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	<title>Focalisation</title>
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	<description>Bienvenue sur mon blog</description>
	<pubDate>Thu, 04 Feb 2010 10:56:48 +0000</pubDate>
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		<title>Chikhi Abdallah (Constantine 1962)</title>
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		<pubDate>Tue, 02 Feb 2010 12:30:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>imsat</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Dada Abdallah nous attendait à l&#39;entrée du garage de la Stab dont il était le cogérant. Il faisait chaud. La chaleur était encore plus intense place de la Brèche où nous nous étions retrouvés coincés dans un embouteillage qui avait duré près d&#39;une demi-heure. &#8221; C&#39;est normal, nous dit dada Abdallah, c&#39;est toujours ainsi à la mi-journée, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify">Dada Abdallah nous attendait à l&#39;entrée du garage de la Stab dont il était le cogérant. Il faisait chaud. La chaleur était encore plus intense place de la Brèche où nous nous étions retrouvés coincés dans un embouteillage qui avait duré près d&#39;une demi-heure. &#8221; C&#39;est normal, nous dit dada Abdallah, c&#39;est toujours ainsi à la mi-journée, j&#39;y suis habitué, et puis Constantine c&#39;est une grande ville, ça n&#39;a rien à voir avec Batna &#8220;.</p>
<p align="justify">Il portait des lunettes de soleil. Il était élégant et distingué. Je l&#39;avais déjà vu deux ou trois fois à Batna. Il avait des traits physiques de type européen. Je crois d&#39;ailleurs que je n&#39;étais pas le seul dans la famille à le penser. J&#39;avais même quelquefois entendu dire autour de moi qu&#39;il était le plus stylé de mes oncles.</p>
<p align="justify">Assis à l&#39;arrière de sa 203 bleu-pétrole, je le regardais manoeuvrer comme il pouvait pour sortir rapidement de &#8221; l&#39;enfer &#8221; de la Brèche. A ce moment-là, ce qui me paraissait caractériser fondamentalement Constantine, c&#39;était une certaine promiscuité. Il est probable que la chaleur ambiante ait contribué à forger ou plutôt à figer ma perception de la ville des ponts, de sorte que, lorsqu&#39;il m&#39;arrive d&#39;y songer, aujourd&#39;hui encore, eh bien, c&#39;est toujours en référence au temps qu&#39;il faisait alors que nous étions bloqués devant le garage Citroën. Je n&#39;allais en tout cas plus jamais appréhender cette ville que sous le prisme de l&#39;enserrement, de l&#39;étroitesse de sa partie centrale.</p>
<p align="justify">Je consentis tout de même à mettre entre parenthèses mon impression originelle dès notre arrivée à Bellevue.</p>
<p align="justify">Bellevue, enfin ! Le calme retrouvé ! oubliés, provisoirement, le tintamarre, le goulet d&#39;étranglement du centre-ville, la canicule&#8230;</p>
<p align="justify">Je parvins ainsi à dissocier du cadre spatial de la cité d&#39;autres images, d&#39;autres sensations : ambiance détendue dans l&#39;appartement, rafraîchissements, déjeuner, échange de propos aimables avec Mady, Nanou et Lydia. Atmosphère tout aussi légère le reste de la journée.</p>
<p align="justify">Tata Raymonde me paraissait avoir bien des affinités avec Beida qui venait d&#39;obtenir son baccalauréat; elle la considérait comme une grande personne, montrant à son égard une réelle réceptivité.</p>
<p align="justify">Je me rappelle aussi avoir dormi dans la salle de séjour. On avait laissé la lampe du couloir allumée; on l&#39;avait fait pour moi, pour me permettre de tomber paisiblement dans les bras de Morphée.</p>
<p align="justify">Retour à Batna le lendemain en fin d&#39;après-midi après un crochet par l&#39;hôpital pour une visite médicale. Dans le car de la Stab, je songeais notamment au stade Turpin sur lequel on avait une vue imprenable à partir de l&#39;appartement de mon oncle.</p>
<p align="justify">Hier 5 novembre 1998, après une journée de travail ordinaire, j&#39;ai pensé à dada Abdallah. La veille, une chaîne de télé française avait diffusé un reportage sur un artisan qui continuait de fabriquer de la limonade à l&#39;ancienne, réussissant même à la commercialiser aux Etats-Unis. La bouteille avait un bouchon en porcelaine. Je connaissais cette boisson succulente, j&#39;en avais déjà bu; la première fois, c&#39;était justement à Constantine en 1962. Elle fait donc pleinement partie de mes réminiscences gustatives.</p>
<p align="justify">Lamine Bey Chikhi</p>
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		<title>Le souvenir, objet de rêve</title>
		<link>http://imsat.unblog.fr/2010/01/20/le-souvenir-objet-de-reve/</link>
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		<pubDate>Wed, 20 Jan 2010 11:03:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>imsat</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[La photo montrant MA en compagnie de Mme B dans le salon de notre villa en 1959, fait partie de celles qui évoquent un bonheur tranquille et une douceur de vivre que je veux conserver comme tels dans ma mémoire.  La charge émotionnelle de cette image et de toutes celles qui lui ressemblent reste une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify">La photo montrant MA en compagnie de Mme B dans le salon de notre villa en 1959, fait partie de celles qui évoquent un bonheur tranquille et une douceur de vivre que je veux conserver comme tels dans ma mémoire.  La charge émotionnelle de cette image et de toutes celles qui lui ressemblent reste une et indivisible; elle est aussi autonome; elle ne saurait donc être relativisée par des souvenirs concurrents.</p>
<p align="justify">Je veux également dire ici que si les photos ne me laissent jamais indifférent, c&#39;est parce qu&#39;elles sont le réceptacle indélébile de visages, sourires, regards, tenues vestimentaires, gestes furtifs, poses travaillées ou spontanées, postures mises en scènes, poses prises par surprise, expressions étonnées, regards profonds, yeux clairs ou noirs, yeux noisette, élans, méditations&#8230;</p>
<p align="justify">Vouloir se souvenir par ce truchement, c&#39;est tenter de reconstituer mentalement ce qui fut mais qui n&#39;est plus en réalité. L&#39;impossibilité de revivre concrètement le passé fait du souvenir un objet de rêve, entretient le rêve au présent, quels qu&#39;en soient la forme et le vecteur.</p>
<p align="justify">Lamine Bey Chikhi</p>
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		<title>Le passé, c&#8217;est d&#8217;abord mon père</title>
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		<pubDate>Sun, 17 Jan 2010 11:26:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>imsat</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Pour moi, le passé c&#39;est presque toujours et avant tout mon père. C&#39;est lui qui apparaît en premier, c&#39;est son image qui surgit de diverses façons : le sourire, la carrure, de nouveau le sourire, certains de ses vêtements, sa jolie veste d&#39;hiver, son manteau, sa chevalière, et puis le reste&#8230;
Le reste, c&#39;était sa façon [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify">Pour moi, le passé c&#39;est presque toujours et avant tout mon père. C&#39;est lui qui apparaît en premier, c&#39;est son image qui surgit de diverses façons : le sourire, la carrure, de nouveau le sourire, certains de ses vêtements, sa jolie veste d&#39;hiver, son manteau, sa chevalière, et puis le reste&#8230;</p>
<p align="justify">Le reste, c&#39;était sa façon de marcher, celle de tous les jours naturellement, mais aussi celle qu&#39;il avait un jour, en revenant de Constantine. Cet après-midi là, sa démarche me parut inhabituelle, laborieuse; j&#39;avais mis cela sur le compte du voyage; je crois, si ma mémoire est bonne, que c&#39;était deux mois avant le ramadhan 1961, donc peu avant sa disparition. </p>
<p align="justify">Je songe également aux moments passés avec lui : j&#39;en ai parlé dans nombre de mes textes; ce n&#39;est pas suffisant; de toute manière, ils remontent périodiquement à la surface. Je revois aussi mon père dans sa rigueur, celle dont il faisait preuve dans la gestion de ses affaires courantes. Il agissait avec une régularité de métronome, c&#39;était saillant.</p>
<p align="justify">Sur le plan relationnel, il était convivial, c&#39;était une constante chez lui; dans son bureau de la rue Saint Germain, je le vis maintes fois commander une limonade ou un café pour les  clients qu&#39;il recevait et avec lesquels il conversait chaleureusement.</p>
<p align="justify">Lamine Bey Chikhi</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify">PS: Pour Mady, les termes du message du 16 janvier (renvoyant au texte sur Nanna) ont retenu toute mon attention. Merci.</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Un automne finissant (1962-1963)</title>
		<link>http://imsat.unblog.fr/2010/01/14/un-automne-finissant/</link>
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		<pubDate>Thu, 14 Jan 2010 11:39:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>imsat</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Ma première école coranique (du moins ce qui en tenait lieu) se trouvait au premier étage de la boulangerie du quartier Beauséjour, en face de la maison de dada Smain. Je la fréquentai assidûment, certes, mais cela ne dura pas longtemps. Trois mois, guère plus. Nous n&#39;étions pas  nombreux à assister aux leçons (eddourouss). Notre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify">Ma première école coranique (du moins ce qui en tenait lieu) se trouvait au premier étage de la boulangerie du quartier Beauséjour, en face de la maison de dada Smain. Je la fréquentai assidûment, certes, mais cela ne dura pas longtemps. Trois mois, guère plus. Nous n&#39;étions pas  nombreux à assister aux leçons (eddourouss). Notre maître, un cousin du boulanger, prenait sa tâche très au sérieux; il n&#39;avait rien à voir avec mon décrochage prématuré de l&#39;école. Il y avait un problème d&#39;ambiance, d&#39;environnement. Il manquait en tout cas quelque chose, peut-être des couleurs, à cet endroit impersonnel et aux murs tristes et vides. Le sol de la chambre qui nous servait de salle de cours et sur lequel nous nous asseyions en tailleur était glacial. Le ciel que j&#39;observais par moments d&#39;une fenêtre sans persiennes était constamment gris. Cette fenêtre, c&#39;était la seule perspective, le seul angle de vue qui me donnait l&#39;impression de rompre un peu avec l&#39;automaticité et la redondance particulières du cycle lecture-récitation de sourates. Une odeur de pain frais nous parvenait parfois du rez-de-chaussée, mais cela ne suffisait pas à atténuer l&#39;inconfort de notre position. J&#39;associe souvent les images liées à cette période précise à celles d&#39;un automne finissant et morose. Ma perception est donc  d&#39;abord visuelle mais la sensation physique correspondante vient aussitôt en accentuer d&#39;une certaine manière le côté mélancolique.</p>
<p align="justify">Ma seconde &#8220;école&#8221; coranique (hébergée dans le garage Madani) était située à 50 mètres de la maison. Nous étions près d&#39;une quinzaine d&#39;élèves à suivre l&#39;enseignement de Si El Ouanès. Parfois, nous faisions les pitres, enfin quelques uns d&#39;entre nous, ce qui incitait le maître à nous infliger la falaqa (coups de bâton sur la plante des pieds).</p>
<p align="justify">En définitive, ce qui devait être mon apprentissage du Coran ne dura pas plus d&#39;une année.</p>
<p align="justify">Quant à mon expérience de la médersa, elle fut expéditive. Le jour de la rentrée, le professeur décida de procéder à l&#39;évaluation de notre niveau en langue arabe. Il me fit passer au tableau; j&#39;étais le premier à subir le test.  &#8220;Pourquoi moi ? &#8220;  m&#39;étais-je demandé, extrêmement contrarié par ce coup du sort.  Le maître me dicta une phrase que je fus incapable d&#39;écrire correctement;  il m&#39;invita à regagner ma place, sans commentaire;  je me sentis diminué, mal dans ma peau. Je ne remis plus jamais les pieds à la médersa. Quels arguments avais-je présentés à mes proches pour les convaincre de l&#39;impossibilité pour moi de poursuivre les cours ? Je ne m&#39;en souviens plus. C&#39;était juste après l&#39;indépendance.</p>
<p align="justify">Je renouai avec la lecture du Coran, en juin 1982, au lendemain de la victoire de l&#39;équipe Algérienne de football contre l&#39;Allemagne en coupe du monde.</p>
<p align="justify">Lamine Bey Chikhi</p>
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		<title>Dans la lueur de ses yeux</title>
		<link>http://imsat.unblog.fr/2010/01/09/dans-la-lueur-de-ses-yeux/</link>
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		<pubDate>Sat, 09 Jan 2010 11:05:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>imsat</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Fin Août 1960, retour de Quérigut où Ferid et moi venions de passer tout un mois dans un centre de colonie de vacances.
J&#39;étais heureux de revoir les miens. J&#39;étais aussi dans mon élément parce qu&#39;il restait encore deux semaines entières avant la rentrée scolaire.
Mon père avait chargé mon cousin Mouloud, venu de Bougie passer quelques [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify">Fin Août 1960, retour de Quérigut où Ferid et moi venions de passer tout un mois dans un centre de colonie de vacances.</p>
<p align="justify">J&#39;étais heureux de revoir les miens. J&#39;étais aussi dans mon élément parce qu&#39;il restait encore deux semaines entières avant la rentrée scolaire.</p>
<p align="justify">Mon père avait chargé mon cousin Mouloud, venu de Bougie passer quelques jours à Batna, de nous accompagner à la maison. Mouloud me dit que j&#39;avais pris de l&#39;embonpoint; sa remarque me sembla exagérée; je crois qu&#39;il voulait simplement dire quelque chose pour nous souhaiter la bienvenue; je déduisis quand même de son observation que mon séjour dans les Pyrénées orientales avait été globalement bénéfique.</p>
<p align="justify">Quant à mon père, il me paraissait surtout rassuré de nous voir rentrés à bon port; il nous embrassa puis il réintégra son bureau. Un camion de la Sian (Société industrielle de l&#39;Afrique du Nord) était stationné devant l&#39;agence commerciale; H&#39;ssen déchargeait des futs d&#39;huile dans le couloir du dépôt.</p>
<p align="justify">Il devait être 14h30 et il faisait très chaud. Il y avait comme une odeur d&#39;essence dans l&#39;air. Sous l&#39;effet de la canicule, l&#39;asphalte s&#39;était ramolli à certains endroits de la rue Saint Germain.</p>
<p align="justify">Mon père, disais-je, était souriant et surtout rasséréné. Il contrôlait parfaitement ses émotions. Je le constatai précisément à ma descente de l&#39;autocar de la Stab (Société des transports automobiles batnéens); son accueil était circonspect, sobre. Cela ne m&#39;étonna guère.</p>
<p align="justify">Finalement, chez lui, beaucoup de choses passaient par le regard, une économie de mots, un choix des mots essentiels, des non-dits, le primat de l&#39;action, l&#39;élimination du superflu&#8230;</p>
<p align="justify">Cet après-midi là, il s&#39;était contenté de demander à Mouloud de nous conduire à la maison. Son bonheur de nous voir rentrés de vacances en bonne santé était tout entier contenu dans cette lueur particulière qu&#39;il avait dans les yeux et que je perçus quelques secondes durant. Je compris à nouveau que c&#39;était sa façon à lui d&#39;exprimer ce qu&#39;il éprouvait pour nous.</p>
<p align="justify">A peine remis de la fatigue du voyage et à la demande de MA, j&#39;allai rendre visite à Nanna. J&#39;étais ravi de le faire mais je l&#39;étais aussi parce que je portais les vêtements neufs que j&#39;avais achetés à Quérigut.</p>
<p align="justify">Lamine Bey Chikhi</p>
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		<title>On ne guérit pas de son enfance</title>
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		<pubDate>Sat, 02 Jan 2010 11:16:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>imsat</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Les époques sur lesquelles la focalisation me semble incontournable font partie de celles qui illuminent tout ce sur quoi le regard se pose. Elles suscitent l&#39;émerveillement et donnent à l&#39;enfance ses couleurs, ses lumières.
Chacun sait que les mots sont associés à des idées, à des pensées qui en prolongent le sens, le démultiplient, le photographient [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify">Les époques sur lesquelles la focalisation me semble incontournable font partie de celles qui illuminent tout ce sur quoi le regard se pose. Elles suscitent l&#39;émerveillement et donnent à l&#39;enfance ses couleurs, ses lumières.</p>
<p align="justify">Chacun sait que les mots sont associés à des idées, à des pensées qui en prolongent le sens, le démultiplient, le photographient dans ses ramifications diverses et variées.</p>
<p align="justify">Lorsque je dis &#8221; illuminer &#8220;, ce qui émerge des profondeurs de ma mémoire, ce sont les couleurs bariolées des chemisettes portées par des estivants joyeux attablés sur les terrasses effervescentes du cours Bertagna, à Bône, un soir de juillet 1961. C&#39;est d&#39;abord de cela que je me souviens à la moindre évocation de la ville. Je n&#39;y peux rien !</p>
<p align="justify">Aujourd&#39;hui  (Alger, 2 janvier 2010), les souvenirs se bousculent dans ma tête, mais je n&#39;éprouve pas l&#39;envie ni le besoin de les ordonner. J&#39;ai pu le faire par moments parce qu&#39;il y avait à la fois une motivation, un plaisir et, sans doute aussi, une urgence à en relater les plus poignants dans un ordre relativement chronologique. Je ne sais d&#39;ailleurs pas si le mot poignant est approprié; je crois même qu&#39;il ne renseigne pas complètement sur ce que je veux dire de la typologie des souvenirs. En revanche, je peux dire qu&#39;il m&#39;a été assez facile de rassembler puis de restituer à peu-près comme je le souhaitais les images liées à ce que j&#39;ai retenu de mon père et d&#39;autres membres de la famille.</p>
<p align="justify">Je perçois souvent les nombreux souvenirs qui défilent devant moi comme on percevrait un générique de film. Certains d&#39;entre eux captent mon attention parce qu&#39;ils apparaissent clairement, d&#39;autres passent inaperçus parce que la mémoire décide pour ainsi dire de les élaguer.</p>
<p align="justify">Les séances hebdomadaires de cinéma à l&#39;école Jules Ferry (Batna 1959-1962) font partie de la première catégorie de souvenirs. J&#39;y pense en ce moment mais sans états d&#39;âme. Je me demande quand même si, dans le substrat de ma &#8220;culture&#8221; cinématographique, certains éléments ne réfèrent pas indirectement aux films (Laurel et Hardy, Charlie Chaplin&#8230;), qu&#39;on nous projetait sous le préau de l&#39;école. Rires collectifs, obscurité suggestive du lieu, plaisir ineffable des sens, magie du cinéma&#8230;</p>
<p align="justify">Comment, dans ce rappel, ne pas se souvenir du chant du coq qui annonçait les actualités de l&#39;époque ?</p>
<p align="justify">Les filles du quartier Beauséjour (Batna, 1963-1965) : je pense en particulier à celles dont on disait qu&#39;elles étaient modernes; il y avait Naziha, Nafissa, Rachida, Salima ainsi que la soeur, longiligne, du gars aux cheveux gominés et au regard sombre, et qu&#39;on surnommait Tarzan. Il y avait aussi Zozo qui passait parfois non loin de la villa. Elles étaient toutes sympathiques et charmantes. Elles s&#39;habillaient à la mode et faisaient l&#39;événement rien qu&#39;en allant faire leurs courses chez l&#39;épicier du quartier. On commentait leur physique, on s&#39;étonnait de leur façon de marcher, détendue et déterminée en toutes circonstances. C&#39;était peu après l&#39;indépendance.</p>
<p align="justify">Avant l&#39;indépendance (Batna 1960-1961), le spectacle était différent: je regardais de jeunes françaises danser sur leurs patins à roulettes; je les voyais venir, zigzaguant gracieusement jusqu&#39;à la préfecture puis revenant avec le même entrain, les mêmes éclats de rire. Faiza, aussi, chaussait souvent ses patins à roulettes. Elle se souvient surtout de l&#39;avoir fait le 19 mars 1962 (cessez-le-feu) lors d&#39;une course improvisée qu&#39;elle remporta face à une de ses concurrentes françaises. Le policier de faction à l&#39;entrée de la préfecture la complimenta; c&#39;était un algérien.</p>
<p align="justify">L&#39;indépendance (Batna, 5 juillet 1962) : déambulations sur les allées Bocca toute la journée et une partie de la nuit avec Zakia et Faiza. Musiques et chants patriotiques diffusés via de puissants hauts parleurs, embouteillages, concert de klaxons, flots ininterrompus de promeneurs venus de tous les coins de la ville.  Même ma mère et Ma Zohra étaient sorties, oubliant de fermer la porte de la maison.  Vers 20 h, je fis une incursion dans le quartier.  Le désert !  Ils étaient tous en ville. Je retournai aux Allées.  Zakia tenait à savoir combien d&#39;hommes la regardaient; elle se mit à compter les regards qu&#39;elle parvenait à accrocher. Elle me disait que c&#39;était un jeu et que ça l&#39;amusait. Faiza prenait des photos. Je portais des mocassins marron; j&#39;étais soucieux de ne pas en abimer la semelle de crêpe; je m&#39;arrêtais par moments pour m&#39;assurer que leur état était toujours intact. Je n&#39;étais pas tout à fait conscient de l&#39;indépendance ni de ce qu&#39;elle représentait; j&#39;étais loin de comprendre ce qu&#39;elle symbolisait. Pour tout dire, dans l&#39;ambiance du moment,  je ne me rendais pas compte que j&#39;entrais dans une ère qui allait finir par effacer la réalité de la veille et en transformer profondément bien des sensations qu&#39;elle avait suscitées en moi des années durant.</p>
<p align="justify">L&#39;euphorie des autres, la liesse populaire, la foule, le bruit, tout cela était transcendant. Ma tête était vide. Ce jour-là, pour moi, Jean-Paul, Joseph et Patrick n&#39;existaient pas. On aurait même dit qu&#39;ils n&#39;avaient jamais existé. Où étaient-ils, à quoi pensaient-ils ?</p>
<p align="justify">Lamine Bey Chikhi</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Passerelles</title>
		<link>http://imsat.unblog.fr/2009/12/29/passerelles/</link>
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		<pubDate>Tue, 29 Dec 2009 11:13:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>imsat</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Les images changent, se substituent les unes aux autres mais sans vraiment ni totalement rompre avec le point de départ auquel elles sont reliées par toutes sortes d&#39;éléments. Entre le temps, l&#39;espace et l&#39;être, il y a des vases communicants, des passerelles.
En ce sens, ce sont aussi des qualités humaines intrinsèques qui confèrent au moment, à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify">Les images changent, se substituent les unes aux autres mais sans vraiment ni totalement rompre avec le point de départ auquel elles sont reliées par toutes sortes d&#39;éléments. Entre le temps, l&#39;espace et l&#39;être, il y a des vases communicants, des passerelles.</p>
<p align="justify">En ce sens, ce sont aussi des qualités humaines intrinsèques qui confèrent au moment, à l&#39;instant sa singularité. Dans cette optique, je ne peux m&#39;empêcher de me remémorer deux de mes anciens professeurs.</p>
<p align="justify">Je pense ainsi à Mme Odette B qui nous dispensa son cours de sciences naturelles en 3ème jusqu&#39;à la fin de l&#39;année scolaire sans s&#39;être absentée une seule fois, en dépit de l&#39;asthme dont elle souffrait et des crises qui la secouaient fréquemment en classe.  Elle était indulgente dans les notes qu&#39;elle me donnait. Je la considérais un peu comme une grande cousine. A la faveur de l&#39;une de ses appréciations trimestrielles me concernant, elle avait écrit: &#8221; Ses résultats auraient été meilleurs s&#39;il n&#39;avait pas été malade &#8220;.</p>
<p align="justify">La même compréhension caractérisait Mme Claire M, mon professeur de musique en 4ème, qui me priait quelquefois de sortir de la classe parce que je la regardais plus que je ne l&#39;écoutais.  Je ne me rendais pas compte que ma façon méditative et romantique de la regarder la gênait. Je le faisais parfois avec insistance alors qu&#39;elle tentait de nous expliquer les rudiments du solfège.  La &#8221; punition &#8221; qu&#39;elle m&#39;infligeait était gentille; elle n&#39;était certainement pas de nature à me dissuader de faire le zouave. Peut-être inconsciemment, y avait-il chez moi l&#39;idée que l&#39;absence d&#39;une réaction radicale et ferme de sa part devait être interprétée comme un encouragement à persévérer.</p>
<p align="justify">Les regards tantôt complaisants et souriants tantôt faussement sévères des deux professeurs, me renvoyaient à l&#39;enfance, à son côté ludique et transgressif.</p>
<p align="justify">Par leur grandeur d&#39;âme, leur bonté et leur sérénité, Odette B et Claire M pérennisaient cette atmosphère.</p>
<p align="justify">Lamine Bey Chikhi</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
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		<title>Rencontres cardinales</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Dec 2009 11:52:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>imsat</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[La mémoire affective l&#39;emporte parfois sur la mémoire volontaire. Le tri délibéré des souvenirs ne s&#39;impose donc pas toujours. Il n&#39;y en a d&#39;ailleurs pas là où il y a spontanéité. Quand je parle de tri, je ne vise pas seulement celui qui distingue les images les unes des autres, je pense aussi à ce qui permet d&#39;établir [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify">La mémoire affective l&#39;emporte parfois sur la mémoire volontaire. Le tri délibéré des souvenirs ne s&#39;impose donc pas toujours. Il n&#39;y en a d&#39;ailleurs pas là où il y a spontanéité. Quand je parle de tri, je ne vise pas seulement celui qui distingue les images les unes des autres, je pense aussi à ce qui permet d&#39;établir des lignes de démarcation entre les époques considérées.</p>
<p align="justify">En le disant ainsi, je visualise immédiatement certaines rencontres (années 1960-1970) avec D dont j&#39;aimais observer la façon qu&#39;il avait de fumer (il nous demandait de lui acheter des cigarettes impérativement &#8221;goût français&#8221;), de déguster le café, de raconter à MA et à mes tantes des histoires à dormir debout lorsqu&#39;elles lui demandaient quel était son idéal féminin; il les menait en bateau, elles le savaient mais elles le laissaient faire pour entretenir la conversation. J&#39;aimais aussi le côté excessif de sa stigmatisation des gouvernants, sa manière de toiser les gens quand ils le bousculaient dans la rue.</p>
<p align="justify">Il avait des mains de pianiste; il savait parler du passé; il écrivait bien. Un jour, en fouillant dans les archives familiales, je trouvai une de ses lettres, elle était adressée à B; je pris tout le temps de la lire et de la relire; elle ressemblait à un extrait de roman. D  y parlait de plein de choses, de l&#39;atmosphère des villes qu&#39;il venait de traverser, du contexte politique, du travail, de la famille naturellement.  L&#39;écriture était fine et élégante. Les mots utilisés étaient expressifs; certains d&#39;entre eux me semblaient précieux, je ne les connaissais pas, je dus consulter le Larousse pour en saisir le sens.</p>
<p align="justify">D avait un style d&#39;écriture conforme à sa vision de l&#39;existence, à son mode de vie. Il y avait quelque dandysme, une légèreté, une insouciance dans son attitude. Pour moi, il faisait partie des optimistes.</p>
<p align="justify">Enfin, je ne manquais pas de remarquer qu&#39;il ajustait toujours son raffinement en fonction de celui dont MA et mes tantes faisaient montre tant dans leurs évocations nostalgiques que dans leur façon de présenter les plats qu&#39;elles lui préparaient ou encore dans les questions qu&#39;elles lui posaient.</p>
<p align="justify">Lamine Bey Chikhi </p>
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		<title>Au stade municipal (Batna 1960)</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Dec 2009 13:01:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>imsat</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Les portes du stade étaient grandes ouvertes; l&#39;entrée était gratuite car il restait moins d&#39;un quart d&#39;heure à jouer. Nous étions debout, à côté des tribunes; mon père me mit sur ses épaules.
L&#39;AS Batna, créée en 1905, était un club de football réputé; dans la ville, même les enfants que nous étions en entendaient parler. Cet [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify">Les portes du stade étaient grandes ouvertes; l&#39;entrée était gratuite car il restait moins d&#39;un quart d&#39;heure à jouer. Nous étions debout, à côté des tribunes; mon père me mit sur ses épaules.</p>
<p align="justify">L&#39;AS Batna, créée en 1905, était un club de football réputé; dans la ville, même les enfants que nous étions en entendaient parler. Cet après-midi là, c&#39;était pour moi  la première fois que je voyais ses joueurs évoluer en chair et en os sur le terrain du stade municipal. Un moment merveilleux !</p>
<p align="justify">Je ne me souviens plus de l&#39;équipe qui affrontait Batna; je me rappelle surtout un certain Brazzoli, joueur vedette de l&#39;ASB, sur lequel mon père avait attiré mon attention; il venait de tirer puissamment en direction des buts adverses, le goal avait dévié en corner. Je remarquai très vite les jambes particulièrement musclées et les cheveux blonds de l&#39;attaquant batnéen.</p>
<p align="justify">La même année, le club avait joué et perdu en coupe de France face à Epinal. Depuis, le nom Epinal s&#39;incrusta dans ma mémoire.</p>
<p align="justify">Lamine Bey Chikhi</p>
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		<title>Traces et repères (à propos de la valeur travail)</title>
		<link>http://imsat.unblog.fr/2009/12/12/traces-et-reperes-a-propos-de-la-valeur-travail/</link>
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		<pubDate>Sat, 12 Dec 2009 11:15:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>imsat</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce que je pense du travail comme valeur morale, sociale et culturelle est d&#39;abord lié à certains points de repère indissociables de l&#39;enfance et de l&#39;adolescence.
Il y a naturellement les images que j&#39;ai retenues du rapport de mon père au travail; des images de régularité, de discipline, de rigueur, de continuité.
Il y a aussi le regard que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify">Ce que je pense du travail comme valeur morale, sociale et culturelle est d&#39;abord lié à certains points de repère indissociables de l&#39;enfance et de l&#39;adolescence.</p>
<p align="justify">Il y a naturellement les images que j&#39;ai retenues du rapport de mon père au travail; des images de régularité, de discipline, de rigueur, de continuité.</p>
<p align="justify">Il y a aussi le regard que je portais de façon récurrente sur deux de mes voisins du quartier Beauséjour: le premier habitait derrière notre maison; il exerçait comme rédacteur aux Ponts et Chaussées; il allait au travail à 8h, rentrait chez lui pour le déjeuner puis repartait de nouveau à 13h30; il était toujours rasé de près et bien habillé; il soignait son apparence. Pour moi, c&#39;était un fonctionnaire modèle. Certains jours, je l&#39;enviais parce que son épanouissement me paraissait intimement lié à l&#39;intérêt qu&#39;il accordait manifestement à son travail.</p>
<p align="justify">J&#39;étais en classe de troisième, je me voyais bien, après l&#39;obtention du brevet, dans un bureau des Ponts et Chaussées dont je ne me lassais d&#39;ailleurs pas d&#39;admirer le beau bâtiment en briques rouges qui en abritait le siège juste en face du lycée.</p>
<p align="justify">L&#39;autre personnage à travers lequel je percevais le travail comme un processus mentalement exigeant, c&#39;était GA; à l&#39;époque, il devait avoir près de la cinquantaine; il allait à son travail en même temps que le fonctionnaire des Ponts et Chaussées. Dans le local que nous lui avions loué après le départ de Loulou Rib en 1962, il commercialisait des produits céréaliers. J&#39;allais le voir à la fin de chaque mois pour encaisser le loyer; je le trouvais assis sur une chaise, les bras croisés, devant deux ou trois sacs de semoule et de blé, et une bascule. A chacune de mes visites, il me semblait que les mêmes sacs étaient encore là et qu&#39;ils n&#39;avaient pas changé de place. La patience de GA était d&#39;autant plus pathétique qu&#39;elle se déployait dans  un espace dérisoire, totalement dépouillé: il restait assis toute la journée dans l&#39;attente de quelque client improbable.</p>
<p align="justify">Je me demandais quelquefois si sa bascule allait vraiment servir un jour.</p>
<p align="justify">Lamine Bey Chikhi</p>
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