Perspectives algériennes: un optimisme de volonté

Posté par imsat le 21 novembre 2023

Perspectives algériennes : un optimisme de volonté

 

Mohamed Larbi Chikhi dit Babi

Depuis que j’ai pris en charge, dès l’année 1990, la direction générale de la société de conception, de fabrication et de commercialisation de carreaux en céramique, j’ai contribué activement aux travaux de la CIPA (Confédération des industriels et producteurs algériens) et de la Fédération des céramistes dont j’étais le vice-président.
C’est d’ailleurs dans ce cadre que j’ai eu à formaliser un nombre appréciable de réflexions et d’analyses relatives à l’économie algérienne dans ses multiples aspects (soutien aux PME, financement bancaire, fiscalité, relation banque-entreprise, etc…)
Mes préconisations ont toujours pris appui sur le réel, autrement dit sur ma pratique managériale, mes relations avec les institutions économiques et financières nationales, ma connaissance des contraintes de l’économie locale et régionale, etc.
Un regard lucide et exigeant
C’est aussi grâce à l’expérience que j’ai engrangée en qualité de chef d’entreprise, expérience elle-même adossée à ce que je peux qualifier en toute humilité de précieux background historique lié à mon militantisme au sein de la Fédération de France du FLN, que j’ai toujours porté un regard à la fois lucide, objectif, compréhensif mais aussi exigeant sur les acquis, les insuffisances et les perspectives de la gouvernance économique.
J’ai fait face à des contraintes de toutes sortes (bureaucratie, pesanteurs sociales, lenteurs et blocages des dossiers de l’entreprise…) que j’ai dú surmonter pour que la Sarl que je gérais continue de fonctionner, de répondre à la demande de la clientèle en quantité et en qualité, et surtout de préserver coûte que coûte 200 postes d’emplois dans une zone enclavée et économiquement défavorisée.
Cela me permettait de cibler rapidement les goulets d’étranglement de l’écosystème national et du climat des affaires.
Mes multiples propositions à la Cipa étaient pragmatiques, réalistes et toujours accompagnées de modes opératoires précis et fluides.
Malheureusement, pour diverses raisons et obstacles de type bureaucratique (mais pas seulement), la prise en charge des propositions en question au niveau des superstructures institutionnelles a souvent été chahutée voire carrément parasitée.
Cela est d’autant plus déplorable qu’une partie importante des diagnostics et analyses concernés s’inscrivaient dans une démarche prospective à moyen et long terme en lien avec diverses thématiques (réforme bancaire, accompagnement des PME, IDE, partenariat…)
Aujourd’hui, le constat est indiscutable: Les préconisations formulées il y a près de 20 ans restent d’une brûlante actualité.
Il ne me paraît pas excessif ni présomptueux d’affirmer que si elles avaient été prises en considération, cela aurait contribué à réformer bien des secteurs qui en avaient grandement besoin.
La diversification de l’économie nationale que les autorités et tous les opérateurs économiques appellent de leurs voeux depuis au moins deux décennies afin de limiter substantiellement notre dépendance aux hydrocarbures, continue de buter sur une bureaucratie tentaculaire qui sévit à tous les niveaux.
Cette bureaucratie que les plus hauts responsables du pays ne cessent de dénoncer reste omniprésente et omnipotente en dépit des changements opérés périodiquement par le Président de la République au niveau de l’encadrement des ministères, des Wilayas et des entreprises publiques économiques.
Une bureaucratie omnipotente et tentaculaire
Les solutions préconisées ces dernières années pour mettre un terme à la bureaucratie par la numérisation et donc la fluidification du management, des procédures et du traitement des dossiers d’investissement semblent, elles aussi, tenues en échec soit au niveau local soit au niveau central.
En 2022, le Président de la République a dû instruire le Médiateur de la République pour qu’il débloque quelques 3000 projets d’investissement  qui étaient en souffrance dans diverse wilayas.
Cela signifiait clairement que le gouvernement (ministres, walis et divers autres intervenants institutionnels) n’avaient pas fait leur travail.
Peut-on entrevoir positivement les perspectives algériennes alors que des réformes fondamentales (subventions, privatisation de banques publiques, sureffectifs de la fonction publique, gestion locale, assainissement du secteur public, etc) annoncées à maintes reprises, sont systématiquement reportées sine die ?
Des atouts considérables 
Les atouts dont dispose l’Algérie (un potentiel fabuleux de ressources minières, une position géo-stratégique privilégiée, etc.) incitent à l’optimisme s’ils sont exploités rationnellement et pragmatiquement.
La situation financière du pays (réserves de change appréciables et niveau insignifiant de la dette extérieure ) est favorable.
Il ne faut surtout pas céder à la tentation de continuer à distribuer la rente pétrolière sans contreparties.
La poursuite du traitement social de notre économie et de dépenses publiques inconsidérées serait extrêmement préjudiciable voire suicidaire.
Les décisions à prendre concernant les réformes indispensables sont tributaires des arbitrages que l’Etat doit opérer d’abord et avant tout dans sa politique sociale.
On ne saurait zapper cet impératif stratégique sans faire prendre à notre pays des risques considérables d’autant que notre économie n’est pas du tout à l’abri d’un retournement du marché pétrolier et d’un retour à l’endettement extérieur.
C’est cette anticipation que la direction politique du pays gagnerait à engager dans les meilleurs délais pour mettre en evidence les décisions à même de concrétiser les réformes nécessaires dans des conditions socio économiques consensuelles.
S’il existe une réelle volonté politique à cet égard rien ne devrait s’opposer à ce que les objectifs cruciaux pour notre pays se réalisent dans le cadre d’un échéancier précis et de nature à crédibiliser le discours politique et économique des dirigeants.
Anticiper les risques
En d’autres termes, il est absolument nécessaire que les décideurs prennent en compte l’évidente interdépendance du politique et de l’économique pour faire face aux nombreux défis induits par les bouleversements géopolitiques et stratégiques mondiaux auxquels nous assistons et dont certains connaissent une incroyable phase d’accélération.
L’interdépendance du politique et de l’économique renvoie aussi à la perception dans le champ social et médiatique non seulement du discours politique de l’Etat mais également de la pratique économique et du type de réponses que l’on apporte aux diverses préoccupations des citoyens.
La question est de savoir ce qu’il convient de faire et comment il faut le faire pour que s’instaure une réelle confiance entre l’Etat et les citoyens.
Ce rapport à besoin d’être refondé de telle sorte qu’il génère l’adhésion et la participation sincère et volontaire des citoyens à la politique de l’Etat.
Dans cette optique, le fonctionnement des institutions politiques nécessite lui aussi plus qu’un toilettage; il s’agit d’aller réellement vers l’instauration d’une démocratie participative sur la base de règles concertées et fixant des lignes rouges à ne pas franchir.
Enfin, la référence à l’histoire qui semble avoir été figée et circonscrite à des points de repères sans réel impact sur la jeunesse, doit être rénovée si l’on veut qu’elle aide à la compréhension des enjeux actuels et à l’élaboration de projections fiables.
C’est ce travail qu’il convient d’accomplir pour donner aux citoyens, aux jeunes en particulier des raisons de croire vraiment en un avenir meilleur.
Et parce que je suis pour ma part résolument optimiste quant aux perspectives de notre pays, je fais complètement mienne et je partage la citation suivante:
« Les optimistes enrichissent le présent, améliorent l’avenir, contestent l’improbable et atteignent l’impossible ». (William Arthur Ward)
Mohamed Larbi Chikhi dit Babi

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Lire, parler, écrire…

Posté par imsat le 31 octobre 2023

Le sentiment de ne pouvoir dire, comme je le souhaite, ce que je pense profondément de certaines questions existentielles qu’en le formalisant par écrit, c’est quelque chose de récent chez moi, ça n’existait pas avant. Jusqu’à la fin des années 70, c’était même exactement l’inverse. Je n’écrivais pas, je parlais. Mais je n’étais pas le seul dans ce cas. Sisseglingou et Sitchad étaient dans le même état d’esprit. Nous dissertions souvent sur nos lectures respectives et sur les films que nous avions vus. Pour nous, cinéma et littérature étaient intimement liés. Nous leur accordions le même intérêt. Sisseglingou et Sitchad avaient un faible pour les auteurs américains (Norman Mailer, Hemingway, Faulkner…). J’estimais, à tort ou à raison, que c’était une posture de leur part, une « stratégie » qu’ils adoptaient juste pour se démarquer de mes goûts littéraires qu’ils jugeaient excessivement francophiles. Je le leur faisais savoir mais ils prenaient un malin plaisir à continuer de me taquiner en orientant quelquefois nos discussions sur des hommes de lettres scandinaves, tel le dramaturge norvégien Henrik Ibsen, occultant délibérément les écrivains de l’Hexagone. En général, je campais sur mes positions même si j’ai reconnu un jour avoir fini, grâce à eux, par lire et aimer La main coupée, de Blaise Cendrars.

Notre point de jonction, notre élément consensuel, c’était indiscutablement Kateb Yacine pour Nedjma naturellement, mais aussi pour ses engagements, sa façon de vivre, ses audaces. Nous en parlions souvent avec enthousiasme au Spleen dont la terrasse ne désemplissait pas entre 18h et 22h. Nous entretenions nos conversations habituelles par notre lecture assidue des pages littéraires du journal Le Monde qui publiait une fois par semaine des nouvelles d’auteurs connus ou inconnus. C’est ainsi que j’ai découvert Nédim Gürsel en me délectant de sa nouvelle Au seuil de l’hiver, de même que l’écrivain allemand Heinrich Boll (prix Nobel de littérature en 1972) dont le texte Les taches de gras, avait retenu mon attention.

Lamine Bey Chikhi

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Non-adhésion de l’Algérie aux Brics: un échec salutaire ?

Posté par imsat le 27 septembre 2023

Mohamed Larbi Chikhi dit Babi
 « La plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute. » (Confucius)

L’adhésion de notre pays aux Brics ayant été reportée à l’année prochaine si, d’ici là, le processus n’est pas entravé par des facteurs relevant de la « force majeure », que faut-il faire pour effacer définitivement et sérieusement les stigmates de ce que l’opinion publique considère (à tort ?) comme une humiliation ?

Je pourrais certes énoncer un catalogue de propositions économiques, managériales, stratégiques, etc…mais ce faisant je ne me démarquerais pas par rapport à ce que l’on a déjá dit à ce sujet.

J’engage donc ma réflexion vers d’autres pistes en disant pour commencer qu’il faut que nous nous recentrions sur nous-mêmes, non pas pour vivre en autarcie (ce qui serait impossible) mais pour évaluer exhaustivement et honnêtement nos forces, nos atouts mais aussi nos déficiences, nos faiblesses dans tous les domaines.
Dans le sillage de cette évaluation, nous devons reconsidérer notre politique sociale, économique et financière sur la base de nos potentialités et de leur rentabilisation optimale.
Il s’agira également de reprendre pied en Afrique et d’assainir notre rapports avec certains pays.
Peut-on s’inspirer de pays qui ont réussi (il y en a pas mal) ? Oui, mais comparaison n’est pas raison.
La question des mentalités et du contexte historique relativise en effet fortement un tel parallèle.
Un travail considérable reste à effectuer et qui consiste à se remettre en question à tous les niveaux.
C’est une introspection qui s’impose autour d’interrogations fondamentales auxquelles il conviendra d’apporter des réponses sincères, argumentées et performantes.
D’où l’absolue nécessité de confier cette refondation à des compétences avérées, triées sur le volet et totalement indépendantes des tutelles institutionnelles ou des influences politiques et/ou partisanes.
A cet égard, il n’y a pas lieu d’engager un débat national: ce serait un capharnaüm, ça ne marchera pas, on en a déjá fait l’expérience à maintes reprises.
Soyons sérieux et pragmatiques, et faisons en sorte que le brainstorming préconisé soit confié aux meilleurs d’entre-nous pour qu’il débouche sur un grand projet national, un projet lisible, fluide, convaincant, documenté et applicable à brève échéance.
Tourner la page 
Disons-le clairement : Il nous faut aussi tourner la page par rapport à nombre d’aspects liés à notre histoire, et prendre conscience de la chape de plomb qui entrave tout processus visant à une écriture décomplexée de cette histoire.
Que voulons-nous au juste à cet égard ?
L’exposé de cette histoire est-il crédible aux yeux de l’opinion publique, de la jeunesse, des pays étrangers ? Je dis bien l’exposé et non pas l’histoire elle- même…
Allons-nous continuer à mettre en exergue les pages glorieuses de notre histoire et à considérer que cela suffit pour que notre jeunesse en tire une réelle fierté ?
Et d’ailleurs, cette stagnation dans le traitement de l’histoire explique bien des problématiques sociétales, culturelles et identitaires auxquelles les algériens sont confrontés entre eux et dans leurs relations avec le reste du monde sans pouvoir les nommer explicitement et en assumer les répercussions.
Que faire des nombreux non-dits qui affectent la cohabitation, le vivre-ensemble en Algérie ?
On ne saurait occulter ces situations sur lesquelles achoppent systématiquement toutes tentatives de discussion autour d’un vrai projet social dont notre pays a pourtant fortement besoin.
Interrogeons-nous sérieusement, sereinement, intelligemment et avec responsabilité sur la tentation de l’Occident à laquelle cèdent de plus en plus d’Algériens, sur cette attractivité singulière qu’exerce la France sur les algériens.
C’est probablement du traitement analytique de cette thématique que dépend tout le reste. Pourquoi ? Eh bien, parce que cela devrait nous interpeller au regard de l’histoire.
Si l’on continue de faire l’impasse sur cette corrélation structurelle et donc stratégique entre, d’une part, le souhait d’une majorité d’algériens de pouvoir quitter l’Algérie pour aller vivre sous d’autres cieux (principalement en France pour moult raisons) et, d’autre part, les leçons objectives de l’histoire, alors notre pays ne pourra pas émerger sur le plan économique national et international ni s’imposer réellement dans le système relationnel mondial.
ML. Chikhi
 

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« On ne se souvient pas des jours, on se souvient des instants »(Cesare Pavese)

Posté par imsat le 19 septembre 2023

Je croyais avoir tout dit ou presque au sujet de mes conversations avec ma mère.
Eh bien, 13 ans après sa disparition (19 septembre 2010), je me rends compte que tel n’est pas le cas.
Paix à son âme. Allah yerhamha.
L’absence, c’est le vide mais c’est aussi la quasi impossibilité de donner à une myriade de mots le même sens qu’autrefois, autrement dit le vrai sens.
Ces mots (convivialité, écoute, savoir-vivre, échange, compréhension, attention, humilité,  considération, tact…) ont certes toujours leur place dans le dictionnaire.
Cependant, dans les faits, ils ne sont plus incarnés. Pour moi, ils existaient à travers ce que ma mère disait et donnait à voir au quotidien. Oui, je me souviens des instants dont parle Pavese. Pas seulement de ceux que je passais avec elle. Je me remémore aussi ses conversations toujours détendues, agréables et joyeuses avec ses soeurs, certaines de ses cousines et quelques autres membres de notre famille. Mes flash-back sont les mêmes : ils mettent en exergue des moments délicieux que je visualise toujours avec émerveillement tout en sachant qu’ils sont révolus, impossibles à reconduire, à revivre. Est-ce excessif de réduire ainsi à néant les perspectives ? Non, puisque le constat est palpable, évident, indiscutable.
Et il l’est non seulement dans la proximité immédiate mais également dans la société.
Je mentirais si j’édulcorais la réalité à travers des propos fictifs et illusoires. Comment l’expliquer ?
Y a- t-il un rapport avec l’histoire ?
Oui, avec l’histoire appréhendée dans toutes ses dimensions (individuelle, familiale, sociale, nationale…)
Et c’est notamment parce que nombre de qualités et de valeurs morales (parmi lesquelles la conscience, le sens des choses et celui des nuances, d’ailleurs souvent évoqués par ma mère) ont cessé d’être ou sont devenues marginales et rarissimes, que le traitement de bien des problématiques connectées à l’histoire avec un grand H est généralement complètement faussé, d’autant que chaque intervenant croit détenir la vérité absolue. C’est aussi ce qui permet de comprendre en partie les tentations communes consuméristes et matérialistes qui n’épargnent presque personne. Que faire ? Raviver le souvenir des séquences heureuses. En écrivant. Car écrire, c’est aussi se souvenir. C’est une quête individuelle de la quintessence. Une quête sélective d’une haute exigence intellectuelle et spirituelle dans un contexte plombé par le bruit et la fureur du monde.
Lamine Bey Chikhi
 
 

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60 ans après l’indépendance…

Posté par imsat le 5 septembre 2023

1- La gouvernance politique
Mohamed Larbi Chikhi dit Babi
La gouvernance politique du pays a été fortement impactée dès les premiers mois de l’indépendance par les tiraillements entre les différents groupes rivaux potentiellement éligibles au pouvoir, mais aussi par le diktat de l’armée des frontières.
Ces faits sont connus de même que les dérives d’un régime qui ambitionnait de répondre aux besoins immenses du peuple alors que les moyens disponibles étaient réduits à la portion congrue, mais qui, dans le même temps, et pour d’étroites considérations politiciennes, allait très vite évoluer vers le culte de la personnalité, l’autoritarisme, la centralisation des décisions et surtout la concentration des pouvoirs entre les mains du Président Ben Bella.
 Le discours politique à la fois populiste et irréaliste finit par montrer ses limites d’autant que le processus d’un règlement de comptes entre diverses personnalités et divers clans dont celui de Boumediene ne faisait plus de doute, favorisant ainsi les signes avant-coureurs du coup d’Etat du 19 juin 1965.
Il ne paraît pas nécessaire de s’appesantir sur ces séquences qui sont de notoriété publique.
En revanche, ce qu’il est intéressant de relever, avec le recul, c’est la dimension historique du système politique, autrement dit les bases fondamentales ou les constantes d’un pouvoir dont la nature n’a guère varié depuis 1962 malgré des toilettages purement formels.
Chacun des présidents qui se sont succédé a souhaité avoir et a obtenu sa constitution, mais les caractéristiques cardinales du système sont restées en l’état, à savoir centralisation du pouvoir, prééminence de l’armée dans la prise des décisions stratégiques, autoritarisme, cooptation et clientélisme dans la nomination aux postes supérieurs, « équilibrisme » régional dans la distribution de ces postes…
La gouvernance politique est aussi intimement liée à la question de la légitimité.
Son fondement a longtemps été connecté à la légitimité révolutionnaire qui est en même temps adossée à une certaine vision de l’histoire.
De ce point de vue, il y a un continuité que les tenants du pouvoir ne se sont jamais privés d’invoquer notamment à la faveur de nombre d’événements commémoratifs.
On a  bien tenté l’ouverture démocratique après octobre 1988 via les élections communales de 1989 remportées massivement par le FIS, et on s’en est servi justement pour conférer une façade constitutionnelle et libérale à la politique du pouvoir.
Vinrent ensuite les législatives de 1992 dont le premier tour fut remporté par le FIS, puis l’interruption du processus électoral prélude à une décennie noire meurtrière (200 mille morts) et socio économiquement destructrice.
Chat échaudé craint l’eau froide.
Il n’est plus question de démocratie d’autant que l’Etat-nation a failli disparaître durant la décennie noire si l’armée n’était pas intervenue pour stopper les ambitions des islamistes.
Aujourd’hui, nous retrouvons des variantes du discours renvoyant à la légitimité historique, discours que l’on convoque lorsqu’il s’agit par exemple des questions mémorielles, du rapport à la France, de l’écriture de l’histoire, etc.
Ce rapport à l’histoire reste problématique et marque d’une certaine façon la difficulté à en faire une approche dynamique précisément et au moins dans son écriture.
 Il y a une redondance dans les revendications et quelques incohérences dans leur formulation, ce qui n’est pas sans conséquence sur notre relation avec la France où des courants politiques (droite et extrême droite) évoquent une rente mémorielle qui serait exploitée par les dirigeants algériens.
Macron lui-même s’était interrogé sur cet aspect et sur l’existence d’une nation algérienne avant 1830…
ML. Chikhi

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60 ans après l’indépendance…

Posté par imsat le 18 août 2023

60 ans aprés l’indépendance…
Mohamed Larbi Chikhi dit Babi
Quelle appréciation générale serais-je en droit de formuler au sujet de l’évolution de l’Algérie au triple plan politique, socio économique et culturel ainsi qu’à l’international, 60 ans après l’indépendance du pays ?
Il ne s’agit pas à proprement parler de dresser un bilan et de mettre en avant les acquis, le positif et le négatif ni de faire le panégyrique des gouvernements qui se sont succédé à la tête de l’Etat depuis 1962.
Une telle démarche serait fastidieuse et viendrait s’ajouter inutilement à bien des témoignages émanant d’anciens militants de la Fédération de France.
Le principe éthique cardinal sur lequel je souhaiterais continuer à fonder mon propos, c’est la sincérité.
« La chose la plus difficile quand on a commencé d’écrire, c’est d’être sincère »
Eh bien, je fais mienne cette belle citation d’André Gide.
Je ne m’en suis d’ailleurs jamais démarqué, et c’est pourquoi je considère qu’il faut dire les choses sans céder à la tentation de l’arrangement hypocrite, de la compromission ou de la mystification.
Il faut répondre à l’exigence de vérité qui est tout à la fois une exigence d’objectivité et de conformité aux valeurs morales qui ont animé et guidé ceux qui ont participé de diverses façons à la  guerre de libération nationale.
Le devoir de vérité s’impose d’autant plus que les conjonctures nationales et géopolitiques internationales connaissent depuis quelques années de profonds bouleversements (nouvelles alliances, recentrages, redéploiements stratégiques…) processus que la guerre en Ukraine est en train d’accélérer.
Il n’est donc plus question de procéder à des évaluations excessivement  » diplomatiques  » ni d’adopter des positions trop médianes alors que tout incite à développer des politiques audacieuses, proactives et prospectives sur la base d’une mise en exergue réaliste de l’ensemble de nos atouts, de nos potentialités…
Je déclinerai mes observations sur nombre de thématiques, et je le ferai en toute modestie et en nuançant le propos là où il convient.
Je le précise ainsi parce que j’ai constaté (peut-être ne suis-je pas le seul dans ce cas) qu’une tendance lourde s’était développée en Algérie depuis trois ou quatre décennies en matière de réflexion intellectuelle et stratégique. Il s’agit d’une propension à vouloir imposer son point de vue à autrui, à refuser la vraie  concertation, le dialogue respectueux de l’autre, et en somme à croire que l’on détient la vérité absolue…
Et cette caractéristique affecte toutes les catégories sociales, les élites, les responsables politiques, les managers, etc.
Mes constats, mes remarques sur ces soixante dernières années induiront nécessairement des questionnements de toutes sortes.
Mon souhait est que ces questionnements et les réponses auxquelles ils donneront lieu puissent contribuer à une perception pragmatique et dynamique des problématiques et des perspectives algériennes.
ML Chikhi

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Retour à Alger et nouvelles missions

Posté par imsat le 30 juillet 2023

Retour à Alger et nouvelles missions
Mohamed Larbi Chikhi dit Babi

 

Après avoir assaini la situation au niveau de l’Amicale à Paris, et de retour définitivement à Alger, je suis désigné au département de l’Émigration du FLN en qualité de responsable de zone sous l’autorité de Chérif Belkacem Coordinateur du Secrétariat exécutif du Parti.

L’objectif du Parti était de mettre en application les recommandations et les résolutions du séminaire sur l’émigration tenu en Août 1966.

Organiser et fédérer l’émigration: un enjeu stratégique

Je me suis immédiatement mis au travail, notamment en rendant visite à certaines institutions qui avaient un rapport direct avec l’émigration, comme par exemple, le Ministère du Travail.

Mazouzi, le ministre du Travail, était un homme très affable et compréhensif, il nous avait marqué son accord quant à toute aide dont nous aurions besoin d’autant qu’il était déjà en train de réfléchir aux négociations avec les autorités françaises visant à définir un cadre politique et juridique pour protéger notre émigration.

Il était donc preneur de toute proposition venant du Parti avec le concours de Elhabib Djaffari chef de Cabinet de Chérif Belkacem et Si Larabi président de la Chambre de commerce ainsi que d’autres cadres qui avaient participé au séminaire sur l’émigration.

Une commission économique fut installée au siège même de la Chambre de commerce, ensuite dans nos propres locaux, des sous-commissions furent aussi mises en place pour travailler sur les autres questions economiques et sociales.

Dans le cadre des missions assignées, pour le recrutement des compétences dont nous avions besoin, j’avais réussi à mobiliser une cinquantaine de cadres de haut niveau, parmi lesquels  Mehanni Mohamed docteur en démographie, ancien élève d’Alfred Sauvy agrégé de sociologie et grand démographe, et Ferhat Lounès ingénieur en statistiques, devenu par la suite président du CNES puis ambassadeur d’Algérie à Bruxelles avant de finir sa carrière comme ambassadeur aux Seychelles.

La composante de l’equipe que j’avais réunie à Paris autour de l’idée du séminaire  sur l’émigration venait de différents horizons professionnels. Le groupe a pesé par ses préconisations novatrices et révolutionnaires sur les autorités de l’époque. Les propositions avancées se fondaient sur un diagnostic exhaustif et sans complaisance de notre émigration.

C’est du reste dans ce sillage que le ministère des Affaires étrangères a commencé à prendre à bras le corps  les préoccupations de l’émigration.

Au bout de quelques mois, un rapport fut élaboré et soumis au Président. Suite à quoi, chaque Ministre avait été rendu destinataire du même document.

Après une année de réunions, de mises au point, nous voilà réunis au Club des Pins.

Août 1966, Journée inaugurale du séminaire et premier grand discours de Houari Boumediene en présence des membres du Conseil de la Révolution et de nos participants.

Les travaux vont durer une bonne semaine. La clôture est présidée par Chérif Belkacem.

L’Amicale a organisé d’autres séminaires par la suite pour ancrer la tradition de l’existence de l’émigration.

Sur le terrain, les problèmes qui se posaient alors étaient bien loin de la vision que nous en avions quand nous étions en France. Il nous a fallu faire preuve de pragmatisme et affronter les réalités telles qu’elles se présentaient : Une lutte sourde pour le pouvoir commençait à se faire jour en l’absence d’institutions élues.

Le Conseil de la Révolution était le seul organe qui se réunissait épisodiquement pour trancher les conflits qui naissaient par ci par là, et  annonçer une feuille de route à chaque fois que nécessaire.

Traiter les problèmes en fonction des moyens disponibles

Les dossiers qu’il fallait régler au quotidien étaient légion, et pour tout dire, au dessus des moyens disponibles au sein des structures du Parti qui éprouvaient de grandes difficultés à prendre en charge les desiderata multiformes du peuple.

J’ai eu à le constater aussi bien en tant que collaborateur de Chérif Belkacem que comme chef du  protocole de Kaid Ahmed avant de rejoindre successivement Slimane Hoffman à la wilaya d’Alger puis la Présidence à l’époque de Boumediene.

Aujourdhui, il faut rendre un grand hommage à la fois à notre peuple qui fut très sage, et aux hommes politiques de cette époque qui ont su gérer cette période en produisant de l’enthousiasme et de l’espoir malgre l’absence de moyens…

Pour en revenir à la gestion consulaire de l’émigration, je dois dire que le Département des Affaires étrangères a marqué de son empreinte l’exercice de cette activité. L’Etat algérien entendait ainsi consolider l’encadrement de la diaspora algérienne et marquer une continuité historique en la matière.

Il est regrettable de constater aujourd’hui, la persistance de pesanteurs et de toutes sortes d’obstacles qui compliquent les problématiques de notre diaspora, en dépit des efforts des autorités algériennes visant à améliorer sa situation.

Le thème de l’immigration revient sur le devant de la scène en France, il ne manquera pas d’influer sur les débats politiques à quelques mois de la présentation devant le Parlement du projet de loi sur ce sujet.
De leur côté, les autorités algériennes réaffirment périodiquement l’attention et l’intérêt qu’elles portent à la situation socio économique, de notre diaspora, notamment en France.
Les discussions qui auront lieu autour du projet de loi sur l’immigration impacteront certainement cette situation, d’une façon ou d’une autre.
L’Algérie aura par conséquent à reconsidérer son approche sur cette question non seulement en tenant compte d’un certain nombre de facteurs objectifs allant dans le sens d’une validation des changements qui interviendront en France, mais également en adoptant une politique plus réaliste et sans doute aussi plus inventive vis-à-vis de nos ressortissants établis en France.
ML.CHIKHI

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Batna, 1956-1957 : une résistance active, exigeante, périlleuse…

Posté par imsat le 29 juin 2023

Batna, 1956-1957
 
 
Une résistance active, exigeante, périlleuse…
 
 
Mohamed Larbi CHIKHI dit Babi
Avant mon départ de Batna en février 1957, plusieurs cellules se sont mises en place d’une façon quasi spontanée.
Il y avait d’abord peu de coordination entre elles compte tenu de la méfiance qui régnait à l’époque. Les choses évoluèrent progressivement.

Il fallait à tout prix consolider chaque jour davantage les éléments qui combattaient, et faire en sorte que les activités que nous menions restent secrètes et confidentielles. La moindre erreur, la moindre négligence pouvait coûter cher en arrestations et en pertes humaines.

La discipline instaurée pour anticiper ces risques était rigoureuse parce que dictée par un contexte extrêmement difficile lui-même impacté par la politique répressive des services de securité français.

En dépit des précautions que nous prenions individuellement et collectivement, nous savions que le risque zéro n’existait pas.

Au demeurant, nous n’allions pas tarder à nous en rendre compte concrètement en apprenant l’arrestation de Rachid Bouabdallah, suite à une dénonciation.

Rachid Bouabdallah, Salah Nezzar, Abdessemed Abdelmadjid…

Bouabdallah torturé fut soigné par le Dr Verdès dans sa clinique clandestinement et échappa miraculeusement à une mort certaine.Et c’est encore le Dr Verdès qui le fera évacuer vers la France dans un état encore catastrophique, précisément  à St Denis où il fut hébergé pendant sa convalescence.

Rachid Bouabdallah et moi étions voisins, nous habitions le quartier du Stand. Comme moi, il n’appartenait à aucune cellule organisée, il exécutait les missions qu’il recevait, jusqu’à son arrestation. Il fut évacué sur la Tunisie. A l’indépendance il retrouvera Batna et occupera d’importants postes dans l’administration. Il a notamment dirigé le club de football, le Chabab de Batna.

A Alger, il a postulé pour le poste de président de la Fédération algérienne de football mais, découvrant les manigances et les traquenards de la mafia de l’époque, il se retirera. Cela ne m’a pas du tout étonné, je le savais intégre, honnête et n’ayant jamais cédé à la tentation des combines ou des privilèges.

Il vit à Alger avec sa petite famille comme tous les braves en restant fermement attaché aux serments de la lutte de libération.

Si j’évoque les circonstances de son arrestation suite à une dénonciation, c’est également pour rappeler que l’inexpérience de nombre de nos éléments dans l’action militante a été elle aussi préjudiciable.

La jeunesse en a d’ailleurs fait les frais.  Beaucoup de nos éléments sont morts stupidement par manque d’expérience et de vigilance.Je pense notamment aux frères Bouabssa tombés dans une embuscade de GMPR et d’autres avec eux (nos ainés étaient déjà à djebel bouerif.)

Je n’oublie évidemment pas  Salah Nezzar déserteur de l’armée française de retour d’Indochine mais qui, lui, fera parler la poudre dans la région.

Nezzar était militaire, je l’ai rencontré à son retour d’Indochine, une ou deux fois cantonné dans la région avec ses troupes françaises et algériennes, il déserta en laissant sur le carreau des dizaines de soldats. Le frère de Nezzar, brigadier de police, avait loué un magasin à mon père à l’entrée de l’hôtel, qu’il a transformé en salon de coiffure, ses autres frères avaient été incorporés dans l’armée française et le plus jeune poursuivait des études en Egypte, ils étaient très proches de nous.

Le travail de mobilisation se poursuivait en dépit des risques de toutes sortes. Le peu d’élites intellectuelles a rejoint l’organisation pour que la flamme de la résistance reste malgré tout allumée.

L’atmosphère était fébrile, les perspectives  incertaines, il fallait redoubler de vigilance d’autant que des mesures sécuritaires exceptionnelles furent prises par les services de police.

Des policiers algériens que mon père hébergeait dans son hôtel me tenaient au courant de la situation, notamment un certain Matougui originaIre de Khroub.

Je pense que lorsqu’ils ont su que j’étais parti, ils ont dû pousser un ouf de soulagement.

Les commerçants que nous contactions vivaient quant à eux un cauchemar, ils étaient sous pression parce que nous les sollicitions régulièrement pour des boîtes de sardines, des grosses boîtes de confitures et autres produits alimentaires. On ramassait la moindre subsistance, l’essentiel était de faire parvenir au front des colis homogènes, transportables à dos de mulet ou sur des vélos, ce que faisait Abdelmadjid Abdessemed quand il passait au café de mon père où nous préparions les paquets.

Quand je gérais le café de mon père, j’étais en contact direct avec les maquis de la région. Chaque matin, je rencontrais les mêmes personnes. Abdessemed  qui travaillait pour mon père, touchait un peu à tout. Tous les après-midi, il partait avec des provisions que je stockais à l’hôtel en attendant leur acheminement au profit de nos maquisards.

Hadj Lakhdar coordonnait tout

La plupart de nos contacts agissaient pour le compte des maquis à des échelons subalternes  mais toujours avec l’accord de Hadj Lakhdar, commandant de la région qui, lui-même, contactait des amis proches pour leur demander telle ou telle chose, comme dans le cas de la paire de jumelles que j’avais ramenée de Constantine et que j’ai remise à Bendiab, photographe à Batna.

Avant son engagement pour la lutte de libération nationale, Hadj Lakhdar était un citoyen ordinaire, il conduisait son propre camion et faisait  du transport public.

Au maquis, personne n’osait l’approcher, il était austère, autoritaire et ne manquait pas de charisme; il était en phase avec les exigences organisationnelles, stratégiques et disciplinaires de la révolution. Sa garde rapprochée barrait la route à toute  personne qui n’avait pas à faire avec lui. Ses ordres étaient exécutés  sur le champ. Il n’y avait pas lieu d’épiloguer. Il se déplaçait en permanence. On n’avait pas intérêt à demander après lui, même  dans la montagne, le silence était quasi total,  la plupart des djounouds parlaient en chaouiya.

Le seul message reçu de lui m’enjoignait de rejoindre El ouidadia en France (la Fédération de France du FLN ) . Il disait:  » On a besoin d’eux là- bas. » Je ne savais même  pas ce que cela signifiait jusqu’à ce que cheikh Youcef, commissaire politique, se charge  de m’expliquer la mission.

J’ai quitté Batna avec la complicité de Maître Sisbane qui m’a convoyé jusqu’à Alger où j’ai pris un Breguet deux ponts chargé d’émigrés, le 27-02-1957. On sortait de la grève des huit jours avec l’autorisation de Hadj Lakhdar qui avait déjà une connaissance du terrain de l’émigration et de l’adhésion des émigrés à la lutte.

Il faut préciser que durant la période 55/56 et début 1957, les actions étaient menées par des volontaires, qui exécutaient une mission ciblée et regagnaient aussitôt les maquis. Il était  impossible de tenir à Batna, la délation était partout, impossible de survivre plus de deux mois sans se faire repérer ou arrêter.

C’est d’ailleurs dans ce contexte périlleux que Si Mokhtar fut enlevé par la Main rouge, disparaissant à jamais.

La boulangerie de mon père

La boulangerie que mon père gérait avec une vieille française avant son acquisition, était mise à rude épreuve puisque sollicitée à la fois par ses clients habituels et pour répondre à la demande des contacts qui acheminaient le pain vers le maquis.

Souvent, au petit matin, nos clients ne trouvaient pas beaucoup de pain et se posaient la question. Si Mokhtar prétextait des coupures de courant, une pénurie de levure, etc.

Mais en réalité, la balle de pains travaillée avait déjà pris la route pour le djebel.

Située à la sortie de la ville, sur la route de Lambèse, notre position était stratégique. En moins d’une demi-heure, les miches de pain transitaient par une petite fermette que nous possédions. Mon père ballotait entre vendre des lots de terrain et se chamailler avec le maire de la ville qui souvent lui refusait des lotissements en le faisant chanter pour céder des lots au profit de la ville afin de construire un centre de formation ou une école.

Les parcelles de terre convoitées par le maire faisaient partie de la cité qui portait notre nom. A ce jour, on l’appelle encore cité Chikhi malgré les tentatives de sa débaptisation qui ont toutes  échoué.

Le nom de notre famille restera à jamais gravé dans la mémoire de ceux qui nous ont aimés et respectés.

ML. CHIKHI 

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Prison de Montluc

Posté par imsat le 30 mai 2023

Prison de Montluc, Lyon
L’incontournable évocation des militants algériens guillotinés
Mohamed Larbi CHIKHI dit Babi
Les propos tenus par le Président de la République Française Emmanuel Macron à la Prison de Montluc à l’occasion de la fête de la victoire du 08 mai 1945 sur la barbarie Nazie nous offrent l’opportunité de revenir sur un fait historique impliquant nombre de compatriotes algériens.
Il est vrai que la prison de Montluc fut un centre de torture et de liquidation des patriotes de l’ombre qui ont mené un combat sans merci contre la Gestapo Lyonnaise. Jean Moulin, chef de la résistance intérieure, fut arrêté et torturé à mort dans cette prison, sur les murs de laquelle les noms des supliciés figurent encore.

Mais le hasard de l’histoire va encore rappeler au Président français que des Algériens furent aussi détenus dans ce lieu sinistre où la machine infernale a fait ses preuves dans la cour de cette prison plus d’une dizaine de fois pendant notre révolution.

A mon arrivée à Lyon où je fus muté par la direction de la Fédération de France, j’avais pour mission de remettre l’organisation en place car elle venait d’être décapitée.

Mes prédécesseurs n’avaient pas eu le temps de prendre contact avec le peu de cadres encore en liberté qu’ils furent encerclés par la police Lyonnaise.

Le piège s’est refermé sur eux au Parc de la Tête d’or fin 1961.

Avec Braik dit yeux bleus, nous échappâmes de justesse à l’arrestation car nous avions eu la chance de sauter dans un train juste avant celui que nous devions réellement prendre, sans aucun bagage.

Dès notre arrivée à Lyon-Perrache, nous avons préféré rester sur place, en attendant le contact chargé de nous récupérer.

C’est à ce moment que les policiers en civil se sont installés à la sortie du quai de la gare; Braik a vite compris qu’il fallait déguerpir immédiatement et rejoindre le point de chute qui nous avait été communiqué à Paris, en l’occurrence le siège de la CFTC où était hébergée la section de L’AGTA, section de l’UGTA, tolérée en France.

Nous sommes tombés nez à nez avec cheikh Ahmed qui se préparait à venir nous récupérer à la gare avec un adhérent du syndicat AGTA.

Après les explications sur notre avance, il fallait régler le problème de notre départ des lieux. Le siège de la CFTC place des terreaux étant surveillé par des policiers en civil. Là aussi, la chance continue à nous sourire grâce à une pluie battante, les policiers sont rentrés se réfugier dans un bistrot en contre-bas du siège de la CFTC.

C’est ce jour-là que j’ai entendu le nom de cette prison. Cheikh Ahmed nous rassure : « ce n’est pas ce soir que vous allez coucher à Montluc… »nous dit-il. Il se chargea de piloter Braik dit yeux bleus.

Quant à moi, le secrétaire de la CFTC me convia à passer la nuit chez lui après avoir traversé une bonne partie du centre de la ville de Lyon sous une pluie diluvienne.

Montluc, ce n’était pas un cinq étoiles

L’histoire de la prison de Montluc m’a été relatée au cours de cette nuit par mon bienfaiteur à l’occasion de cette rencontre, après lui avoir demandé des éclaircissements sur la boutade de cheik Ahmed, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas d’un cinq étoiles.

Pendant tout mon séjour, je n’ai pas eu l’occasion de passer à côté de ce lieu que je qualifierai à nouveau de sinistre.

Du point de vue mémoriel, l’histoire doit retenir à propos de la prison de Montluc que ce lieu nous appartient au même titre que le Vel d’hiv. En tout cas, il ne nous est pas du tout indifférent.

Les partisans y ont subi les pires tortures de la part de la Gestapo avec à sa tête Klaus Barbie qui fut le tortionnaire de Jean Moulin héros de la résistance française.

Klaus Barbie en France et Aussarrès en Algérie

Il y a eu Klaus Barbie en France entre 1940 et 1945 mais il y a eu en Algérie, 10 ans plus tard, le général tortionnaire Aussarrès l’assassin de Larbi Ben Mhidi héros de la révolution Algérienne.

En rendant hommage à Jean Moulin au Mémorial National de la Prison de Montluc, et en transformant celle-ci en musée de l’histoire de la résistance française, le gouvernement français se devait d’évoquer les résistants algériens qui furent actifs parmi les maquisards pendant la deuxième guerre mondiale.

A ces résistants de cette époque, il faut ajouter les suppliciés Algériens, guillotinés à Montluc, pendant la guerre de libération nationale 1954-1962.

Le chant des partisans et Mine Djibalina …

Souvent, pour regagner le domicile de ma fille, et alors que je longeais les murs de la prison, j’avais l’impression d’entendre des voix monter au ciel en entonnant le chant des partisans de l’ombre « Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines.. « mêlé au chant des patriotes algériens « Mine djibelina… » accompagnant nos condamnés à l’échafaud de Montluc.

Le souvenir de cette hécatombe est resté vivace dans nos mémoires

Il faut rappeler que les riverains de ce lieu fuyaient à la campagne lorsqu’ils savaient qu’une exécution était programmée, pour ne pas entendre l’horrible bruit du couperet, bruit à vous glacer le sang.

Il est vrai que cet endroit sinistre devrait être rasé comme le fut le Vel d’hiv mais ce n’est pas la conception historique de la France.

On n’oublie rien !

Passer l’éponge, c’est sans doute un geste qui ne coûte pas cher, mais, aujourd’hui, les nouvelles générations demandent à connaitre le pourquoi du comment de ce déchainement de folie contre un peuple qui ne revendiquait que son droit à une existence digne.

Nous sommes tentés d’interpeller le président Macron et lui demander :  » Au nom de qui a t-on guillotiné les enfants d’un peuple qui ne vous ressemble pas ? Comment oser venir sur ces lieux et parler de barbarie nazie, en foulant toute honte bue le sol de la prison, sur lequel le sang de nos martyrs n’a pas encore séché ? »

On le rappellera autant de fois qu’il est nécessaire jusqu’au jour où la France officielle reconnaitra ses crimes vis à vis de ma communauté, jusqu’au jour où la repentance deviendra une évidence.

Mon pays n’a pas hésité à inscrire en lettres d’or les noms des militants français qui ont risqué leur vie pour l’Algérie, sur un mur du monument aux morts de la capitale algérienne afin que nos générations à venir effacent de leur cœur toute haine vis à vis de la France, et pour que ne subsiste aucun remords ni amertume.

A l’occasion de mon retour à Lyon au début de l’année 1965, pour à nouveau mettre en garde nombre de cadres de notre émigration contre les démons de la division que manifestaient les mêmes éléments de 1962, je me rendis compte que l’histoire se répétait. Absi larbi est devenu président de l’Amicale des algériens en France pour le compte de Ben Bella, dont il était le plus proche collaborateur politique.

Revenu plus tard, dans les années 1990, pour inscrire ma cadette à l’université catholique, j’en ai profité pour revisiter le camp de Thol avec mes enfants puis le Vercors où tant de jeunes sont morts, maquisards sans aucune expérience, avec peu d’armes (les parachutages promis pas arrivés ou parvenus bien trop tard), et encerclés puis laminés les uns après les autres de façon impitoyable par la Gestapo.

Un monument est érigé au pied du Vercors portant l’inscription suivante : ‘Là où je meurs, renaît la patrie »

Les martyrs algériens étaient eux aussi jeunes.

Ecrire l’histoire 

Il faut rappeler que c’est sous le général de Gaulle que furent guillotinés nos meilleurs éléments du groupe du choc de l’organisation.

De Gaulle n’a arrêté sa démarche criminelle que sous la pression de l’opinion publique et des manifestations du 17 octobre 1961 qui ont fini par le convaincre que les carottes étaient cuites.

Plus il tardera à se débarrasser du fardeau Algérien, plus il mettra en danger son pouvoir et sa politique de redressement de l’économie de la France. Les négociations d’Évian ont traîné en longueur et buteront sur la question du Sahara que les français voulaient garder sous leur souveraineté.

De Gaulle donnera alors un ultimatum à Joxe pour activer la signature des accords d’Évian avec la délégation Algérienne. La France traînera à jamais cette tâche sombre de son histoire, et les nombreux crimes commis pendant toute la colonisation.

L’écriture de l’histoire est un processus complexe parce qu’elle suscite souvent des lectures et des analyses divergentes.

C’est le cas de l’histoire de la guerre d’Algérie.

Et notre effort doit tendre à en favoriser la compréhension en y apportant le maximum d’éléments d’information dont nous disposons, nonobstant l’ambitieuse mission confiée à la Commission mixte algéro-française désignée par les Présidents Tebboune et Macron.
Notre souhait est de parvenir notamment à la reconnaîssance du génocide du peuple algérien aux yeux de la communauté internationale. Cette exigence historique n’est pas négociable.

L’histoire retiendra aussi que c’est le gouvernement Michel Debré avec ses acolytes Frey ministre de l’intérieur et Papon préfet de police, et sous leur autorité que furent prononcées et exécutées les sentences des tribunaux militaires instaurés par les lois 56268 et 56269 stipulant que sont condamnés à mort tous les fidayîn pris les armes à la main sans instructions préalables.

C’est ainsi que 45 condamnations à mort furent prononcées et 25 exécutées, dont onze à la prison Montluc Lyon.

Je citerai pour mémoire les noms de mes compatriotes guillotinés.

- Bellil abdallah, 7 juin 1959, prison de Dijon

- Hasnaoui Mohamed, 26 septembre de Dijon

- Sadani Mokrane, 5 juillet 1959, prison de Dijon

- Benzouzou Mohamed, 26 septembre 1959, Fort Montluc, Lyon

- Ait Rabah Mouloud, 23 février 1960, Fort Montluc, Lyon

- Cherhari Ahmed, exécuté le même jour au même lieu

- Karouch Ahmed, 17 mars 1960, Fort Montluc, Lyon

- Guelma Mohamed, 5 avril 1960, prison de Dijon

- Feghoul Mohamed, le même jour, au Fort Montluc, Lyon

- Menaï Brahim, le même jour également, et même lieu

- Mokrani Mahmoud, 8 juillet 1960, Fort Montluc

- Boukhemis Taffer, 9 juillet 1960, Fort Montluc

- Lakhlifi Abderahmane, 30 juillet 1960, Fort Montluc

- Bougandoura Miloud, 5 août 1960, Fort Montluc

- Harmoulate Boucetta

 

Il faut absolument écrire l’histoire de ces martyrs mais également celle des 150 000 algériens qui ont combattu le nazisme durant le second conflit mondial (16000 d’entre-eux sont morts ou portés disparus).

On ne peut pas, on ne doit pas passer cette page de l’histoire par pertes et profits. Les jeunes générations doivent en prendre connaissance. C’est un impératif à la fois mémoriel, culturel et civilisationnel.

ML CHIKHI

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14 juillet 1958, des jeunes algériens défient le pouvoir français…

Posté par imsat le 27 avril 2023

14 juillet 1958, sur les Champs Elysées, des jeunes algériens défient le pouvoir français

Mohamed Larbi Chikhi dit Babi

Aussi incroyable que cela puisse paraître, Le 14 juillet 1958, le FLN s’est bel et bien invité sur les Champs Elysées, souhaitant à sa manière la bienvenue à De Gaulle alors Président du Conseil à côté de René Coty, Président de la République Française.

A cette occasion, il était prévu que l’un et l’autre entendraient de la bouche de 2000 jeunes Algériens venus d’Algérie pour la circonstance défiler sur les Champs Elysées, et crier à gorges déployées  » Vive la France ! »

Ce sont les services spéciaux qui ont organisé l’événement avec l’aide de la SAS, la SAU et la DST. Par inadvertance, ils y ont associé des éléments de l’organisation FLN de Constantine qui avaient veillé au travail de mobilisation pendant les regroupements et les différentes traversées auprès des éléments sûrs.

Il était difficile de garder le secret de l’opération jusqu’au jour J malgré l’encadrement et l’isolement des futurs manifestants d’autant que ces jeunes avaient subi un matraquage psychologique et des promesses de divers ordres.

On comptait très peu d’étudiants parmi eux, il y avait surtout des jeunes en rupture scolaire parmi ceux qui avaient été recrutés à la périphérie urbaine, des sans-emplois, dans un contexte sécuritaire marqué par la répression malgré la fraternité de façade affichée le 13 mai 1958.

Fort heureusement, cette mascarade n’aura pas lieu et ce, grâce à la vigilance de la Fédération de France qui, alertée par l’organisation du FLN de Constantine, va prendre en main le véritable déroulement des opérations et provoquer un tollé au sein des délégations étrangères qui assistaient au défilé annonçant le retour de De Gaulle au pouvoir.

En effet, le préfet Papon précédemment en poste à Constantine -où il ne laissera pas de bons souvenirs- cherchant surtout à se mettre en valeur auprès des autorités de Paris, eut l’idée saugrenue de faire venir de Constantine et ses environs les 2000 jeunes « français musulmans » à qui on allait demander de crier vive la France et agiter des drapeaux tricolores sur les Champs Elysées.

La Fédération avait tout prévu

Ceux qui étaient chargés d’encadrer ces jeunes à Paris n’ont pas hésité un seul instant à rapidement prendre contact avec l’organisation et rendre compte des consignes qui leur furent communiquées.

Pour l’organisation se posa le problème de leur prise en charge et de leur évacuation par la suite.
A ce stade de la préparation de l’action du 25 aout 1958, le risque était trop gros. Il fallait donc jouer avec les mêmes armes que Papon voulait utiliser contre nous.

Nous allons manifester, certes, mais nous allons crier Algérie Algérienne et agiter le drapeau algérien que l’on a pu fabriquer en très peu de temps; ce drapeau que le monde entier a pu voir et observer, outre le chaos psychologique que nos jeunes ont créé avant de se disperser dans la nature pour la plupart. Beaucoup parmi eux furent d’ailleurs récupérés par l’organisation.
Les responsables furent évacués d’abord vers l’Allemagne où ils furent pris en charge par le représentant du FLN, Hafid Kéramane qui organisa leur départ vers la Tunisie via l’Italie.
Cet événement continue hélas d’être ignoré par nos historiens à l’instar de la manifestation du14 juillet 1953 où tombèrent six de nos frères et un étranger en plus de centaines de blessés, Place de la Nation, à Paris.

Deus Ex Machina

Pour le 14 juillet 1958, toute l’organisation allait se dérouler très vite compte tenu des délais impartis (à peine trois semaines) avant la date fatidique.

Le cloisonnement de l’organisation et les règles de la clandestinité constituaient notre principale force.

Comme des milliers de personnes, nous étions sur le parcours du défilé mais les présents étaient loin de se douter qu’ils allaient assister aux premières loges à un deus ex machina non prévu dans le programme et qui allait bouleverser nos vies.

La priorité pour nous était de dégager au plus vite de l’endroit où nous étions, d’autant que la bouche du métro Franklin Roosevelt se trouvait sur l’itinéraire du défilé.

Le mouvement de foule gêna un peu notre progression vers le salut. Nos cœurs battaient la chamade, nous étions convaincus qu’une une fusillade risquait d’éclater à un moment ou un autre.

Avec le recul du temps, je me demande vraiment pourquoi n’a t- on pas prévu au moins des médailles de mérite à cette jeunesse qui a porté haut et fort l’emblème de l’Algérie, et pour la première fois en France devant le peuple français et son libérateur le général De Gaulle, même à titre posthume. Cette injustice doit être réparée.

Il faut insister sur le fait que cet événement n’a pas surgi ex nihilo. Il avait été conçu et organisé rigoureusement et longtemps à l’avance.

Des réunions de préparation allaient se tenir plusieurs après- midi de suite au Tam Tam rue de la Huchette au 5ème arrondissement.

L’établissement appartenait à la famille Ftouki parents de Warda El Djazairia, et originaires de Constantine.

Il n’était ouvert que la nuit, on y allait pour écouter de la musique algérienne en dégustant des gâteaux et du thé; l’endroit attirait beaucoup de touristes orientaux friands de morceaux du Malouf constantinois.

La sécurité était totale pour les éléments de l’organisation qui devaient étudier tous les cas de figure, la remise des drapeaux aux éléments sûrs, les slogans, la proximité de la tribune officielle; ils devaient veiller à perturber au maximum le déroulement du défilé, mais aussi à organiser le repli des éléments audacieux avant que la police ne les arrête, et les lieux où devaient se cacher les militants avant leur évacuation.

Inutile de souligner que nos éléments ont fichu une telle pagaille que la presse de droite n’a pas cessé d’en parler pendant toute la semaine. Le Monde nous consacrera des articles élogieux, balayant définitivement le rêve de l’Algérie française.

A cette époque, l’Algérie étant un département Français, ceux qui ont réussi à s’éclipser n’ont eu aucun problème, leur carte d’identité Française suffisait à les protéger pendant leur séjour.

Certains sont devenus permanents de la Fédération de France jusqu’à l’indépendance.

Les mineurs ont repris le chemin du retour sur Constantine, non sans avoir été sermonnés par les agents de la DST qui étaient restés stupéfaits devant cette surprise et l’ampleur d’un l’événement auquel ils ne s’attendaient pas.

Écrire ces actes de bravoure

En tout état de cause, il est urgent  d’entamer l’écriture de l’histoire de l’apport de l’émigration Algérienne à travers la fédération de France,  apport qui n’est pas seulement financier; des événements importants ont été vécus  par notre émigration, la mise en place de l’organisation de la Fédération en 1952 par Mohamed Boudiaf et Didouche Mourad, avant qu’ils ne regagnent Alger où la préparation du soulèvement du premier novembre 1954, était rentrée dans sa phase décisive.

Les cadres qui ont vécu toute cette période sont en train de nous quitter les uns après les autres, beaucoup reste à dire et à écrire.

Cette tâche n’incombe pas seulement aux pouvoirs publics. Elle devrait impliquer de façon active les universitaires, les chercheurs en histoire et plus globalement les intellectuels (politologues, sociologues, ethnologues…) aptes à contribuer à l’écriture de l’histoire de la guerre de libération nationale.

M.L Chikhi

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