Bribes d’histoire -62-

Posté par imsat le 1 décembre 2021

J’ai l’impression que le traitement critique des relations entre l’Algérie et la France ne sort pas des sentiers battus ni du ressassement.

Des deux côtés de la Méditerranée, on reconduit les mêmes raisonnements, les mêmes arguments pour expliquer pourquoi les rapports entre les deux pays se détériorent fréquemment et ce qu’il convient de changer pour que les choses s’améliorent. En réalité, on continue de tourner en rond.

Je me suis demandé si l’absence de sincérité n’était pas à l’origine de l’évolution en dents de scie des rapports en question et des crises cycliques qui affectent les liens entre les deux pays. Quand je parle de sincérité, je pense naturellement au positionnement des uns et des autres par rapport à leurs intérêts respectifs. Et cette dimension est intéressante parce qu’elle concerne autant les intérêts des Etats que ceux de leurs peuples, donc des citoyens des deux pays.

Je considère que, dès lors que des intérêts matériels, économiques, financiers et culturels interfèrent dans l’appréciation de l’histoire commune à l’Algérie et la France, eh bien tout est faussé d’autant plus que l’on passe sous silence une partie considérable de ces intérêts. Autrement dit, les motivations et les arrières-pensées identitaires, catégorielles, corporatistes, groupusculaires et individuelles semblent transcender ou primer ce que l’on appelle communément les intérêts supérieurs du pays.

Là aussi, on s’évertue à expliquer pourquoi il en est ainsi et pourquoi il ne pourrait en être autrement.

Quand on essaie, par exemple, de vanter les avantages d’un rapprochement stratégique de l’Algérie avec des pays comme la Turquie ou d’un renforcement du partenariat avec la Chine et la Russie, on obtient des réactions mitigées, frileuses, fondées sur des arguments qui, recoupés d’une façon cohérente, renvoient tous directement ou indirectement, à des motivations subjectives et à une sorte de lien considéré à tort ou à raison comme préférentiel, indissociable avec la France, en dépit de tout.

Il y a beaucoup d’opacité dans cette posture, et peut-être aussi de la mauvaise foi. En définitive, où est la vérité et qui dit la vérité ?

Je n’ai pas de réponse précise à ces interrogations. Je me contenterais juste de reprendre à mon compte cette citation de Gao Xingjian, prix nobel de littérature en 2000 : « La sincérité mène à l’exactitude »

Lamine Bey Chikhi

 

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Bribes d’histoire -61-

Posté par imsat le 31 octobre 2021

Je m’étais promis de rapporter ce qu’elle me disait de la France, de la relation Algérie-France. Je devais le faire au lendemain des propos extrêmement violents, tendancieux et polémiques d’Emmanuel Macron sur le système politico-militaire algérien, mais surtout au regard des interrogations impertinentes, scandaleuses, et des doutes du président français sur l’existence d’une nation algérienne avant la colonisation. Je ne l’ai pas fait parce que je ne trouvais pas la traduction exacte en français de ce qu’elle me disait par moments en arabe du rapport systématiquement conflictuel et finalement exécrable entre l’Algérie et la France. N’étant pas vraiment bilingue, je devais solliciter l’aide de mon entourage mais ça ne s’est pas fait. De toute manière, ce n’était pas une urgence. J’avais tout mémorisé, et pour moi c’était l’essentiel. Je me souviens parfaitement des mots qu’elle utilisait pour qualifier cette situation, C’est comme si elle les avait prononcés hier. Je n’ai pas envie de les restituer de façon erronée ou partielle ni de déformer sa pensée. Je ne parviens donc toujours pas à les transcrire en français de façon satisfaisante. En fait, elle formulait en trois phrases ce qu’elle pensait des problématiques algéro-françaises. Elle me les répétait ponctuellement, en fonction de ce que je lui disais de certaines questions culturelles, littéraires ou historiques. C’était le cas quand je lui parlais par exemple de Proust, de son oeuvre monumentale,  de son mode de vie, de ses fabuleuses réminiscences ou encore de Jean D’ormesson, de sa convivialité, de son optimisme, de l’impression qu’il donnait de parler comme s’il écrivait. Elle le faisait aussi lorsque j’essayais de lui expliquer le substrat des déclarations de Jean Marie Le Pen sur l’immigration alors qu’il était encore président du Front National. Elle réagissait également quand j’évoquais les motivations des algériens candidats à l’exil non pas pour la Grande Bretagne, la Belgique ou l’Espagne mais principalement pour la France…

Lamine Bey Chikhi

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Bribes d’histoire -60-

Posté par imsat le 19 septembre 2021

Je lui ai dit plein de choses suite au décès de l’un de ses proches, emporté par le Covid le mois dernier. Mais je crois en avoir trop dit. J’aurais peut-être dû le faire progressivement.
Chacun, au fond, gère son deuil comme il l’entend, comme il le sent. Mon propos tournait autour de ce que les disparus pourraient avoir laissé de retentissant, de mémorable, de singulier. Je ne pensais pas spécialement à des aspects matériels, des entreprises ou des initiatives remarquables. Non, il s’agissait plutôt de considérations philosophiques, d’aspirations ou d’ambitions, d’esquisses de projets, le tout accompagné ou ponctué de phrases ou d’interrogations susceptibles de retenir l’attention, de s’incruster durablement dans la mémoire. Ce sont des paroles, des manières de communiquer, de converser; des recommandations dont la portée morale et philosophique demeure intacte et que le temps n’efface pas. Cette intemporalité n’est pas le privilège de certains écrivains et artistes ou de certains hommes d’Etat, elle s’applique aussi à des personnes a priori ordinaires mais dont le raisonnement et les préconisations leur confère un vrai charisme, et les positionne au carrefour de plusieurs cultures.
C’est l’une des raisons pour lesquelles, les personnes en question sont inoubliables, et leurs citations et autres aphorismes toujours d’actualité.
C’est ce que je souhaitais dire à l’occasion du 11 ème anniversaire du décès, le 19 septembre 2010, de ma chère mère Fatima Zohra.
Allah yerhamha. Paix à son âme.
Lamine Bey Chikhi
 

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Bribes d’histoire -59-

Posté par imsat le 31 août 2021

« Il y a des êtres qui justifient le monde, qui aident à vivre par leur seule présence » (Albert Camus)

Que sont-elles devenues, celles que je croisais régulièrement à certains endroits, souvent les mêmes ?

Je continue d’emprunter les mêmes itinéraires tandis qu’elles les ont désertés depuis un peu plus de dix ans. Elles ont dû quitter l’Algérie. Je privilégie cette hypothèse même si je n’en exclus pas d’autres (maladie, disparition…)

Leur absence ne me laisse pas indifférent. Il y a de la nostalgie dans les souvenirs que j’ai conservés de nos « rencontres » mais il y a aussi des éléments explicatifs de certains aspects de l’histoire de l’Algérie, je pense au temps long de l’histoire.

Cette référence à l’histoire ne concerne pas de la même façon tous ceux, et ils sont des millions, qui ont choisi de quitter l’Algérie ces soixante dernières années.

Les personnes (rarissimes) auxquelles je songe ont un statut particulier, une place singulière dans mes souvenirs. Leur départ a été progressif, discret, serein. A présent, leur absence m’interpelle. Mais cette interpellation est d’abord subjective, elle relève de l’émotion.. Je n’avais jamais envisagé leur départ. Ce n’était pas dans ma tête.

J’ai fini par m’en apercevoir alors que je procédais à une sorte d’inventaire de ce qui a bouleversé la ville. L’inventaire n’était pas que physique, architectural ou géographique. Il ne concernait pas seulement le remplacement des enseignes de boutiques et de l’activité commerciale de la plupart des magasins. Non, il portait aussi sur les gens qui géraient et animaient désormais ces activités. Il impliquait surtout ce qui avait régressé dans la ville. Et cette régression, je la percevais dans sa globalité comme un ensemble d’impressions, de contrariétés, de plein de choses disparues à jamais comme des noms de rues, des salles de cinéma, des senteurs, des façons d’être, de s’habiller, des accoutrements, des intonations de voix, un savoir-vivre, une élégance, un style…

C’est ainsi que je me suis remémoré les personnes que je croisais souvent aux mêmes endroits et avec lesquelles j’échangeais des regards bienveillants, complices, souriants, des non-dits qui disaient des choses. Aujourd’hui, j’ai une pensée particulière pour elles notamment parce qu’elles paraissaient avoir avec moi des convergences implicites ou tacites, à la fois intellectuelles, culturelles et historiques.

Elles ne sont plus là, je ne les vois plus. Que sont-elles devenues ? Les reverrais-je un jour ?

Lamine Bey Chikhi

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Bribes d’histoire -58-

Posté par imsat le 31 juillet 2021

Je recours souvent aux mots de ma mère pour comprendre ou expliquer des postures individuelles, des conjonctures sociopolitiques, des faits historiques.
Mais je le fais aussi pour me rassurer, calmer certaines de mes colères ou révoltes intérieures, relativiser les choses, prendre du recul.
Je pense aux mots de ma mère pour me mettre, parfois par nécessité, au-dessus de la mêlée, et néantiser la sidération ou l’exaspération que pourraient susciter chez moi certaines scènes de rue, des commentaires tendancieux, des comportements individuels insensés, des manifestations populaires excessives et sans lendemain, des décisions politiques absurdes.
Les mots en question ont tous un lien avec la patience, la relativisation, la pondération, la nuance, l’espérance, la diplomatie..
Elle ne prononçait pas le mot diplomatie, elle lui préférait celui de Siyassa (politique) auquel j’ai déjà consacré un chapitre.
Le mot Siyassa revenait souvent dans nos discussions. Il précédait ou ponctuait nombre de ses recommandations y compris les plus ordinaires d’entre-elles. Au fond, tout son vocabulaire renvoyait à des notions d’apaisement, de réflexion, de discernement, à des questionnements aussi, mais des questionnements détendus et qui n’étaient pas porteurs de préoccupations. Pour comprendre la complexité du monde, de la vie, on peut s’en remettre à la philosophie, à la littérature, aux grand auteurs. Mais, on peut aussi se référer à l’héritage lexical, sémantique et analytique de certains proches.
Lamine Bey Chikhi

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Bribes d’histoire -57-

Posté par imsat le 30 juin 2021

Je ne l’avais pas revu depuis pas mal de temps.
Oui, j’aurais bien aimé le revoir. J’avais régulièrement de ses nouvelles.
J’étais rassuré de le savoir globalement en bonne santé.
Il continuait d’aller à la mosquée et faisait toujours sa marche quotidienne. Il ne lisait plus, ne regardait plus la télévision, mais il écoutait la radio.
J’aurais bien voulu le revoir, d’abord pour le plaisir de le revoir, ensuite pour évoquer avec lui des points d’histoire, liés à la période 1940-1950.
Nombre de ces questions étaient dans ma tête.
Je pensais aussi à la meilleure façon de les lui poser.
Je me disais : « comment l’interroger sur tel ou tel aspect de telle sorte que ses réponses ne soient pas longues afin que je puisse précisément l’interpeller sur le maximum de faits ou d’événements auxquels il aurait assisté ou qui lui auraient été rapportés…? »
La perspective d’aller lui rendre visite me renvoyait systématiquement à la nécessité de songer, à l’avance, à des précautions méthodologiques pour une conversation fluide, agréable, utile et instructive.
Comparaison n’est pas raison. Sans doute.
Mais c’est toujours bien de comparer pour mieux expliquer les choses et montrer finalement toute la simplicité d’une réflexion qui ne présente que les apparences de la complexité.
Je me suis remémoré les conversations que j’avais avec tante KF en fonction de son état de santé. Nous parlions des choses ordinaires de la vie.
Quelquefois, elle restait silencieuse, je ne la relançais pas, cela pouvait durer trois à cinq minutes, parfois plus.
Le temps prenait une autre dimension. L’atmosphère était toujours légère, douce, printanière. Je me sentais serein et parfaitement détendu.
Eh bien, cet intervalle, je l’appréciais, je le trouvais précieux.
Aujourd’hui, lorsque je repense à ce silence qui pouvait signifier notamment un tarissement de la mémoire, je le perçois plutôt comme une pause qui incitait à prendre le temps de revenir sur des échanges antérieurs.
Avec elle, c’était ainsi.
Avec BR, c’est différent.
Les préalables formels et pratiques auxquels j’aurais soumis notre échange ont à voir avec le pragmatisme, en tout cas, avec le contraire de la nostalgie.
Pourquoi ? Parce que le tempérament de l’interlocuteur est celui de quelqu’un de réaliste, de linéaire.
Au fond, je pourrais simplifier le propos en le comparant à l’appréciation que suscite une photo.
Il m’arrive de commenter des photos sur twitter. C’est ma subjectivité qui s’exprime. Je regarde, je me souviens. Et si cela me fait penser à une situation précise, un souvenir en particulier, une rencontre, j’extrapole, s’il y a lieu, puis je commente.
Dans ce processus, les interludes, les pauses et autres arrêts sur image sont fréquents. Eh bien, c’est cela que j’aurais aimé introduire dans mes entrevues avec BR.
Lamine Bey Chikhi

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Bribes d’histoire -56-

Posté par imsat le 31 mai 2021

Je crois que l’histoire de l’Algérie française ne cessera pas de susciter questionnements, constats et étonnements de toutes sortes.

Il m’arrive de consulter sur facebook des pages consacrées à des photos liées à l’époque coloniale. Des photos en couleur et en noir et blanc essentiellement urbaines, montrant des villes algériennes, des scènes de rue prises durant la période en question.

Beaucoup de ces photos concernent les grandes villes (Alger, Oran, Annaba…) mais il y en a aussi qui mettent en évidence des villes moyennes ou petites comme Blida, Tizi Ouzou, Médéa, Mascara.

Je les regarde avec un certain détachement, d’abord parce qu’il me reste pas mal de souvenirs, d’images et d’impressions de l’époque dont il s’agit, via mon enfance batnéenne, ensuite parce que j’ai déjà largement anticipé les réponses aux commentaires et observations qu’ils soulèvent et que je passe en revue.

Je suis étonné des réactions dithyrambiques des internautes au sujet de ce qu’ils considèrent comme le bon vieux temps ou comme une période heureuse de l’Algérie.

Ces algériens, pour la plupart nés après l’indépendance, expriment une nostalgie pour des villes, des  constructions, des mutations architecturales, sociopolitiques qu’ils n’ont pas connues directement ni vécues.

Je me suis  demandé si l’on pouvait éprouver de la nostalgie pour ce que l’on n’a pas connu. J’ai pensé à mes propres nostalgies, celles dont j’ai abondamment parlé durant toute une décennie. Nostalgie familiale, nostalgie artistique ou cinématographique. Nostalgie de certaines rues,  de noms de boulevards, de quartiers disparus. Nostalgie pour des êtres qui nous ont quittés.

Je relativise la comparaison en soulignant que mes nostalgies reposent sur des souvenirs connectés à un vécu. Le cinéma, c’est du réel parce que ce sont des films que j’ai vus. Il m’arrivait, par exemple, de m’imaginer aussi fringant et ambitieux que Rastignac après avoir lu Le Lys dans la vallée, de Balzac, et vu son adaptation cinématographique.

Je ressens de la nostalgie pour la Russie impériale, pour la famille Romanov, à partir de ce que j’en ai appris via nombre de documentaires sur leur histoire, sur leur destin tragique.

Et puis, il y a bien sûr Proust et sa recherche du temps perdu. Mais, je fais la part des choses. Cela n’a rien à voir avec une adhésion automatique à des tranches, des épisodes historiques qui ont constitué un processus de colonisation destructeur, meurtrier, et pour tout dire génocidaire.

En lisant les commentaires sur des photos de l’Algérie française, j’ai tenté de les comprendre et finalement de les justifier en les comparant à une quête portant sur un pays et des villes qui ont certes existé mais dont l’histoire a façonné, nourri l’imaginaire de ceux qui les ont effectivement connus mais aussi de ceux qui ne les ont appréhendés que par le biais d’une transmission sublimée, fantasmée, sans doute excessivement subjective, donc tronquée.

Les nombreux commentaires sur lesquels je me suis arrêté font ouvertement et sans réserve  l’éloge d’une certaine Algérie française. J’ai relevé de très rares réponses attirant l’attention sur l’absence d’arabes sur les photos. Dans leur immense majorité, les images ne montrent que des européens, des pieds noirs. Des intervenants littéralement subjugués par ce que leur donnent à voir ces photos, parlent même à leur manière, implicitement ou indirectement, d’effets positifs de l’époque coloniale…

Lamine Bey Chikhi

 

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Bribes d’histoire -55 -

Posté par imsat le 30 avril 2021

« Avouer qu’on s’était trompé, c’est rendre le plus éclatant hommage à la perspicacité de son esprit. » (Gaston Bachelard)

Je m’interroge à nouveau sur ce qui s’est dit et qui se dit encore dans le sillage du rapport Stora au niveau officiel et dans les médias. J’entends parler de souhait d’apaisement, de réconciliation entre la France et l’Algérie, entre les peuples algérien et français. J’ai lu quelque part qu’il ne fallait pas s’inquiéter outre mesure de l’aspect souvent chaotique de la relation entre les deux pays, que c’était même normal dans la mesure où cela constituait une variante du « je t’aime, moi non plus » qui a toujours caractérisé cette relation.

Tout récemment et en dépit des déclarations polémiques et jugées plutôt agressives du ministre du Travail algérien sur « la France ennemi traditionnel et éternel de l’Algérie », et du ministre de la Communication, Porte-parole du gouvernement mettant en garde l’ambassadeur de France à Alger contre toute ingérence dans les affaires intérieures algériennes, le Président Macron n’en a pas moins souligné que, même si elle rencontrait encore quelques résistances en Algérie, la réconciliation souhaitée par ses soins et par son homologue algérien, Abdelmadjid Tebboune, était largement partagée. Pourtant, sur les réseaux sociaux, les échanges sont virulents, acerbes et sans concession entre partisans et adversaires d’une reconciliation entre l’Algérie et la France, entre francophones et arabophones, entre conservateurs et démocrates.

En toíle de fond de cette guerre électronique, il y a bien sûr le Hirak et l’OPA dont il a fait l’objet depuis février dernier de la part du mouvement islamiste Rachad et marginalement des séparatistes du MAK (Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie). Mais il n’y a pas que cela. J’ai aussi entendu certains évoquer une « communauté de destin » entre l’Algérie et la France !!!  Au même moment, d’autres, au contraire, soutenaient mordicus l’option d’une rupture graduelle mais définitive du cordon ombilical entre les deux pays…

Qu’est-ce que cela signifie ?

Qu’espèrent les algériens au-delà des indemnisations auxquelles la France doit procéder en réparation des dommages occasionnés par les essais nucléaires à Reggane, au-delà aussi de la restitution potentielle des archives et d’une éventuelle qualification officielle de la colonisation comme un crime contre l’humanité ?

Est-ce sérieux de songer à une communauté de destin entre les deux pays alors que tout s’y oppose, la culture, la religion, les lourds contentieux de l’histoire, les aspirations sociétales, sans oublier les positions systématiquement anti algériennes de l’extrême droite française ?

Il est vrai que dans certains milieux algériens (en Algérie et au sein de la diaspora), on n’entrevoit les perspectives algériennes que sous le seul prisme d’une relation spécifique, préférentielle avec la France. On avance moult arguments économiques, historiques, culturels, géographiques, etc, à l’appui de cette approche et on balaie d’un revers de main toutes autres alternatives au caractère exclusif de cette relation.

L’Algérie serait-elle dans l’incapacité d’envisager une rupture épistémologique dans ses projections à l’international, non seulement à partir d’une lecture sereine, innovante, audacieuse de son histoire, mais aussi à la lumière d’une analyse objective, sincère et réaliste des relations actuelles avec la France, des objectifs et du rôle de la France au sein de l’Union européenne et de tout ce qui serait de nature à entretenir des faux semblants, des illusions ?

Comment ne pas songer à une rupture paradigmatique dans notre nécessaire refondation de la relation avec la France quand on observe que, des deux côtés de la Méditerranée, on en est encore à instrumentaliser la question des visas et à introduire périodiquement dans sa gestion, des critères aggravant la discrimination déjà manifeste entre diverses catégories d’algériens ? Il y a en l’espèce un marchandage extrêmement détestable, malsain et pour tout dire politiquement et moralement inadmissible.

Un décryptage honnête, exhaustif et critique de la thématique des visas permettrait d’ailleurs à lui seul de mettre à nu la superficialité, la fausseté et la duplicité de la relation Algérie-France. Les autres volets de la coopération sont tout aussi critiquables parce que largement sujets à caution et pas du tout en phase avec les exigences liées à la réconciliation évoquée.

En définitive, tout ou presque est erroné dans notre perception et notre traitement de la relation Algérie-France. Pourquoi ne pas le reconnaìtre ?

Lamine Bey Chikhi

 

 

 

 

 

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Bribes d’histoire -54-

Posté par imsat le 31 mars 2021

Près d’un million d’Algériens ont quitté l’Algérie pour la France à la fin de la guerre de libération nationale.
C’est une statistique du ministère de l’Intérieur français rapportée par Benjamin Stora. En fait l’historien a exhibé cette donnée à maintes reprises dans des entretiens accordés à divers médias dans le sillage du rapport sur les « questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie » qu’il a remis au Président Emmanuel Macron le 21 février 2021.
L’historien avait d’abord déclaré;  « Ce qu’on ne sait pas, des algériens (près d’un million) quittent aussi leur pays à la fin de la guerre »  Il l’a fait de façon insistante et récurrente alors même qu’aucune question ne lui avait été posée à ce sujet. Et à chaque fois, il précisait que cette séquence historique était méconnue.
J’ai très vite relevé que ce propos était susceptible de prêter à confusion.  La présentation faite par Stora signifiait qu’il y a eu un départ massif d’algériens, quasiment comparable à celui des pieds noirs par le nombre, la simultanéité et la précipitation.
Je ne pouvais pas rester indifférent face à cette apparente « convergence » qui pouvait laisser place à une interprétation erronée et abusive d’une phase importante de l’histoire de l’Algérie.
J’ai donc questionné Stora via twitter en date du 2 mars 2021.
Voici sa réponse: « Ce sont les chiffres officiels du ministère de l’Intérieur français sur le nombre d’Algériens établis en France dix ans après l’indépendance de l’Algérie (donc avec nationalité algérienne), en 1972. »
Le ministère de l’Intérieur français est évidemment plus précis. Il s’agit de départs étalés dans le temps, de 1962 à 1972. Cela n’a rien à voir avec le propos initial de l’historien.
Cela dit, même échelonné sur 10 ans, le nombre d’Algériens qui ont choisi de quitter l’Algérie pour la France reste significatif, en tout cas digne d’intérêt, quel que soit le mode de répartition qui l’a caractérisé.
Cette migration qui a eu lieu à un moment particulier pour l’Algérie m’intéresse à plus d’un titre. Il ne s’agit pas de la traiter de façon expéditive comme on serait tenté de le faire et comme le font la plupart de ceux qui évoquent le thème de l’émigration des trente dernières années.
Les raisons généralement avancées pour expliquer et justifier ces flux migratoires sont presque toutes liées à des considérations matérielles, environnementales, culturelles, politiques. Tantôt on fonde l’argumentaire en survolant ces éléments, tantôt implicitement, entre les lignes, parce qu’on ne veut pas dire les choses ouvertement. Et puis on décide de clore la conversation.
Je crois, pour ma part, que c’est plus complexe que cela, et parce que c’est plus complexe, on préfère s’en tenir à des explications simplistes, élémentaires.
Si l’on fait l’effort d’appréhender cette problématique en soulevant toutes les questions objectives qui lui sont liées, on pourrait sans doute éclaircir bien des points aux plans historique, sociopolitique et culturel.
On a affaire à une statistique relative à un fait historique lui-même généré par une guerre (la guerre d’Algérie) dont l’exposé et le décryptage sont indissociables de l’histoire globale de la colonisation de l’Algérie.
Comment traiter correctement ces corrélations fondamentales ?
« Le bon usage des méthodes statistiques oriente la réflexion vers le problème de l’articulation entre les deux lectures, prolongement de l’articulation entre la problématique historique et la procédure statistique. Il s’agit de rendre complémentaires les deux discours quantitatifs et historiques, le fait statistique et le fait historique « stylisé ».
Je partage cette pertinente recommandation de l’économiste et chercheur Jean-Yves Grenier. Je la trouve positivement exigeante et cohérente du point de vue de la méthodologie.
En effet, il ne s’agit pas seulement d’avancer des chiffres même parfaitement documentés, mais de se donner les moyens intellectuels d’en faire l’interprétation la plus exhaustive possible. La méthode est scientifique ou ne l’est pas. En l’occurrence, c’est l’analyse statistique qui vient conforter le caractère scientifique de la démarche historienne. Et c’est précisément sous cet angle qu’il convient d’apprécier la thématique relative aux algériens qui ont quitté le pays après l’indépendance.
Lamine Bey Chikhi

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Bribes d’histoire -53-

Posté par imsat le 21 février 2021

    • « Il y a quelque chose de plus fort que la mort, c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants » (Jean d’Ormesson)
    • Il y a 60 ans, Le 21 février 1961, disparaissait, à l’âge de 51 ans, mon cher père Messaoud Arezki. Allah yerahmou, paix à son âme. Je crois n’avoir jamais cessé de penser à lui, d’une manière ou d’une autre. J’en suis même absolument sûr. Je crois avoir dit que je ne pensais pas à lui comme à ma mère. Je pense à eux différemment. Par moments, j’ai l’impression d’être dans une sorte de redondance dans ma façon de les évoquer. En réalité, cela n’a jamais été le cas. Aujourd’hui, j’ai la certitude qu’il y a toujours des circonstances porteuses ou génératrices d’un nouveau regard sur mes parents, sur nombre d’hypothèses liées à leur destin. Récemment, mais ce n’était pas la première fois, je me suis interrogé de nouveau sur les décisions cruciales que certains événements majeurs imposent et rendent incontournables. Mon père, par exemple, serait-il resté en Algérie après l’indépendance s’il n’avait pas disparu prématurément ? J’ai émis plusieurs hypothèses à ce sujet sans trancher la question. Naturellement, dans mes supputations, j’ai mis en avant l’aspect professionnel comme un élément déterminant dans la décision qu’il aurait été amené à prendre pour expliquer et justifier un départ (le sien et donc le nôtre, je veux dire notre famille). Il assurait la représentation de plusieurs sociétés dont les plus importantes avaient leur siège en France mais qui ont dû quitter le pays dès la fin de la guerre de libération nationale. Si certaines de ces firmes ont pratiquement cessé de commercer avec l’Algérie au lendemain de l’indépendance, d’autres ont vu leurs succursales algériennes progressivement nationalisées. Il y avait donc un ensemble de facteurs qui pouvaient objectivement, légitimement inciter mon père à opter pour un départ à fortes motivations professionnelles. Et d’ailleurs, quelle activité réellement en phase avec ses ambitions, son esprit libre, son tempérament libéral aurait-il pu exercer après l’indépendance ? Il avait, certes, des partenaires commerciaux algériens, mais leur réseau était limité.
    • Encore une fois, je ne fais que conjecturer sur une question à laquelle toutes les réponses possibles seraient purement théoriques, abstraites, relatives. Il m’est arrivé d’en évoquer quelques-unes avec Ferid, Beida et Anis. Nous pouvions converger sur certains aspects et nuancer le propos en fonction de notre subjectivité. Si je continue à mettre en exergue l’explication professionnelle comme fondement principal d’un départ « probable » de mon père, ce n’est surtout pas pour y figer un raisonnement que je souhaiterais au contraire étoffer en tenant compte de nouvelles conjonctures liées à la problématique plus globale des questions mémorielles caractérisant la relation Algérie-France. Il est évident que je pourrais parfaitement théoriser, conceptualiser bien des situations à partir d’autres hypothèses, complètement différentes voire contradictoires. Mon père serait-il resté en Algérie, pas nécessairement à Batna, et aurait-il relevé les multiples défis induits dans le sillage de l’indépendance ? Après tout, pourquoi se polariser exclusivement sur l’idée du départ ? Au reste, ma mère m’avait parlé de certains souhaits et aspirations de mon père, notamment en rapport avec l’hôtellerie. Elle disait qu’il songeait à des projets en ce sens, à Alger. Justement, ces projets, y pensait-il dans la perspective d’une Algérie libre et indépendante ? Oui, très probablement, dans la mesure où il disait fréquemment à ma mère sa conviction que l’Algérie finirait par arracher son indépendance. En tout état de cause, je préfère rester dans le questionnement, la nuance, la distanciation. Je ne voudrais pas être dans l’affirmation. La difficulté dans ce genre de raisonnement, c’est la tentation de la projection individuelle par rapport à toutes sortes d’éléments historiques, culturels, intellectuels et à leur évolution. En revanche, il ne me paraîtrait pas inintéressant d’en faire une source d’inspiration pour tenter de décrypter les lignes saillantes de ce qui pourrait constituer une typologie des diverses raisons et motivations profondes à l’origine de centaines de milliers de départs. Qu’est-ce que cela pourrait signifier au regard de l’histoire de l’Algérie près de 60 ans après l’indépendance ? Quel impact une telle approche pourrait-elle produire sur ma vision des perspectives algériennes ?
    • Lamine Bey Chikhi

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