022

Je devais évoquer je ne sais plus combien d’impressions, de fragments de souvenirs, de moments heureux, de jours heureux. Mais le quotidien est venu interférer dans mes projections, brouillant les cartes, imposant ses urgences, ses priorités, son diktat, remettant les pendules à l’heure mais pas toujours dans le sens souhaité. Et lorsqu’il me faut rattraper les choses, je le fais dans le même registre rétrospectif.
Oui, c’est vrai, ce que j’écris tourne toujours autour des mêmes évocations. Je m’en rends compte mais je ne m’en étonne pas. Pourquoi se forcer à écrire ce que l’on ne ressent pas ?
Même quand je dis que le style de Patrick Modiano me plaît beaucoup, je suis dans la proximité d’une certaine nostalgie. J’aime ce qu’il écrit. Il ne cherche pas à épater. Il dit les choses simplement mais ses phrases sont ciselées de telle sorte qu’elles marquent les esprits. Ce qu’il écrit est retentissant parce qu’il nous est familier. En tout cas, cela me parle complètement.
Systématiquement, je me dis : « mais j’ai vécu cette situation, j’ai éprouvé ce sentiment, j’ai bel et bien croisé des gens qui ressemblent à ceux dont il parle, j’ai moi aussi vainement tenté à maintes reprises de me rappeler les rêves de la veille… » Et justement ces tentatives (souvent infructueuses)  de récupération de certains rêves me renvoient à l’époque où il nous arrivait fréquemment d’entamer la journée en racontant nos rêves respectifs quand il en restait quelque chose. Nous épiloguions même quand le rêve résiduel était vague, confus, incertain. Nous finissions notre propos en émettant le voeu qu’il en sorte du bien. Nous disions plusieurs fois : « inchallah, c’est bien » pour que le rêve se traduise positivement.
Certains écrivains comme Modiano séduisent parce qu’ils savent parler du réel, de ce que nous ressentons ou avons vécu. Leur talent particulier les distingue des autres auteurs.
La ligne de démarcation saute tout de suite aux yeux et, ajouterais-je, au coeur. Cela se lit et se ressent. Cela repose aussi sur la sincérité. Et la, on pense, je pense à la personne même de l’écrivain. Ce qu’il écrit, il l’a vécu, ressenti, observé, aimé.
« Un mot n’est pas le même dans un écrivain et dans un autre. L’un se l’arrache du ventre. L’autre le tire de la poche de son pardessus »
Cette citation de Charles Péguy illustre exactement ce que je souhaitais dire de Patrick Modiano, de son style, de sa perception des choses de la vie, de sa façon d’en valoriser le moindre détail. Oui, ce qu’il écrit sort de ses tripes. On s’en rend compte lorsqu’on le voit à la télévision.
Ce qu’il ne parvient pas à formuler oralement, ses hésitations, ses phrases incomplètes, ses silences, eh bien tout cela, il finit par l’exprimer magnifiquement dans son écriture.
Lamine Bey Chikhi

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