Think Tank

Ambitions algériennes 

le 17 janvier 2015

J’ai écrit quelque part que l’Algérie avait surtout besoin d’administrateurs compétents, intègres, justes. Je persiste et signe. Quand je dis « administrateurs », je pense à l’administration lato sensu, dans sa structuration verticale et horizontale mais aussi dans son déploiement central et local ou régional. Naturellement, l’administration renvoie à l’Etat, à la notion d’Etat, à son incarnation dans les faits, au quotidien. Je pourrais m’en tenir à cette approche pour développer mon propos. De toute manière, c’est un peu la même chose. Lorsque je dis que l’Algérie a essentiellement besoin d’administrateurs dignes de ce nom, je songe à l’Etat appréhendé dans son organisation, son fonctionnement, son encadrement. La perception que l’on a de l’Etat par le truchement de cette articulation permet d’expliquer bien des situations. « Si l’Etat est fort, il nous écrase; s’il est faible, nous périssons » (Paul Valéry). Je m’empare de cette citation exigeante non pas pour conforter ma cogitation mais pour m’interroger sur le point d’équilibre à trouver pour que l’Etat ne soit ni trop fort ni faible. Cet équilibre qui parait a priori inaccessible correspond peut-être à ce que tout un chacun est en droit d’attendre de l’Etat, de son administration, en termes d’exécution et de respect des lois, de service public, de préservation de l’ordre public. Un Etat fort, c’est d’abord une administration performante, efficace, impartiale. Un Etat fort, c’est un Etat stratège, prospectif, visionnaire. C’est aussi une armée moderne, professionnelle, puissante et apte à défendre la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale en toutes circonstances. Sur ce dernier point, je suis en total désaccord avec ceux qui jugent faramineux le budget du ministère de la Défense nationale. Personnellement, j’estime qu’on ne peut discuter de la question sans passer au crible les menaces protéiformes, extérieures et intérieures, qui pèsent sur l’Algérie ainsi que les stratégies de dislocation-démembrement mises en oeuvre par certaines puissances depuis une dizaine d’années dans nombre de pays (Irak, Afghanistan, Soudan, Syrie, Nigéria, Libye…). Les risques majeurs liés à ces menaces justifient amplement l’importance des moyens consentis à la défense de notre pays. Par conséquent, le plus déterminant, c’est de pouvoir harmoniser les politiques, les objectifs et les actions des institutions nationales civiles et militaires pour en tirer un profit optimal en termes de bien-être et de sécurité (la sécurité est prise ici dans son acception la plus large) Un Etat fort, c’est un Etat omniprésent : Je le formule ainsi en pensant aux régions Sud de l’Algérie et dont des zones entières restent sous-administrées voire carrément livrées à elles-mêmes. La télévision nationale nous le montre tous les jours ou presque. Mon ambition, c’est de voir l’Algérie accélérer la modernisation de ses institutions et assurer une couverture administrative qualitative sur l’ensemble de son territoire au bénéfice de toutes ses populations, en refondant  l’organisation et la gestion de ses collectivités locales.

Think Tank

 le 15 janvier 2015

Les prix du pétrole continuent de s’effondrer. Des experts prédisent le pire, ce qui inquiète fortement les pays pétroliers, dont l’Algérie. Notre pays a pu rester plus ou moins durablement à l’abri de la crise financière et économique internationale déclenchée dans le sillage de celle des subprimes en 2007. La crise nous rattrape par le pétrole pour ainsi dire, autrement dit en vulnérabilisant notre principale source de revenus extérieurs. J’ai déjà évoqué nombre d’éléments de réponse techniques à cette situation tout en marquant mon approbation quant au plan d’urgence décidé par le gouvernement; je n’y reviendrai pas. Par contre, ce sur quoi j’ai envie de dire quelques mots a à voir avec l’histoire. Je ne vais pas épiloguer sur l’histoire pensée comme une totalité. Je veux juste rappeler que la crise que l’Algérie a vécue dans les années 90 n’était pas que politico sécuritaire et identitaire; au reste, elle a d’abord  été financière et économique. Les signes avant-coureurs de la cessation de paiement étaient palpables dès l’année 1986. La crise de la dette (via le recours aux crédits extérieurs à court terme) pointait son nez. La situation était gérée au jour le jour. La restructuration de la dette devenait incontournable. J’en fais ici un résumé extrêmement sommaire. Pour des détails sur le volet opérationnel de ce dossier mais aussi sur le climat général qui prévalait à ce moment-là, je renvoie à la page « Coulisses et stratégies » de mon blog.  Quoi qu’il en soit, dans mon analyse de la crise actuelle, je ne peux m’empêcher de me référer à ce qui prévalait dans la sphère économique et financière durant toute la période 1986-1999. Notre économie était managée sous la stricte surveillance des bailleurs de fonds internationaux (FMI et banques internationales). Je ne suis pas en train de tenter de comparer la crise actuelle à celle des années 90. J’essaie simplement de m’interroger sur ce qu’un éventuel parallèle pourrait nous apporter en termes de réflexion et de réponses possibles aux conjonctures d’aujourd’hui. Il ne me parait pas suffisant de dire que nous nous en sommes sortis dans les années 90; encore faut-il préciser que l’Algérie en a payé le prix fort. Il convient de faire de cette analogie un outil d’aide au décodage et à la prise de décision par rapport aux urgences de l’heure, mais aussi un levier pour des stratégies futures. Notre vision de l’histoire ne doit pas être passive. Nous gagnerions à l’inscrire dans une dynamique analytique permanente, un questionnement exhaustif, une interaction pragmatique avec le présent. Faut-il considérer l’histoire comme un éternel recommencement ? Peut-être. Mais je préfère insister sur la nécessité de ne pas se contenter d’en évoquer la dimension anecdotique, « nostalgique » ni de la réduire à des histoires individuelles ou groupusculaires. Il me semble impératif d’y puiser la meilleure inspiration possible pour un traitement approprié des questions actuelles et à venir.

le 13 janvier 2015

L’Agence nationale pour l’emploi (ANEM) nous apprend que 372000 postes de travail ont été créés en 2014 mais que 40000 offres d’emploi n’ont pas trouvé preneur. En prenant connaissance de cette information, je me suis dit : « Si ceux qui s’étaient inscrits au chômage déclinent les propositions qui leur sont faites, cela signifie qu’il y a un vrai problème dans notre société » . Ceci est un premier élément de réponse au constat. Mais je n’en impute pas la responsabilité à l’Etat. Au surplus, j’ai toujours écrit qu’on ne pouvait décemment pas se défausser sur l’Etat pour tout et n’importe quoi. En Algérie, l’Etat providence a fonctionné à plein régime depuis l’accession au pouvoir de Bouteflika en 1999. Toutes les couches de la société en ont profité. Les algériens le reconnaissent globalement, hormis les hypocrites, les suspicieux par principe, les détracteurs du système. Et puisqu’il s’agit pour moi de continuer à dérouler mes ambitions algériennes, je dirais que l’un de mes souhaits cardinaux est précisément de voir les algériens apprendre à ne pas compter systématiquement sur l’Etat. Il faut qu’ils aillent vers l’autonomie individuelle, qu’ils prennent conscience de leur responsabilité pluridimensionnelle (juridique, économique, sociale…) et qu’ils l’assument pleinement. Le rôle des autorités est notamment de le leur rappeler en expliquant les choses. Le sujet est majeur, déterminant car il renvoie à la citoyenneté, à la perception que l’on a de la citoyenneté. Mes ambitions pour l’Algérie passent par l’indispensable processus de transformation d’une valeur, d’un concept (la citoyenneté) en un ensemble de faits et gestes positifs, concrets pour la collectivité. Citoyenneté, civisme, responsabilité, conscience, engagement, tout cela est lié, fonctionne en même temps. Il faut le dire clairement : Il reste beaucoup à faire pour qu’il y ait en contrepartie des droits citoyens, les obligations correspondantes, et ce, dans tous les domaines. Les considérations soulevées en rapport avec les 40000 offres d’emploi refusées par des chômeurs ne sauraient se réduire à la mise en relief d’éventuels dysfonctionnements dans la politique de l’emploi. Le problème n’est d’ailleurs pas spécifiquement algérien; il se pose aussi dans des pays européens. Il suggère une aération de la réflexion non pas pour critiquer dans la précipitation la puissance publique mais pour prendre d’abord acte du refus par les jeunes concernés, des emplois que l’ANEM leur a proposés, tout en réfléchissant au rapport au travail dans une économie où l’informel a complètement bouleversé l’échelle des valeurs. En tout cas, la référence à l’informel pour lier cette situation à une déficience stratégique de l’Etat ne saurait occulter la problématique pour le moins complexe de la relation au travail. A propos des 40000 offres d’emplois refusées, j’avoue m’être demandé si l’alternative transitoire face aux questions que cela pose, ne devait pas passer par un service national refondé, adapté aux nouveaux défis que l’Algérie est tenu de relever.

le 11 janvier 2015

J’ai suivi jeudi dernier sur LCP un débat intéressant consacré à l’attentat contre Charlie Hebdo. J’ai apprécié l’intervention de Jean-Pierre Chevènement dont je sais qu’il a toujours fait l’effort de l’objectivité dans ce type de discussions. Il a évoqué les « printemps arabes », le ratage de certains d’entre-eux, en particulier en Libye, en Egypte. Il a aussi parlé de l’Algérie. Il l’a fait de façon élogieuse, en relevant notamment que la situation générale dans notre pays s’était stabilisée et qu’il fallait s’en réjouir. Chevènement a toujours bien parlé de l’Algérie. Je le dis pour rappeler que, lors de ses séjours dans notre pays, il est  toujours reçu par les plus hautes autorités, ce qui est normal vu son statut d’ancien ministre de l’intérieur, ex ministre de la défense et actuellement Président de l’association France-Algérie. Il reçoit pour sa part les responsables des principales formations politiques de l’opposition qui ne manquent pas de lui dire ce qu’ils pensent du régime algérien. En général, ils lui dressent un tableau peu reluisant de notre système politique, de notre gouvernance. Tout le monde le sait. C’est en le regardant sur LCP que je me suis rappelé cet aspect et par ricochet nombre de situations comparables, celles qui mettent en scène des personnages toujours enclins à aller se plaindre là où il ne convient pas, autrement dit sur les plateaux de chaines de télé françaises. C’est le cas de tel ou tel responsable de parti mais aussi de certains universitaires et d’individus autoproclamés experts dans tel ou tel domaine. Je me souviens de celui qui, à partir de l’émission Ce soir ou jamais (France 2), avait lancé un appel à Bernard-Henri Lévy pour qu’il se mobilise en faveur d’un « printemps arabe » en Algérie ! C’est le même individu qui avait souhaité une victoire du FIS aux législatives de janvier 1992, considérant qu’une prise du pouvoir par les islamistes aurait été une « régression féconde » expression dont il n’a jamais dit qu’elle était de celui qu’il semble vénérer, à savoir BHL qui l’avait formulée à propos de tout autre chose (cf La barbarie à visage humain). On pourrait étendre la comparaison à celui qui disait s’être trompé de société après s’être pris une raclée électorale et qui, quelques années plus tard, demandait à Franz Olivier Giesbert de ne pas trop s’impatienter par rapport à l’Algérie où, affirmait le chef du parti d’opposition, il y aurait bientôt « un printemps arabe ». Quant à celui qui se présente et qu’on présente sur les chaines de télé françaises (Itélé, BFMTV, la 5…) comme un spécialiste des problématiques islamistes, il ne rate aucune occasion de stigmatiser les institutions algériennes, les dirigeants algériens, tout en menant en bateau ses interlocuteurs sur ce qu’il dit savoir des dérives de l’islamisme, ce qui lui permet d’ailleurs de justifier auprès de ses parrains et protecteurs, le statut et les avantages dont il jouit en  France. Quel lien y a t-il avec ma réflexion ? Eh bien, il est dans le fait que ce que j’ambitionne pour l’Algérie est tout le contraire de ce à quoi aspirent ces gens-là. Ils ont souhaité le chaos pour l’Algérie. Il n’y a pas eu le chaos, il n’y en aura pas ! L’Algérie a pu venir à bout de la décennie noire par le dialogue national, la concorde civile, la réconciliation nationale et une lutte sans merci contre le terrorisme. L’Etat nation ne s’est pas effondré. Le redressement national engagé dès 1995 a été puissamment conforté à partir de 1999. C’est aussi cela qui m’autorise à espérer le meilleur pour mon pays.

le 8 janvier 2015

J’ai entamé cette réflexion par une citation d’Alain. Je rebondis sur le propos juste pour indiquer que le Premier ministre a précisément parlé d’optimisme dans l’entretien qu’il a accordé à l’agence officielle APS le 6 janvier. Il a notamment souligné que l’Algérie avait le potentiel nécessaire pour devenir un vrai pays émergent, développer une économie durable, diversifiée, et se libérer ainsi de la dépendance pétrolière, à condition que les algériens fassent preuve d’optimisme et ne cèdent pas au pessimisme ambiant. Le journaliste d’El Watan qui a rendu compte de l’interview a axé son papier sur la question de savoir si l’on pouvait promouvoir une économie prospère juste en étant optimiste. Je pouvais naturellement passer sous silence cet article vu son indigence et son approche étriquée des déclarations de Sellal.  Si je m’y réfère, c’est surtout pour montrer la difficulté de créer une dynamique, un effet d’entraînement à partir d’un discours positif, de préjugés favorables. Il ne s’agirait pas là d’une application de la méthode Coué. Le Premier ministre ne se contente pas de discourir, de « philosopher »; il agit et joue pleinement son rôle. Il a peut-être des ambitions politiques personnelles mais je ne doute pas qu’il ait également des ambitions pour l’Algérie. Quand il évoque le pessimisme ambiant, la sinistrose, il n’invente rien, il est dans la vérité. Il s’abstient de cibler les responsables de cet état de fait. Pour lui, il faut aller de l’avant. Sur ce point aussi, je converge totalement avec lui tout en estimant quand même qu’il faut remettre les pendules à l’heure à chaque fois que nécessaire face à ceux qui excellent dans le mensonge, la mauvaise foi, la désinformation. Les ambitions algériennes sont portées par ceux qui aiment l’Algérie, mettent en valeur ses réalisations, contribuent effectivement à sa modernisation, défendent son image, sa réputation, son histoire, sa culture. Au fond, ces ambitions sont portées par ceux qui préfèrent voir le verre à moitié plein plutôt que le verre à moitié vide. En définitive, l’Algérie avance grâce et avec ceux qui croient en elle.

le 6 janvier 2015

Des ambitions pour son pays, on peut en avoir beaucoup et les formuler de mille et une façons. Cela se fait-il n’importe comment ? Je ne le crois pas. Discourir sur ce que l’on voudrait pour son pays c’est bien, donner une consistance, une portée, une signification, une tangibilité au discours, c’est mieux. Dans tous les cas, nous sommes d’abord dans le monde des idées y compris lorsqu’il s’agit de confronter ce que l’on pense aux réalités du terrain. Les think tanks se positionnent dans cette perspective. En Algérie, on en parle depuis quelques années, surtout depuis la création de Nabni (Notre Algérie bâtie sur de nouvelles idées). Ce think tank a investi un secteur totalement en friche dans notre pays. Les laboratoires d’idées sont rarissimes chez nous même si on inclut dans cette catégorie des centres de recherche. Outre Nabni, on peut citer le Care (Centre d’action et de réflexion autour de l’entreprise), le Cread (Centre de recherches en économie appliquée au développement). C’est dérisoire. L’Algérie a besoin d’au moins une cinquantaine de think tanks. Mais c’est déjà bien qu’il y en ait quelques-uns. Cela dit, je ne suis pas d’accord avec ceux (médias, commentateurs, chroniqueurs…) qui déplorent que les recommandations de Nabni ne soient pas prises en considération par l’Etat. Un think tank a pour vocation d’agiter des idées, de décrypter des situations, de soulever des problématiques, d’éveiller les consciences mais aussi de lancer des alertes et préconiser des éléments de réponse à des questions économiques, politiques, sociales. Je relève également que les entités en question ne se citent pas entre elles dans leurs travaux, donnant ainsi l’impression de réfléchir en vase clos, ex nihilo. Cette carence touche d’ailleurs l’ensemble des centres de réflexion et les acteurs qui produisent des idées, livrent des analyses critiques, tous domaines confondus (économie, finances, sciences humaines et sociales, littérature). On ne cite ni les confrères ni les travaux universitaires réalisés. Cette tendance à zapper délibérément ce que fait l’autre et à croire que l’on détient un monopole sur la vérité, est-elle spécifiquement algérienne ?Pour l’heure, tout m’incite à m’interroger. Il y a comme cela un certain nombre d’approches qui me paraissent aller à contre- courant de ce sur quoi on est censé réfléchir. Je respecte les ambitions algériennes des think tanks cités. Je dis simplement qu’il faut de temps à autre faire des haltes, se remettre en cause, voir s’il n’y a pas lieu de corriger, réécrire, repenser telle ou telle idée, telle ou telle méthodologie. Et puis, la mission d’un think tank ne se réduit pas à l’élaboration d’un méga rapport prospectif et à quelques interventions publiques, encore moins à une critique non stop de la politique gouvernementale.

le 3 janvier 2015

Les ambitions auxquelles je songe pour l’Algérie se veulent réalistes, pragmatiques, ce qui n’exclut pas qu’elles puissent aussi être audacieuses, offensives voire spectaculaires. Je veux préciser que cela est censé commencer par les concepts, la conceptualisation, la théorisation, la réflexion. C’est d’abord par ce biais qu’il me semble intéressant, attractif, constructif, d’entrevoir les projections éventuelles. En l’occurrence, être ambitieux pour l’Algérie, c’est donc d’abord lancer des idées, formuler des questionnements, les mettre en perspective, les argumenter. C’est aussi les inscrire dans un brain storming systématique, ouvert, inventif. Je le dis ainsi pour exclure toutes les approches fondées sur le dénigrement, le pessimisme, la haine de soi et des autres, le défaitisme, la dévaluation de tous les acquis engrangés par l’Algérie depuis son indépendance. Les exemples à partir desquels tout un chacun pourrait décliner ses ambitions pour le pays sont légion. Ils sont susceptibles d’être énoncés en interne et à l’international. L’important est de mettre tout cela sur la table, d’en débattre dans la liberté, la convivialité, sans idées préconçues, sans imposer à l’autre quelque diktat que ce soit. S’il y a lieu de battre en brèche nombre de préjugés, briser des tabous, eh bien il faudra le faire.   J’ai récemment participé à une discussion sur LinkedIn autour de l’idée (très ancienne au demeurant) d’une éventuelle adhésion de la Turquie à l’Union européenne. La plupart des intervenants se sont dit farouchement hostiles à cette hypothèse. Les motifs avancés à l’appui de ce rejet étaient tous liés à l’islam en vigueur en Turquie, au régime politique turc dominé par les « islamistes », au rigorisme du président Erdogan et plus globalement à l’islamisation de la société turque. Je n’ai évidemment pas abondé dans ce sens. J’ai préféré soumettre la question suivante : « Pourquoi ne pas réaliser un sondage exhaustif articulé autour de plusieurs variantes, une sorte de QCM, et demander aux turcs s’ils veulent vraiment rejoindre l’Union européenne alors même que les européens ne veulent pas d’eux dans leur espace ? Un sondage  flexible, aéré, consisterait aussi à demander aux turcs s’ils ne veulent pas plutôt que leur pays intègre les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud). On pourrait également leur demander s’ils ne préféreraient pas voir leur pays prendre l’initiative, le leadership d’un regroupement transcontinental qui comprendrait les Etats du Maghreb mais pas seulement… » Je ne me réfère pas ici à la Turquie comme à un paradigme. Ce que j’en dis, je le pense en réalité de l’Algérie à travers certaines extrapolations et dans un contexte différent que j’aurai à développer

 le 31 décembre 2014

Il n’est pas question ici de revenir sur ce que j’ai déjà écrit au sujet des acquis multiples et variés enregistrés ces 15 dernières années dans de nombreux domaines. J’aurai peut-être à m’appuyer sur certains d’entre-eux pour étayer tel ou tel commentaire. En parlant d’ambitions, je repense à la pré campagne pour la présidentielle d’avril 2014. Deux candidats avaient évoqué leurs ambitions pour l’Algérie. Le premier disait rêver de faire de l’Algérie la Suisse du Maghreb; quant au second, il affirmait vouloir faire de notre pays la Singapour de l’Afrique. Les deux vivent en Europe depuis très longtemps. Mais ils ont autre chose en commun : Leur plaidoyer pour transformer l’Algérie reposait et repose à ce jour, d’abord et avant tout, sur le rejet absolu de toute la politique menée par l’Etat algérien depuis l’élection de Bouteflika à la magistrature suprême en 1999.  Je me suis amusé avant et pendant la dernière campagne électorale à sonder beaucoup de gens (jeunes, adultes, travailleurs, chômeurs…) sur ce qu’ils pensaient des promesses (à mes yeux farfelues) des candidats en question. Ils m’ont répondu qu’ils ne les connaissaient pas, qu’ils ne souhaitaient pas du tout voir l’Algérie devenir la Suisse ou Singapour, que pour eux ces deux pays n’avaient rien d’extraordinaire, qu’ils n’en rêvaient pas, et que de toute manière ça ne les intéresserait pas de voter pour des candidats vivant à l’étranger et de ce fait déconnectés des réalités algériennes. La plupart m’ont aussi indiqué que ce qui comptait pour eux n’était pas de mimer tel ou tel pays mais de régler les problèmes de l’emploi et du logement. Ces algériens ne rêvent ni de Singapour ni de la Suisse. Ils aspirent prioritairement à un boulot, un logement, bref à des conditions de vie décentes ici, en Algérie, pas de l’autre côté de la mer. Je n’en ai pas entendu un seul vanter les mérites, les avantages de quelque pays que ce soit. Certains m’ont même dit que l’émigration clandestine pouvait régresser de façon significative si la politique économique et sociale de Bouteflika était renforcée, intensifiée, améliorée mais aussi et surtout mieux encadrée sur le terrain.

le 30 décembre 2014

Dimanche dernier, j’ai écrit sur mon compte twitter : « Un jour, on parlera des années Bouteflika comme des trente glorieuses en Europe ». Je le confirme ici d’autant plus aisément que j’ai déjà eu à dire sur ce blog tout le bien que je pensais du Président de la République, arguments détaillés à l’appui. J’y reviendrai ultérieurement. Aujourd’hui, il y a une urgence : comment faire face aux répercussions de l’effondrement des cours du pétrole ? Les mesures récemment prises par le gouvernement ne sont pas du tout des solutions de facilité contrairement à ce que soutiennent certains, je veux dire les nihilistes, ceux qui rejettent tout ce que fait l’Etat et qui ne se sentent bien que s’ils disent du mal du pays. Le gel des recrutements dans la fonction publique pour l’année 2015 est pertinent. L’administration a fait le plein des dernières années en matière de ressources humaines. Une pause dans l’embauche est donc indispensable. Je pense toutefois que le gouvernement gagnerait à en profiter pour mettre à niveau le service public, moderniser son management, traiter les dysfonctionnements là où ils subsistent. Pour ce qui est du report de certains projets jugés non prioritaires, il constitue une excellente décision. Il s’agit là aussi de mettre le paquet pour les projets déjà réalisés pour plus de performance et d’efficacité. La lutte contre le gaspillage à tous les niveaux mais aussi la réduction des dépenses publiques de fonctionnement étaient très attendues; elles ne manqueront pas de produire des effets bénéfiques sur l’effort de rationalisation financière globalement considéré. Je comprends cette mesure comme un appel à plus de rigueur, de discipline dans l’affectation et l’utilisation des ressources budgétaires. Les autorités ont souvent attitré l’attention sur le gaspillage des moyens. Il s’agit aujourd’hui de faire en sorte que cet appel se concrétise effectivement et pleinement sur le terrain. Il ne faut pas se contenter de dire, par exemple, : « stop aux missions (à l’étranger) de complaisance, aux colloques et autres journées d’étude sans lendemain, à l’usage abusif de véhicules de service ! « Il faut vraiment que cela cesse une bonne fois pour toutes et surtout que l’opinion publique puisse en avoir la preuve ! Mais la mesure phare du plan Bouteflika face au choc pétrolier, reste incontestablement celle relative au renforcement du contrôle des opérations de commerce extérieur et par ricochet à la lutte contre la fuite des capitaux sous toutes ses formes. Ce dossier est complexe, compliqué, périlleux. Nous sommes en présence d’une problématique épineuse qui n’est pas du tout une mince affaire. En même temps, elle est décisive dans la mesure où il devrait être question de lutter contre des formes de fraude, de corruption et de collusion de plus en plus sophistiquées et violentes du fait d’une mondialisation elle-même en constante mutation. Mener à bien ce combat, car c’est un combat dans tous les sens du terme, pourrait nous permettre d’épargner quelques milliards de dollars par an…

le 29 décembre 2014

« Le pessimisme est d’humeur; l’optimisme est de volonté« . Je fais complètement mienne cette citation du philosophe Alain et je l’intègre systématiquement dans mon raisonnement quand je parle de l’Algérie. L’optimisme est de volonté, j’en suis convaincu  et j’y adhère sans aucune réserve. C’est pourquoi, je suis résolument optimiste pour l’Algérie en dépit des commentaires souvent et de plus en plus catastrophistes, alarmistes de certains « experts », ex ministres, anciens hauts cadres, « universitaires » qui ne cessent de confondre Etat, pouvoir, système, nation, société, se mettant ainsi dans l’incapacité d’établir les distinguo nécessaires entre des concepts et des réalités qui ont pourtant leurs particularités propres, leurs spécificités. Ils sont dans la critique négative permanente des institutions. Ils ne disent jamais du bien de l’Algérie. Pour eux, tout ce que fait ou tente de faire l’Etat est sujet à caution, erroné, va à l’échec y compris lorsque les citoyens dans leur immense majorité pensent le contraire ou sont au moins dans la nuance quand ils ne sont pas manipulés, désinformés, intoxiqués par les médias anti système. Ont-ils des ambitions pour l’Algérie, ces déclinistes qui broient du noir matin, midi et soir ? Peuvent-ils d’ailleurs en avoir alors qu’ils passent le plus clair de leur temps à dénigrer son administration, sa politique, sa gouvernance, son histoire, sa culture, ses valeurs, à ternir son image tous azimuts, sur le territoire national et sous d’autres cieux ? Peut-on avoir des ambitions pour son pays quand on fait preuve d’une mauvaise foi évidente, continue dans l’appréciation des choses ? Ce que j’observe, c’est que rien ni personne ne trouve grâce à leurs yeux. Peut-on précisément avoir des ambitions pour son pays quand la vérité que l’on croit détenir n’est à la fin du compte que mystification couplée à des propos infondés, tendancieux, diffamatoires ?

Lamine Bey Chikhi

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Repenser le développement et la gouvernance du Sud algérien

                                        Une exigence hautement stratégique

 

 

 Préambule

On a souvent dit de la crise algérienne qu’elle était multidimensionnelle; on continue ici et là de le soutenir même si l’on reconnaît en même temps que l’Etat a engagé des programmes d’envergure sur tous les plans et à tous les niveaux pour la prise en charge des nombreux problèmes que vit la société.

 Pour autant, l’Etat fait-il vraiment ce qu’il faut en la matière et mobilise t-il tous les moyens dont il dispose pour que les populations ressentent effectivement le changement et voient leur situation s’améliorer ? On peut épiloguer autour de cette question d’autant que ce ne sont pas les arguments en faveur des thèses en présence qui manquent. On peut aussi emprunter d’autres bifurcations, en mettant de côté le raisonnement fondé sur le quantitatif, c’est-à-dire sur les moyens matériels, financiers, logistiques, et se demander si le problème de fond n’est pas surtout un problème non pas de management mais de vision de management. La vision ici ne s’entend pas comme une tentative approximative de lisibilité mais d’abord et avant tout comme une projection éminemment stratégique, techniquement exigeante et multivariée même si elle est ensuite nécessairement connectée aux voies et moyens que sa concrétisation va devoir requérir.

En l’espèce, l’idée a un  lien avec ce que l’Etat pourrait entreprendre pour mettre sa vision et sa gestion du territoire en phase avec les mutations de la société et les exigences de la mondialisation. Mais cette idée n’est pas réductible à la notion classique de découpage territorial ni à la création de nouvelles wilayas (départements); elle repose sur la faculté, l’aptitude à canaliser positivement mais puissamment l’attention et l’intérêt sur un projet dont l’énoncé et la présentation mêmes devraient séduire, convaincre et mobiliser le plus grand nombre.

Ce projet concerne le Sud de l’Algérie comme point d’appui et d’émergence à la fois d’une nouvelle vision et d’une pratique rénovée de l’articulation et de la gestion du territoire, une vision résolument en rupture avec ce qui a toujours prévalu en la matière et qui a cantonné les thématiques traitant de la région ou de la collectivité locale dans des approches timorées, étriquées, bureaucratiques et à portée ponctuelle…

1- Pourquoi un projet Sud ?

Il convient de promouvoir une nouvelle organisation territoriale en y introduisant le critère de discrimination positive.

Pourquoi une telle discrimination ? Parce qu’elle serait à même de favoriser notamment un rééquilibrage dans la répartition des populations compte tenu de la saturation des autres régions du pays(75% de la population vit sur moins de 15% du territoire national). C’est précisément en raison de cette saturation et, a contrario, à cause du « vide » inquiétant qui caractérise le sud de notre pays à tous points de vue que le projet à penser dans la perspective d’une restructuration de fond du territoire national émergerait utilement à partir d’une conception complètement rénovée de l’attractivité du sud. Il faut préciser que les objectifs transcendent le cadre traditionnel que l’on assigne en général aux programmes économiques spéciaux et qui ont trait au développement, aux infrastructures, à l’emploi tout en restant fondés quasi exclusivement sur une injection de fonds budgétaires dépourvue de suivi et finalement sans retombées durables.

Les finalités du projet Sud se déclinent sur d’autres trajectoires, en particulier celles visant à cimenter l’unité territoriale, la cohésion nationale, à partir d’une conscience ou plutôt d’une prise de conscience par les citoyens de ce que devrait représenter l’Algérie Etat, nation et société au plan spatio temporel.

Les effets pervers, les excroissances et autres incidences indésirables de la crise, tout cela devrait pouvoir être absorbé grâce à cette prise de conscience du fait que l’Algérie n’est pas, ne saurait être réduite aux classifications des économistes et des experts ni à leurs ratios et autres agrégats dont aucun ne prend vraiment appui sur l’humain dans son rapport à sa terre, à son pays.

Le chômage, le phénomère des harraga (brûleurs de frontières), le trafic de drogue transfrontalier, les protesta récurrentes, les malaises sociaux, la défiance envers l’autorité de l’Etat, l’indifférence à l’égard de la chose publique, etc., tout cela ne saurait trouver de solution crédible et durable que dans le cadre d’une vision globale, offensive, audacieuse et créative des formidables potentialités de notre pays et  de ce que pourrait signifier la mobilité sociale, économique et culturelle à partir d’une refondation de notre relation au sud.

Les préoccupations géopolitiques et géostratégiques ne sont évidemment pas exclues de ce projet; elles en sont au contraire un élément clé dans la mesure où elles doivent conduire à la nécessaire évaluation des risques divers liés à nos frontières sud, aux convoitises de certaines puissances et à des politiques étrangères redéfinies en rapport avec le nouveau paradigme de la lutte contre le terrorisme international. Il y a donc, relié à cette dimension, un aspect sécuritaire indéniable qu’il y a lieu de considérer comme une donnée structurelle durable voire définitive et non pas comme un facteur conjonturel.

Le Sud comme zone de confluences de toutes sortes et par voie de conséquence comme espace de tentations extérieures de divers types, est à traiter comme tel dans le projet considéré. En ce sens, parmi les objectifs cardinaux sous-tendus par cette réflexion, celui lié à la sécurité nationale devra susciter une attention constante et particulière.

2- Travailler l’idée, la crédibiliser,  la présenter et la défendre comme un rêve accessible

La première étape est une étape de formalisation et de conceptualisation du projet de telle sorte qu’elle puisse être comprise comme visant à bouleverser dans le bon sens du terme l’image de l’Algérie via ce qui devrait changer dans le sud du pays et ce qui, dans ce sillage,  pourrait changer pour ses populations. Cela signifie nécessairement un dépassement de soi pour voir le Sud non plus seulement comme une carte postale, une image d’Epinal, du folklore,  des clichés, l’évasion, le dépaysement, mais comme un Eldorado d’un autre type, à édifier parce qu’il y a les immensités, l’espace, l’eau, des ressources naturelles en abondance, la vie…

3- Pour ne pas risquer de perdre le Sud, il faut l’occuper !

L’Eldorado dont il est question n’en serait pas un uniquement parce qu’il y a du pétrole et du gaz mais parce que cette région c’est aussi l’Algérie et qu’on ne peut s’en désintéresser indéfiniment (socialement, culturellement, stratégiquement…) sans devoir en payer un jour le prix.

Et perdre le Sud, c’est perdre l’Algérie !

Le Sud est donc à percevoir comme un nouveau territoire, un territoire à défricher complètement. Dans cette perspective, ce serait une utopie mais une utopie concrète, un rêve accessible . Le message à faire passer ne fera pas l’impasse sur ce que recouvre cette région, in extenso: il faut faire toucher du doigt cet aspect pour que les choses soient claires. Il faut aussi mettre en exergue l’aspect révolutionnaire, totalement nouveau des avancées escomptées de ce projet en matière de management territorial, de gouvernance et de valorisation des ressources de la région.

4- Nécessité d’un discours entraînant, ambitieux et prospectif

Il faut naturellement séduire à travers la valorisation de cette idée, en parler d’abord, la fiabiliser sur un plan intellectuel. Pour ce faire, il faut un discours imaginatif, dynamique, un discours qui donne à rêver, comme dans un discours de campagne mais dans une constance et avec une projection à long terme. Une telle ambition ne pourrait être portée que par ceux qui y croient sincèrement parce qu’ils auront compris l’intérêt du projet pour l’Algérie, pour sa population, pour sa jeunesse. Un rêve de cette envergure ne pourrait être boosté dans sa phase préliminaire que par ceux qui ont l’aptitude, la volonté, l’intelligence de penser le futur de l’Algérie, et de songer d’ores et déjà au type de gouvernance qui en découlera. Cette incitation ne sera forte et féconde qu’adossée à une projection harmonieuse du management au niveau régional.

Penser le projet Sud, c’est donc aussi anticiper autant que faire se peut les effets de la mondialisation sur les mutations géostratégiques régionales, ce qui implique l’Algérie de façon significative.

Tout promettre, même l’impossible ! Et il faut le faire à travers une « hypertrophie » délibérée, volontariste des multiples avantages du projet, et ce, prioritairement dans le discours, par une rhétorique crédible, argumentée, fédératrice,  à inscrire dans un récit. L’idée doit faire son chemin.

Il faut frapper les esprits, donner à espérer, rétablir la confiance,  se référer par devoir de mémoire et par necessité aux héros de l’histoire nationale, aux penseurs et aux artisans de la révolution algérienne !

« Gouverner, c’est faire croire » ( Nicolas Machiavel).

Il convient d’interpréter positivement cet aphorisme et le projeter non pas comme un vecteur d’illusions mais comme le déclencheur d’une croyance renouvelée, une croyance forte, une vraie conviction à faire passer dans la vox populi, à faire partager par le plus grand nombre.

5- Conférer au projet une dimension culturelle spécifique

L’ aspect culturel doit être appréhendé comme une des caractéristiques centrales du projet. Les exigences en la matière ne sont pas ordinaires car il s’agira sinon de briser du moins d’atténuer considérablement l’impact inertiel de certains tabous. Il y aura à présenter une offre hautement concurrentielle non seulement par rapport à ce qui se pratique dans certaines villes du nord du pays mais aussi et surtout en Europe, d’autant que le défi est aussi de parvenir à bouleverser à terme le processus des flux migratoires et d’affaiblir avant de la néantiser cette « tentation de l’Occident » aux effets pervers de laquelle une partie notable des jeunes cède de plus en plus facilement.

Ce qui pourrait se révéler déterminant dans la présentation du projet passe par la conviction que ses artisans mettront à le défendre. La lisibilité même de la démarche est tributaire de cette conviction. A ce niveau, le quantitatif est bien entendu incontournable car il sera question de faire passer les idées, les concepts d’une perception théorique, idéale, utopique à un sentiment qui a quelque chose à voir avec le réel et avec les instruments, les stratégies susceptibles d’être actionnés pour le transformer radicalement.

6- Les moyens de mise en oeuvre : Au-delà d’un « plan Marshall »

Le concept de plan Marshall est sans doute à la fois trop galvaudé et trop axé sur le matériel pour être retenu en l’espèce dans la qualification de l’encadrement technique et logistique et financier mais aussi dans la portée du projet considéré.  Aussi convient-il de choisir une autre appellation au cadre général des moyens et instruments de réalisation à déployer pour les objectifs recherchés. Il y aura ensuite à décliner le projet en termes financiers, économiques, infrastructurels, mais aussi culturels et environnementaux, et définir en même temps les modes opératoires, le timing, la programmation.

Il  importe de souligner qu’il n’y a pas en l’occurrence d’aspects dominants ni de primat de l’économique sur les autres aspects du projet. Il faut au contraire tout planifier sur la base de la nécessaire connexité des diverses dimensions du projet. Cette symbiose apparaîtra comme un des atouts fondamentaux dans l’approche envisagée et démarquera la démarche de l’Etat de toutes celles qui l’ont précédé dans le cadre du développement régional.

7- Les sources de financement

Les réserves de change disponibles devraient permettre d’envisager le volet financier du projet avec quelque aisance, et d’échafauder une multitude de possibilités techniques dans ce cadre. Au reste, personne ne verra l’affectation d’une partie appréciable des réserves de change à la couverture financière d’un tel projet comme une dilapidation de deniers publics ou du gaspillage. De ce point de vue, le projet Sud apparaîtra dès le départ comme un projet bénéficiant ipso facto d’un préjugé favorable. Il y aura, à n’en pas douter et pour la première fois, une totale adéquation entre la dimension financière d’un projet global d’une envergure sans précédent décidé par l’Etat et un sentiment populaire tout acquis à ce qui devrait changer fondamentalement le visage de l’Algérie et ouvrir de vraies perspectives à la jeunesse.

Des sources additionnelles de financement pourraient être envisagées parmi lesquelles je citerai l’épargne privée, l’investissement direct étranger, le partenariat algéro étranger, selon des formules sur lesquelles il faudra plancher de façon active et performante.

La problématique essentielle à cet égard est une problématique de management, c’est-à-dire une préoccupation qui porte sur la question de savoir comme parvenir à une gestion optimale et efficace des budgets à allouer à un projet qui se veut révolutionnaire et en rupture avec les approches habituelles (conservatrices, frileuses et obsolètes dans bien des cas) du développement régional et des concepts correspondants.

8- Infrastructures (tous secteurs confondus): Recours intensif au partenariat

L’appel massif au partenariat (Chine mais pas seulement) couplé aux apports multiformes des opérateurs nationaux pourrait parfaitement correspondre aux exigences relatives aux délais d’exécution et permettre de mieux gérer ou plutôt de prévenir les risques de bureaucratisation et les surcoûts. L’appel à certains de nos partenaires étrangers serait en phase avec une programmation devant impérativement répondre à l’urgence, à la rapidité, donc au strict respect des délais pour des livraisons en adéquation avec les flux de populations escomptés. Il y aura un rythme à imprimer au processus d’ensemble; un rythme qui ne doit pas retomber. La cadence devra être la même à tous les niveaux. C’est pourquoi, la supervision et le suivi prendront une importance particulière.

9- Portée symbolique et pratique du chiffrage du projet

Les chiffres doivent séduire, convaincre,  prouver que le discours tient la route et que les moyens de le concrétiser existent puisque non seulement on les évalue financièrement de façon exhaustive mais on les porte à la connaissance de l’opinion publique dans la clarté et la transparence. Le timing est tout aussi déterminant pour rendre encore plus accessible le projet proposé et permettre au citoyen intéressé de l’intégrer mentalement, de se l’approprier et d’en faire un levier pour des projets personnels.

10- Faire en sorte que le projet soit perçu individuellement comme une opportunité sans précédent

On passe ainsi du projet global au projet individuel, d’une idée grandiose, aux apparences au départ chimériques, à des indicateurs et objectifs tangibles, planifiables, quantifiables à partir desquels il sera loisible à chacun de  visualiser sa propre démarche, ses objectifs, ses ambitions, son devenir. Sur un plan politique, il y aura là une opportunité pour peser sur les mentalités dans la liberté, précisément en offrant à chacun la chance  de se réaliser pleinement et d’inscrire son action dans une perspective nationale et non pas dans une optique  d’émigration.

11- Qui doit gérer le projet ?

A ce niveau également, il faut se donner les moyens de ses ambitions. Cela signifie qu’il faut faire preuve d’audace et d’imagination y compris et peut-être avant tout dans le nom de l’entité appeler à encadrer, à manager et à suivre ce projet colossal. Il s’agit là d’un élément actif destiné à définir et fluidifier dès le départ le message recherché, à l’inscrire dans une esthétique, une modernité. Le nom est censé contribuer à fiabiliser l’idée de base et à assurer un continuum dans le repérage et l’identification des différentes étapes du projet. Donner un nom spécifique à l’entité gestionnaire participe aussi d’une volonté de positionner le processus d’ensemble dans l’interdépendance et la cohérence. Le souci par ce biais porte aussi sur le fait que la réalisation du projet n’est pas réductible à ses seules dimensions logistique, financière et matérielle, et que sa portée est aussi fondatrice d’un new deal pour l’Algérie.

Cela dit, on peut se demander s’il faut désigner, pour le management du projet, un ministre d’Etat, un Haut commissaire ou un super gouverneur. La réflexion reste ouverte. Là aussi, il faut briser les tabous et tout mettre sur la table dès lors que toutes les questions sont liées. Evoquer cet aspect, c’est inévitablement  théoriser tous les modes de gouvernance possibles et ne pas craindre de s’interroger sur l’applicabilité et la viabilité des schémas liés à la régionalisation, à l’autonomie administrative, au fédéralisme, etc,.   Quoi qu’il en soit et dans une première phase (à déterminer), l’Etat apparaîtra tout à la fois comme l’artisan, le régulateur, l’encadreur et le superviseur du projet. Naturellement, à moyen terme, tout ne va pas incomber à l’Etat. L’omniprésence de la puissance publique sera dosée de telle sorte qu’elle fiabilise le projet et procure un sentiment de sécurité qui vise à emporter l’adhésion populaire. C’est dans le sillage de cette dynamique boostée dans un premier temps par le haut que se développeront projets individuels, initiatives personnelles, investissements privés. C’est aussi dans cette optique que la première impulsion, celle du lancement de l’idée à la base du projet, aura toutes les chances de constituer le bon déclic.

Conclusion

Les éléments d’appréciation et les recommandations esquissés dans la présente ne pourront être féconds que considérés comme tels autrement dit comme des idées appelées à nourrir une réflexion stratégique  sur les possibilités d’appréhender de façon novatrice certains aspects du devenir de l’Algérie. On gagnerait à décliner ces possibilités d’abord théoriquement en les dialectisant, en acceptant l’échange d’arguments et en refusant les postures dogmatiques et expéditives qui ne font guère avancer le débat. Dans l’approfondissement de cette réflexion, le mode opératoire constituera sans nul doute un élément déterminant; il viendra couronner et consolider la définition des axes logistiques et organisationnels du plan de réalisation, des sources de financement et de l’encadrement institutionnel du projet. Le mode opératoire impacte tout le reste car il répond à la question cruciale de savoir comment agir et s’organiser à tous les niveaux du processus pour que le projet envisagé prenne forme et se concrétise.

 Lamine Bey Chikhi

Alger, mars 2008

Une Réponse à “Think Tank”

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